L'édito de Thomas Bonnet : «7 juillet : une journée décisive pour la démocratie»
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Oui, chacun peut penser ce qu'il veut du fond de l'affaire. Ce n'est pas mon propos ce matin que le RN soit condamné, que l'intégralité des faits reprochés soit retenue par la justice n'est pas pour moi le cœur du débat qui nous occupe aujourd'hui. La seule question, c'est de savoir si des juges peuvent avoir une telle influence sur une élection de surcroit une élection présidentielle.
Alors, certains vont me dire que les juges ne font qu'appliquer la loi et que Marine Le Pen, si elle est reconnue coupable, sera condamnée en vertu du droit français. C'est vrai, c'est implacable. Mais je pense qu'il faut être totalement déconnecté pour ne pas voir le malaise que suscite la situation.
Qui peut décemment imaginer que la vie politique pourra reprendre un cours normal si Marine Le Pen est écarté de la course ? Je n'aimerais pas être les juges qui seront critiqués quelle que sera leur décision. Pour vous Thomas Bonet, c'est le principe de l'inéligibilité qu'il faut remettre en question.
Oui, la cour suprême c'est le peuple avait dit de Gaulle et je pense qu'on ferait bien de se rapprocher de l'esprit du fondateur de notre 5e République. Les Français devraient avoir le droit de voter pour qui il souhaitent, quel que soi ses démêlés avec la justice. Alors, je sais, beaucoup de métiers réclament un casier judiciaire vierge, notamment dans la fonction publique.
Mais là, on parle de l'élection présidentielle, c'est-à-dire de choisir qui sera la clé de voûte de nos institutions. Ce choix ne peut pas être dicté par autre chose que la rencontre entre un homme ou une femme et une majorité au sein du peuple français. Quel que soit l'issue cet après-midi, on doit mesurer le précédent que constitue cette décision qui tout en se basant sur l'état de droit met en péril notre équilibre démocratique.
En quoi cette décision peutêtre peut-elle être une une bascule pour notre démocratie ? Écoutez, si Marine Le Pen est inéligible, toute l'élection sera entachée de cette décision. L'ombre de la favorite empêchée planera sur la campagne et le résultat des urnes pourra être questionné à la lumière de cet événement judiciaire.
C'est grave d'imaginer que l'élection présidentielle puisse ne pas constituer un acte de consensus national pour cette raison. Surtout, nous sommes dans un moment où les évidences démocratiques sont remises en question. Ce sont des voies qu'on veut faire terre.
Ce sont des chaînes qu'on ferme, d'autres qu'on menace, des réseaux sociaux qu'on veut réguler, autant de signaux plus ou moins faibles qui devraient tous nous alerter dans d'autres régimes sous la présidence d'autres personnalités. Les mêmes périls, les mêmes faits auraient suscité l'inquiétude du quai d'Orset. Fran Olivier Gisbert, observateur avisé et expérimenté de la vie politique, disait hier sur notre antenne que nous étions en train de basculer en démocrature, néologisme que chacun comprendra.
C'est ça aussi le bilan de la décennie écoulée. Alors ce qui se joue cet après-midi à la cour d'appel, ce n'est pas que le destin d'une femme, ce n'est pas que le destin de Marine Le Pen. une partie de notre vitalité démocratique qui est en jeu cet après-midi.
Marine Le Pen