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interviewLCP — La Politique et moi (sur YouTube)· 30 janvier 2025 14 min

Aurélien Saintoul, l'agrégé des classes populaires

Audio original de l'émission.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Il n'a jamais fait le coup de poing à l'école, mais il pratique la politique comme un sport de combat, au point d'avoir déclenché un des incidents de séance les plus marquants du début de législature. Générique ...

Bonjour, Aurélien Saintoul. -Bonjour. -On a tous étudié les fables de La Fontaine, mais il n'y a qu'un agrégé de lettres classiques pour transformer une fable en arme politique.

Revoyons votre prise de parole au nom de La France Insoumise pendant le projet de loi sur le pouvoir d'achat. Vous aviez pris pour cible le Rassemblement National. -On connaît la stratégie de l'extrême droite qui agit comme la chauve-souris de la fable.

Dans le parti des oiseaux, elle montre ses ailes. Dans le parti des fachos, elle montre son poil et elle est un rat. Vous ne connaissez pas La Fontaine, peut-être.

Vous ne connaissez pas La Fontaine. -Non mais monsieur...

Huées S'il vous plaît. Ils tapent sur leur pupitre. -Je pense que vous vous comportez comme des zadistes et vous risquez de dégrader le mobilier national.

La présidente tape sur son bureau. -S'il vous plaît. -Je ne vous ai pas insultés, mais caractérisés. -On voit que votre prise de parole a mis en colère vos collègues du RN.

C'est assez étonnant. Vous avez un ton calme, on s'attend pas à ce que vous portiez des coups aussi rudes. Ca fait partie de vous ?

Vous aimez provoquer vos adversaires ? -Non. Je me suis jamais considéré comme un provocateur.

En revanche, là, en l'occurrence, je trouvais que c'était exact et précis. L'extrême droite est fascisante. -"Parti des fachos", "zadistes", puis assimiler le RN au "parti des rats", c'est quand même extrêmement violent.

Vous êtes au bord de la ligne rouge. -Là, en l'occurrence, le sujet ce jour-là, c'était l'hypocrisie du Rassemblement National qui, d'un côté, parle de lutter contre l'islamisme, etc. Et puis, moi, j'avais suivi dans le débat présidentiel en particulier les questions de défense nationale, et j'avais lu le programme de Marine Le Pen sur la défense nationale.

Il était question de renforcer les alliances avec l'Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis. C'était cette hypocrisie que je voulais pointer. Je trouvais que c'était amusant, et c'est une référence qui m'est venue.

J'imaginais pas que ça provoquerait cette réaction. -Quand on vous entend citer La Fontaine, les mots sont une arme en politique ? -Bien sûr.

On est dans un débat public qui est souvent un peu corseté, où on cherche à se faire entendre, donc si on peut piquer l'intérêt, soit par la curiosité, le bon mot...

Dans le débat public en France en particulier, on se cache derrière son petit doigt, on a peur des mots. En l'occurrence, dire que l'extrême droite, ce sont des fachos, le mot est un peu familier, mais il est rigoureux et juste du point de vue analytique, si vous me permettez un mot un peu pompeux. -On va remonter le fil de votre histoire.

Au collège, vous étiez le souffre-douleur des autres, le bon élève chahuté par le reste de la classe, sauf qu'à 13 ans, même si on manie bien les mots, ça suffit pas pour se défendre. Est-ce que c'est une période qui a laissé des traces en vous ? -Je crois que ce qui reste en moi, c'est une forme de compréhension et de bienveillance.

Je suis pas du parti des winners. C'est quelque chose qui est très loin de moi. J'ai eu la chance de pouvoir grandir, de pouvoir être un adulte qui fait face, et ça, c'est une bonne chose.

En revanche, je suis très sceptique devant les gens qui croient qu'il y a des winners, des gagnants, des perdants, des riens. Tout ça, ça me met même pas mal à l'aise, je désapprouve totalement et c'est loin de ma culture. -Vous avez eu un parcours scolaire brillant : lauréat du concours général en version latine, une classe prépa au lycée Louis-le-Grand à Paris, agrégé de lettres classiques.

On pourrait penser que vous êtes issu d'un milieu favorisé, ce qui n'est pas le cas : "J'ai la conscience de classe. J'ai vécu "des moments de honte sociale." C'est là qu'il faut chercher les racines de votre engagement politique ? -En grande partie, oui.

J'ai grandi dans un milieu disons populaire, pour faire un peu vite. J'ai été confronté à l'inégalité, à la difficulté sociale. Une des premières choses que j'ai dites à Jean-Luc Mélenchon, j'étais jeune militant : "Les gens se rendent pas compte "que quand on est pauvre, on a une charge mentale "beaucoup plus importante." On se baisse systématiquement pour acheter le prix le moins cher.

On calcule tout le temps. A la moindre tuile, tout part à vau-l'eau. Ce genre d'expérience, je l'ai vécu dans mon enfance.

J'ai vu ce que c'était, donc j'ai été assez conscient des inégalités. Et en grandissant, je me suis rendu compte que ceux qui dirigeaient, souvent, n'étaient pas les meilleurs. C'était frappant pour moi. -Vos parents n'ont jamais été encartés dans un parti ou membres d'un syndicat, or ils ont aujourd'hui un fils député et un autre responsable syndical chez Force Ouvrière, votre frère Matthieu Saintoul.

Comment vous expliquez ça ? -Je sais pas. -Il y a un terreau ? -Oui, il y a un terreau d'éducation.

Je pense qu'on a eu une éducation qui nous rend disponibles... -A l'engagement. -A l'engagement, et puis on se sent concernés.

On pense qu'on a une certaine responsabilité à ne pas laisser le monde tourner à l'envers comme en ce moment. -Vous dites : "Lui, c'est l'ouvrier. "Moi, c'est l'intello." Ca donne l'impression que vous êtes de deux mondes séparés. -Non, mais on est très complémentaires.

Ce serait hypocrite de dire qu'on a le même parcours, la même vie, etc. On est très proches. Au contraire, je crois qu'on s'enrichit mutuellement énormément.

On garde...

J'ai un parcours académique, mon frère non, mais je lui ai, d'une certaine façon, donné un point de vue sur ce monde-là, de la même façon que lui est en prise beaucoup plus directe avec le monde du travail, il m'a appris énormément de choses. -Vous avez commencé à militer au Parti de gauche en 2009 avec votre frère. Vous faites partie de cette nouvelle génération de députés de La France Insoumise apparue en 2022 à l'Assemblée.

On va voir une photo, je vous ai associé à cinq autres députés de La France Insoumise. Vous devez savoir pourquoi. On y voit Damien Maudet, Arnaud Le Gall, David Guiraud, Clémence Guetté et Anne Stambach-Terrenoir. -On a tous travaillé soit pour des députés, soit pour des groupes, des élus. -Vous avez tout été collaborateurs parlementaires à l'Assemblée, au Parlement européen ou au groupe de La France Insoumise.

Moi, ça me surprend un peu parce que LFI est souvent présenté comme le parti antisystème, et là, ça donne l'impression que LFI mise... pas sur des professionnels de la politique, mais des gens pas loin de l'être.

Est-ce que c'est pas un peu contradictoire ? -Il faut prendre le sujet dans l'autre sens. Je connais pas en détail la vie de mes collègues et camarades, mais pour ce qui me concerne, je suis devenu assistant parlementaire parce que j'ai été militant, et pas l'inverse.

J'ai pas rejoint un parti politique parce qu'il m'a donné à manger. -C'était pas pour faire carrière. -Non. -On va s'attarder sur l'épisode le plus marquant de votre début de mandat.

Pendant le débat sur la réforme des retraites, vous vous êtes adressé à Olivier Dussopt pour dénoncer l'augmentation du nombre de morts au travail. -Vous ne pouvez pas arriver ici et me dire que la suppression des CHSCT n'a eu aucun effet. Ce sont 150 orphelins, veufs, veuves en plus, et vous avez la responsabilité de ces choix politiques.

Vous êtes un imposteur et un assassin. Cris et huées J'ai eu il y a quelques instants à ce micro des mots que l'émotion et l'emportement m'ont fait mal choisir et qui sont déplacés. Je souhaite évidemment les retirer et adresser des excuses publiques au ministre, et je me tiens à sa disposition pour avoir un échange plus personnel et lui présenter à nouveau mes excuses. -Vous qui maniez la langue française avec subtilité, vous qui aimez bien la finesse de la langue française, là, vous qualifiez un ministre d'assassin.

Qu'est-ce qui s'est passé ? -Les images sont assez claires. Je suis en colère.

Dans la séquence qui précède, j'évoque, au sujet de la réforme des retraites, le fait que le risque d'accidents mortels au travail augmente de façon explicite avec l'âge des salariés. Donc je lui demande ce qu'il a prévu pour les personnes qui vont rester au travail et donc risquer de mourir. Le gouvernement précédent avait déjà supprimé les CHSCT, donc les comités hygiène et sécurité au travail, et donc le nombre des accidents mortels au travail a déjà augmenté.

Donc il ne peut pas balayer ça d'un revers de la main. Et c'est précisément ce qu'il fait. Il me dit que mes chiffres sont faux. -Et le mot "assassin" sort comme ça ?

Vous l'aviez pas préparé ? -Pas du tout. Ce que j'ai à la main, c'est une petite fiche sur laquelle il y a les chiffres exacts du nombre de morts au travail.

En fait, le mot "assassin" était impropre parce que, évidemment, le ministre du Travail n'est pas responsable directement de la mort des gens, mais il y a quelque chose qui est important et qui est bien connu dans le débat public, c'est la part de responsabilité des politiques. On peut être responsable mais pas coupable. Donc évidemment, M.

Dussopt n'est pas et ne sera pas coupable de la mort directement des personnes, mais quand on a des responsabilités, il faut savoir les regarder en face. Si des gens meurent au travail du fait de décisions politiques, il faut savoir le voir. -Qu'est-ce qui vous a poussé à présenter vos excuses comme vous l'avez fait ?

La séance a été interrompue. Vous êtes revenu à la reprise pour présenter vos excuses. -D'abord, je voulais pas que le débat s'éternise sur cet aspect, et puis à titre personnel, j'aime avoir des mots les plus exacts possibles, donc "assassin", c'était pas le mot le plus exact. -Comment vous expliquez que ce soit très rare de voir des hommes politiques s'excuser ? -Parce que s'excuser...

Si la bonne foi caractérisait le débat public, je pense qu'on hésiterait moins à s'excuser. Le problème... -Est-ce que c'est pas aussi une question d'ego ? -Non.

Honnêtement, je crois pas qu'on soit tous bourrés d'un ego démesuré. Dans le débat public...

Ce qui est aussi intéressant, c'est de voir qu'après ces excuses, le ministre dit qu'il n'accepte pas mes excuses. On ne voit pas la façon dont il est sorti de l'hémicycle juste avant en proférant des injures à mon égard. Mais c'est pas grave, je...

Si on avait eu juste un échange de personne à personne... -Vous l'invitiez à avoir cet échange, il n'a jamais eu lieu. -C'est pas grave.

Personne n'a envie d'être ami avec l'un ou l'autre. Mais pourquoi on s'excuse pas ? Parce que, d'une certaine façon, le risque que, en face, on abuse de votre excuse est très important. -On va passer à notre quiz.

Vous allez devoir compléter les phrases que je vais vous proposer. Si Cyril Hanouna m'invite dans TPMP...

Je dis ça parce que vous êtes en guerre contre Bolloré. Vous êtes rapporteur d'une commission d'enquête. -Je suis pas en guerre du tout. -Vous visez les médias Bolloré. -Si j'étais invité, j'irais pas.

En revanche, peut-être qu'il viendra devant ma commission d'enquête. -Vous espérez ? -C'est en réflexion.

Ce qui est intéressant, c'est que les programmes de Cyril Hanouna sont ceux qui ont fait le plus souvent l'objet de sanctions ou de rappels à l'ordre de l'Arcom. Moi, je travaille sur ce sujet, la façon dont les chaînes respectent ou pas leurs obligations et dont elles sont contrôlées par l'Arcom. Je suis quand même curieux de savoir ce que Cyril Hanouna a pu répondre à l'Arcom quand on lui a dit qu'il a abusé.

Peut-être qu'on l'auditionnera. -Quand je sens monter la colère pendant un débat à l'Assemblée... -Ah...

L'expérience de l'"assassin" me fait dire que j'ai appris... -Vous respirez un bon coup ? -...à respirer un peu, mais cette colère est légitime, elle est partagée par énormément de nos concitoyens, donc elle doit pas faire dépasser les bornes, mais elle doit pouvoir aussi s'exprimer. -Enfin, comme disait Pline le Jeune... là, je teste votre maîtrise, ce qui reste du latiniste que vous êtes. -Je vais pas avoir de citation spécifique de Pline le Jeune.

C'est un peu spécifique. Si on doit avoir une citation latine, j'aime bien celle de Térence : "Je suis humain "et rien de ce qui est humain ne m'est étranger." C'est une bonne base pour fonder l'universalisme politique que je défends. -Ce sera le mot de la fin.

Merci. -Merci à vous. SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...