Europe, “droite Trocadéro”, jihadistes… Ce qu'il faut retenir de l'interview de Laurent Wauquiez sur franceinfo
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Bonjour Laurent Wauquiez. Bonjour. Et bienvenue sur France Info. Nous sommes à neuf jours des élections européennes. Est-ce que vous avez des raisons d'être optimiste ? Oui, beaucoup.
Au fond, si on prend un peu de recul depuis le début de cette campagne, il y a une liste qui, clairement, par rapport à la position de départ, a fait bouger les lignes. C'est la liste des Républicains, cette liste qu'on a construite autour du rassemblement de la droite et du centre. Et je pense que ce n'est pas anodin, ça dit quelque chose. En fait, si on regarde, il y a deux ans, il y a beaucoup de Français qui ont fait confiance au Président de la République, et y compris des gens de droite. Et au bout de deux ans, ce qu'ils constatent, c'est que le travail n'a pas été fait, ou qu'en tout cas, il ne correspond pas à ce qu'étaient les valeurs de la droite et du centre.
Et je pense qu'aujourd'hui, dans la dynamique qu'on a été capable d'installer, il y a cette attente aussi, au moment de cette élection européenne, de plus en plus de Français de s'exprimer par rapport à leurs convictions, par rapport à ce qu'ils veulent pour la France, pour l'Europe, ne pas être juste dans cette alternative où il faudrait éliminer soit Macron, soit Marine Le Pen. Et je suis convaincu que ça va créer des surprises sur le résultat final. La gueule de bois est terminée à droite ? Je n'aime pas cette expression.
Comme l'a dit dans un autre parti Raphaël Glucksmann.
Mais en tout cas, ce qu'il y a de sûr, et pour nous c'est important, c'est qu'il y a eu à la fois d'une part un rassemblement, c'est-à-dire qu'on a été capable de fédérer, de remettre les gens ensemble, ce qui n'était pas évident.
C'était difficile que les gens de droite se reparlent ?
Oui, bien sûr, parce qu'il ne vous a pas échappé quand même qu'on a traversé des périodes difficiles. Et ce qui me fait plaisir, c'est que maintenant on a recréé une dynamique de reconstruction. C'est une thérapie un peu cette campagne ? Je ne suis pas là pour faire des thérapies, ce n'est pas ce qui m'intéresse, on est là pour parler aux Français, pour proposer quelque chose. Et surtout, qu'est-ce qui compte ? C'est qu'au fond, et je m'adresse à tous ceux qui partagent ces valeurs de la droite et du centre, dans cette élection, ils ont le choix. Il y a plusieurs bulletins sur la table.
Et tous ceux qui veulent défendre ces valeurs auxquelles on est attaché, et je pense qu'on y reviendra dans l'interview, ce que nous on porte dans l'Europe, eh bien il y a ce bulletin des Républicains.
Mais il y a deux ans, la droite, au premier tour, elle avait rassemblé avec François Fillon 20% des suffrages. C'est votre objectif, là ? Ce n'est pas le niveau auquel la liste de François-Xavier Bellamy est mise aujourd'hui dans les sondages, elle est à 13-14%.
Vous vous rendez bien compte de ce qui s'est passé entre-temps, quand même ? Et aussi, à un moment, peut-être, cette espèce de séduction qu'il y a pu y avoir. Mais aujourd'hui, qu'est-ce que les gens de droite se disent ? Quand on regarde avec un peu de recul ce qui s'est passé en deux ans ? Non, ce qu'a fait ce gouvernement ne correspond pas à nos attentes. Quand on est de droite, on ne traite pas les retraités comme ils l'ont fait pendant deux ans. Quand on est de droite, on ne dit pas, comme le président de la République l'a fait, il n'y a pas de culture française. Quand on est de droite, on ne se retrouve pas avec le pire déficit public budgétaire de la zone euro.
Et donc, au fond, ce que je leur dis, c'est que si vous voulez infléchir, si vous voulez peser sur ce que sera la suite du quinquennat, à la fois pour ce qu'on attend pour la France et pour l'Europe, c'est le moment de s'exprimer.
On va parler, Laurent Wauquiez, de ce qui vous différencie des autres listes européennes, et notamment de celle de Marine Le Pen dans un instant. Mais je voudrais d'abord qu'on revienne, vous l'avez évoqué d'un mot dans vos derniers propos, sur ce qu'est être de droite. Aujourd'hui, le Premier ministre Edouard Philippe a eu une expression ces derniers jours, et il y a encore à votre place sur ce plateau. Il a parlé de la droite trocadéro. Voilà la définition qu'il en donne.
C'est une droite qui se paye de mots. C'est une droite, je ne dis pas si c'est la droite du trocadéro, mais c'est souvent la droite des mots, qui aime manier des symboles, qui aime manier des icônes, qui aime manier des grands engagements, mais qui, lorsqu'elle est confrontée au choix, est nettement moins là. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait ?
D'abord, il y a quand même une chose qui me marque. Donc, chez ce Premier ministre, chez ce Président de la République, il y a souvent beaucoup de mépris pour ceux qui ne partagent pas leurs idées. Vous l'avez dit, le Premier ministre avait d'abord commencé par insulter la droite en la qualifiant de droite trocadéro. Hier, à votre micro...
Pourquoi c'est une insulte ? Le meeting du trocadéro, c'était l'un des temps forts de la campagne françois-fio. Vous n'y étiez pas, je crois, mais il y avait une grande partie de la droite.
Dans la définition qu'il en avait donnée, c'est très clairement pour lui une attitude assez méprésente. Et on le voit d'ailleurs sur votre extrait, où maintenant il dit la droite qui se paye de mots. Mais je pense d'abord que c'est une erreur. C'est une erreur d'insulter les gens qui ne pensent pas comme vous. Vous ne rassemblez pas la France comme ça. C'est une erreur d'insulter, comme ils le font en répétition, la France de droite. La deuxième chose, surtout, je pense que le Premier ministre n'a pas compris, c'est que ce que reprochent les gens de droite à ce que fait ce Président et ce gouvernement, c'est d'avoir un bilan qui soit si pauvre en acte. C'est ça ce qui est reproché.
Si on regarde, il y a un écart qui est souvent maximal entre ce qu'ils disent et ce qui a été fait. Prenons la dépense publique. On avait des grandes annonces il y a deux ans. La réalité, c'est que rien n'a été fait. Rien n'a été fait sur la question de la dépense publique.
Vous, l'objectif sur la dépense publique, c'est toujours supprimer 500 000 fonctionnaires en 5 ans. C'était le programme de votre candidat, François Fillon, la présidentielle. 500 000 en 5 ans.
Vous le savez, ce que j'ai essayé de faire, c'est de refonder une nouvelle droite. Et nous, ce qu'on a mis sur la table, c'est un programme d'économie de 20 milliards d'euros. Sur lequel on considère que d'ici à la fin du quinquennat, on peut réussir à redéployer 150 000 à 200 000 postes.
En supprimant, donc, redéployer, ça veut dire supprimer ?
Bien sûr, vous ne faites pas d'économie sans faire d'économie. Je l'ai fait dans ma région. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce que les Français constatent ? De moins en moins de services publics, de plus en plus de bureaucratie. Et donc, ce qu'il faut garder, c'est les services publics, corriger toute cette bureaucratie. Ce que moi, j'ai fait dans ma région, Auvergne-en-Alpes, on a baissé de 15% la dépense. Mais si vous me permettez, je voudrais aller jusqu'au bout.
Quand on regarde précisément cette pauvreté en acte du bilan du président de la République, on prend la question de la dépense publique, on prend la question de l'immigration, sur lequel, à un moment, ils ont donné le sentiment de vouloir traiter ce sujet. La réalité, c'est qu'en deux ans, jamais la France n'a donné autant de titres de séjour. On prend la question de l'islamisme...
Dont une grande partie a des étudiants qui viennent étudier en France.
Oui, et vous le savez souvent, d'ailleurs...
C'est 40%, je crois, des titres de séjour accordés.
Donc, ce sont des étudiants qui ont vocation à repartir chez eux au bout d'un an ou deux. Ce qu'ils ne font pas, puisque vous le savez, la durée en moyenne de maintien des étudiants dits étrangers dans notre pays, neuf ans. Neuf ans. Ce qui signifie très clairement qu'on assiste à un détournement aujourd'hui de cette filière qui devient une filière d'entrée. Moi, je suis très favorable au partenariat. Mais vider l'Afrique de sa jeunesse, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Et j'ai échangé d'ailleurs là-dessus avec le président sénégalais, parce que pour eux, ça devient un problème.
Et puis, le troisième exemple de, au fond, cet écart maximal dans ce gouvernement entre le bilan, les paroles et les actes, c'est la question de l'islamisme. Donc, parfois, en apparence, le président de la République le traite. Et dans le même temps, ils ont autorisé le retour de 200 djihadistes dans notre pays. Et donc, au fond... C'est pas le retour...
Pardon, je ne vous laisse pas tout à fait dire ça à l'envoqué. On n'autorise pas le retour en liberté de 200 djihadistes. On les fait revenir pour les juger. C'est une petite nuance. Non, c'est faux. C'est-à-dire ? Ils ne sont pas tous jugés. Ils sont les djihadistes qu'on a rapatriés en liberté aujourd'hui.
Vous avez la ministre de la Justice qui, sur le micro, je crois, d'RTL, a elle-même reconnu qu'il y avait 200 djihadistes qui étaient de retour en France. Tous ne sont pas poursuivis. Qu'on n'a pas rapatrié, qui sont revenus. Qui sont elles-mêmes reconnus qu'il y a eu le retour en France de 200 djihadistes. C'est quand même très grave. Enfin, moi, je suis allé à Mossoul. J'ai vu ce qu'avait été la barbarie de Daesh. Qu'on envisage dans notre pays de faire revenir les djihadistes comme ça a déjà été fait, c'est quelque chose qui...
Ils sont revenus ou qui ont été rapatriés par le gouvernement ? 200 djihadistes adultes ?
Qu'on a accepté qu'ils soient rentrés. C'est-à-dire, la garde déçoit elle-même. Il y a quelqu'un à la frontière qui a dit, circulez, vous pouvez rentrer. Suivez l'actualité, c'est quand même important. C'est-à-dire qu'aux douanes, on a refusé de dire, non, vous ne rentrez pas. C'est quand même énorme. Et donc, nous, ce qu'on propose, parce qu'à chaque fois, je veux qu'on mette des propositions sur la table. Ce que nous, on propose, c'est que l'Europe prenne la responsabilité de mettre en place un tribunal international en Irak qui permette de juger et de condamner les djihadistes dans les lieux où ils les ont commis et qu'ensuite, ils restent en prison là-bas. Un tribunal européen en Irak ?
Un tribunal international que l'Europe organiserait en lien avec l'Irak et la Syrie et qui permettrait d'organiser ce jugement là-bas. C'est une des propositions qu'on fait. Je pense profondément que dans les années à venir, la question du combat contre l'islamisme est une question énorme pour nous. Et contrairement à Marine Le Pen, nous, nous pensons que l'Europe peut être une protection, qu'elle peut nous apporter ce surcroît. Mais il faut de la lucidité.
Laurent Wauquiez, le président des Républicains et l'invité de France Info jusqu'à 9h. On va s'interrompre quelques instants pour jeter un oeil et une oreille au titre de l'actualité. Il est 8h41, c'est Stéphane Milhomme.
Et le procureur de Besançon l'annonce à l'instant. Le parquet va faire appel. L'anesthésiste de Besançon était ressorti libre hier soir du palais de justice. Décision du juge. Il était sous contrôle judiciaire. Interdiction de séjourner également à Besançon et d'exercer son métier. Frédéric Péchier est mis en examen pour 17 nouveaux cas d'empoisonnement sur personnes vulnérables. Ce qui porte le nombre d'instructions à 24 cas, dont 9 mortels à l'encontre de cet anesthésiste. L'Assemblée nationale a voté la nuit dernière une prime de précarité pour certains contrats dans la fonction publique.
Cette prime, déjà en place dans le privé, s'appliquera dès 2021 pour les CDD d'un an ou de moins d'un an. Donald Trump présente une vaste réforme du système d'immigration aux Etats-Unis. Le chef de la Maison Blanche souhaite désormais une sélection sur la base de leur mérite pour les candidats à l'immigration. Le président reste déterminé également à faire construire son mur anti-migrants. Ils porteront des brassards arc-en-ciel dès ce soir et demain pour les matchs de foot en Ligue 1 et Ligue 2. Des capitaines, des entraîneurs ou des arbitres. Derrière ce slogan, homo comme hétéro, on porte tous le même maillot.
C'est une opération de sensibilisation initiée par la Ligue de foot professionnelle.
Laurent Wauquiez, pour les électeurs qui hésiteraient encore à voter entre vous, enfin entre vous, entre François-Xavier Bellamy et la liste de Jordan Bardella du Rassemblement national. Quel est le principal des accords de fond entre vous et l'autre liste ?
Je ne comprends même pas votre question. Le Rassemblement national veut la déconstruction de l'Europe. Nous, on est pour l'Europe. C'est plus ce qu'il dit aujourd'hui. Il dit on va le changer de l'intérieur, il n'est plus question de Frexit. Mais précisément, nous ne laissons pas duper par le marketing actuel. La réalité, quand ils disent qu'on va remplacer l'Europe par une alliance des nations, ça s'appelle déconstruire l'Europe. Quand ils disent qu'on va garder l'euro mais on va retrouver notre souveraineté monétaire, ça s'appelle déconstruire l'euro. Et donc pourquoi est-ce que je combats Marine Le Pen et le Rassemblement national dans cette campagne ?
C'est parce que je considère que ce qu'il propose serait une erreur historique. Il suffit de voir ce qui se passe de l'autre côté de la Manche pour le mesurer. Et d'ailleurs, il y a une chose que je voudrais bien mesurer et qui je trouve importante dans ce qui se passe dans cette élection. C'est le rapprochement entre les extrêmes. C'est ce rapprochement entre extrême gauche et extrême droite. Marine Le Pen, ce n'est pas la droite, c'est les extrêmes tout court. Ce n'est pas la droite.
Sur les différences éventuelles, enfin sur les différences que vous revendiquez entre Marine Le Pen, ce n'est évidemment pas la position de la présidente du Rassemblement national. Elle considère que sur l'identité, sur l'islamisme, sur les frontières, vous dites à peu près la même chose. Et voici comment elle qualifie cette copie, selon elle. C'est vrai que quand il s'agit de récupérer nos propositions pour les mettre dans vos programmes, là, vous êtes là, il n'y a aucun problème.
Reste d'impôt Marine Le Pen.
Dans le monde, les spécialistes de la contrefaçon sont les Chinois. Vous êtes un petit peu les Chinois de la vie politique. En matière de contrefaçon, vous êtes impeccable. C'était lors d'un débat fin avril sur LCI. Vous étiez face à elle, elle vous a traité de Chinois de la vie politique parce que vous faisiez de la contrefaçon.
Vous savez, à ce moment-là du débat, je me souvenais de ce qui s'était passé au second tour de la présidentielle. Et où, au fond, Marine Le Pen est toujours dans cette espèce de caricature, dans cette espèce d'outrance. Je pense qu'elle n'en a pas tiré les leçons.
Second tour, lors duquel vous aviez renvoyé dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Vous n'aviez pas choisi d'appeler à voter contre Marine Le Pen.
C'est faux ce que vous dites, pardon. Et j'aime bien que les choses soient précises et qu'on ne dise pas n'importe quoi. J'ai très clairement dit qu'il ne fallait pas voter pour Marine Le Pen. J'ai laissé le choix aux gens de s'exprimer par le vote blanc, par l'abstention ou de voter pour Macron.
Donc voilà, pas de voter forcément contre Marine Le Pen.
Si, j'ai dit, il ne faut pas voter pour Marine Le Pen. C'était d'une clarté totale. S'abstenir, ce n'est pas voter contre Marine Le Pen. L'abstention, c'est, sauf erreur de ma part, une façon d'exprimer sa voix en démocratie quand même. Il y a même beaucoup de gens qui le revendiquent.
Enfin, à la fin, quand on fait les comptes, ça ne tient pas compte.
Ce n'est pas dans le résultat final, l'abstention. Oui, mais ça compte. Enfin, c'est quand même important que des gens puissent dire, voilà, je ne me reconnais ni dans l'un ni dans l'autre. On n'est pas sommé juste d'éliminer avec un pistolet sur la tempe. Mais je voudrais revenir sur un point. Marine Le Pen est contre tout ce qui vient de l'Europe, y compris quand c'est l'intérêt de la France. Prenons un exemple précis. L'Europe a proposé d'adopter un logiciel qui permette de détecter les terroristes quand ils montent dans les avions. C'est extrêmement important pour l'avenir de notre pays. Le fichier PNR.
Marine Le Pen a expliqué qu'elle n'avait pas voté pour parce que les terroristes ne prennent pas l'avion. Une responsable politique qui est capable de dire ça, après les attentats du 11 septembre, sur les tours à New York, après le fait que Mohamed Merah ou les frères Kouachi étaient évidemment pris l'avion pour aller se former au Yémen et en Afghanistan. Et donc, souvent, ces positions sont irresponsables. Nous, quelle est notre différence ? On n'est pas pour la déconstruction de l'Europe. Ça, c'est la position de Marine Le Pen. Et ensuite, il y a un choix dans l'Europe qu'on veut. Pourquoi est-ce que je ne partage pas la vision de l'Europe d'Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron est pour l'élargissement. Nous sommes contre. Je pense que c'est une profonde erreur.
Vous êtes contre aujourd'hui toute nouvelle forme d'élargissement ?
Je pense que l'élargissement a été un des principaux facteurs d'affaiblissement de l'Union Européenne. Et qu'il faut qu'on en tire les dessous. On a commis beaucoup d'erreurs en la matière.
Vous avez commis une grosse erreur lorsque vous étiez pour l'élargissement, lorsque vous étiez ministre des Affaires Européennes avec Nicolas Sarkozy ?
Je pense, je vous le dis, on a fait des profondes erreurs en allant beaucoup trop loin sur l'élargissement. Il faut donc corriger le tir.
À l'époque, c'était en 2011. Je rappelle que vous disiez que les États... Oui, vous disiez, les États des Balkans occidentaux ont clairement vocation à l'élargissement européen.
Je ne me contente pas de battre mal coup, je dis qu'il faut corriger les erreurs. Il fallait pas intégrer la Croatie à l'époque. C'était il y a 10 ans. Et ce qu'on voit aujourd'hui, c'est qu'on a commis une erreur. Le président de la République propose l'entrée de l'Albanie. Je pense que c'est une profonde erreur. C'est un État marqué par la corruption. Les négociations avec l'Albanie vont s'ouvrir en juin. Nous, on opposera notre veto. Et de ce point de vue, il y a une clarté totale de notre liste. Pourquoi vous avez totalement changé d'avis sur l'élargissement ? Parce que j'ai regardé ce qui s'est passé.
Parce que ce que je vois, c'est que la réalité, c'est que quand il y a trop de pays autour de la table, on n'arrive plus à s'entendre. La réalité, c'est que les niveaux de vie, les systèmes économiques, sociaux sont trop différents. Et donc, on n'arrive plus à s'harmoniser. Je pense que ça a été une des plus graves erreurs sur l'avenir de l'Europe. Et donc, nous, on veut le corriger. Deuxième exemple. Et je vous l'ai dit, le programme d'Emmanuel Macron ne mentionne même pas l'islamisme. Nous, on pense que c'est un des sujets majeurs. Troisième exemple, et on est une des seules listes à le porter. Je pense qu'il faut que l'Europe retrouve la fierté de ce qu'est sa culture.
d'aimer ce que nous sommes. Et je crois que dans un désamour qui s'est ouvert au milieu des années 90, une des erreurs qu'on a faites, c'est de ne pas inscrire notre culture.
Les valeurs chrétiennes de l'Europe, en l'occurrence, de ne pas les inscrire dans la Constitution européenne à l'époque, en 2004. Là aussi, c'était la droite au pouvoir. C'est aussi une erreur de la droite lorsqu'elle était au pouvoir.
Mais vous le savez, j'essaie de construire une nouvelle droite. Je ne viens pas ici en vous disant que tout ce qu'on a fait depuis 30 ans est parfait. Ce serait stupide.
Vous dites l'inverse, même.
A l'époque, je devais avoir 20 ans. En 2004. Non, on parle à l'époque, souvenez-vous.
En 2004, lors du débat sur la Constitution européenne, cette question de l'inscription des racines chrétiennes, elle a été à l'ordre du jour, à l'époque, la droite française y était hostile.
Bien sûr, et je pense que ce débat, en fait, s'y remonta beaucoup plus loin. Ce débat, il commence au milieu des années 90. Et donc, quand on a le débat sur Maastricht, sur toutes ces questions qui ensuite vont ouvrir la voie, je pense que ce sont des erreurs qu'on a commises. Et ensuite, qui se sont traduits au moment de ce référendum sur la Constitution. Et donc, je pense que là-dessus, il faut qu'on retrouve. Et nous, au fond, qu'est-ce qu'on dit ? On veut refonder l'Europe. L'Europe que propose Emmanuel Macron, c'est la même. C'est toujours plus de cette Europe qui n'a pas marché. Nous, ce qu'on cherche, c'est à tirer les conséquences. Et vous le dites, notre débat est intéressant.
Dire, voilà, on croit dans l'ambition européenne. On croit dans la vision européenne. Mais on pense qu'il y a des erreurs qui ont été commises. Et c'est d'ailleurs pas inintéressant de voir, au fond, à quoi ressemble la sensibilité qui est proposée par la liste actuelle d'En Marche. Vous retrouvez Cohn-Bendit, qui soutient cette liste. Vous avez Elisabeth Guigou, qui soutient cette liste. On a le soutien de Ségolène Royal, qui est envisagé. Jean-Pierre Raffa, aussi. Je vais y venir. Vous retrouvez M. Canfin, écologiste, qui était ministre sous François Hollande.
C'est le rassemblement, non ? C'est pas ça ?
Ça ressemble, en tout cas, de plus en plus à ce qu'on pourrait appeler une nouvelle gauche plurielle.
Jean-Pierre Raffa, par exemple.
Un électeur de droite ne peut pas s'y retrouver. Un électeur qui partage les valeurs de la droite et du centre ne peut pas s'y retrouver. Vous m'interrogez sur Jean-Pierre Raffa. Précisément, ce que je voudrais, c'est que l'arme ne cache pas la forêt. La réalité, c'est que le centre de gravité de cette liste est à gauche.
Tous les soutiens d'Alain Juppé lors de la campagne présidentielle, enfin, la campagne des primaires, sont aujourd'hui soutiens d'En Marche.
Non, pas...
Il y a Alain Juppé lui-même, avant de rejoindre le conseil conditionnel.
J'aime bien, quand même, qu'on ne dise pas n'importe quoi, si vous me permettez. Le maire de Toulouse. Quelle liste est-ce qu'il soutient ? Notre liste. Le maire de Reims. Quelle liste est-ce qu'il soutient ? Notre liste. Vous les avez ramenés à la maison. Bien sûr, le maire de Nice. Quelle liste il soutient ? Notre liste. Et donc, ne dites pas des choses qui sont fausses. Arnaud Dangean, qui était un soutien d'Alain Juppé, est numéro 3 sur notre liste. Et donc, on a réussi à recréer cette unité. L'hémorragie est terminée. Et c'est là où je voudrais, parce que cette clarté du débat est importante, y compris pour l'avenir de notre démocratie.
Il ne faut pas faire croire que tout est en même temps. Il y a des choix, il y a des convictions, il y a des visions qui sont portées. Et les choses ne sont pas...
C'est pas un peu plus compliqué que ça. Edouard Philippe, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Jean-Pierre Raffin, à vos yeux aujourd'hui, ils sont de gauche.
En tout cas, à mes yeux, ils ne sont plus de droite, oui. Ils sont de droite. Je vous l'ai dit. Quand je vois ce qu'ils ont fait en termes de politique sur la dépense publique, sur le régalien, sur les sujets qui sont pour des gens de droite et de centre important, ça n'est pas ce qu'on attend. Voilà. Et au fond, pourquoi est-ce que je vous dis ça aussi ? Vous voulez quoi dans ce vote ? Vous voulez condamner les Français à ne faire que des votes par élimination ? On veut juste que les Français, on leur dise, vous devez éliminer Marine Le Pen, vous devez éliminer Emmanuel Macron. Les Français ont le droit de choisir. Cette élection, ce n'est pas le troisième tour de la présidentielle.
Cette fois-ci, ils ont le choix. Et ils peuvent s'exprimer par rapport à ce qu'ils veulent. Que d'ailleurs, ceux qui nous écoutent, soit à gauche, soit à droite, qu'ils soient des soutiens d'Emmanuel Macron, je dis dans cette élection, faites le choix par rapport à ce que vous voulez. Ne tombons pas dans ce piège qui est mortifère et destructeur pour la démocratie, dans lequel on nous explique maintenant que notre seul avenir, c'est d'éliminer. On n'a plus le droit de faire des choix de conviction. Bah si, vous pouvez choisir en fonction de vos valeurs. Et si vos valeurs sont celles de la droite et du centre, vous avez une liste qui correspond à ce que vous portez, ce que vous croyez.
Laurent Wauquiez, vous restez avec nous, 8h51, le rappel de l'actualité avec Stéphane Milhomme. Merci.
Le procureur de la République de Besançon fait appel ce matin, après la décision du juge hier soir, décision de laisser en liberté le docteur Frédéric Péchier. Le magistrat l'annonçait il y a quelques minutes. L'anesthésiste a été mis en examen hier soir pour 17 nouveaux cas d'empoisonnement sur personnes vulnérables. L'instruction porte désormais sur 24 cas, dont 9 mortels. Le médecin a interdiction d'exercer son métier, interdiction également de rester à Besançon. Bientôt, le déremboursement des médicaments homéopathiques en France. Selon les informations de France Info, la Haute Autorité de Santé formule un projet d'avis.
Ne plus rembourser ces granules dont l'efficacité est controversée, le ministère de la Santé devra trancher. Meeting de la majorité présidentielle à Angers. Hier soir, dans le cadre des Européennes, un meeting sans Nathalie Loiseau, mais avec le renfort d'Edouard Philippe. 2000 participants à Paris pour le meeting du communiste Yann Brossat. Un millier de participants réunis à Lyon pour le meeting de Raphaël Glucksmann. Il a reçu le soutien de l'ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve. Et puis Taïwan légalise le mariage gay.
Le Parlement adopte le texte ce matin à vote qualifié d'historique sur cette île autonome qui devient le premier pays en Asie à adopter une telle législation.
Laurent Wauquiez, la chancelière allemande Angela Merkel a reconnu cette semaine des frictions avec Emmanuel Macron. Est-ce que c'est une bonne nouvelle ? Est-ce qu'on a un chef de l'État qui sait hausser le ton quand il le faut pour défendre les intérêts de la France ?
Vous savez, c'est quelque chose qui pour l'Europe ne peut pas prendre à la légère. Je pense que depuis la seconde guerre mondiale, jamais la relation franco-allemande n'a été aussi abîmée. Dans l'histoire des relations entre la France et l'Allemagne, je n'ai pas de souvenir d'un chef d'État allemand qui parle ainsi de ses relations avec un président de la République française. Jamais. Pourquoi est-ce que c'est extrêmement préoccupant ? L'Europe, ça ne marche que si la France et l'Allemagne sont capables de s'entendre. Tous les présidents de la République française l'avaient compris, quelle que soit leur sensibilité.
Depuis De Gaulle, en passant par François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande, tous l'avaient compris. En fait, ce qui m'inquiète, c'est que ce président de la République qui prétendait faire la renaissance de l'Europe, jamais la France n'a été aussi isolée. Isolée par rapport à l'Italie, isolée par rapport au pays d'Europe centrale, isolée par rapport à la Baltique. Et je suis inquiet parce que dans quel État il va laisser l'Europe ? Dans quel État il va laisser l'Europe ? Il est en train de la fragmenter exactement de la même manière qu'on a fragmenté la France. Et j'assume complètement que notre liste nous s'inscrive dans la tradition de cette relation franco-allemande.
Parce que je suis convaincu que tous ceux qui sont attachés à l'Europe, c'est la seule façon de faire marcher l'Europe. La France et l'Allemagne doivent s'entendre.
Donc quand l'Allemagne, le gouvernement allemand et votre allié, la CDU, réclament le déplacement du Parlement de Strasbourg à Bruxelles, vous êtes d'accord ? Il faut fermer le Parlement européen de Strasbourg.
Mais pardon, quand vous cherchez à travailler avec quelqu'un, vous n'êtes pas d'accord avec lui ? Surtout...
Ah, c'est exactement ce que dit Emmanuel Macron.
Sauf que là, c'est pas simple.
Il parle d'une confrontation féconde, Emmanuel Macron.
Non, non, mais c'est... Angela Merkel a dit quoi ? Ringen mit einander. En allemand, vous savez quand est-ce qu'on utilise ce mot pour dénominer des matchs de boxe ? Et je voudrais juste qu'on se trompe pas.
Le Parlement de Strasbourg, il faut qu'il reste à Strasbourg ?
Faites attention, c'est justement... Je me suis exprimé avec la plus grande clarté là-dessus. Sur le Parlement de Strasbourg, faisons attention. C'est pas juste la position de l'Allemagne, malheureusement. La France est attaquée par beaucoup de pays. Monsieur Verhofstadt, le premier allié d'Emmanuel Macron en Europe, est un des plus forts adversaires de la question de Strasbourg. Et sur ce sujet-là, il peut pas y avoir de différence entre Emmanuel Macron et moi. On doit défendre ensemble, je l'ai dit très clairement, s'il doit y avoir un siège du Parlement européen, qu'il soit à Strasbourg, je l'ai dit immédiatement après. Mais ça, c'est aussi le signe de l'affaiblissement de la France.
Pourquoi nos partenaires se le permettent ? Parce qu'ils sentent que la France est faible. Et c'est ça ce qui me préoccupe en ce moment, trop d'isolement de la France. Jamais par le passé, on a eu des attaques aussi violentes sur le Parlement de Strasbourg.
Laurent Wauquiez, il nous reste assez peu de temps pour une question, si vous le voulez bien, sur les 80 km heure. Hier, ici même, le premier ministre a lâché du lest. Il a annoncé des assouplissements possibles localement. C'est une bonne nouvelle. Il a entendu la colère d'une partie des automobilistes.
Mais vous vous rendez compte quand même de l'amateurisme ? Mais sur la quasi-totalité des sujets. On était parti fleur au fusil sur les 80 km heure, finalement on change. Sur les retraités, le président de la République au début, pendant la campagne, a expliqué qu'il voulait préserver leur pouvoir d'achat. Puis ensuite, il a mis 8 milliards d'euros de taxes pour ensuite revenir dans l'autre sens. Il avait annoncé la hausse de la CSG sur la retraite dans sa campagne. C'était dans le programme. Il avait dit dans sa campagne, souvenez-vous, je l'ai encore en tête, je ne toucherai pas au pouvoir d'achat des retraités. Il l'avait dit. Sur les 80 alors ? Sur les entreprises.
On commence le début du quinquennat en expliquant qu'il faut favoriser les entreprises. Puis ensuite, on dit maintenant qu'il faut augmenter les taxes. Pourquoi je vous dis ça ?
Sur les 80 alors, le premier ministre hier a dit que c'était au président de département, il leur laissait la liberté de revenir éventuellement à 90. Est-ce que vous souhaitez que les présidents des départements qui composent votre région Auvergne-Rhône-Alpes remettent la limitation de vitesse à 90 ?
Mais précisément, ça fait maintenant un an qu'on a porté cette demande. Que de temps perdu. Et c'est là où cet amateurisme m'inquiète. Ce gouvernement va un coup ici, un coup là, corrige, volette, varie, change au gré des sondages, en fonction de telle catégorie électorale qu'il veut attraper. Comme par hasard, là, on change juste avant les élections. Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Si vous voulez diriger un pays, il faut qu'il y ait un cap. Il faut qu'il y ait une colonne vertébrale. Il n'y en a aucune dans la conduite du pays en ce moment. Et je pense que c'est très anxiogène. Parce qu'un pays a besoin d'avoir des repères. Et en ce moment, on a un gouvernement qui change tout le temps.
Prenons la loi sur l'anticasseur. On l'avait proposé. Le gouvernement a commencé par la critiquer. Pendant quasiment deux mois qu'on a perdu.
Et elle a été partiellement censurée par le Conseil constitutionnel.
Ensuite, il l'a reprise. Sur une disposition extrêmement importante. Ensuite, le gouvernement l'a reprise. Puis ensuite, le président de la République lui-même l'a défait au Conseil constitutionnel. En fait, pourquoi... Qui l'a censuré ? Qui l'a censuré. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que tout ça est fait d'aller-retour dans tous les sens. Il n'y a pas de constance. Et ça, c'est très mauvais. Quand vous faites tout en même temps, il n'y a plus rien qui reste. Et je pense qu'au fond, on est quand même au bout de deux ans. C'est une des choses qui me marquent. C'est pour ça que nous, on veut qu'il y ait vraiment une constance.
Et que dans ce débat, on incarne une fidélité à ce qui est une vision pour le pays. Vous, vous ne changez d'avis. C'est pas ce que j'ai dit. Et on en a débattu. On est capable de reconnaître évidemment des erreurs. De refonder et de créer une nouvelle droite. Mais là, on parle de quoi ? De changement tous les deux mois. Tous les deux mois.
Et ce sera le mot de la fin, si vous voulez bien. Laurent Wauquiez. Merci beaucoup d'être venu ce matin sur le grand plateau de France Info lundi matin. C'est Marine Le Pen qui sera à votre place. Et demain matin, celui qui mènera la liste des écologistes. Yannick Jadot également. France Info donne la parole. Essaye en tout cas à toutes les sensibilités politiques. Merci. Merci à vous, Laurent Wauquiez. Le débat européen.
Laurent Wauquiez