Vendredi Écologie avec David Cormand - Episode 4 : En finir avec la pub
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Vendredi Écologie, le podcast de David Cormand. Donc, David, bienvenue dans ton propre podcast. Comme il est tradition maintenant du petit épisode, je vais refaire ton CV. Donc, tu es député européen. Tu as été également secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts. Et tu as aussi été local à Cantleux. Est-ce que je me trompe ? Non, c'est parfait. Donc, tu es également auteur. Tu as écrit deux bouquins. Le premier, c'est Ce que nous sommes en 2022 aux éditions Les Petits Matins. Et le dernier, c'est celui-ci, Tant de cerveau libéré, en finir avec la publicité. Et ça tombe bien, c'est deux publicités dont on va parler aujourd'hui.
Ce livre, c'est l'aboutissement d'un cheminement personnel sur les questions de publicité. Est-ce que tu saurais dire où et quand ça a commencé, cet intérêt pour la pub ?
En vrai, intérêt, regard, oui, intérêt au sens regard critique sur la pub, en fait, ça va assez vite en même temps que l'engagement écolo. D'abord, je pense que spontanément, même sans être engagé au niveau écolo, on se sent très souvent gêné, en tout cas, moi, c'était le cas, par l'omniprésence de grands panneaux publicitaires, que ce soit dans l'espace public, dans les villes. Mais aussi, parfois, on peut être choqué par leur présence en péri-robain ou dans la campagne. On a tout en tête, tout est tous en tête. Les entrées de ville, vous avez la série de panneaux qui bouchent le paysage, etc. Donc, c'est assez laid.
Et puis, il y a aussi la publicité omniprésente à la télé, en vieillissant, parce que moi, je parle d'une époque où il n'y avait pas autant Internet, il n'y avait pas les réseaux sociaux, il n'y avait pas les smartphones et compagnie. Et avec le développement des smartphones, des liens Internet, etc., on a vu exploser notre exposition à la publicité. Donc, ça, c'est monté comme ça. Et puis, c'était un intérêt critique par rapport à ça.
Et puis, ça a été par le travail parlementaire ici, notamment dans la commission Marché intérieur protection des consommateurs, où il s'est avéré que quand on réfléchit à un marché intérieur, c'est le nom qu'on donne au marché européen, durable, soutenable, c'est compliqué de ne pas reparler de publicité. Or, curieusement, la question de l'impact de la publicité sur les modèles de consommation, sur la façon dont on consomme, sur la façon dont on produit, etc., etc., était peu ou pas du tout traitée par la législation européenne, sauf dans des textes sur les questions de santé, par exemple sur l'interdiction de la publicité du tabac, des choses comme ça.
Mais sur l'impact plus général des biens de consommation, de l'encouragement à consommer des biens de consommation, ça n'y avait pas. Donc, quand on a eu à travailler sur un rapport d'initiative, un rapport qui n'a pas force de loi sur le marché intérieur durable, on avait réussi, les Verts, j'étais rapporteur, à intégrer un paragraphe sur la question de la publicité. Et c'est à ce moment-là que je me suis rendu compte que c'était assez peu porté politiquement. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'associations, d'ONG, de citoyens qui sont mobilisées contre l'agression publicitaire. D'ailleurs, il y a une ONG qui porte ce nom-là, mais il y en a plein d'autres, un paysage de France, etc.
Mais politiquement, ce n'était pas porté en tant que tel trop. Donc, comme il n'y avait personne pour s'en occuper, je me suis dit que c'était peut-être l'occasion d'essayer de le porter. Et donc, on a, mais notamment avec toi, Roméo, on a travaillé sur ce livre qui est à la fois une sorte d'analyse sur c'est quoi la signification de la publicité dans notre société de consommation, de consommation, et quelques propositions, des propositions pour comment la réguler, voire même en finir avec elle.
Mon propos est assez radical, un peu provocateur, c'est-à-dire qu'en fait, il faut complètement arrêter la publicité puisque, par définition, la publicité, ça sert à nous faire acheter des choses dont nous n'avons pas besoin. Et donc, dans un moment de notre histoire de civilisation où on dit qu'il faut faire attention à la sobriété, nous recentrer, nous concentrer sur les biens indispensables, il y a une contradiction entre d'un côté dire ça, y compris, c'est les objectifs un peu du Green Deal, et de continuer à avoir un angle mort sur la publicité, la communication commerciale qui sert exactement à faire l'inverse. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de sobriété avec la publicité.
Ces deux injonctions, on appelle ça des injonctions contradictoires, elles ne sont même pas paradoxales, elles sont contradictoires.
Ce discours que tu portes, tu l'as trouvé difficile à tenir au sein de la commission IMCO ? Ou alors, est-ce que c'est quelque chose qui a été compris une fois que c'était exposé ? Comment tu évalues la réception ?
C'est compliqué parce qu'intellectuellement, enfin intellectuellement, les gens comprennent, personne n'est naïf, tout le monde sait très bien à quoi sert la publicité, mais là, on se heurte à un frein politique, c'est que dans la tête des responsables politiques et beaucoup d'élus des autres groupes, la publicité est considérée comme une sorte de mal nécessaire pour faire fonctionner le système, pour faire fonctionner la machine. Et d'ailleurs, dès l'origine, la publicité servait à ça. Enfin, c'était conçu comme ça.
C'était, d'ailleurs, il y a quelque chose un peu mystérieux chez les espèces de spin doctor, enfin, il y a un côté un peu éminence grise où on les consulte un peu comme des oracles, ils sont censés avoir la connaissance de nos envies, en tant que personnes, de nos envies profondes, et voilà comment ils peuvent diriger la façon de consommer. Donc il y a quelque chose même d'assez mystique dans le rapport à la publicité.
Et il y a la croyance, parce que je pense que ça relève de la croyance, que pour avoir une croissance, que la consommation, de la production, des emplois, il y a besoin de cette espèce d'huile dans les rouages, qui, de mon point de vue, est plus que de l'huile, c'est même un carburant. Il y a besoin de ce carburant pour faire tourner le moteur du progrès. Il y a la publicité dans le rapport à la consommation, mais y compris dans un rapport à c'est quoi la bonne façon de vivre. Parce que la publicité, elle cherche à nous imposer, à nous inspirer. C'est quoi être heureux ? Souvent, toujours, d'ailleurs, la publicité, c'est des gens qui sont heureux. Et pourquoi ils sont heureux ?
Parce qu'ils consomment avec leur famille la bonne tarte à tartiner, parce qu'ils ont les moyens d'acheter la bonne voiture, parce qu'ils ont la bonne marque d'habits, parce qu'ils ont le bon voyage, je ne sais pas où, parce que, bon, bref, c'est sans fin. Et donc, il y a quand même quelque chose qui est très prescriptif et qui est même un peu intrusif. Ce n'est pas seulement on vous montre, voilà, ce n'est pas juste on vous montre les marques à disposition. C'est qu'il y a quelque chose qui cherche à, c'est même à ça que ça sert, à influencer nos modes de vie et à influencer un mode de vie qui est le contraire de la retenue ou de la sobriété.
Alors, tu convoques le terme d'intrusivité qui est assez intéressant parce que tu le développes, notamment, dans ton livre. La publicité, elle est intrusive. Elle est devenue intrusive et elle est de plus en plus intrusive.
Alors, de mon point de vue, elle l'est depuis l'origine, mais il n'y avait pas les moyens techniques pour pouvoir qu'elle le soit complètement. Mais en fait, à chaque fois qu'il y a eu des moyens techniques pour accélérer et aggraver l'intrusion dans nos esprits, ils ont été utilisés. Et la réclame, au départ, bon, voilà, c'était des panneaux qui s'adressaient à tout le monde en même temps, où on ne visait pas tel ou tel public, parce que d'ailleurs, y compris physiquement, on ne le pouvait pas. Sans doute, on visait les endroits. C'est-à-dire qu'on mettait sans doute la pub de bière à l'entrée des pubs et je ne sais pas quoi, la publicité pour des affaires scolaires devant les écoles.
Mais le niveau de ciblage, c'était celui-ci. Donc, il y avait quand même une intrusion. Il y avait quand même, on a en tête, des fois sur les routes départementales, on voit des restes de pubs pour les apéritifs du bonnet ou des choses comme ça. Bon, voilà, ça sent un peu la France à l'encre violette ou pour l'hériture, enfin, on ne veut pas dire de marque, mais d'alcool, d'apéritif ou quoi. C'était des murs qui étaient peints par des... Voilà, c'est ça. Et puis, petit à petit, avec la radio, puis la télévision, tout ça, c'est affiné.
Moi, quand j'étais jeune, on nous parlait de la ménagère de moins de 50 ans qui était censée être l'ordonnatrice d'un certain nombre de biens de consommation, qui tenait, y compris avec des a priori un peu stéréotypés ou voire sexistes. Mais c'était donc la publicité dans les programmes télé était conçue pour attirer à certaines heures de la journée sept ménagères de moins de 50 ans avec des écrans publicitaires qui étaient ciblés. Le ciblage se faisait comme ça. Et on a un ancien patron de TF1 qui avait conçu que voilà, mon métier, c'est de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola ou à qui sais autre pour occuper. Mais c'était un niveau d'intrusion.
D'abord, ça rentrait chez nous, là, la télévision. Donc, c'était un peu plus intrusif. Mais c'était les écrans de pub. C'est-à-dire qu'en fait, si on n'avait pas envie de les regarder, on pouvait zapper ou aller dans la pièce d'à côté à temps que ça se termine. C'était pas... Voilà, c'était le niveau d'intrusif. Et maintenant, avec le numérique, avec les smartphones, avec tout ça, là, il y a un niveau supplémentaire, mais qui est exponentiel, d'intrusion dans nos cerveaux où non seulement on est exposé beaucoup plus souvent, mais surtout, on va chercher via nos centres d'intérêt et autre, une connaissance de quelles pourraient être nos aspirations pour pouvoir les orienter.
Donc, c'est là qu'il y a quelque chose, un glissement qui s'opère où on n'est plus du tout dans la réclame à la papa. On est dans quelque chose qui, pour moi, porte atteinte à des droits fondamentaux, notamment le droit à la vie privée. Donc, il y a tout un travail à faire qui a commencé au niveau européen, mais qui, à mon avis, est largement sous-dimensionné par rapport à ce qu'il faudrait faire, de protéger nos vies privées, de l'intrusion des gars-femmes qui vont chercher ce qu'on appelle de la data, des données, ce sont nos données personnelles, et qui ensuite les traitent avec des algorithmes, avec de l'intelligence artificielle pour en faire commerce.
Et donc, aujourd'hui, ce que ces vendeurs d'espaces publicitaires vendent, ce n'est pas seulement des temps d'exposition sur des écrans, c'est ce que nous avons dans la tête. C'est ça dont ils font commercer. Là, pour moi, on franchit une limite qui pose des problèmes éthiques, démocratiques, bref, de souveraineté de nos esprits, j'ai envie de dire. Et ça, c'est une question qui est insuffisamment traitée et portée politiquement.
Et tu cherches quand même à la traiter politiquement de manière différente et au travers des différentes attributions que tu as. Tu es notamment membre de la commission culte et tu t'intéresses beaucoup à l'indépendance des médias. Pour toi, c'est des choses qui sont liées à ce sujet publicitaire et à ce sujet de l'indépendance des médias, ce qui pourtant n'est pas évident au premier... Alors, ils sont liés
de différentes façons. D'abord, il y a un lien qui est ancien qui est la vente d'espaces publicitaires dans un journal, par exemple. Et quand on sait que c'est, en gros, les grands groupes de voyages, de voitures et de luxe qui représentent une part très importante des espaces publicitaires qui sont vendus dans la plupart des journaux papiers, et c'est à peu près pareil d'ailleurs pour les écrans de publicité à la télévision, on voit qu'il y a une forme d'influence.
Quand votre premier annonceur, c'est, je ne sais pas, trois marques de voitures et LVMH, ça va être compliqué de faire des articles qui s'en prennent au transport routier, etc., individuels, et ça va être compliqué de faire des articles d'investigation sur l'évasion fiscale du patron des LVMH. On voit bien que vous avez recevoir un coup de fil qui dit « Écoutez, j'ai bien lu votre article, il était très intéressant, enfin, comptez plus sur nous pour faire de la publicité pour nos sacs à main, nos parfums, etc. » Et donc, il y a une sorte, j'imagine, d'auto-censure, en tout cas, il y a un vrai problème de ce niveau-là.
Mais, là encore, on franchit un nouveau niveau de mon point de vue puisque, aujourd'hui, la diffusion de l'information se fait beaucoup par les réseaux sociaux. Or, les réseaux sociaux se nourrissent, enfin, se diffusent d'autant plus qu'il y a beaucoup d'interactions. Or, on se rend compte que les articles qui génèrent de l'interaction, ça va être beaucoup d'articles qui vont être sensationnalistes, voire complotistes, voire diffuseurs de fausses informations. Ça, c'est très intéressant pour les annonceurs parce que c'est ces articles-là qui vont... On a retrouvé le monstre du Loch Ness, il portait des portes d'artels.
Bon, là, c'est un peu absurde, mais c'est un article qui va susciter beaucoup de clics parce que tout le monde va vouloir voir le monstre du Loch Ness en portes d'artels. Et donc, tout le monde va aller voir ça. En termes de vertu d'information, c'est discutable. Par contre, pour les publicitaires, c'est très intéressant. Mais il y a d'autres exemples qui sont moins amusants. Ça va être, je ne sais pas quoi, on le voit quand il y a la guerre d'agression russe face à l'Ukraine, quand autour de ce qui peut se raconter autour d'élections aux États-Unis, où il y a eu des délires, les délires canones autour de complots internationaux, pédophiles, etc.
Donc, non seulement qu'ils portent préjudice, notamment, en l'occurrence, c'était Hillary Clinton, dont on peut penser par ailleurs ce qu'on veut, mais qui n'était pas pédophile, voilà, qui n'a rien à voir avec ça, mais donc ça porte atteinte à la démocratie et ça génère aussi des pratiques en termes de médias qui sont destructrices. Et la publicité est l'un des intérêts de le faire. C'est qu'en fait, il y a un intérêt pas seulement politique à faire ça.
Il y a un intérêt en termes sonnants et trébuchants parce qu'il y a des sites qui font commerce de ces fausses informations, non pas parce que les gens achètent la lecture de ces articles, ils sont gratuits, mais parce que rattachés à la lecture de ces articles, c'est tout un tas de dark patterns et de cookies et de cookies, cookies c'est autre chose, et en plus, on va savoir quel type de citoyen ou citoyenne vous êtes par rapport à l'intérêt que vous allez porter à ça.
Donc il y aura une exploitation économique, commerciale, publicitaire pour vous vendre des trucs, mais il peut y avoir aussi une instrumentalisation, une utilisation politique en sachant que ce citoyen-là ou cette citoyenne-là est intéressée à ces histoires complotées. Donc pour influencer son vote, on va pouvoir lui renvoyer ce type d'informations, etc.
Donc c'est là qu'on voit que ça percute à la qualité des informations qui circulent et donc les médias entre guillemets traditionnels qui essaient d'avoir une éthique et une exigence journalistique sont beaucoup moins bien traités par les algorithmes et donc ont une perte de fréquentation pendant qu'à côté, les générateurs de fake news ont plus de rentrées publicitaires, plus d'interactions, plus d'expositions.
Donc on voit bien que pour se défendre de ce phénomène-là, les démocraties doivent réfléchir à ça et c'est ce qu'on essaye de faire en culte avec notamment un des aspects du média Freedom Act de façon pas complètement satisfaisante parce que quand nous avons voté le texte, la position du Parlement n'a pas retenu la version la plus exigeante par exemple pour effacer rapidement quand il y a des fake news leur diffusion.
C'est-à-dire qu'on a c'est un délai de 24 heures qui a été retenu qui est un délai bien trop long puisqu'on le sait bien 24 heures c'est une éternité en termes de diffusion de fausses nouvelles et c'est pas simple parce que qui décide que c'est une fake news comment on fait pour réguler une information entre guillemets légitime et illégitime en fait on ouvre là une boîte nous sommes confrontés avec ces nouvelles technologies qui a des questions éthiques par rapport à comment on protège notre démocratie qui sont un peu inédites donc ça nécessite d'avoir un traitement politique démocratique de ces questions.
Ce traitement politique il est majoritairement effectué notamment en France par les écologistes qui mettent ça sur la table pour toi c'est un sujet qui est au cœur de ce qu'est la pensée écologique ?
Alors d'abord ce qui est au cœur de la pensée écologiste je pense c'est la protection de la vie privée c'est en fait de dire protéger les droits au cœur de la pensée écologiste il y a les droits il y a la justice et le droit et donc en fait il y a la pensée qu'en tant que citoyen et citoyen ce statut ils sont rattachés en certain nombre de droits imprescriptibles comme le droit à la vie privée etc.
donc là c'est la première c'est pas un monopole des écologistes ça fait passer la pensée écologiste ce qui est plus spécifique à la pensée écologiste je crois c'est quand il y a une innovation de ne pas uniquement la voir comme quelque chose qui parce que c'est nouveau serait par nature un progrès au sens positif du terme mais toujours de se dire mais est-ce que cette innovation quel impact a cette innovation quels usages elle va impliquer et n'y a-t-il pas au-delà des vertus qu'on rattache à cette innovation des externalités ce qu'on appelle des externalités négatives c'est en ça que les écologistes historiquement ont été critiques de la révolution industrielle en disant il y a des aspects positifs on peut produire plus ou quoi mais attention est rattaché à ce modèle-là des externalités négatives et ça s'est vérifié avec c'est ce que dit le GIEC les gaz à effet de serre le fossile tout ça et donc on dit attention par rapport à ces technologies rattachées au numérique et notamment tout ce dont on est en train de parler il y a potentiellement des externalités négatives non seulement pour nos droits pour la démocratie mais aussi pour notre façon de consommer et donc pour l'environnement etc etc encore une fois si on pense que les rapports du GIEC qui sont faits par un consensus scientifique de milliers de scientifiques sont à prendre au sérieux ça doit avoir un impact sur nos façons de produire et de consommer et donc ça doit nous faire réfléchir sur comment on autorise ou pas un certain modèle de communication commerciale etc donc tout ça en tant qu'écologiste il y a une continuité entre tout ça c'est ne pas abandonner le citoyen au consommateur ou sur-consommateur
parce qu'il y a presque une idée quand on voit ce qui a été fait en IMCO Marche intérieur et protection des consommateurs donc il y a l'idée presque que la pub est un vecteur de protection des consommateurs puisqu'elle informe les consommateurs
alors ça c'est très oui absolument c'est un argument souvent qu'on nous renvoie dire oui mais pour que les consommateurs s'y retrouvent il faut bien les informer et donc on considère que la publicité est une information pour le consommateur mais la publicité est une information pour le vendeur c'est le producteur et le vendeur qui payent la publicité donc elle est conçue d'ailleurs quelque part c'est logique pour son avantage à lui pas pour l'avantage de la consommatrice ou du consommateur par nature c'est un rapport de force le rapport commercial et donc quand on est du côté de celui qui vend on n'est pas du côté de celui qui achète donc là pour moi il y a une contradiction mais c'est vrai que c'est un argument qu'on entend beaucoup il y a un autre argument qu'on entend qui est assez intéressant qui est l'argument créatif esthétique on explique oui mais la publicité c'est aussi un lieu où on crée c'est très intéressant d'ailleurs notamment en France c'est quelque chose que c'est drôle d'ailleurs parce que c'est beaucoup une partie de la génération 68 etc qui sont devenus des pubards dans les années dans les années des publicitaires dans les années 80 et qui ont été les vecteurs aussi de ça en disant mais nous on embellit la société alors que c'est les chansons c'est les trucs d'ailleurs souvent moi j'adore Richard Gottenner j'aime beaucoup son répertoire je sais qu'il n'est pas forcément très coté mais j'écoutais et qui a fait c'est pas du tout une critique mais qui a fait beaucoup de alors j'ai pu l'été des chansons mais dans les années 80 beaucoup de de titres de chansons de slogans chantés qui nous rentraient dans la tête etc donc il y a tout cet argument là ça serait triste quand même un monde sans publicité ça serait quand même on s'ennuierait un monde sans publicité donc il y a cette idée là et puis il y a aussi l'argument ce que je disais par rapport aux médias mais qui est retourné en disant mais sans la publicité on met en danger les médias et donc la publicité serait quelque chose qui servirait à aider à financer l'information au sens enfin pas en subventionnant mais en donnant de l'argent aux médias en échange donc on a et effectivement il y a un modèle de presse qui repose aujourd'hui largement sur la publicité donc quand on se dit qu'il faut en finir avec la publicité ça exige de s'interroger sur du coup comment on fait pour avoir un modèle économique de médias qui fonctionne sans la publicité parce que les médias sont la presse libre et indispensable à une démocratie il n'y a pas il n'y a aucune démocratie sans presse libre j'aurais même que c'est la il y a plein d'exemples où c'est la presse la Amsterdam etc qui a la liberté de la presse qui a généré des modèles de démocratie c'est vraiment donc là on est devant quelque chose qui est un peu vertigineux sur lequel il faut bien réfléchir avant de déséquilibrer un modèle notamment de presse il faut réfléchir aux alternatives d'où l'enjeu par exemple d'avoir un financement public des médias c'est pour ça qu'en France quand on s'attaque par exemple la redevance qui est au financement public des médias publics pour moi ça représente un danger parce que ça veut dire qu'on laisse tout le pouvoir ou l'essentiel du pouvoir à des médias dont l'équilibre repose sur la publicité donc sur des intérêts privés et non pas sur l'intérêt général
tu commençais à répondre à ma prochaine question déjà quand tu dis en finir avec la publicité ça veut dire qu'on commence par quoi est-ce qu'on commence par détruire le monopole des industries qui font de la pub est-ce qu'on va je pense que déjà
la première chose pour moi l'urgence ça serait d'interdire la collecte des données personnelles via internet etc c'est-à-dire de protéger mais très strictement l'accaparement le fait d'aller chercher des données personnelles rien ne justifie qu'on aille chercher nos données personnelles absolument rien il n'y a pas d'argument en tout cas d'intérêt général qui justifie ça donc ça il faudra l'interdire ce qui provoquerait un choc parce que ça voudrait dire changer le modèle économique de la plupart des GAFAM qui monnaient ça mais au fond ce n'est pas des secteurs qui créent tant d'emplois que ça en tout cas pas plus qui n'en détruisent par ailleurs donc je pense que pour l'intérêt général ce ne serait pas dramatique ça déjà je pense qu'on ferait bien ensuite il y a tout ce qui relève de la publicité sur l'espace public dans l'espace public ça ce n'est pas normal que notamment le financement des collectivités locales repose en partie sur des redevances d'emplacements publicitaires ça c'est quelque chose qui devrait être arrêté interdire des collectivités le font c'est le cas à Lyon c'est le cas à Grenoble donc de plus en plus de villes notamment sous l'érection des écolos en finissent avec la publicité dans l'espace public donc là c'est possible ça nécessite un effort parce qu'effectivement c'est des recettes fiscales enfin pas fiscales c'est des recettes pardon qui ne rentrent plus donc il faut les compenser soit par des recettes fiscales autres soit par des économies d'échelle sur d'autres domaines bon bref mais c'est je pense nécessaire et après sur l'aspect des médias là c'est une question qui est compliquée moi je pense qu'il y a renforcer le financement public des médias de façon peut-être plus ciblée qu'on le fait aujourd'hui et renforcer des règles éthiques s'il reste des annonces dans la presse pour qu'il n'y ait pas veillé à ce qu'il n'y ait pas de conflit d'intérêt mais je pense que d'une manière générale et pas qu'à cause de la publicité le modèle économique de la presse va devoir être être revisité j'ai envie de dire quoi qu'il arrive donc je pense que là il y a des pistes enfin l'une des pistes c'est que une partie du financement de la presse soit soit pris en charge par le budget commun parce qu'on a besoin encore une fois de presse même si il y a des modèles ils sont très minoritaires de médias de pure player sans pub qui arrivent à peu près à fonctionner en France on a un exemple parce qu'il n'y en a pas 50 000 mais avec Mediapart ou quelques autres je pense qu'il faut trouver des pistes de cet endroit-là
oui ça me fait penser à une citation du rapport notamment de Renaud Fossard sur la publicité qui disait qu'aujourd'hui la pluralité de l'information elle est notamment assurée par des médias dont le financement ne relève pas de la plus mais passons sur ça tu as eu une inflexion intéressante sur le fait qu'au niveau local des mairies des collectivités s'intéressent aux problèmes publicitaires toi tu penses que c'est un sujet qui est éminemment européen sur la publicité qui doit être pris en charge par l'Europe
oui parce que comme je disais il y a des régulations alors il ne faut pas d'abord il faut le prendre en tenaille c'est-à-dire qu'en fait ce n'est pas niveau européen contre le niveau local je pense que il y a un aspect d'ailleurs y compris c'est comme une désintoxication donc en fait il faut retirer on est addict à la publicité donc partout où on y est exposé il faut la retirer petit à petit donc il y a cette histoire de panneaux d'affichage dans les villes y compris et ça a été fait et peut-être c'était une étape nécessaire on négociait notamment avec une entreprise fameuse le fait qu'elle mettait à disposition y compris des vélos en échange d'emplacements publicitaires c'était un modèle qui a permis d'amorcer la pompe de la mise à disposition de vélos au début des années 2000 c'est un modèle dont on est en train de sortir d'abord parce qu'il est très cher il n'est pas satisfaisant en termes voilà de c'est un peu paradoxal de financer un objet écolo en contrepartie d'un service de la publicité qui n'est pas vraiment un service et qui est anti on l'a dit qui est à écolo anti-écolo donc il y avait une contradiction donc ça c'est un modèle dont on est petit à petit en train de sortir en plus il y a un intérêt y compris en termes de politique publique de gérer directement pour une collectivité ces flops de vélos de mise à disposition plutôt que passer par un prestataire type de co donc c'est plutôt mieux de faire comme ça en termes de maîtrise de politique publique donc l'échelon local il est nécessaire mais comme je le disais la régulation des GAFAM c'est pas à l'échelle d'une ville qu'on peut facilement faire donc là l'échelon européen il est important et surtout il y a l'aspect en fait on peut pas marcher on peut pas parler du marché intérieur européen sans parler de la publicité donc en fait vu que l'Union européenne de ses compétences principales c'est organiser le marché à l'intérieur et la protection des consommateurs à l'intérieur de ses frontières il faut appréhender la question de la publicité sinon c'est un angle mort qui serait trop important donc il faut le faire à tous les échelons il y a même au niveau national il y a des choses qui peuvent être faites qui peuvent être faites qui peuvent être régulées mais si on veut s'attaquer oui encore une fois aux GAFAM à la captation des données c'est plus efficace de le faire au niveau européen qu'à l'échelle locale évidemment mais même à l'échelle d'un pays c'est en fait quand on a affaire à Apple à Facebook à Musk et Twitter etc ils commencent à écouter si on est l'Union Européenne à une échelle plus petite voilà on peut leur mettre des amendes ça a pu être fait avec Apple pour un tout autre sujet récemment mais c'est plus efficace de le faire à l'échelle de l'Union Européenne
et parce qu'en l'état maintenant actuellement qui et quoi contrôle la publicité quelle régulation exercer sur la publicité
alors c'est intéressant parce que c'est une autorégulation en fait il y a c'est la publicité c'est les publicitaires qui s'autorégulent y compris les ONG qui étaient présents dans ce cas se sont retirés parce qu'en fait ça n'a pas de sens et donc en fait c'est toujours l'idée que c'est par on va inciter à ils vont réfléchir à trouver des règles entre eux pour améliorer leur pratique et là en matière de publicité enfin dans d'autres domaines d'ailleurs on ne peut pas demander à on ne peut pas demander à Philippe Maurice de réguler la consommation de tabac on ne peut pas demander à des publicitaires de réguler le fonctionnement de la publicité peut-être ils vont le faire à la marge mais leur objectif c'est d'avoir accès à des marchés c'est de vendre de la publicité c'est leur métier d'ailleurs il ne s'agit pas de leur reprocher c'est leur objet social c'est leur objet économique l'objet politique d'une collectivité en l'occurrence l'Union Européenne c'est de réguler ses intérêts particuliers au nom de l'intérêt général donc aujourd'hui il y a assez peu de lois il y a assez peu de textes là il va y en avoir j'espère au niveau européen notamment sur ce qu'on appelle les allégations vertes vous savez c'est tous les labels les logos sur neutre en carbone machin ou quoi où on ne sait pas si c'est vrai souvent c'est faux ça n'existe pas neutre en carbone d'ailleurs soit c'est parce qu'il y a de la compensation donc là on va essayer de mettre de l'ordre là-dedans pour que le consommateur ne soit pas abusé qu'on ne fasse pas croire à une consommatrice ou à un consommateur qu'il fait un pas ou un geste pour la planète en achetant quelque chose parce que c'est écrit dessus vert etc c'est que au moins que les publicitaires ne puissent pas dire n'importe quoi les marques ne puissent pas dire n'importe quoi quand elles commercialisent quelque chose donc il y a un embryon de texte là c'est dans le cadre du Grondi là entre l'empowering consumers donc c'est l'engagement des consommatrices et des consommateurs donc ce qui permet de leur donner des droits et il y a un texte qui s'appelle Green Clems Allégation verte qui va là être étudié pour réguler ces labels et la façon dont on peut communiquer en se disant vert alors qu'on ne l'est pas mais la question au-delà de ça ça devrait être de dire est-ce que c'est éthique est-ce que c'est une bonne chose de continuer à avoir le droit de faire la publicité pour des SUV et est-ce que c'est une bonne chose de continuer à pouvoir faire de la publicité pour des voyages à l'autre bout du monde ou même plus près d'ailleurs en avion il y a une vraie question pour moi de dire mais de la même façon qu'on a dit on ne peut plus faire de la publicité pour le tabac parce que le tabac tue aujourd'hui la publicité pour des voitures la qualité de l'air tue les gens par dizaines de milliers en Europe tous les ans est-ce que c'est normal de continuer à autoriser une publicité pour des produits qui aggravent cette pollution de l'air c'est une vraie question qui pour moi sera légitime à poser mais là on touche à des intérêts qui sont très puissants alors le pouvoir des cigarettiers était très important mais c'est une corporation qui était assez réduite autour de la vente de cigarettes de tabac c'était une industrie puissante mais voilà là on voit bien que tout ce qui porte préjudice à la qualité de l'air c'est pas un secteur c'est beaucoup de secteurs celui de l'automobile celui des poids lourds des transports celui de l'agriculture en partie celui du chauffage ça touche beaucoup plus de catégories de lobby d'intérêts
finalement en écoutant la publicité on peut en venir à croire qu'on peut participer à la transition écologique sans qu'il n'y ait aucune transition de nos modes de consommation c'est la en fait
c'est d'abord ce qui nous est expliqué politiquement par beaucoup de forces politiques beaucoup de forces politiques disent en fait on peut on va tout changer pour que rien ne change c'est moi ce que j'appelle l'illusion de la substitution c'est-à-dire qu'en fait on va dire bon c'est vrai il y a un problème avec les fossiles donc on va faire tout pareil qu'avant mais à la place que ça tourne avec du fossile ça tournera avec de l'électrique etc. à fort on va remplacer ce qu'on faisait avant par du numérique par la batterie électrique pour les voitures etc.
donc là pour moi il y a un vrai mensonge parce que en fait il n'y a aucun modèle viable où dans une planète à 8 milliards d'individus il y a 3 milliards de véhicules ou 4 milliards de véhicules qui pèsent 2 tonnes pour transporter une personne qui pèse 70 kilos qu'elle tourne au pétrole qu'elle tourne électrique il y a un truc qui est moins pire que l'autre mais dans les deux cas ça ne fonctionne pas donc il y a l'illusion de cette substitution donc ça c'est un discours politique qu'on entend mais c'est aussi un discours qu'on entend dans la publicité où la publicité va dire mais enfin va nous engager à croire que à deux niveaux qui posent problème c'est que grâce au label vous faites un truc écolo et la deuxième chose pour moi qui pose problème c'est qu'on laisse entendre que c'est des conduites individuelles qui peuvent changer les choses qui est une façon de dépolitiser complètement l'aspect systémique de ce que nous sommes en train de vivre en fait la responsabilité elle est dans les infrastructures dans les choix politiques qui sont faits c'est quoi les choix d'infrastructures de transport qu'on choisit de faire ou pas c'est quoi l'aménagement du territoire ou le déménagement du territoire qu'on choisit de faire ou pas c'est quoi les modes de consommation qu'on choisit de favoriser ou d'encourager ou pas et là-dedans la publicité joue un rôle en fait la publicité sous ses aspects branchés novateurs est profondément conservatrice elle est au service de maintenir un modèle en l'état c'est-à-dire le modèle dont bénéficient leurs clients ses clients c'est-à-dire ceux qui sont aujourd'hui possesseurs des grandes marques et donc qui sont tributaires du modèle tel qu'il est donc ça c'est aussi un aspect très habile de la publicité d'apparaître comme étant branché moderne tourné vers l'avenir en réalité il n'y a pas plus conservateur que la publicité dans les représentations du monde et dans le monde dans lequel elle nous invite à continuer de vivre c'est-à-dire qu'il y a un vernis qui nous dit voilà les voitures enfin les petites voitures c'est flagrant donc c'est une voiture toujours plus moderne toujours plus grosse mais c'est toujours un homme de 45 ans de 50 ans blanc qui l'a conduit dans une ville déserte il n'y a que lui en voiture dans la ville on sait bien que cette représentation-là ne correspond pas à la réalité
et ça me fait penser aux propos conclusifs de ton livre qui a peut-être été le nôtre d'ailleurs et je ne spoile pas la fin du livre tu dis que la lutte anti-pub ou la lutte pour une réforme de la publicité c'est une lutte qui vise à reprendre le contrôle et que comme les luttes qui vise à reprendre le contrôle c'est une lutte qui est révolutionnaire oui c'est
qu'en fait il y a un aspect qui peut apparaître comme étant futile parce que la publicité on pense que c'est rien c'est que de la pub c'est pas grave c'est pas la guerre c'est vrai c'est que de la pub c'est jamais que de la pub la pub c'est le truc qui est entre les choses qui sont censées nous intéresser c'est la pub au milieu d'un film c'est la fenêtre qui apparaît dans l'article qu'on est en train de lire donc c'est quelque chose qui nous est présenté comme étant secondaire comme étant voilà autant on emporte le vent je pense qu'au contraire elle est centrale c'est-à-dire que c'est aujourd'hui c'est autour de la pub qu'est construit notre système modèle médiatique de consommation donc elle est en réalité absolument centrale et c'est en ça que la remettre en question c'est pas seulement remettre en question tant de cerveaux disponibles que vendait le lait à Coca-Cola c'est remettre en question un modèle de consommation de production et de nos modes de vie donc c'est quelque chose qui est oui révolutionnaire au sens où il est systémique essentiel radical au sens où on s'attaque à la racine via la pub on s'attaque à la racine d'un mode de vie d'une représentation du monde on n'a pas eu le temps d'en parler mais y compris des représentations assez occidentaux centrés en réalité en termes de mode de vie d'ailleurs qui ont une influence sur par exemple la consommation de viande et ça c'est vrai depuis l'American way of life où voilà on a au fond pas imposé mais invité au monde un certain modèle qui est voilà qui est un peu néocolonialiste en réalité en tout cas qu'on cherche à coloniser les esprits avec une certaine façon de vie donc il y a une forme d'uniformisation qui est intéressée parce que quand vous êtes une grande marque et que vous voulez avoir un taux de pénétration et vendre le plus possible c'est plus pratique d'uniformiser les attentes et les envies et aujourd'hui on s'habille partout autour du monde à peu près de la même façon à peu près avec les mêmes pantalons à peu près avec les mêmes chaussures on a envie d'à peu près on rêve d'à peu près les mêmes vacances je dis à peu près parce que bien sûr il y a des exceptions et grosso modo il y a tout un travail auquel contribue la publicité d'uniformiser les représentations mentales qui est assez totalitaire aussi en réalité sous et là et donc remettre en question ça oui c'est remis en question je pense révolutionnaire au sens propre du terme de dire voilà c'est de faire tomber c'est via ça quand on tire le fil on fait tomber un modèle qui oui qui est totalitaire en tout cas qui est oppressant qui est intrusif etc
et bien merci David merci beaucoup pour cette cette explication claire sur le problème publicitaire je vous donne rendez-vous sur pour le prochain podcast le prochain épisode du podcast épisode 5 qui portera sur ton rapport à la Normandie ta terre locale et les passerelles que tu dresses entre ton mandat européen et les liens que tu as avec la Normandie je vous conseille aussi la lecture de temps de cerveau libéré au final avec les publicités disponible en librairie merci David
merci Romain à bientôt
David Cormand