Ségolène Amiot, députée LFI de Loire-Atlantique | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Elle se définit comme une salariée lambda, une madame Tout-le-Monde, fière de représenter les Français à l'Assemblée. Mon invitée revendique son côté novice en politique. Elle en fait même sa marque de fabrique.
Générique ...
Bonjour, Ségolène Amiot. -Bonjour. -Alors, votre première prise de parole n'est pas passée inaperçue.
C'était après la déclaration de l'ancienne secrétaire d'Etat Caroline Cayeux, qui avait voulu justifier son hostilité au mariage gay tout en se défendant d'être homophobe. On va revivre ça en images. *-Je vais vous dire, quand même, que j'ai beaucoup d'amis parmi tous ces gens-là, et franchement, c'est un mauvais procès qu'on me fait, et ça m'a beaucoup contrariée. -Mme la ministre, je suis de ces gens-là.
La liste des propos homophobes est trop longue. Béchu, Darmanin et bien sûr Cayeux, qui affirme toujours son mépris des homosexuels. Je vous le rappelle au cas où, chers ministres, l'homophobie n'est pas une opinion, c'est un délit. *-BRAVO ! -On sent de l'émotion dans votre voix, ce jour-là.
Tout est parti de l'expression "ces gens-là" de Caroline Cayeux. Qu'est-ce qu'elle porte en elle, pour vous ? -En fait, au-delà de l'expression, ça veut dire "ce sont des gens qui ne sont pas moi", et au-delà de ça, ce qu'on entend souvent, c'est "je ne suis pas raciste, j'ai un ami noir", "je ne suis pas homophobe, "j'ai des amis gays". -Ca vous a mise en colère ? -Ouais, complètement, de se dire qu'on en est encore là en 2022, à ce moment-là 2022, mais on en est encore là à se défendre d'être homophobe parce qu'on a des amis gays... -Vous vous sentez ostracisée ? -C'est pas tant moi que le fait qu'on a encore à apprendre ce que c'est que d'être homophobe, que ce n'est pas forcément déclarer de la haine, mais de faire une différence.
C'est pareil pour le racisme, et toutes les discriminations. -Vous dites "je suis de ces gens-là", vous appartenez à la communauté LGBT. Vous vous définissez comme pansexuelle.
Je ne sais pas si tout le monde sait ce que ça veut dire. -En quelques mots, "pansexuelle", c'est que je n'ai pas d'attache au corps des gens. Ce qui va m'attirer chez quelqu'un, c'est qui il ou elle est, sans discrimination de son genre... -Sans regarder le genre... -Exactement.
Je tombe amoureuse de personnes car elles sont belles à l'intérieur. Homme ou femme. -Ce jour-là, donc, vous avez pris la parole sur le sujet à l'origine de votre engagement public, vous avez été vice-présidente du centre LGBT de Nantes.
Qu'est-ce qui a motivé votre démarche ? Pourquoi vous être engagée ? -J'ai décidé de m'engager car j'ai eu la chance d'être accueillie par ce centre LGBT au moment où je me posais des questions sur mon orientation sexuelle.
J'ai constaté qu'il y avait besoin de coups de main, tout simplement, pour aller expliquer aux jeunes ce qu'est la discrimination... -Ce combat que vous avez porté dans l'hémicycle. -Exactement. -Est-ce que, vous-même, vous aviez été victime de discriminations ? -J'ai été victime de discriminations.
Au départ, par des petits mots, des serveurs de café, ici, à Paris, qui, parce que je venais d'embrasser ma compagne, nous demandent de sortir, car c'est "un établissement respectable", donc, voilà, ce genre de choses, jusqu'à vivre l'agression d'une autre de mes compagnes en plein centre-ville de Nantes, et tout ce qu'on peut vivre au quotidien de "t'as pas rencontré "le bon mec" ou un médecin, même, qui, du jour où je lui dis que je n'ai plus besoin de la pilule, parce que je n'ai aucun risque de tomber enceinte avec une compagne, commence à pratiquer des examens douloureux, voire incomplets, pour me faire comprendre qu'on n'est pas là pour prendre du plaisir. Donc, voilà, c'est à la fois dans ma chair et dans mon quotidien, de voir certains de mes amis aller jusqu'au suicide, parce que ce qu'ils vivaient était beaucoup trop douloureux. -Alors, vous avez eu un engagement avant la politique, il était syndical.
Vous étiez employée dans un centre d'appel téléphonique. Vous avez été DP. Vous avez défendu les salariés, mais ça n'a pas suffi.
Vous dites : "La politique, "je m'y suis intéressée par obligation." Ca veut dire quoi ? -En fin de compte, c'est au moment de la réforme du code du travail... -Ce qu'on a appelé "la loi El Khomri". -Exactement.
Comprendre pourquoi on avait tout cassé, et réaliser que je n'avais plus les outils pour défendre mes collègues, pour porter des affaires... -Et vous vous êtes dit... -Je n'ai plus le choix.
Manifestement, je n'ai plus les outils pour aider. Le seul moyen de faire changer les choses, c'est de changer les lois. Je me suis engagée en tant que militante, pas en tant que candidate, je me suis engagée pour aider une candidate, en l'occurrence, à devenir elle-même députée. -Ca, c'est à peu près 2017.
Vous n'êtes pas candidate au sein de La France Insoumise. Puis vous vous présentez en 2022. Vous êtes élue députée, vous, l'employée d'un centre d'appel.
Vous êtes plusieurs à représenter une France qui n'avait pas sa place dans l'hémicycle. Est-ce que vous le ressentez comme une responsabilité ? Ca fait peser un poids sur vos épaules ? -En fait, au-delà d'un poids, j'espère que ça va devenir un étendard.
J'aimerais vraiment que les jeunes de mon quartier, que les femmes, que les personnes... ...lambda, comme moi, intègrent et acceptent que la politique, ça nous appartient aussi, à toutes et tous, et qu'il faut s'en saisir... -Vous espérez que ça donne envie à d'autres ? -Je le souhaite, et je milite pour ça, que chacun s'approprie les questions politiques. -Vous parlez de salariée lambda, de "madame Tout-le-Monde", ou "noob" ? -Noob ! -Ca veut dire quoi, ça ? -C'est une expression de geek, une expression de joueurs... -De joueurs de jeux vidéo ? -Exactement.
Ca veut dire qu'on vient de commencer, qu'on ne connaît pas...
On est débutant. On débute. -Ce côté débutant, novice, ça veut dire que vous avez une méthode différente ? -Je le pense, dans le sens où je n'ai pas les codes.
On est à l'Assemblée nationale, il y a des codes, des façons de faire, de se tenir, de s'habiller, de se parler, que je n'ai pas, parce que je n'ai pas grandi dans ce milieu. -Ca se traduit comment, dans votre action politique ? -Parfois, j'enfonce des portes que je ne devrais pas enfoncer.
Une des premières questions que je me suis posée en arrivant, et que j'ai posée à tous les gens que j'ai pu rencontrer, c'est "On a le numéro de téléphone "du ministre de l'Education ?" -Ca a surpris, ça a choqué ? Ca a quoi ? -Oui, et on me disait : "C'est pas comme ça "qu'on fonctionne".
J'ai demandé à mon assistant qui, le pauvre, était tout seul, en plus, pour m'aider à ce moment-là. Elue depuis 2 jours ! Il s'est débrouillé, il a réussi à le contacter. -Vous avez pu agir sur un dossier avec vos méthodes ? -Voilà. -Est-ce qu'avec ce regard totalement neuf sur la politique, il y a des choses qui vous ont choquée ? -Oui.
Déjà...
Le décorum. Ce n'est pas uniquement le bâtiment et le faste... -C'est-à-dire ?
On le voit, un peu. Les palais de la République, on en parle souvent... -C'est tout ce qui va autour, le fait d'avoir énormément d'administrateurs, des huissiers... -Des fonctionnaires ? -Voilà, qui sont là pour nous aider, et finalement, de constater la quantité de personnes qui sont là pour nous aider, pour nous rendre la vie la plus facile possible et notre exercice le plus aisé possible, ça m'a évidemment interpellée.
Jusqu'ici, que ce soit dans l'espace syndical ou l'espace associatif, quand on avait besoin de quelque chose, c'était à nous de le faire, à 100 %, avec des bouts de ficelle, enfoncer des portes. Surtout qu'on ne voulait pas de nous, forcément, là où on allait. Fallait y aller. -Le revers de l'engagement, c'est qu'on devient une cible et les attaques sont parfois éloignées du terrain politique.
Le 15 octobre 2022, vous avez découvert un message posté sur Twitter par Gilbert Collard qui a utilisé une photo de vous dans l'hémicycle, prenant la parole, accompagnée de ce texte. Comment avez-vous réagi ? -J'ai utilisé beaucoup de gros mots, soyons honnête... -Donc, de la colère ? -...quand j'ai découvert ça.
Et puis surtout, ça a réveillé une autre colère. Au-delà de ma personne, c'est pas grave en soi, c'est tout le mépris qu'il y avait derrière, le mépris de classe, le mépris sexiste, grossophobe...
Vraiment, tout le mépris qui venait me dire, tout simplement, que je n'avais pas ma place dans l'hémicycle, et qui disait aux gens qui, d'une manière ou d'une autre, peuvent s'identifier et se dire "moi aussi, je peux être à cette place-là un jour", eh bien, dans ce tweet, Gilbert Collard venait leur dire qu'ils n'avaient pas leur place. Ca, c'est d'une violence extrême. -La violence, ça a été aussi des messages que vous avez reçus après ? -Des messages... ...tous aussi dégueus les uns que les autres. -Vous étiez préparée ? -Des menaces de viol, de meurtre...
Des avis, évidemment, sur non pas ce que je suis ou ce que je représente, mais qui je suis et ce que je devrais faire de mon argent et de mon temps... -Vous étiez préparée à cette forme de violence qui peut exister en politique ? -Honnêtement, non.
Ce n'est pas ma façon de faire. Je ne suis jamais dans l'attaque ad hominem, et encore moins sur le physique des gens. Donc, bon... -On termine.
C'est l'heure de notre petit quiz. Le principe : je vais commencer une phrase, vous allez la compléter. -OK. -On y va. "Depuis que je suis députée, "mes anciens collègues "de la plate-forme téléphonique pensent..." -"Qu'on ne se voit pas assez." -Ah ! -Pas assez, c'est sûr. -Vous n'arrivez pas à les voir ? -J'en ai revu quelques-uns, des vrais amis, mais c'est compliqué. -"Tout s'arrange quand tu comprends..." -"Que t'es pas tout seul." -Parce qu'au début, vous vous sentiez un peu seul ? -Ben, en fait, collectivement, on arrive à faire tellement plus de choses, que ce soit au sein de nos groupes politiques, en transpartisan ou...
Vraiment...
C'est assez fabuleux. -"Ce qui me manque le plus depuis que je suis députée." -Du temps. -Du temps ?
Pour faire ? -Pour voir mon mari, pour faire un peu de sport, pour ne pas faire de politique, et pour faire de la politique. Il me faudrait des journées de 50 heures. -Pour conclure, vous disiez vouloir changer la loi, mais vous êtes dans l'opposition.
Vous ne changez pas vraiment la loi. Finalement, vous ne vous dites pas que vous auriez été plus utile en restant syndicaliste ? -Non, je ne me dis pas ça. -Vous avez trouvé une autre utilité ? -D'autres façons d'exercer mon mandat, parce qu'on travaille à construire des lois de façon transpartisane aussi, et qu'il y a d'autres façons que d'apporter un texte tout fait, il y a aussi d'aider à la construction du texte, et on peut déjà apporter sa pierre, d'une part, par les amendements et en amont, mais il y a aussi le fait de pouvoir faire changer des petites choses par-ci par-là, parce que j'ai un mandat, une écharpe tricolore, parce que, quand on appelle n'importe qui en disant "madame la députée", ça fait changer les choses, et puis parce qu'on continue à construire un Parlement plus à gauche, et peut-être qu'à la prochaine élection... -Merci, Ségolène Amiot, d'être venue nous voir. -Avec plaisir.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...
Ségolène Amiot