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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 18 mars 2026 25 min

Ian Brossat : « Tout peut encore changer si les quartiers populaires vont voter ce dimanche »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Yann Brossat. Bonjour. On va revenir sur toutes ces actualités avec vous, mais d'abord on va regarder ce qu'il fait la une en région, et évidemment, sans surprise, on parle beaucoup, des élections municipales à J-4 du deuxième tour. On va parler évidemment de toutes ces alliances, mais déjà si on doit tirer un premier bilan de ce premier tour, vous diriez quoi ? C'est les Insoumis qui sortent grands vainqueurs de ce premier tour des élections municipales ?

0:36
Ian Brossat

Je pense que c'est plus contrasté. Après, ce sont des élections municipales, donc par définition, ça renvoie à des situations locales. En tout cas, ce que je vois, c'est que dans ma ville Paris, où beaucoup avaient enterré la gauche, expliquaient que la victoire de la droite était inéluctable, que Mme Dati était superstar, nous sommes arrivés 13 points devant avec Emmanuel Grégoire. Et donc, ça montre que dans un certain nombre de territoires,

0:55
Présentateur

la gauche résiste bien et tant mieux. Vous connaissez par cœur toutes ces implantations, les histoires de récits aussi médiatiques. Depuis dimanche, c'est quand même les Insoumis qui sont devant et qui revendiquent la victoire.

1:06
Ian Brossat

Est-ce que vous leur accordez cette victoire ? Je pense que toutes les composantes de la gauche dans un certain nombre de territoires ont obtenu de très bons résultats. Quand je vois la situation à Lyon, par exemple, où on nous expliquait que M. Aulas était déjà élu maire alors que l'élection n'avait pas eu lieu, le moins qu'on puisse dire, c'est que les électrices et les électeurs ont rebattu les cartes. Et tant mieux, parce que c'est la démocratie qui a parlé. Et par ailleurs, c'est ce que je souhaitais, qu'en l'occurrence, la gauche arrive en tête à Lyon comme à Paris. Et donc, ce que je souhaite surtout, c'est que ce soit confirmé ce dimanche.

1:33
Présentateur

Donc, vous ne donnez pas le point aux Insoumis. Mais peut-être sur la stratégie, simplement, des Insoumis, la stratégie de la conflictualisation. On a beaucoup parlé des Insoumis ces dernières semaines. Est-ce que vous reconnaissez que cette stratégie, qui était souvent décriée, est peut-être la bonne ?

1:46
Ian Brossat

Je ne suis pas un analyste politique. Je suis un responsable politique. Je suis un élu. Et donc, moi, je ne suis pas là pour commenter des situations. Je suis là pour faire en sorte qu'on ait des majorités de gauche dans un maximum de territoires, et notamment dans ma ville, Paris. Donc, no comments.

1:59
Présentateur

No comments sur la stratégie des Insoumis.

2:01
Ian Brossat

Je n'ai pas de commentaire particulier à faire. Ce qui est sûr, puisque vous avez absolument envie que je le fasse, c'est que lorsqu'une formation politique est au cœur des débats, en bien comme en mal, ça lui nuit, mais ça lui profite aussi. Et d'une certaine manière, quand on concentre tout le débat politique autour de la question des Insoumis, qu'on les met au cœur du débat, évidemment que ça a un certain nombre de conséquences électorales.

2:21
Présentateur

Vous savez quoi ? On va encore parler des Insoumis. Parce qu'à Paris, on connaît donc le casting définitif. Ça sera sans Sarah Knafo, mais donc avec Sofia Chikirou, la candidate Insoumise, qui a organisé un meeting hier. On va l'écouter et puis je vous donne la parole.

2:34
Invité

Le candidat du Parti Socialiste, M. Grégoire. Donc, quelle leçon vient-il me donner de l'opposition à Rachida Dati ? La première opposante à Rachida Dati dans cette élection de deuxième tour, c'est Sofia Chikirou.

3:00
Présentateur

Sofia Chikirou qui maintient donc sa liste. Vous le regrettez ?

3:03
Ian Brossat

Je pense qu'elle aurait dû se désister, de même que M. Delogu l'a fait à Marseille. Il faut voir ce que nous avons face à nous. On le sait depuis hier, Mme Dati est soutenue par toute l'extrême droite. Elle est désormais la candidate de l'extrême droite. La candidate soutenue par la fachosphère. La candidate soutenue par Sarah Knafo. La candidate soutenue par Jordan Bardella.

3:24
Présentateur

Rachida Dati, vous dites aujourd'hui, c'est la candidate de l'extrême droite.

3:26
Ian Brossat

Mme Dati, je le dis et je le redis, c'est la candidate soutenue par toute l'extrême droite. Toute l'extrême droite aujourd'hui se réconcilie autour de la candidature de Mme Dati. C'est ça que nous avons face à nous. Est-ce que nous voulons demain que Paris soit dirigée par une maire qui devra son élection à l'extrême droite ? Quand on est confronté à un danger tel que celui-là, bien sûr qu'on a l'obligation de faire barrage. Et donc, je le dis aux électrices et aux électeurs, quel qu'était leur vote de premier tour ?

Si vous ne voulez pas que Paris soit dirigée par une maire qui devra son élection au soutien de l'extrême droite, le seul bulletin de vote qui permet de l'éviter, c'est Emmanuel Grégoire. On peut avoir des divergences à gauche. On peut avoir des différences d'appréciation. Mais de fait, nous avons fait 38%. Sophia Chikirou a fait 11%. Et donc, le seul bulletin de vote qui empêchera la victoire de Mme Dati, c'est Emmanuel Grégoire.

4:16
Présentateur

Mais est-ce que vous avez fait suffisamment pression sur les insoumis pour que Sophia Chikirou se retire ? On sait que dans d'autres communes, il y a eu des pressions très fortes sur les socialistes. Est-ce que là, en l'occurrence à Paris, vous avez été suffisamment actif là-dessus ?

4:30
Ian Brossat

Moi, je pense qu'à un moment donné, chacun est placé face à ses responsabilités. Et je n'ai même plus envie de revenir sur le feuilleton qui a fait que nous en arrivons à cette situation-là. Aujourd'hui, la balle, elle est dans le corps. – Quand même. Est-ce que vous reconnaissez que ça peut vous coûter l'élection ?

4:44
Présentateur

Est-ce que le maintien de Sophia Chikirou peut vous coûter l'élection à Paris ?

4:47
Ian Brossat

– Par définition, une élection, c'est un risque. Et donc, oui, il y a un risque de bascule de Paris à droite avec toutes les conséquences que ça engendrerait. Je vous le disais, Mme Dati est soutenue par toute l'extrême droite. Paris est une ville dans laquelle un quart de la population est née à l'étranger. Une ville dans laquelle la moitié des habitants ont un ascendant qui est né à l'étranger. Une ville qui a toujours résisté au racisme, à l'antisémitisme, à la xénophobie. On l'a vu notamment aux dernières élections législatives où deux tiers des circonscriptions ont été gagnées par la gauche face au danger d'extrême droite.

Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir une maire qui doit son élection au soutien de l'extrême droite. Et donc, le bulletin de vote qui peut empêcher ça, c'est le bulletin de vote Emmanuel Grégoire. Et aujourd'hui, la balle, elle est dans le camp des Parisiennes et des Parisiens. Ce sont les Parisiens qui trancheront par leur vote. Et donc, je les invite vraiment à utiliser le bulletin de vote le plus efficace, c'est-à-dire Emmanuel Grégoire.

5:37
Présentateur

Je vous dis aux insoumis, il faut voter Grégoire. Et qu'est-ce que vous dites aux électeurs de Pierre-Yves Bournazel ? Parce qu'une grande partie, une partie importante de l'élection va se jouer aussi sur Pierre-Yves Bournazel qui donc a fait fusion avec Rachida Dati, qui ne sera pas sur la liste. Mais bon, il a fait fusion et il s'en va. Qu'est-ce que vous dites aux électeurs de Bournazel ?

5:56
Ian Brossat

Qu'est-ce que vous leur promettez ? Je leur dis une chose très simple. Vous avez voté pour un candidat qui a fait toute sa campagne sur la probité. Je connais bien Pierre-Yves Bournazel, on est élu du même arrondissement, le 18e ensemble, depuis plus de 18 ans maintenant. J'ai entendu ce qu'il a dit. Il a dit, je ne veux pas soutenir Madame Dati, il l'a dit en tout cas avant le premier tour, parce qu'elle est renvoyée devant le tribunal correctionnel pour corruption et trafic d'influence, parce qu'elle risque 10 ans de prison, parce que si elle était élue maire de Paris, elle risquerait d'être démise de ses fonctions.

Je leur dis une chose simple, ce qui était vrai avant le premier tour est vrai après le premier tour. Et donc, en l'occurrence, ce risque d'avoir une maire qui finisse en prison si Madame Dati était élue, ce risque-là, il existe toujours. Ce risque-là, vous ne l'avez pas avec Emmanuel Grégoire, qui est un candidat honnête, qui lui respectera la transparence et le principe d'exemplarité. Et donc, je leur dis que si leur préoccupation, c'est l'exemplarité en politique, vous avez en Emmanuel Grégoire un candidat qui, lui, vous apporte cette garantie, ce qui n'est pas le cas de Madame Dati.

6:53
Présentateur

– Je rappelle que vous êtes évidemment sur la liste d'Emmanuel Grégoire à Paris, on l'aura compris, il y a un débat ce soir entre M. Grégoire et Madame Dati, est-ce que ce sera organisé sur BFM TV ? Est-ce que Sophia Chikirou aurait dû être conviée à ce débat ?

7:06
Ian Brossat

– Je ne suis ni commentateur, ni rédacteur en chef de BFM TV.

7:08
Présentateur

– Non mais pour la démocratie, M. Grossart.

7:11
Ian Brossat

– Sans doute, sans doute, mais je crois qu'il y a un petit souci de respect du temps de parole, puisqu'elle a eu une heure chez Duhamel la veille. Mais enfin bon, en tout cas, je ne suis pas à l'ARCOM non plus. Et donc, en l'occurrence, c'est BFM qui a organisé ces débats comme ils l'entendent. Ce qui est sûr, puisque c'est une manière de me poser cette question-là, c'est que le maire de Paris, ce sera soit Emmanuel Grégoire, soit Rachid Haddati. Et désormais, les choses sont très claires. On pense qu'on veut de Sophia Chikirou, elle a fait 11%, elle ne sera pas maire de Paris.

Donc la question, ce n'est pas de choisir qui sera le meilleur opposant à Rachid Haddati, maire de Paris, parce que j'entendais l'intervention de Mme Chikirou, c'est un peu l'impression que ça donnait. Non, la question, c'est qui sera maire de Paris. Et donc, ce que les électeurs trancheront dimanche prochain, c'est soit Emmanuel Grégoire, soit Mme Haddati, qui devrait son élection au soutien de l'extrême droite.

8:02
Présentateur

Oui, vous dites en gros, voter utile très rapidement. Et puis après, on fera un panorama avec Rémi de tout ce qui se joue actuellement à gauche. Le bilan que vous tirez de la réforme du mode du scrutin, PLM à Paris, qu'est-ce qui s'est joué ? Qu'est-ce qui se joue ? Est-ce que finalement, on disait que ça allait avantager Rachid Haddati ? Ça n'a pas été tellement le cas au premier tour.

8:20
Ian Brossat

Vous savez pourquoi ? Parce qu'elle a été prise à son propre piège. Elle a cru qu'elle pouvait miser sur sa notoriété pour bénéficier de la personnalisation du scrutin. La réalité, c'est qu'il y a une majorité de Parisiens qui rejettent sa candidature. Et donc, c'est vrai, elle a réalisé une contre-performance, y compris dans des arrondissements de droite où les électeurs ont voté massivement pour leur maire d'arrondissement de droite sortant, mais n'ont pas voté pour Mme Haddati parce qu'elle concentre sur sa personne un certain nombre d'éléments qui sont rejetés, notamment le fait qu'elle est poursuivie par la justice pour corruption.

Et donc, évidemment, qu'un certain nombre d'électeurs se sont détournés de sa candidature. Ce que je souhaite, c'est qu'il le confirme au second tour.

9:00
Présentateur

On aura compris, Yann Brossat. Ces dernières heures, on a donc assisté à un multiplexe d'alliances, fusion, retrait en tout genre, un peu partout en France. À gauche, si vous avez raté quelque chose, heureusement, Rémi est là. Rémi, on va faire un point avec vous sur tout ce qui s'est passé. On va commencer avec Marseille. À Marseille, les désaccords entre PS et LFI persistent, malgré le risque que la ville tombe dans les mains du RN.

9:22
Invité

Oui, Benoît Payan a décidé de tourner le dos à la main tendue de Sébastien Delogu, qui avait atteint un peu moins de 12% des suffrages au premier tour à Marseille. Le socialiste considérant qu'il y avait plus à perdre qu'à gagner en s'alliant à la France insoumise, il s'est exprimé avant de déposer sa liste définitive pour le second tour. On l'écoute. Chacun doit prendre ses responsabilités. Ce n'est pas M. Delogu qui m'intéresse, ce sont les Marseillaises et les Marseillais. Qu'ils aient voté LR, Modem, LFI, Renaissance, qu'ils n'aient pas voté, ils sont avant tout des Marseillaises et des Marseillais. Et je leur dis, ce qui vous rassemble est plus fort que ce qui vous divise.

Yann Brossat, Sébastien Delogu s'est finalement retiré hier. Mais est-ce que ce n'est pas irresponsable de refuser l'alliance, même lorsqu'on est face au RN pour Benoît Payan ?

10:10
Ian Brossat

En l'occurrence, il avait annoncé la couleur depuis le début. On a l'air surpris que des gens qui prennent des engagements avant le premier tour les tiennent une fois le premier tour passé. Je pense que des responsables politiques qui tiennent parole, c'est plutôt respectable. Après, on peut regretter qu'il n'y ait pas eu fusion, etc. Mais en l'occurrence, il avait annoncé la couleur. C'est vrai que ça change de ce à quoi nous assistons à Paris, avec, par exemple, autour de Pierre-Yves Bournazel, des gens qui disent « Jamais nous ne ferons alliance avec Mme Dati » et qui finissent le lendemain sur la même liste.

J'ai vu Mme Schiappa qui avait dit « Jamais Mme Dati » et puis aujourd'hui, elle est sur la liste de Mme Dati. En l'occurrence, Benoît Payan comme Emmanuel Grégoire, ils sont plutôt cohérents. Et je pense que c'est mieux d'avoir des responsables politiques qui tiennent parole. En tout cas, pour la confiance dans la parole politique, c'est mieux.

10:54
Présentateur

Ailleurs en France, Rémi, des accords PSLFI se mettent en place.

10:57
Invité

Oui, Olivier Faure a été clair dès la fin du premier tour. Il n'y aura aucun accord national avec la France Insoumise, affirmait le premier secrétaire du PS. Alors que le secrétaire général du Parti communiste français, Fabien Roussel, indiquait hier dans les colonnes de l'Humanité que pour construire des villes apaisées, il faut des majorités apaisantes, reprochant ainsi la polarisation des débats nationaux au détriment des enjeux locaux. Car les scores du parti de Jean-Luc Mélenchon à l'issue du premier tour de ses municipales forcent la main des socialistes au niveau local. Par exemple, à Toulouse, la liste insoumise arrive en deuxième position avec 27,5% des voix.

Derrière le candidat d'hiver droite, Jean-Luc Moudin, talonné par la liste des socialistes et écologistes de François Brihansoir à 24,9%. Comme à Lyon, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest, Nantes et Avignon, le Parti socialiste et ou les écologistes ont signé avec la France Insoumise des alliances en vue de ce second tour face à l'extrême droite ainsi que la droite parfois associée avec le camp présidentiel. Yann Brossat, dans le fond, le secrétaire national du Parti communiste, est-ce qu'il appelle lui aussi un front antifasciste contre la droite et l'extrême droite comme Manuel Bompard ?

11:59
Ian Brossat

En tout cas, ce qui est sûr, c'est que partout, on doit faire obstacle à la droite et à l'extrême droite.

12:03
Présentateur

Non, mais le mot intéressant, le front antifasciste, que la question est précise, monsieur.

12:08
Ian Brossat

En tout cas, ce que je vois dans une ville comme la mienne, à Paris, c'est qu'on a une candidate qui est soutenue par toute la fachosphère, Madame Dati. Quand M. Bardella monte au créneau au JT de TF1 pour dire qu'il faut absolument voter pour Madame Dati pour chasser la gauche à Paris, très clairement… Mais vous mettez Rachida Dati en rang des fascistes. Je dis, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, j'utilise des mots que je choisis à dessein. Elle est soutenue par toute la fachosphère, elle est soutenue par toute l'extrême droite.

Vous vous rendez compte quand même, ça n'a pas été suffisamment dit, qu'elle a sur sa liste, en position éligible, Max Boazzini, qui tweet matin, midi et soir, enfin il a supprimé son compte Twitter parce qu'il s'est fait attraper et qu'on a vu ce qu'il écrivait. Il a écrit il y a quelques mois qu'on peut comparer les musulmans à des chiens. Il a comparé la victoire de Zoran Mandani lorsqu'il a été élu maire de New York, vous avez vu ça, aux attentats du 11 septembre, simplement parce qu'il est musulman. Voilà les candidats qu'on a sur la liste de Mme Dati.

Si Mme Dati est élue, Max Boazzini, qui donc compare les musulmans à des chiens, sera conseiller de Paris, membre de la majorité municipale de la mer. Je le dis, ça oui, c'est la fachosphère. Ça, c'est une bande de racistes qui ne doit pas se retrouver au Conseil de Paris demain.

13:20
Présentateur

Les différends entre le PS et LFI se poursuivent dans certaines villes, Rémi.

13:24
Invité

En effet, là où la droite ou l'extrême droite ne sont pas en bonne posture, les socialistes et la France insoumise ont décidé de se faire face dans le second tour de certaines villes de ces municipales. C'est le cas par exemple à Lille, entre Arnaud Deslandes, candidat socialiste, qui a réuni 26,2% des voix au premier tour, juste devant la liste insoumise menée par l'Awaria Hadouche, qui a atteint 23,3% des voix. Si le candidat écologiste Stéphane Bali a apporté son soutien aux socialistes, ces élections ont démontré la progression de l'ancrage local de la France insoumise.

Yann Brossat, si on tire un panorama plus large au niveau national, est-ce qu'on peut dire que le Parti communiste aujourd'hui est plus proche du Parti socialiste que de LFI ?

14:01
Ian Brossat

Ça dépend des territoires. Vous savez, c'est toujours très compliqué de tirer des leçons nationales d'une élection municipale. Et d'ailleurs, les alliances, elles se concluent localement. Et ça dépend de l'ambiance de campagne qu'il y a eu parfois entre les différents candidats. Ce qui est vrai à Paris n'est pas vrai à Toulouse. Ce qui est vrai à Toulouse n'est pas forcément vrai à Lyon. Et donc, une fois de plus, moi je me garderais bien de tirer de grandes leçons d'une élection qui est aussi faite de situations locales différentes.

14:29
Présentateur

Yann Brossat, est-ce que ce n'est pas un peu de la tambouille politicienne ? On a du mal parfois à lire, même nous, journalistes, d'avoir une lecture globale de ce scrutin. Quand il y a des accords qui ne sont pas... Le Parti socialiste ne dit pas d'accord avec LFI. Finalement, il y a des accords au niveau local. Est-ce que c'est lisible et compréhensible pour les Français aujourd'hui ?

14:46
Ian Brossat

Je pense que c'est lisible localement. Et c'est ce qui compte. Et puis, moi je veux bien, mais en l'occurrence à Paris, on nous reproche de ne pas avoir fait de tambouille. On nous reproche d'avoir la même liste au second tour qu'au premier. Et on nous dit, pourquoi est-ce que vous n'avez pas fusionné ? Donc vous voyez, on ne peut pas nous reprocher tout à la fois. En tout cas, moi ce que je sais, c'est que dans une ville comme Paris, nous avons fait ce que nous avons dit. Et maintenant, c'est aux électeurs de choisir.

15:05
Présentateur

À côté de Paris, il y a la Courneuve. Et après 70 ans au pouvoir, vous êtes, vous les communistes, contraints de vous allier avec LFI pour le second tour. Et là, contre les socialistes. Donc vous êtes avec les socialistes à Paris, contre les socialistes à la Courneuve.

15:17
Ian Brossat

Mais vous voyez, c'est logique. Mais quel est le sujet ? Le sujet, c'est que localement, vous avez des orientations qui sont proposées aux électeurs. Vous avez des programmes. Regardez, depuis le début de cette émission, on n'a pas dit un mot du programme que nous défendons à Paris. La question qui se pose dans une ville comme Paris, par exemple, c'est est-ce qu'on poursuit l'encadrement des loyers ou pas, qui fait économiser 1 000 euros aux locataires chaque année ? Est-ce qu'on continue à développer le logement social ? En 20 ans à Paris, nous sommes passés de 13% de logements sociaux à 25% aujourd'hui.

Est-ce qu'on continue avec le tarif à 13 centimes d'euro pour les familles les plus modestes dans les cantines scolaires ? Est-ce qu'on continue à défendre les associations de quartier ? Tout cela, Mme Dati veut le détruire. C'est ça la réalité. C'est ça qu'on tranche localement. Vous n'avez pas envie de parler d'autre chose que Paris. Parce que je pense que ce qui intéresse les gens à l'échelle locale, ce sont les enjeux liés aux élections municipales. C'est est-ce que mon gamin aura le goûter gratuit, comme nous le proposons avec Emmanuel Grégoire, dans nos écoles ? À une époque, il y a de gros ça.

16:12
Présentateur

Vous n'étiez sans doute pas né, moi non plus, mais le PS, le PC, faisaient des accords très forts au niveau national et se répartissaient un peu les villes en fonction d'accords programmatiques et au niveau national. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Donc, c'est vraiment au niveau local, il y a quelque chose qui a changé. Est-ce que ça veut dire que vous ne contrôlez plus vos troupes au niveau local ? Chacun fait un peu ce qu'il veut.

16:33
Ian Brossat

Moi, je suis élu depuis 2008 à Paris. On a toujours conclu les accords localement avec nos partenaires. Ce n'est jamais un responsable national du Parti communiste ou du Parti socialiste qui nous a dit « Vous allez signer un accord avec tel partenaire ». Ça ne s'est jamais passé comme ça. On a travaillé, et d'ailleurs, dans l'ordre, on a toujours travaillé d'abord sur le programme et ensuite, on a conclu les accords électoraux. On a toujours fait comme ça et on a raison de le faire parce que c'est l'intérêt des habitants sur place. Mais une fois de plus, on tranche sur des orientations municipales, sur des propositions, sur des programmes.

Et c'est ça qui doit être le cœur de nos interrogations. Je souhaite d'ailleurs que le débat qui aura lieu ce soir entre Emmanuel Grégoire et Mme Dati soit un débat qui portera sur le fond, comme j'ai essayé de le faire à l'instant.

17:16
Présentateur

Et on parle aussi beaucoup de débats sur Public Sénat et Municipal. C'est évidemment sur notre chaîne. On va rejoindre tout de suite Tam Tranuy qui se trouve à Montpellier. Tam, bonjour. Vous êtes dans les starting blocks. Vous animez un débat aujourd'hui entre les candidats à la mairie. Racontez-nous, présentez-nous le casting. Écoutez, ici à Montpellier, on est passé de 13 candidats au premier tour à une triangulaire au deuxième tour où la gauche estime qu'elle n'a pas besoin de partir rassemblée pour l'emporter. En lice reste donc actuellement le maire sortant, Mickaël Delafosse, socialiste, qui est à la tête d'une liste d'union de la gauche.

Il est arrivé en tête dimanche dernier avec plus de 33% des voix. Il est suivi par Nathalie Oziole, la députée insoumise, qui a obtenu un score de 15% des voix qui illustre la poussée de la France insoumise un peu partout en France. Vous venez d'en parler. La France insoumise qui n'était d'ailleurs pas présente il y a six ans au deuxième tour. Et puis, enfin, le troisième homme de cette élection, c'est le milliardaire Moed Altrad, milliardaire dont l'entreprise a un rayonnement international qui est ici également à la tête du club de rugby de Montpellier, le Montpellier héros rugby, qui est donc l'outsider local, le troisième homme de cette élection. Est-ce que vous êtes prête, Tam ?

Parce que je crois que c'est 22h30, le débat. Vous êtes prête ? Vous êtes dans les starting blocks ? Ah oui, je suis à fond. Vous imaginez bien, Steve. Le débat, en tout cas, il est diffusé effectivement ce soir. Il sera enregistré cet après-midi dans les conditions du direct avec ces trois candidats dont je viens de vous parler, avec notamment la présence de Moed Altrad qui n'était pas acquise depuis le début et dont la prise de parole en débat est assez rare. Ce sera l'occasion pour mes confrères, consoeurs de France 3, Yann Gonon et d'ici Héros, Claire Moutarde et moi-même de les interroger à la fois sur les enjeux politiques de ce scrutin.

Je viens de vous en parler à l'instant, alors qu'il y a ici une guerre des gauches qui ne ressemble pas à la dynamique d'union PS et des filles que l'on voit dans un certain nombre d'autres villes ici en France. On va aussi parler d'enjeux locaux lors de ce débat. On va parler de mobilité, de sécurité, de gestion des déchets. Puis on va aussi parler un petit peu de l'avenir de cette ville, cette métropole extrêmement attractive et cela n'est pas posé sans poser un certain nombre de défis, notamment en matière d'urbanisme mais aussi de vivre ensemble. Voilà, un riche programme pour ce soir. Effectivement, je suis prête mais j'ai encore une bonne partie de la journée pour préparer.

Oui, On vous souhaite un très bon débat et on vous regardera bien évidemment à 22h30. Merci beaucoup. A tout à l'heure. Yann Brossard, vous êtes ok pour parler d'autre chose que Paris ? Peut-être. Non, le Havre, c'est important, le Havre, c'est intéressant. On a vu qu'Édouard Philippe est arrivé très largement en tête dans la ville avec un score de 43%. Il sera donc opposé au communiste Jean-Paul Lecoq Édouard Philippe qui appelle un large rassemblement pour faire battre votre candidat. Est-ce que c'est rapé pour vous dans cette ville du Havre ? Non, je pense que tout dépend de la mobilisation.

20:21
Ian Brossat

J'ai regardé les résultats. D'abord, je suis heureux que Jean-Paul Lecoq soit au second tour, qu'il soit arrivé en deuxième position et donc très clairement les Havreys et les Havrais devront trancher entre lui et Édouard Philippe. J'ai regardé les choses dans le détail et la réalité c'est que vous avez un différentiel de participation entre les quartiers populaires et les autres quartiers du Havre avec un vote, une mobilisation électorale très inférieure dans les quartiers populaires. Donc tout peut encore changer si les quartiers populaires se mobilisent pour faire en sorte que Jean-Paul Lecoq soit maire du Havre et puisse battre Édouard Philippe.

C'est ça l'enjeu, c'est un enjeu de mobilisation. Nous avons d'ailleurs exactement le même enjeu à Paris. Vous savez, pendant la campagne municipale on nous a beaucoup dit Madame Dati elle fait des scores formidables dans les quartiers populaires. Vous savez, dans les quartiers populaires elle fait zéro. Quand vous regardez la carte électorale de Paris Madame Dati c'est l'ouest parisien. Et donc là aussi on a un enjeu de mobilisation électorale. Il faut que les quartiers populaires aillent voter. Vous savez, les gens qui ont beaucoup d'argent votent toujours. Il faut que les quartiers populaires sortent et aillent voter massivement.

C'est le cas au Havre, ça doit être le cas à Paris pour faire barrage à la droite et à l'extrême droite.

21:29
Présentateur

Ces gens votent plus insoumis aujourd'hui. C'est un peu ça

21:33
Ian Brossat

la stratégie insoumise aujourd'hui. Oui, mais ça ne se passe pas exactement comme ça quand vous regardez la réalité électorale. À Paris, c'est dans l'est parisien que la gauche fait ses meilleurs scores y compris la liste d'Emmanuel Grégoire. Donc si vous ne voulez pas avoir Dati à Paris, il faut se mobiliser, il faut se mobiliser nombreux et il ne faut pas laisser les autres décider à votre place. C'est une leçon universelle à tirer des élections municipales. Pour le coup, ça c'est une leçon qu'on peut tirer partout.

21:58
Présentateur

Au Havre, le troisième homme, c'est le ciotiste Franck Keller, 15,3% des suffrages au premier tour. Le RN faisait 7%. 7% en 2020, six ans plus tard, c'est plus du double. Ça vous inquiète cette progression du RN un peu partout en France à l'occasion de ces municipales ?

22:13
Ian Brossat

Bien sûr que ça m'inquiète.

22:14
Présentateur

Comment vous l'expliquez ?

22:15
Ian Brossat

Ça m'inquiète beaucoup, sans doute parce que bon nombre de classes populaires ne se sentent pas suffisamment représentées par la gauche et ça c'est évidemment quelque chose qui doit nous interroger. Donc il y a besoin que la gauche donne plus d'espoir, donne plus envie et c'est ce qui permettra de faire reculer le Rassemblement national. C'est l'une des questions qui se posera dans l'optique de 2027 et des élections présidentielles si on ne veut pas que l'extrême droite gagne en France. En attendant, si on pouvait éviter que l'extrême droite gagne les élections municipales, gagne des communes, ce serait pas mal.

22:45
Présentateur

Alors, il y en a un qui a gagné dès le premier tour dans sa commune, dans son fief de Saint-Armand-les-Eaux, dans le Nord, c'est Fabien Roussel, le patron de votre parti. Ça le place comme un candidat naturel pour la présidentielle dont vous venez de parler.

22:56
Ian Brossat

D'abord, il est maire. Je suis très heureux qu'il ait été élu maire dans une ville, il faut le dire, où le Rassemblement national avait beaucoup progressé et il apporte là une démonstration. C'est qu'on fait reculer le Rassemblement national quand on propose aux électrices et aux électeurs un programme qui leur redonne de l'espoir. Ce qui a été fait à l'échelle locale à Saint-Armand-les-Eaux, il faut être capable de le faire plus largement et c'est le seul chemin qui permettra de faire reculer le Rassemblement national. Est-ce que ça se traduit c'était un congrès en juillet et ce sera l'occasion d'évoquer ces questions-là ?

Mais en tout cas, oui, c'est une démonstration intéressante et plus il y aura de villes comme Saint-Armand-les-Eaux dans lesquelles on a des maires qui réussissent à battre le Rassemblement national, mieux ce sera. Rendez-vous dimanche prochain.

23:39
Présentateur

Oui, on a compris mais sur la présidentielle, c'est quoi la position aujourd'hui de votre parti ? Est-ce que vous allez participer à cette primaire qu'on évoque déjà à gauche ?

23:48
Ian Brossat

On a dit depuis des mois que nous ne souhaitions pas participer à cette primaire parce que nous ne sommes pas le premier chemin pour y arriver. En revanche, on aura besoin d'union, on aura besoin de rassemblement pour battre la droite et l'extrême droite. Mais enfin, on est entre les deux tours des élections municipales à paix que nous sommes par ces campagnes et il me paraît non, mais pas du tout. Ce qui se joue au deuxième tour des élections municipales, c'est quelle majorité on veut à l'échelle de nos communes.

Arrêtons d'instrumentaliser les scrutins les uns après les autres et la seule question qui me préoccupe d'ici dimanche prochain, c'est est-ce que Paris reste à gauche ou est-ce que Paris tombe dans les bras de Mme Dati soutenue par l'extrême droite ?

24:25
Présentateur

Donc une victoire juste dimanche, ça serait quoi au niveau national ? J'ai compris que Paris, pour vous, c'était Emmanuel Grégoire, mais à l'échelle nationale, une victoire de la gauche, c'est quoi ?

24:33
Ian Brossat

Des majorités de gauche progressistes dans toutes les communes où la gauche est au second tour. C'est à ça qu'on s'attelle en ce moment.

24:38
Présentateur

Vous n'avez pas de tableau Excel chiffré pour nous dire si on remporte Paris, Marseille, Lyon, ce sera une victoire ? D'abord,

24:45
Ian Brossat

ce serait très méprisant pour toutes les villes qui ne sont ni Paris, ni Marseille, populations qui aujourd'hui sont confrontées à la baisse du pouvoir d'achat, à des difficultés au recul des services publics. Donc, gagnons et faisons en sorte que nous puissions avoir un maximum de majorités de gauche dans nos communes.

25:04
Présentateur

On suivra ça avec attention dimanche. On a une édition spéciale sur Public Sénat. J'espère que vous regarderez.

25:09
Ian Brossat

Bien sûr, et j'espère que vous m'inviterez surtout.

25:11
Présentateur

Merci beaucoup, Yann Brossat. Merci d'avoir été avec nous. Merci à vous. Ce matin, bon débat ce soir et donc bonne fin de campagne pour vous. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.