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interviewLCP (sur YouTube)· 10 mai 2025 13 min

Marina Ferrari, députée Les Démocrates de Savoie | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Elle a porté les couleurs du MoDem dans deux gouvernements différents avant de retrouver son mandat de députée début 2025. Avant cela, mon invitée a fait ses armes en politique à Aix-les-Bains. Générique ... ...

Bonjour Marina Ferrari. -Bonjour. -J'ai découvert que le nom de Ferrari est bien connu des habitants de la première circonscription de Savoie, en particulier à Aix-les-Bains.

Je suis tombé sur ce reportage qu'on va voir. C'était au lendemain des législatives de 1993. *-l'UDF Gratien Ferrari arrache le siège de Jean-Paul Calou, qui avait pris la succession de Louis Besson. *Un score très serré pour le maire d'Aix-les-Bains. *-50,90 c'est un score relativement petit, mais je m'attendais à un score serré, compte tenu du fait, d'une part, que cette circonscription a toujours été celle de Louis Besson, depuis 1973, ça fait 20 ans, et d'autre part, que Jean-Paul Calou avait fait son travail, normalement, en tant que député.

Alors, Gratien Ferrari a été élu député deux fois, là c'était la deuxième. Il a aussi été maire d'Aix-les-Bains pendant neuf ans et c'est votre oncle ? -Absolument.

Le frère de mon père. -Grandir avec un oncle député-maire, car à l'époque on pouvait être les deux à la fois, j'imagine qu'on devait bien parler politique dans votre famille ? -Ouh là, oui, je dis toujours : "Je suis un peu l'Obélix féminin de la politique." Nos repas de famille étaient très animés, j'avais donc Gratien, mon oncle, qui était giscardien, membre de l'UDF, Et mon père qui était lui, chiraquien, membre du RPR.

Il y avait de l'ambiance autour de la table familiale le dimanche. Donc j'ai baigné là-dedans. Et c'est vrai que je prends souvent une maxime de Lacan qui dit : "Souvent, l'oncle c'est le père sans le pire." Et j'ai rejoint l'UDF beaucoup plus tard. -On va revenir quand même à votre famille, on a parlé de votre oncle, mais plus proche de vous, votre soeur, Sandra Ferrari, qui est maire depuis 2020, d'une petite commune de Savoie, la commune des Déserts, c'est ça ? -Oui, absolument. -Comment expliquez-vous ce goût pour l'engagement politique dans votre famille ? -Je pense que Sandra, elle est comme moi, j'aime beaucoup ces photos, elle a baigné aussi dans l'environnement politique, et c'est vrai qu'on parle souvent de Gratien dans la famille, on oublie Sandra, donc je suis contente que vous parliez de ma soeur aînée ancienne sportive de haut niveau. -Elle est musher ? -Musher professionnelle.

Elle a 60 chiens de traîneau. Elle avait déjà fait un mandat d'élue municipale, auparavant. Et elle me dit : "Ecoute, j'ai envie de tenter l'aventure.

Je me rends compte qu'il faut que je m'occupe de ma commune, que je fasse bouger les choses. -Vous lui avez donné envie ? -Elle voulait déjà car elle avait fait un mandat de conseillère municipale.

Mais voilà, elle a franchi un cap et puis elle s'est dit pourquoi pas, elle avait vraiment envie de donner à son village. Et je suis très heureuse de son parcours. Aujourd'hui, elle est vice-présidente de Grand Chambéry en charge de l'agriculture.

Et c'est quelqu'un de très engagé. Je suis très fière d'elle. Et puis j'ai ma tante, qui a fait 18 ans première adjointe dans la commune de Grésy-sur-Aix.

Et j'ai une autre de mes cousines, qui est première adjointe à Brison-Saint-Innocent. Donc c'est aussi une histoire de femme en politique chez nous. De famille, de femmes en particulier.

Il n'y a pas que les hommes. On va quand même revenir à votre oncle. En 2008, votre oncle a tenté de faire un retour en politique aux municipales à Aix-les-Bains.

Et vous vous êtes également présentée sur une des listes, mais pas sur la sienne. Sur celle de son principal adversaire qui a été élu, le maire sortant, Dominique Dord. Est-ce qu'il vous en a voulu, votre oncle ? -Oui, beaucoup. -C'était une trahison pour lui ?

Il l'a vécu comme ça ? -En fait, ça a été particulier parce que Gratien m'a beaucoup accompagnée dans ma carrière politique, m'a beaucoup poussée, conseillée. Et puis, sur la législative de 2007, j'étais candidate suppléante pour l'UDF-MoDem puisque le MoDem venait de se créer.

Donc, candidate finalement concurrente de Dominique Dord, qui était le candidat sortant. Il faut savoir que Dominique a été d' abord l'attaché parlementaire, puis le suppléant de Gratien Ferrari. Et après, il y a eu une brouille entre les deux hommes.

Et à la création de l'UMP, Dominique est parti à l'UMP. Gratien est resté fidèle à la famille UDF. Et au départ, mon oncle m'avait dit : "Il faut quand même que tu considères la possibilité de travailler avec Dominique." Et puis, on a commencé les discussions et très vite, il s'est ravisé.

Il m'a dit : "Non, en fait, je vais me présenter." -Et donc, il a mal vécu votre candidature ? -Alors, il l'a mal vécu, tant et si bien qu'on ne s'est pas parlé pendant des années.

Jusqu'à son décès, oui, absolument. Donc, ça a été assez dur. Et en même temps, il y a quand même une réconciliation sur les derniers jours de sa vie.

Il y avait beaucoup d'amour entre nous. -A partir de 2008, vous êtes donc devenue adjointe au maire d'Aix-les-Bains, Dominique Dord, puis adjointe de son successeur M. Beretti, sauf qu'en 2020, vous êtes présentée face à lui.

Là aussi, est-ce que ce n'est pas une trahison car vous partagiez le même bilan ? -Alors, on partageait le même bilan qui était celui de Dominique Dord. -Pour vous, ce n'était pas le sien à lui ? -Ce n'était pas le sien.

En fait, moi, je suis quelqu'un, je ne veux pas trahir mes valeurs. Et donc, il se trouve que Renaud Beretti est élu maire en octobre 2018, à la faveur de la démission de Dominique Dord. Il était donc son premier adjoint.

Il devient maire. Et moi, j'étais la deuxième adjointe de Dominique. Je deviens première adjointe.

Et très vite, des désaccords profonds sur la manière de gérer la commune. Sur les questions de dépenses de fonctionnement ou de gestion du personnel communal. Et donc je prends mes responsabilités et je décide, ce n'était pas du tout prévu puisque je pars très tard dans cette campagne municipale, je n'allais pas me présenter et je décide en désaccord, j'acte le désaccord et je décide de me présenter à l'élection municipale de 2020. -Ca n'a pas fonctionné aux municipales, mais deux ans plus tard vous êtes élue députée sous les couleurs du MoDem.

Quelques mois après votre élection, vous avez semblé regretter vos responsabilités locales. Vous avez expliqué que les décisions prises par les députés ne se voient pas concrètement sur le terrain, contrairement aux élus locaux. C'est une frustration ? -Ca a été une frustration au départ.

C'est vrai que quand on arrive à l'Assemblée nationale, déjà, il y a un rythme qui est quand même très particulier. Et il a très vite fallu que j'apprenne à retranscrire le travail que nous faisons en tant que parlementaires auprès de nos concitoyens. Aujourd'hui, j'ai moins ce sentiment, car j'explique beaucoup ce que nous faisons, j'essaye d'être vraiment le relais, la courroie de distribution entre l'Assemblée et les élus locaux notamment, car j'ai quand même ce prisme élus-collectivité.

Donc j'ai moins aujourd'hui ce sentiment. -Début 2024, vous êtes nommée secrétaire d'Etat chargée du numérique dans le gouvernement de Gabriel Attal. Ca a surpris beaucoup de monde à l'époque ?

Vous-même, ça vous a surprise ? Vous y attendiez ? -Rentrer au Gouvernement, pas du tout.

J'ai été surprise. -Ca a surpris du monde parce que vous n'étiez pas trop connue nationalement. Vous avez évidemment cet investissement local depuis longtemps. -Oui.

Alors, moi, je ne m'y attendais pas. Je n'avais jamais levé le doigt pour quoi que ce soit. J'ai été très honorée que Gabriel Attal m'appelle pour rentrer au Gouvernement.

Ce qui m'a à la fois blessée et en même temps amusée, je me souviens des titres de la presse : "L'inconnue du numérique". Les gens ne connaissaient pas mon parcours professionnel. -Vous avez travaillé... -J'ai travaillé dans le numérique, oui, 12 ans. -Ca s'appelle Lunabee, ça se prononce comment ? -Chez Lunabee Studio pendant dix ans.

Et avant j'étais dans une autre Start-up qui s'appelait Enaline. J'étais dans le logiciel libre. Donc, j'avais une carrière professionnelle de cadre dans le numérique. -Je suis tombé sur des articles de la presse spécialisée dans le numérique, qui n'étaient pas très gentils pour vous. -Au départ, oui, je suis arrivée.

Bon, après, j'ai fait mes preuves, ça s'est arrangé, j'ai eu de bons contacts dans le numérique, et aujourd'hui, je continue à m'impliquer beaucoup sur ces thématiques. Vous le savez très bien, mais peut-être que nos auditeurs et les téléspectateurs ne le savent pas, on est conflicté quand on arrive à l'Assemblée nationale. Conflicter. -Ca veut dire quoi ? -On ne peut pas forcément travailler sur des thèmes dans lesquels on a eu une activité professionnelle. -Le conflit d'intérêt. -Voilà.

Or, la société dans laquelle je travaillais est celle qui avait développé TousAntiCovid. Application que beaucoup de Français ont utilisée pendant la crise sanitaire. Et donc, je me suis mis en réserve de toutes les thématiques numériques pendant un moment pour ne pas risquer justement d'avoir un risque de conflit d'intérêt. -Juste pour comprendre comment on forme un Gouvernement, A l'origine vous deviez avoir les affaires européennes et qu'au dernier moment, on vous a échangé votre portefeuille ministériel avec celui de Jean-Noël Barrot et que c'est comme ça que vous avez atterri au numérique.

Ca s'est vraiment fait comme ça ? La formation d'un Gouvernement, c'est presque comme une partie de Bonto ? -Quand j'ai été appelée pour rentrer au Gouvernement, on m'a proposé plusieurs portefeuilles et moi je considère que quand on vous appelle au Gouvernement c'est déjà un honneur et qu'on n'est pas là pour choisir.

Donc moi, je me suis déclarée disponible sur toutes les missions qu'on souhaiterait me confier. Et effectivement, on avait au départ envisagé de me flécher sur les affaires européennes. Et puis au dernier moment, il y a eu des ajustements. "Est-ce que le numérique t'intéresse ?" "Oui, bien sûr." Et il y a des enjeux européens essentiels au niveau du numérique. -Alors vous êtes restée sept mois en charge du numérique.

Sous Michel Barnier, on vous a confié le tourisme. Ca a duré trois mois. Qu'est-ce qu'on peut accomplir en aussi peu de temps ?

Est-ce que ce n'est pas justement, encore une fois, frustrant de... -Alors forcément, c'est frustrant parce qu'on engage beaucoup de choses.

Quand j'ai été nommée au tourisme, ça faisait 17 ans qu'il n'y avait pas eu de ministre de plein exercice avec un portefeuille plein sur le tourisme. Il y avait eu des prédécesseurs, mais qui avaient des portefeuilles très très larges. Quand Michel Barnier m'a appelée pour me proposer de rentrer comme ministre déléguée en charge du tourisme, il m'a dit ces mots : "Je pense que ça te conviendra mieux car tu es une Savoyarde et que tu connais le tourisme." -Lui aussi est Savoyard. -Oui, mais c'est vrai que je viens d'un territoire où le tourisme représente plus de 50 % du PIB du département.

Et donc c'est vrai qu'on a un peu ça dans le sang. -Mais le temps de prendre en main la matière qu'on vous confie, c'est déjà terminé. -Ca a été très très rapide.

Déjà j'ai constitué très rapidement mon cabinet, parce que j'avais des réseaux dans le tourisme. C'est vrai qu'en étant élue d'Aix-les-Bains, je siège à l'office de tourisme intercommunal d'Aix-les-Bains depuis 2008. J'avais déjà beaucoup de réseaux dans le secteur, donc ça a été très rapide. -Dernière question avant de passer à notre quiz.

Votre aventure ministérielle s'est arrêtée quand le président de votre propre parti est devenu Premier ministre, François Bayrou. Il ne vous a pas reconduit ? Est-ce que ça ne laisse pas un goût amer ? -La situation politique est compliquée.

Et donc, j'ai tout de suite intégré le fait que François ne pourrait pas faire un Gouvernement MoDem, parce qu'aujourd'hui, on est dans une situation qui nous oblige à ouvrir le Gouvernement le plus largement possible. Donc, bien évidemment... -Mais ce n'est pas lié à un problème personnel entre vous ? -Non, pas du tout. -C'est le sentiment, vu de l'extérieur. -Non, je me suis engagée derrière François en 2004.

Je suis restée fidèle à la famille. Après, voilà, c'est la difficulté de constituer un Gouvernement. Je l'ai compris.

Je continue à être mobilisée au sein du groupe. Je suis proche de notre président de groupe, Marc Fesneau, avec qui je travaille en grande proximité. Et donc, voilà, c'est sans regrets. -On conclut l'émission avec notre quiz.

Donc, le principe, c'est que je vais lire des phrases, mais juste le début. Et vous, vous allez devoir compléter. Quand je parle politique avec ma cousine Laurence... on n'en a pas encore parlé.

Ca vous arrive ? -Très peu. On évite le sujet.

Parce que Laurence, dans ses fonctions aujourd'hui de personnalité publique, voilà, on est assez proches. -Donc Laurence Ferrari, la journaliste politique, notamment. -La fille de Gratien Ferrari.

Alors on est très très proches avec Laurence, on a des liens familiaux très forts avec ses soeurs également, on se voit régulièrement, mais on évite le sujet politique. Peut-être qu'on porte encore les souvenirs des repas familiaux un peu chahutés. -Si je m'étais engagée dans la Marine ?

J'ai lu que c'était un peu votre projet à un moment, la Marine nationale, on est d'accord ? -Absolument, oui, j'ai fait des études de relations internationales et derrière j'ai dévié sur des études de défense. Donc j'ai fait un DEA en droit de la défense et un DEA en relations internationales, mais qui était justement sur toutes les problématiques géopolitiques. -Mais vous vous sentiez l'âme d'une militaire ? -Absolument !

J'ai longtemps hésité. En fait, j'ai fait plusieurs mémoires sur la restructuration, à l'époque, de la Direction des Constructions Navales, qui a changé de nom depuis. J'étais vraiment passionnée par ça.

J'ai fait aussi un mémoire sur l'évolution de la stratégie navale américaine. Et puis, c'est la vie qui a fait que je suis redescendue en Savoie pour des raisons personnelles, puisque j'ai rencontré mon ex-mari à l'époque, et donc j'ai abandonné le projet de m'engager. -Enfin, entre maire d'Aix-les-Bains ou députée, je choisis... -Mon coeur balance. -Donc vous n'avez pas encore tranché, il y a les municipales qui approchent. -Elles arrivent, c'est vrai que j'y réfléchis.

Je suis très attachée à cette ville. Si j'ai décidé en 2019 de franchir le Rubicon et de me présenter, c'est parce que je ne suis pas satisfaite de ce qui se passe aujourd'hui sur Aix-les-Bains, qui est une ville qui a un potentiel incroyable. Et c'est vrai que je suis restée élue locale, puisque je suis toujours aujourd'hui au sein du conseil municipal d'Aix-les-Bains.

Donc c'est une réflexion que je mène. -On verra la conclusion de cette réflexion. Merci Marina Ferrari d'être venue dans La Politique et moi. -Un plaisir, merci.