Clémentine Autain : "J'estime que la politique du gouvernement, c'est de la violence sociale."
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Et notre invité politique, ce matin, c'est Clémentine Autain. Bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Avec plaisir. C'est la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Vous êtes candidate au Régional en Ile-de-France à la tête d'une liste qui regroupe la France Insoumise et le Parti Communiste. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale. Bonjour, Florent Buisson. Bonjour. De la République du Centre. Florent, on commence par l'actualité nationale. On va bien sûr parler des régionales et de votre programme, Clémentine Autain.
Mais d'abord, l'actualité, c'est Emmanuel Macron qui a annoncé hier la fin de l'opération Barkhane au Sahel. Il y aura une transformation profonde de la présence française sur place. C'est ce qu'il a dit. C'est une bonne décision pour vous ?
À la bonne heure, j'ai envie de dire. Moi, je suis très inquiète de l'embourbement dans cette région. Et surtout, je continue à en appeler un débat parlementaire parce que pour l'instant, la façon dont le président de la République gère ce type d'intervention se passe totalement de débats. et de débats nationaux, mais aussi de débats avec le Parlement qui doit avoir son nom à dire. Je crois que le temps est venu maintenant.
Le temps est venu, c'est-à-dire là, avant la fin de la session, sur savoir comment on retire nos troupes ?
Oui, oui. Et ce qu'on y fait ? Et quelle est notre stratégie ? C'est un vrai débat politique.
Il y aura un retrait progressif, c'est ce qu'il a dit. Est-ce que pour vous, il faut aller plus rapidement ? Là, le retrait progressif, il va s'étaler sur plusieurs années. Est-ce qu'il faut aller rapidement et aboutir plus vite à un retrait total ?
Mais il faut savoir ce qu'on veut y faire, en fait. C'est ça, le sujet. C'est à quoi ça a servi ? Est-ce qu'on tire un bilan de savoir à quoi ça a servi d'être ainsi présent ? Est-ce qu'on a fait reculer véritablement l'ennemi que nous cherchions à abattre ? Comment les populations locales ont pris notre intervention ? Tout ça doit être posé sur la table.
On va passer à l'autre actualité qui concerne toujours Emmanuel Macron, mais sur un tout autre sujet. C'est la condamnation hier de son agresseur, de la personne qu'il a giflé l'autre jour dans la Drôme. 18 mois avec sursis, 4 mois de prison ferme. Est-ce que c'est une peine à la hauteur de l'agression pour vous ?
Moi, j'ai du mal à juger une peine. Je ne suis pas juriste. Je n'ai pas vu le procès et je fais confiance à la justice pour avoir trouvé une peine qui correspond à l'acte qu'il a posé. Ce qui m'inquiète surtout, c'est la dimension politique, c'est-à-dire le climat social dans lequel nous nous trouvons, avec cette colère sourde et cette délégitimation des institutions jusqu'au président de la République, qui peut ainsi se trouver giflé publiquement, ce qui est quand même assez inouï comme scène que nous avons vue.
Et cela intervient dans un climat qu'on peut faire remonter toujours un peu plus, mais je dirais que pour moi, il y a eu un moment de bascule avec la tribune des militaires, deux tribunes d'ailleurs, les militaires retraités puis les militaires par représenté, voilà, d'actives, ce qui est quand même pas rien, qui intimait l'ordre de ceci ou de cela au président de la République et au Parlement.
Ça veut dire que vous faites un lien entre cette tribune et les violences ?
Je vais arriver à tous les liens que je fais. Si vous voulez, ce que je ressens, c'est qu'on est dans un moment où la violence monte, l'extrême droite monte et il y a un lien pour moi entre les deux. Je rappelle que la personne qui a giflé le président de la République l'a fait en criant un slogan royaliste et que la personne avec qui il était, on a trouvé chez lui Mein Kampf, donc c'est quand même pas rien. C'est pour ça que je reviens à cette tribune de militaires et aussi à cette manifestation de policiers provoquant l'Assemblée nationale avec des mots d'ordre anti-constitutionnels.
Puis cette vidéo que nous avons vue de Papacito, qui est un appel au meurtre d'une violence quand même, moi j'ai pas réussi à aller jusqu'au bout de la vidéo, je le dis sincèrement, je trouvais ça extrêmement, extrêmement violent, donc quand même des appels au meurtre. Donc il y a une ambiance, si vous voulez, générale, où une extrême droite violente se sent pousser des ailes et je ne crois pas que le gouvernement, c'est-à-dire le pouvoir politique, prenne la mesure de la défiance et d'ailleurs, non seulement la réaction du président de la République qui a cherché finalement à banaliser ce qui était arrivé avec la gifle, d'une certaine manière, c'est-à-dire que...
Il n'a pas vraiment banalisé. Non, mais il n'en a pas. Il n'en a pas rajouté.
Il n'en a pas rajouté. Banalisé, j'exagère. Je retire le mot volontiers. Mais vous voyez ce que je veux dire, il n'a pas solanisé, il n'a pas dit à quel point c'était un acte, moi je le crois, grave. Il n'a pas fait ça et dès le lendemain, ou le surlendemain, qu'importe, il décide qu'il faut porter le fer maintenant sur l'immigration. Moi je dis que là, il faut vraiment que ça s'arrête. C'est-à-dire qu'on avait, beaucoup avaient voté pour le président de la République, la République en marche, pour être un rempart à l'extrême droite. Et moi je constate...
Juste vous mélangez les sujets, c'est-à-dire vous mélangez la réunion qu'il y a eu sur l'immigration à l'Elysée hier, avant-hier, avec l'agression du président de la République ?
Je dis que le président de la République est agressé dans un contexte de montée de l'extrême droite. D'accord ? Et que c'est ce contexte violent d'une extrême droite qui se sent poussé des ailes, qui est par ailleurs banalisée sur les plateaux de télévision, pendant qu'on dissèque, on pèse et on sous-pèse les mots de Jean-Luc Mélenchon, on ne voit rien de cette offensive et de cette menace pour la République. Je pèse mes mots, cette menace pour la République. Et moi, il me semble que c'est une faute. Après tout ce qui s'est passé, c'est pour ça que je remonte à la tribune des militaires et au climat général dans lequel nous nous trouvons...
Justement, Mme Autin, pardonnez-moi de vous couper en parlant du climat général. Ces derniers jours, il y a ressorti une vidéo de février 2020, où vous l'avez certainement revue.
Oui, sur CNews, elle était en boucle.
Peut-être sur CNews, certainement dans d'autres médias, ou grimée avec d'autres élus La France Insoumise. Vous mimiez en dansant le faux passage à tabac d'un faux Emmanuel Macron. Est-ce que ça, ça ne participe pas aussi à ce climat de violence politique, quelque part ? Est-ce que ça ne banalise pas, puisque vous avez utilisé ce terme, une forme de violence politique ?
J'ai vu que c'était quasiment mis sur le même pied que Papacito. C'est complètement délirant. Parce que quand vous regardez la scène, on chante. C'est assez léger, c'est drôle, c'est des femmes. Donc on ne peut pas dire qu'il y ait une dimension...
C'est vous qui dites que c'est drôle. Après, on peut considérer que chacun peut juger la...
Oui, si vous voulez. Ça, je peux entendre. Ça, je peux entendre que l'humour est peut-être pris différemment d'un endroit ou d'un autre.
Est-ce qu'aujourd'hui, vous regrettez cette scène ? Vous dites qu'on n'aurait pas dû faire ça.
C'est toujours difficile de refaire l'histoire. Voilà, ça a été fait. C'est Attaque, c'est une association qui a proposé ce chant et cette mise en scène. On a des gants MAPA. Je ne trouve pas que ce soit une scène de violence, en fait. Je trouve que c'est une parodie. Non, mais vous parlez de climat. Est-ce que ça peut participer de ce climat ? Je ne trouve pas cette scène violente, en fait. C'est ça que je veux dire. Voilà. Est-ce qu'on le referait aujourd'hui ? Est-ce qu'on ne le referait aujourd'hui ? Est-ce qu'on n'a pas besoin, toutes et tous, de faire particulièrement attention dans ce climat ?
Moi, je suis pour qu'on n'en rajoute pas du tout dans la violence, ni dans les mots, ni dans les formes. Je pense qu'il faut qu'on abaisse le climat.
Est-ce qu'il y a cette violence-là, à l'époque ?
Bien sûr. D'ailleurs, bien sûr qu'on la sent. Mais la violence, c'est aussi... On est quand même juste après les gilets jaunes. Vous voyez, j'ai un désaccord avec le président de la République, qui danse dans la façon dont il répond à ce qui se passe, dit que c'est insupportable parce qu'il n'y a pas de violence de la part du gouvernement. Et vous voyez, la violence aussi, il faut qu'on s'entende. Moi, j'estime que la politique du gouvernement, c'est de la violence sociale, c'est de l'autoritarisme. Ça, c'est un symbole.
Vous comprenez bien le sens de la question. Ce que vous avez fait dans la danse, c'est un symbole. C'est vraiment Raquel Garrido qui était la porte-parole de la France insoumise.
Monsieur, je suis en train de vous parler d'autre chose que d'un symbole. Je suis en train de vous parler de la réalité, de la politique d'Emmanuel Macron. C'est autre chose qu'un symbole. C'est une réalité politique. Oui, mais là, vous vous parlez de la politique. Ce qui s'est passé en termes de violence vis-à-vis des gilets jaunes, ce n'est pas des symboles, ce n'est pas de la mise en scène. Ce sont des gens qui ont perdu un oeil. Ce sont des gens qui ont été nassés avec une disproportion dans la répression policière. Donc, je ne vous parle pas de symbole, je vous parle de la réalité.
Donc, quand le président de la République nous dit qu'il n'y a pas de violence du gouvernement, il y a une violence du gouvernement. Donc, j'estime que la violence du gouvernement entretient aussi ce climat. Et j'entends dans violence, aussi violence sociale, violence concrète, avec des violences policières telles qu'on les a vues, de l'arbitraire dans les décisions politiques et de la violence sociale contestée par les gilets jaunes, mais pas seulement.
Entre guillemets, qu'élite politique ou politico-médiatique, en tant qu'élite, c'est-à-dire personnalité politique de premier plan qu'on voit beaucoup à la télévision, vous ne vous sentez pas investi d'une mission un peu, peut-être, autre et presque d'exemplarité, d'éviter peut-être de tomber dans ce type de...
Bien sûr, bien sûr. Et je le redis volontiers. Moi, je n'ai pas de problème à dire que, et dans notre expression, et dans les actes que nous posons, moi, je crois qu'il faut qu'en effet, nous contribuions à élever le débat démocratique, le débat d'idées, et à baisser le niveau de violence. Donc moi, je vous le dis très tranquillement. Donc ça veut dire juste que... Par ailleurs, c'est plutôt mon profil. Non, mais ça veut dire que, clairement, ce que vous avez fait en février 2020, aujourd'hui, vous ne le referiez pas ? Après l'agif du président de la République, on ferait en effet très attention.
Mais je conteste, et même je suis très en colère, de la façon en particulier, ça m'a été rapporté sur CNews, où, en fait, au lendemain où il y a Papacito et où il y a l'agif du président de la République, dont Éric Zemmour, vous auriez pu aussi me dire ça, légitimé par Éric Zemmour, qui nous dit... Oui, quelque part, c'est légitime. C'est légitimé. On passe en boucle ces images qui sont des images, je suis désolée, mais pas très violentes quand même, parfaitement parodiques, avec des femmes et des gants à part.
C'est quand même une attaque contre le président de la République.
Oui, mais le président de la République... De la part d'élus de la nation. J'entends bien, j'entends bien, j'entends bien, j'entends bien. Mais c'est des élus de la nation qui apportaient le soutien à une mobilisation sociale. C'est ce qui se passe, et en l'occurrence féministe. Et dans la culture féministe, pardonnez-moi, mais le pacifisme, c'est quand même quelque chose de très, très fondateur. Vous savez quand même qu'on a mené une révolution, pour l'égalité entre les hommes et les femmes, où nous avons réussi à faire aucun mort du côté des oppresseurs. Donc, comme mouvement pacifique, vous allez quand même trouver difficilement mieux que le mouvement féministe.
Donc, moi, j'ai cette culture, et je suis pour abaisser en effet ça. Mais la responsabilité du gouvernement est forte, et elle est forte. C'est pour ça que vous me disiez quel est le lien avec l'immigration. C'est que je pense que nous ne voyons rien aujourd'hui, et j'insiste, du tapis rouge qui est fait à l'extrême droite, de la banalisation de l'extrême droite. Et on focalise, si vous voulez, les attaques ou les menaces potentielles, sur, complètement ailleurs, de ce qu'est la menace aujourd'hui tangible, profonde, pour notre pays. C'est-à-dire une extrême droite qui est puissante, et qui a fini par gangréner les thématiques qui sont mises en avant, et la façon de les traiter.
On va parler des violences faites aux femmes. Oui, vous avez proposé au gouvernement d'investir 1 milliard d'euros dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Au-delà du symbole que représente ce chiffre, qu'est-ce qui l'englobe précisément ?
Ah ben moi, je vous dirais l'inverse. C'est que pour moi, le symbole, c'est les mesures qu'on a depuis 4 ans prises par le gouvernement. Enfin, c'est incroyable. Il y a eu un grenelle. Non mais attendez, il y a eu un grenelle. Les mots sont inflationnistes. Un grenelle. Ensuite, il y avait la loi, on allait voir ce qu'on allait voir. J'y étais, j'ai fait tout le débat parlementaire sur cette loi. C'était au début du quinquennat, à la fin de la première année.
Ça, c'est le gouvernement. Vous, qu'est-ce que vous proposez concrètement ? Mais je vous dis... Dans ce milliard d'euros, il y a quoi ?
4 misérables articles, hein, voilà, avec des annonces qui sont des annonces qui ne coûtent pas un centime. Donc pour moi, 1 milliard, c'est investir dans la formation des policiers, des magistrats, des personnels de santé. C'est investir dans le mouvement associatif qui accompagne les victimes. C'est investir dans du logement d'urgence et pas simplement du logement aussi pérenne pour les femmes victimes de violences. Parce que vous savez que ce que nous a dit le récent rapport, c'est que seulement 1 femme sur 10 qui est victime de violences conjugales trouve une solution pour se reloger.
Donc moi, je veux bien toutes les nouvelles mesures de droit, si vous voulez, qui ne coûtent pas un centime et qui risquent très peu d'être malheureusement appliquées.
Mais qui ont aussi renforcé les moyens de lutte contre les violences conjugales, les mesures du gouvernement.
Mais très, très insuffisamment. Je ne dis pas que celles qui sont prises, je suis en désaccord. Globalement, je suis d'accord avec ce qui est fait. Je vous dis que ce qui est fait... Et vous reconnaissez que des choses ont été faites depuis le début de ce qu'il y a. Non, mais de grâce. Vous avez vu le mouvement MeToo ? Vous croyez que le gouvernement peut laisser le mouvement MeToo comme ça et puis dire, ben non, on ne fait rien du tout, merci, au revoir, on passe à autre chose. Non. Le gouvernement a été contraint d'agir. Mais j'estime que ce qu'il a fait est très, très, très, très en deçà. Mais vraiment, je ne peux pas le dire très en deçà.
Et le milliard, nous l'avons réclamé à corps et à cri dans la rue. Voyez le niveau de violence. Je vais même vous dire autre chose. Le niveau de violence qu'on a aujourd'hui dans la société sourde, c'est aussi lié au fait qu'il n'y a pas d'écoute de ce qui se passe dans la société. C'est-à-dire qu'on a l'impression qu'on manifeste, ça ne marche pas. On a des revendications syndicales, on nous dit au revoir. Le Parlement décide quelque chose, merci, non. Le peuple français vote le non au traité constitutionnel, on signe les traités. Et donc, on se dit, par où est-ce que les rouages de la démocratie peuvent être pris au sérieux et pris en contre ?
Justement, sur ce sujet, toujours, les procureurs de la République sont aussi montés au créneau sur la question des violences conjugales, cette fois réclamant des moyens, là encore, avec la création d'un poste dédié dans chaque parquet. C'est très concret, pour le coup. Est-ce que vous êtes d'accord avec cela ? Est-ce qu'il faut aussi des juristes spécialisés dans chaque parquet, capables de suivre les affaires en cours, qui sont de plus en plus nombreuses ?
Il me semble que ça va dans le bon sens, oui, je crois. Parce que les violences conjugales en particulier, ce sont des mécanismes qui ont des logiques très spécifiques et il faut être particulièrement formé. Alors, idéalement, j'aimerais mieux que tout le monde soit bien formé, qu'on n'ait pas besoin de, voyez ce que je veux dire, d'une forme de juridiction particulière. Mais ce qui est vrai, c'est qu'il faut connaître les mécanismes...
C'est une question de moyens, finalement, disent les procureurs de la République.
Je veux dire, mais ça, de la justice, parce que le problème des violences faites aux femmes et du traitement judiciaire, il est souvent lié au fait que, de toute façon, il y a un débordement, il y a une saturation, il n'y a pas suffisamment de moyens pour la justice en général. Est-ce que le gouvernement essaie là aussi de résorber avec une augmentation du budget de la justice ? Oui, oui, mais enfin bon, il y a du travail.
Il faut prioriser, c'est ça, sur cette question-là, qui est déterminée comme étant la priorité numéro un en matière de justice par le gouvernement. C'est en tout cas ce qu'ils disent.
Oui, c'est ce qu'ils disent, parce que c'est aussi une grande priorité nationale, et je n'ai pas vu pour l'instant les moyens, encore une fois, qui permettent de répondre véritablement à la question. C'est ça le sujet.
Et justement, dernière question là-dessus, Florent.
On croit toujours qu'on va changer la loi, modifier la loi, mais pas donner davantage de moyens.
Un autre exemple concret, dans ma ville à Orléans, un immeuble doit ouvrir pour accueillir temporairement les femmes victimes de violences. Jusqu'à la dernière mandature, la ville investissait 100 000 euros par an sur cette question. Est-ce que les villes, les collectivités doivent participer davantage ?
Complètement, complètement. Moi, je propose en Ile-de-France déjà des maisons des franciliennes, que j'aimerais construire justement avec les collectivités, les mairies, les départements, pour qu'en proximité, si vous voulez, vous puissiez vous rendre dans un espace avec des bénévoles et des personnels associatifs, potentiellement aussi des agents publics, et que là, ce soit la première porte d'entrée, si vous voulez, la première porte d'entrée où des femmes peuvent venir parler de violences, mais pas seulement, ça peut être de contraception et d'avortement, ça peut être de harcèlement dans les transports, ça peut être de sexisme, d'orientation, de problèmes au travail, bref.
Je pense qu'on a besoin de ces lieux, de maisons des franciliennes. Par ailleurs, en Ile-de-France, c'est terrible, parce que Valérie Pécresse a divisé par 2,5 le budget global dédié au logement en Ile-de-France. Donc après, moi, je veux bien qu'on priorise, mais on est dans une situation de misère.
On n'a pas vraiment trouvé ces chiffres divisés par 2,5, vous dites ? Oui, où vous ne les avez pas trouvés ? Sur le site du Conseil régional de l'Ile-de-France ? Ce n'est pas l'Ile-de-France qui va vous expliquer ça comme ça. Il y a un budget qui est à peu près équivalent depuis le début de la mandature de Valérie Pécresse ?
Vous allez avoir un Check News, je pense qu'il va sortir dans la journée, où notamment Céline Malaisé, qui est la chef de file des communistes sur la liste Pouvoir vivre en Ile-de-France que je conduis, et qui a travaillé ce sujet sur toute la mandature, parce qu'elle est présidente du groupe Front de Gauche, et je peux vous assurer, on ne va peut-être pas faire le débat chiffré ici, parce que c'est très pénible pour les téléspectateurs, mais je veux juste leur dire qu'ils ont pris sur mes réseaux...
Parce que quand on y va, le budget de logement est équivalent depuis le début de la mandature de Valérie Pécresse ? Non, non, non, mais ça n'est pas du tout... Vous vous dites que c'est faux.
Il n'y a pas de chiffres cachés. Non, il n'y a pas de chiffres cachés, mais je vous assure que c'est complètement faux.
Justement, puisqu'on parlait des violences faites aux femmes, un mot sur la sécurité, ça ne fait pas partie des compétences des régions. La sécurité, on va le dire très clairement, sauf dans les transports... Et c'est pourquoi nous en parlons à chaque fois. Non, parce qu'il y a quand même quelque chose dans votre programme sur la sécurité. Dans les transports, vous voulez réorienter les budgets de surveillance des franciliens vers le renforcement humain pour assurer une présence continue dans les transports. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y ait plus d'humains.
Vous voyez, Valérie Pécresse fait toujours le choix des caméras de surveillance. C'est vrai pour les transports et c'est vrai pour les lycées. D'ailleurs, elle a même investi, vous avez vu, dans des caméras pour la reconnaissance faciale, alors que le droit lui-même n'est pas encore certain. Donc, enfin, je veux dire, en termes de...
Alors, il n'y a pas que... Elle a aussi augmenté, là aussi, la présence humaine dans les transports. Elle demande à la SNCF, à la RATP de le faire.
Évidemment, mais bien sûr, Valérie Pécresse... Ça aussi vous sont testés. Enfin, écoutez, Valérie Pécresse est connue pour son austérité budgétaire et pour avoir diminué partout la présence des services publics et des humains. Dans les lycées, c'est terrifiant. Et alors, elle peut toujours se cacher derrière Ile-de-France Mobilité, si vous voulez, et dire « j'ai demandé ». Mais la réalité de la politique de Valérie Pécresse... Elle a aussi une 250 personnes supplémentaires pour la sécurité dans les transports. Bien sûr, bien sûr.
Alors, peut-être sur la sécurité, elle peut faire vaguement un effort, mais en termes de présence humaine, en termes de présence humaine, ça n'est pas du tout son parti pris. Et je vais vous dire, puisque vous aimez bien les lignes budgétaires de la région, allez voir deux lignes très intéressantes qui concernent la prévention. Vous avez deux lignes, une pour les écoles et une pour la médiation. Mais pour la médiation, à chaque fois, il y a prévention. En tout cas, c'est des lignes de prévention qui sont plutôt de compétence régionale. Et là, vous avez 3 millions qui ont été directement supprimées par Valérie Pécresse.
Donc vous, vous êtes sur un renforcement humain pour assurer la sécurité dans les transports.
On n'est pas, ce n'est pas notre compétence. Nous pouvons faire des choses, notamment en matière de prévention. Et Valérie Pécresse veut, elle, ne pas s'occuper de prévention et être uniquement dans la surveillance généralisée et dans la répression. C'est un vrai désaccord de fond. Voilà, les franciliennes et les franciliens ont deux bulletins de vote qui ont deux cohérences politiques différentes. C'est bon pour la démocratie, ça.
Puisqu'on parle des transports, on va parler de la gratuité dans les transports. C'est un sujet qui intéresse aussi beaucoup les franciliens. Vous, la gratuité dans les transports, vous voulez la limiter au moins de 25 ans. Ça veut dire que la gratuité totale, pour vous, des transports, c'est une utopie ? Ce n'est pas réaliste ?
À court terme, je n'y suis pas favorable. J'y suis favorable à long terme. C'est important de le dire. C'est-à-dire que l'horizon de gratuité, je le partage. Et ma famille politique s'est toujours battue, d'ailleurs, pour cette gratuité.
Quel est-il, du coup, cet horizon ? Parliez de long terme.
Moi, je peux dire ce que je ferai comme présidente de région sur la mandature. C'est une gratuité pour les moins de 25 ans et une gratuité pour tous les bénéficiaires des minima sociaux. Puis, au cours de la mandature, ça, c'est immédiatement. Et au cours de la mandature, j'aimerais qu'on puisse également ouvrir la gratuité pour les personnes retraitées sous condition de ressources. Voilà, ça, c'est ce qu'on propose dans ce mandat. Et pourquoi ? Parce que nous voulons qu'il reste suffisamment de moyens financiers pour aller abonder dans ce qui est pour nous notre priorité. C'est les transports du quotidien, leur modernisation et leur développement.
Je veux qu'on modernise les RER, B, C et D, urgentement. Je veux qu'on soit capable de donner plus de flotte de bus en grande couronne. C'est très important. Je veux qu'on investisse aussi dans un plan vélo pour les transports. Pour les transports, c'est beaucoup d'argent. J'aimerais qu'on arrive sur 10 ans, un peu au-delà de ma mandature, mais à mettre 2 milliards sur la table. Vous savez que le vélo, c'est le transport le moins subprime, le transport doux qui est bon pour la santé, etc. Donc, il faut des kilomètres de pistes sécurisées et je m'y engage. Voilà. Je veux aussi qu'on ait un métro circulaire autour de Paris pour y compris désengorger cette fameuse ligne 13. On n'en peut plus.
et puis développer les transports banlieue, banlieue. Ça présente quoi en termes d'investissement ? C'est énorme. Et de fonctionnement aussi. C'est pas que la région. C'est ça qu'il faut comprendre. C'est que tout ça suppose des négociations très serrées avec l'État. On a le super métro, on a les problèmes aussi...
Mais qu'est-ce qui vous fait dire qu'ils vont vous aider, du coup ?
La volonté politique et le suffrage. Voilà.
C'est la légitimité que j'aurai. On va parler d'économie, de développement économique, puisque ça, pour le coup, c'est une compétence majeure de la région. Alors, dans votre programme, il y a beaucoup de choses sur l'économie sociale et solidaire. Vous demandez à l'État d'interdire les licenciements boursiers. Il y a aussi beaucoup de choses pour conditionner les aides aux entreprises, à des critères sociaux, à des critères environnementaux. Qu'est-ce que vous faites concrètement pour aider aujourd'hui les entreprises franciliennes et l'économie francilienne qui a été très fortement impactée par sa crise sanitaire et par la crise économique ?
Là, vous parlez des entreprises. Voilà. Alors, d'abord, vous l'avez compris, ce que je veux, c'est qu'on contribue à modifier, à réorienter l'économie francilienne. C'est ce que j'appelle la bifurcation sociale et écologique pour qu'elle corresponde davantage à la satisfaction des besoins des habitants plutôt que de satisfaire les besoins du capital de s'accroître et d'être dans une logique de financiarisation de l'économie. C'est un grand désaccord que j'ai avec Valérie Pécresse qui choisit toujours l'attractivité, la compétitivité sur les besoins des habitants. Je prends un exemple qui va vraiment changer la donne.
Valérie Pécresse a donné, il y a une quinzaine de jours, un million d'euros à Renault qui vient d'annoncer la suppression de 2400 postes. Ce million d'euros, comme les 20 millions d'euros qui ont été donnés sur la mandature aux entreprises du CAC 40, je veux les réinvestir dans le fonds de résilience que je veux pérenniser pour, justement, des entreprises plus petites, moyennes. Dans l'économie sociale et solidaire, je veux qu'on ait un fonds d'investissement pour soutenir. Et je propose un mécanisme qui est peut-être un peu plus complexe, mais que je vais vous dire, de chèques franciliens.
J'aimerais que nous créions un fonds avec la région et d'autres partenaires qui permettent d'engranger des milliards d'euros. Et ces milliards d'euros, on les réinjecte dans l'économie par le biais de chèques qui fonctionneraient un peu comme des tickets restaurant. Vous savez, un ticket restaurant, on abonde. Donc là, on aurait un ticket bon d'achat de 100 euros. On a mis 80 et le fonds, abondé par la région, a mis 20. Et la contrepartie, c'est que c'est fléché. Et c'est fléché vers des commerces de proximité qui doivent, eux, se battre contre l'e-commerce, contre les grands groupes de type hypermarché, etc. Donc c'est quand même une concurrence qui est déloyale.
Donc je veux qu'on les soutienne. Je veux qu'on soutienne l'artisanat. Je veux qu'on soutienne l'économie sociale et solidaire. et que nous investissions dans le sport et la culture. Vous savez que je propose que nous compensions le prix de la licence pour les clubs sportifs pour qu'elle soit cette année à 10 euros, point à la ligne, qu'on n'aille pas au-delà. Donc on va compenser. Donc voilà le soutien que je veux apporter à l'économie francilienne qui est un soutien pour tenir le choc mais qui est un soutien aussi pour redéployer différemment notre économie et qu'elle cherche véritablement à satisfaire les besoins. Je vais vous dire un mot.
C'est qu'au fond, ce que je crois, c'est qu'au XXIe siècle, la grande question économique et sociale, c'est nos besoins. De quoi avons-nous véritablement besoin ? Et la crise nous a aidés. Les besoins essentiels, les besoins superflus. Et on voit bien que le monde marchand, sans arrêt, vous suscite des besoins. Vous avez à peine acheté un truc que déjà il est plus moderne, qu'il faut acheter le suivant, qu'il faut acheter le suivant. Et donc l'investissement aussi dans un service public de la réparation que je propose, c'est une manière de lutter contre ce délire consumériste. Et je veux que les consommateurs aient les moyens de devenir acteurs de leur consommation.
Une question politique pour finir, Clémentine Autain, puisqu'il paraît difficile pour la gauche de battre Valérie Pécresse sans alliance. Mais c'est possible. Sans alliance ? Ah non, sans alliance, non. Il faut l'alliance. Donc il faut l'alliance. Anne Hidalgo, cette semaine, elle a dit que les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon ne permettent pas de se réunir. Est-ce que ça, ça vaut aussi pour les régionales ? Ou est-ce qu'une alliance avec Audrey Pulvar est possible ?
J'imagine que vous avez entendu l'intégralité de l'interview d'Anne Hidalgo, comme je l'ai fait aussi. Et précisément, je l'ai trouvée très prudente. Et pour cause. Parce qu'en Ile-de-France, nous allons vers une alliance. À l'évidence, il y aura cette alliance. Je le crois, je le veux et je le crois. Avec les trois ?
Avec Julien Bayou, vous-même et Audrey Pulvar ? Je l'ai dit dès le mois de novembre. Derrière celui qui est arrivé en tête, c'est la condition ?
C'est la règle. Mais moi, je l'ai dit, dès le mois de novembre, si je suis en tête, je mettrai toute mon énergie pour réussir cette alliance. Je la crois possible et je vais vous dire, je la crois très dynamique parce qu'elle n'est pas factice. Quand vous écoutez ce que nous disons...
Pourquoi ne pas l'avoir fait au premier tour ?
Parce que nous avons des profils et des différences politiques. Ça ne vous échappe pas. Quand vous m'écoutez, vous écoutez Julien Bayou, Audrey Pulvar, il y a quand même des différences.
On parlait d'alliance qui n'est pas factice.
Non, mais au second tour, nous aurons une base de rassemblement qui n'est pas artificielle, qui a de solides fondements pour diriger la région. Pour autant, au premier tour, c'est aussi correct de demander aux électeurs et aux électrices de trancher entre différentes familles politiques et aussi entre différents profils pour présider la région. Je crois que j'incarne le profil le plus solide, le plus cohérent face à Valérie Pécresse. Et je crois aussi plus profondément que notre liste est celle qui peut créer la dynamique populaire de second tour qui nous permet de l'emporter.
Parce qu'au second tour, on voit bien Valérie Pécresse, qui n'a pas d'allié, être au premier tour de façon impressionnante, au-delà de 30, mais autour de 30. Et nous, à 3, on arrive aussi au second tour autour de 30. Donc il faut arrêter de raconter... Si tout le monde passe la barre des 10 ? Si tout le monde passe la barre des 10. Il suffit qu'un passe la barre des 10 et on fusionne. Voilà. Et dans ce cas-là, vous avez deux blocs autour de 30. Donc cette élection n'est pas jouée. C'est faux de raconter qu'elle est jouée.
Or, si je suis en tête, je crois que nous pouvons créer un sursaut de mobilisation, notamment dans les quartiers populaires, et que c'est ça qui peut nous permettre de l'emporter.
Un dernier mot très rapidement sur ce qu'a dit Arnaud Montebourg hier dans Le Parisien. Vous l'avez sans doute lu. Jean-Luc Mélenchon fait prendre au débat public des allures condamnables. Le mélenchonisme est devenu un sectarisme. Il a pu être une solution en 2017. Il est devenu le blocage de la gauche. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Je ne sais pas quoi dire à Arnaud Montebourg qui revient pour rassembler, tout en ayant un propos assez diviseur. Écoutez, tout ça est très compliqué. Je vais vous dire le fond de ma pensée. Pour l'instant, je suis concentrée sur l'élection régionale. Et je reviens une fois l'élection régionale passée. Et je vous dis mon sentiment général sur la présidentielle qui vient, mais une chose après l'autre.
Allez, l'engagement est tenu. On vous recevra après l'élection régionale. Merci, Clémentine Autain. Merci beaucoup d'avoir été notre invitée. Sous-titrage ST' 501
Clémentine Autain