"Le RN a la capacité d'avoir une majorité absolue": l'interview en intégralité de Marine Le Pen
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Il est 8h30 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Marine Le Pen. Bonjour. Merci d'être présente ce matin pour répondre à mes questions. Vous êtes députée, puisque vous avez été réélu dès le premier tour, députée du Pas-de-Calais. Est-ce que vous êtes en train de perdre ? Est-ce que le RN vainqueur du premier tour pourrait perdre au deuxième ?
Moi je pense qu'il y a encore la capacité d'avoir une majorité absolue. Pour peu que les électeurs, dans un ultime effort, viennent pour obtenir ce qu'ils souhaitent. Et que ceux qui ne se sont pas déplacés, car il y en a, il y a quelques millions d'électeurs du second tour de la présidentielle par exemple, qui se sont abstenus et à qui je viens dire venez, parce que c'est vraiment le moment important pour opérer cette bascule, pour obtenir un changement de politique dans l'ensemble des domaines qui aujourd'hui vous font souffrir.
Mais il est sûr, et je ne vais pas dire le contraire, que l'opération de désistement massif qui a été faite avec cette nouvelle alliance, ce nouveau nouveau Front populaire, avec la Macronie, les LR, les FI, les Verts, les socialistes, a pour but, et on le sait, ils le disent d'ailleurs, d'empêcher le RN d'avoir une majorité absolue.
D'empêcher effectivement le RN d'avoir une majorité absolue et constituer peut-être ce qui commence à apparaître comme une coalition, certains disent arc-en-ciel, certains disent majorité de coalition, alliance de circonstances. L'idée, c'est une alliance anti-RN qui formerait une sorte de coalition qui pourrait aller du parti socialiste à LR. Le Figaro croit savoir qu'Emmanuel Macron travaille à cette hypothèse de travail. Et d'ailleurs, hier, lorsque Benjamin Duhamel demandait à Gabriel Attal s'il allait remettre sa démission dimanche soir, il ne répondait pas, sous-entendu, ça peut encore durer un peu. Comment vous voyez cette alternative à votre proposition de majorité ?
C'est le grand rêve d'Emmanuel Macron, en fait, le parti unique, le parti unique qui va de la France insoumise au LR. Mais ce parti unique, c'est le parti de ceux qui veulent conserver leur place, en réalité, qui veulent conserver le pouvoir contre la volonté du peuple. Et quel va être le projet ? Parce que moi, j'ai vu à l'Assemblée nationale, c'est LFI qui domine. Il ne faut pas rêver, parce qu'ils sont les plus violents, parce qu'ils sont les plus agressifs, en réalité, ils pèsent sur les autres et les autres se soumettent à leur volonté. Donc c'est le programme de M. Mélenchon qui va être mis en œuvre. Le programme d'ailleurs commun au PS, à LFI, c'est quoi ?
C'est la suppression de la loi anti-squad, c'est-à-dire la disparition de la propriété privée. C'est le statut de réfugié climatique, avec 38 millions de personnes potentiellement qui pourraient arriver en demandant l'asile. C'est la régularisation de l'ensemble des clandestins. C'est l'Union soviétique économique, parce que, pardon, enfin, impôts confiscatoires, plus exit-taxe, qui est en fait une taxe où on vous prend tout si jamais vous voulez partir, plus le vol de l'épargne tel qu'il a été exprimé par Mme Rousseau, parce que Mme Rousseau, elle, elle dit, on va régler le problème de la dette, on va voler l'épargne des Français. Voilà, il y a de l'épargne.
Non seulement elle le dit évidemment, elle le dit évidemment pas comme ça, et on ne peut pas imaginer que ce programme-là soit un programme d'alliance avec Emmanuel Macron. Madame, elle dit, il y a 6 000 milliards d'épargne des Français, la dette c'est 3 000 milliards, vous voyez, on a la solution. Bah excusez-moi, je ne vois pas ce que c'est d'autre que le vol de l'épargne des Français.
Et sur la question d'un gouvernement technique, là pour le coup, c'est mes confrères toujours très bien informés du journal L'Opinion, qui croient savoir ce matin que l'Elysée envisage un nouveau conseil des ministres, lundi matin, pour gérer les affaires courantes, et peut-être une prolongation du gouvernement actuel en gouvernement technique qui gère.
Je ne suis pas sûre que lundi matin, le conseil des ministres soit pour gérer les affaires courantes, parce qu'en général c'est le mercredi, vous voyez, il n'y a pas de raison que ce soit lundi matin, il y a peut-être d'autres raisons.
C'est-à-dire qu'est-ce que vous voulez dire ? Mais nous le... Vous redoutez ce que vous avez appelé un coup d'État administratif ?
Mais nous le serons, voilà, mais nous le serons.
Non mais dites-nous, qu'est-ce que vous avez en tête ?
Je pense que le fait d'avoir parlé d'un certain nombre de changements, encore une fois, je m'exprime très clairement auprès de ceux qui nous écoutent, qu'il y ait des changements de préfets, qu'il y ait des gens même qu'on recase aller. Bon, a priori, ça ne me choque pas, outre mesure, des directeurs de cabinet à qui il faut bien trouver une échappatoire, quand potentiellement une alternance se dessine après les élections.
Mais que l'on change des postes qui n'étaient pas prévus d'être changés, dans le but d'empêcher ceux qui peuvent vous remplacer de mener la politique qu'ils veulent mener, parce que c'est la politique que les Français qui ont voté pour eux veulent mener, je trouve qu'on dépasse là, honnêtement, en termes d'ambition. Mais ça n'est pas le cas. Alors Dieu merci, ça n'est pas le cas. Ça n'a pas été le cas, parce que je pense que, voilà, médiatiquement, cette information est sortie.
Le fait vous-même d'avoir dit « il ne serait pas acceptable qu'avant le Conseil des ministres », vous pensez que c'est la raison pour laquelle Emmanuel Macron ne l'a pas fait, mais il avait prévu de l'affaire ?
Il ne l'a pas fait, n'y passons pas trois heures, c'est pas fondamental.
Mais alors attendez, quand vous dites « lundi matin, Conseil des ministres pour gérer les affaires courantes »,
et que vous me dites « c'est pas pour gérer les affaires courantes », je trouve étonnant quand même qu'il y ait un...
Ça ne vous étonne pas qu'il y ait un Conseil des ministres lundi matin ? Il y a quand même aussi une question qui est la question du maintien de l'ordre. C'est-à-dire que si on en croit Emmanuel Macron lui-même, il y a un risque de guerre civile potentielle dimanche soir,
il faudra bien que quelqu'un gère l'ordre dans ce moment de transition. Oui, enfin, ça ne s'appelle pas le ministre de l'Intérieur, vous voyez. Enfin, je ne suis pas sûre que le ministre de la Transition écologique ait quelque influence sur le maintien de l'ordre. Donc aucun besoin d'un Conseil des ministres lundi matin, si je vous écoute. Honnêtement, ça n'a pas d'importance, c'est pas ça qui, je crois, va déterminer le vote de dimanche. Ce qui va déterminer le vote de dimanche, c'est le choix qui est celui des Français aujourd'hui.
C'est-à-dire un choix du bourbier, c'est le bourbier en réalité, ou le choix d'une majorité absolue pour le RN qui lui permette de mettre en œuvre une politique. C'est ça le choix que les Français ont aujourd'hui. Et encore une fois, avec une alliance qui est une alliance contre nature. Je veux dire, quand j'entends M. Édouard Philippe appeler à voter communiste, quand j'entends la France Insoumise appeler à voter Darmanin ou Mme Borne, oui, évidemment qu'il y a, ou même la Macronie appeler à voter pour Raphaël Arnaud, Antifa, qui a été condamnée pour violence en Réunion, etc.
Il y a un moment où les Français se disent, mais quel est leur objectif, à part conserver encore une fois le pouvoir en tentant de manœuvrer cette élection ?
Est-ce qu'Emmanuel Macron lui-même, en cas de difficile majorité qui se dégage, pourrait rester au pouvoir ?
Mais s'il souhaite rester au pouvoir, la Constitution lui permet de rester au pouvoir. De toute façon, l'Assemblée ne pourra plus être dissoute pendant un an. Donc la question, c'est est-ce qu'on donne encore une fois un gouvernement à la France ? Donc vous n'envisagez pas le scénario où Emmanuel Macron démissionne, vous ne le demanderez pas ? Est-ce qu'on donne un gouvernement RN à la France ? Parce que c'est le seul qui est en capacité d'avoir une majorité absolue. Les autres ne peuvent pas avoir de majorité absolue, ni les uns, ni les autres. Ou est-ce que c'est un bourbier où le pays va être paralysé, et où donc tous les problèmes vont s'aggraver ?
Parce que si vous n'apportez pas de solution au problème, si vous ne changez pas la manière dont ces problèmes sont gérés, alors par définition, il s'aggrave. L'immigration clandestine, l'insécurité qui devient absolument épouvantable, l'aggravation de la dette, les défaillances d'entreprise, et j'en passe, c'est des meilleurs. Et moi, très honnêtement, perdre un an pour le pays encore, encore une fois, j'en appelle aux Français. Ils ont la possibilité, dimanche, d'avoir un gouvernement qui sait où il va et qui sait comment il doit y aller.
Marine Le Pen, est-ce que vous avez compté le nombre des candidats que vous allez être obligé de virer pour des propos ou des attitudes racistes ?
D'abord, virer, ça c'est la commission des conflits qui prend la décision. Je reprends le mot de Jordan Bardella hier qui disait « il sort ». Oui, mais parce que celui-là, oui, mais si vous voulez, la commission des conflits, elle va être saisie d'un certain nombre de cas. En général, honnêtement, elle tape dur. Elle n'est pas trop laxiste, la commission des conflits du Rassemblement national. Mais j'imagine que vous avez regardé combien vous avez... Parce que nous, on n'arrive plus à compter, en vrai. Honnêtement, il y en a beaucoup. Oui, mais écoutez, non, parce qu'il y a des propos qui sont inadmissibles et qui, très certainement, entraîneront des sanctions.
Il y a aussi des propos, pardon, mais qui sont des maladresses.
Vous pensez à quoi, ça ? Qu'est-ce qui est une maladresse ?
Par exemple, à la jeune femme à qui on met un micro, une caméra. Ce sont des braves gens qui voient arriver, pardon, les grands inquisiteurs de la presse. Vous parlez de la candidate Mayonnaise qui répond à un journaliste local. Ce ne sont pas les grands inquisiteurs de la presse. Et qui dit que son ophtalmo...
C'est ça que vous pensez ?
Vous ne croyez pas que c'est une maladresse ? On vous dit... Justifiez-nous que vous êtes... Non, mais pardon. Ça, c'est la jeune fille qui voit arriver le grand inquisiteur pendant la chasse aux sorcières. Vous voyez ? Expliquez-nous, dites-nous que vous êtes pas... Montrez-nous, prouvez-nous que vous êtes pas sorcières. Bah, elle dit... Comment on fait la preuve d'un fait négatif ? Prouvez-nous que vous êtes pas raciste. Bah, c'est vrai que c'est maladroit, l'argument qu'elle sort. Mais objectivement, c'est pas une preuve de racisme. On ne peut pas lui reprocher une maladresse, une méconnaissance de...
Au-delà de ça, d'ailleurs, le RN a dit qu'elles souffraient de problèmes neurologiques et que donc... Ce sont des braves gens. Ce sont des braves gens. Ce sont des braves gens qui se présentent parce que l'Assemblée nationale, elle doit être à l'image de la France. Pas à l'image de Sciences Po, pas à l'image de l'ENA. Elle doit être à l'image de la France. Il faut qu'il y ait des infirmières, des ingénieurs, des employés... Et Jordan Bardet, elle vient d'une erreur de casting, quand même. Non mais d'accord ! Donc moi, je... Mais d'accord, mais ça ne mérite pas d'être viré. Ça ne mérite pas d'être viré.
Et par exemple, Ali Ben, le candidat également en Mayenne, qui a été condamné à de la prison pour... Vous ne parlez que de ça. Toute la France est au courant du moindre candidat qui a eu un propos... C'est important, non ? ...qui était soit contestable et, encore une fois, le RN s'en saisira et s'en saisit déjà, soit maladroit. Tout le monde parle de ça. On ne parle même plus de politique.
Quand vous voyez hier soir, Marine Le Pen, encore hier soir, l'un de vos candidats, le candidat RN dans le barin, qui parle à propos des propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz, comme d'un détail de l'histoire, que ce n'était pas si grave, que ce n'était pas une remarque antisémite...
Mais enfin, il sait très bien que ce n'est pas ce que pense le mouvement. Et il le sait pertinemment. Donc il le fait contre votre camp ? Il le sait pertinemment, puisque, vous savez très bien, les décisions que j'ai été améliorée à prendre... Parce qu'il le pense, peut-être, tout simplement. Eh bien, parfait. Eh bien, s'il nous l'avait dit, nous ne l'aurions pas investi. Voilà, c'est aussi simple que ça. Mais vous voyez, Madame de Malerve, il a eu raison, Jordan Bardella, hier soir, de rappeler que ce qui est très important, c'est de voir comment un parti politique réagit quand il est face à ça. Encore une fois, il a raison, des moutons noirs, il y en a partout. Même dans la presse.
Même dans la presse. Il y a des journalistes qui se font...
On ne se présente pas aux élections. On ne prétend pas gouverner la France.
Enfin, vous vous exprimez des positions, etc. Tout à fait. Donc, comment on réagit ? On réagit tout de suite. Et on réagit, encore une fois, sans laxisme et durement. Moi, en face, je suis navrée de vous dire que je vois des mouvances politiques, les filles, les verts, qui couvrent des comportements qui sont inadmissibles, qui devraient entraîner l'expulsion immédiate de ces candidats. Et des grands dirigeants comme M. Coquerel, il vient vous dire que le clip de rap, qui est un concentré de violences, d'appels aux meurtres, d'appels aux violences contre les femmes, d'antisémitisme, d'appels aux violences contre la police, tout y est. Il coche toutes les cases.
Lui, il dit, ah non, mais c'est ça. Madame Tondioli, hier, nous explique que c'est le féminisme vert. C'est le nouveau truc. C'est, oui, mais c'est du rap, c'est comme ça. Elle dit qu'elle condamnait les propos, c'est moi-même qui l'ai interrogée. Le rap, c'est dur avec les femmes, mais ce sont des artistes.
Elle parle de culture ou de code du rap, mais elle dit aussi qu'elle condamne ses propos. Ce qu'il y a, c'est que ce n'est pas des candidats. C'est-à-dire que là, c'est des rappeurs qui décident de les soutenir.
Et Mme Rima Hassan, ce n'est pas une candidate qui explique que dans les prisons israéliennes, les Palestiniens sont violés par les chiens de l'armée israélienne. Elle a dit que l'armée israélienne a propagé une fake news sur le fait que l'armée israélienne aurait entraîné des chiens. D'accord, et personne n'a rien dit. M. Mélenchon, je ne vous parle pas des journalistes, je vous parle de la direction du mouvement.
La direction du mouvement n'a pas condamné les propos de Rima Hassan et a même mis Rima Hassan aux côtés de M. Mélenchon.
Parce qu'en réalité, elle couvre ces propos-là. Et quand vous entendez M. Mélenchon, je veux dire, qui explique que c'est rigolo de dire qu'un policier mort, c'est un vote en moins pour le RN. C'est rigolo. Mais il ne nous dit qu'on peut encore rire. Que l'antisémitisme est résiduel. Je veux dire, là pour le coup, ce n'est pas un candidat lambda, un brave candidat qui ne connaît pas les codes de la politique. C'est le dirigeant, celui qui prend la parole le soir du premier tour avec Rima Hassan et son kéfier autour du coup.
Je vous repose juste une question là-dessus, parce que je voudrais quand même savoir où est-ce qu'ils vont siéger. C'est-à-dire que j'ai bien compris que vous réagissiez immédiatement, mais ils vont siéger où ? Vous avez vocation, dites-vous, à être présidente du groupe RN. Est-ce qu'ils resteront dans votre groupe ?
Madame, la commission de conflit va décider de ça. Je vais vous donner un exemple. Vous voulez qu'on aille au fond des choses ? Allons-y. M. Quatennens a été condamné pour avoir commis des violences contre sa femme. Tout à fait. Il a été mis à l'écart pendant 4 mois et puis il est revenu. Voilà. Et il avait même été investi candidat. C'est sous la pression médiatique qu'en réalité il a été retiré. Nous, nous avons un député européen qui a été condamné pour violences contre sa femme. On l'a viré du groupe immédiatement. Viré. Pas mis de côté pendant 4 mois pour qu'il puisse revenir après. Viré. Et il n'a pas été réinvesti. Vous voyez la différence de comportement ? Voilà.
Et c'est cela que je demande aux Français de juger.
Et j'ai bien compris qu'ils ne siégeraient donc pas si la commission décide donc effectivement de les exclure. Ils ne siègeront pas dans votre groupe. Le gouvernement que vous voudriez constituer. Première question. Est-ce que le ministre des Affaires étrangères et le ministre de la Défense, si le RN obtenait la majorité, serait choisi en accord avec Emmanuel Macron ? Est-ce que vous pourriez en discuter et décider ensemble ?
Mais je n'ai pas à répondre à ces questions parce que je ne suis pas candidate au poste de premier ministre. C'est Jordan Bardella. Non.
Je m'imagine quand même que vous aurez votre mot à dire.
Non. Je suis désolée de vous dire que dans les relations qui existeront entre le président de la République et le premier ministre, ça relève du président de la République et du premier ministre. Jordan Bardella a dit très clairement qu'il entendait, et je n'en doute pas, évidemment, respecter l'intégralité des institutions. Mais le président de la République doit aussi respecter la volonté du peuple français. Il ne peut pas envisager d'entraver en quelque sorte institutionnellement la volonté du peuple français. Le peuple français, il est souverain. C'est lui qui décide. Voilà.
Et si Jordan Bardella, demain, est premier ministre, c'est parce que le peuple français l'aura mis à cette place, pas parce qu'il aura été nommé par un président de la République. Ça lui donne une légitimité qui est une légitimité incroyablement importante.
Au début de l'interview, vous avez dit « j'ai peur qu'il soit en train de nous empêcher ». Là, vous venez de dire « entraver ». Est-ce que ça veut dire que vous avez des informations, des précisions, que vous avez constaté que certaines choses étaient mises en place pour vous empêcher d'exercer ?
Madame de Malherbe, est-ce qu'on peut essayer de voir la cohérence du comportement de M. Macron ? Comme président de la République, il opère la dissolution de l'Assemblée nationale. Il revient donc au peuple en expliquant que quand il y a une crise, il faut revenir au peuple. Et dans le même temps, au bout de 15 jours, il cherche à empêcher en réalité les Français d'envoyer une majorité absolue au Rassemblement national. Donc c'est quand même étrange comme comportement. Je veux dire, soit on revient au peuple et on laisse le peuple décider parce qu'il est majeur le peuple. Il n'a pas de consignes à recevoir.
On ne peut pas lui tordre le bras dans le dos comme le font encore une fois l'ensemble des partis qui ont retiré leurs candidats. Parce qu'il traite le peuple comme des enfants, comme des mineurs. On a peur que vous votiez mal, alors on va vous forcer à voter pour tel et tel candidat, même si vous ne partagez pas les options politiques. Parce que notre seul objectif, ça n'est pas un mieux pour la France. Ça n'est pas améliorer le pouvoir d'achat. Ça n'est pas régler le problème de l'insécurité. Ça n'est pas vous trouver un emploi. Le seul objectif de tous ces gens-là, c'est faire barrage au Rassemblement national. C'est la seule ligne de leur projet.
Mais c'est contradictoire avec cette dissolution. Dans ces cas-là, il ne fallait pas faire de dissolution.
Le père d'Emmanuel Macron s'est exprimé dans le Télégramme de Brest et il laisse entendre, pardon, je crois que c'était dans la République, pour dire qu'Emmanuel Macron, son fils, lui avait dit deux mois avant qu'il allait dissoudre. Ça a changé quelque chose pour vous ?
Ça a créé une autre hypothèse ?
C'est-à-dire, c'est quoi l'autre hypothèse ?
Ça crée une autre hypothèse. Ça crée peut-être l'hypothèse que la situation budgétaire et financière de la France est tellement mauvaise, tellement dramatique, du fait précisément de la gestion d'Emmanuel Macron, qu'il souhaitait ne pas en être comptable, peut-être. C'est peut-être ça. C'est d'ailleurs ce qui avait présidé, en réalité, à la dissolution décidée par Jacques Chirac. C'était parce que la France, et ils le savaient, ne pourrait pas remplir les critères de Maastricht. Peut-être qu'en réalité, la situation est encore plus catastrophique que les chiffres que nous connaissons. On a vu que M. Le Maire repousse quelques dépenses à l'année prochaine.
Mais la réalité, c'est que la situation de notre pays est terriblement périlleuse.
Vous soupçonnez une forme d'utilisation de la dissolution officiellement politique, mais en réalité, pour ne pas avoir à rendre des comptes ?
Je connais mon histoire politique, si vous voulez. Donc je sais que ça a déjà été le cas. Ça a été dit, écrit, raconté, que la dissolution opérée par Jacques Chirac était en réalité liée à des problématiques financières et budgétaires du pays. Aujourd'hui, la situation est bien plus... En même temps, vous l'avez demandé, la dissolution. Mais moi, je la demande parce qu'encore une fois, je pense que le peuple doit s'exprimer quand il y a une crise politique. Mais il peut très bien décider la même chose, mais pour d'autres raisons.
Le RN, c'est la cinquième colonne du poutinisme. Voilà ce que vient de dire Raphaël Glucksmann.
Oui, enfin, je veux vous dire, on s'est fait insulter, mais de tous les noms. Ils ont raconté absolument n'importe quoi sur nous. Vous avez quand même vu comment se passe ce second tour. Je veux dire, le système qui gère très mal... On voit aussi que le Kremlin semble se réjouir de votre éventuelle arrivée. Moi, ce type de provocation de la part des Russes, etc., je n'en suis pas comptable. Mais honnêtement, la manière dont sont traités les électeurs du RN, je vous le dis vraiment avec beaucoup de sincérité. Je trouve que dans une démocratie, c'est honteux. Parce que vous voyez, dans une démocratie, une démocratie, elle se mesure à la manière dont on traite l'opposition.
Et cette violence dans les mots, cette mise au banc, la manière dont ils traitent les électeurs du RN, accusés de tous les maux, je trouve que c'est honteux. Et ça démontre que notre démocratie est malade. Et je peux vous dire une chose. Enfin là, c'est sur vous, ce n'est pas sur les électeurs. On ne traitera pas. Non, s'il n'y avait que moi, à la limite, moi j'ai l'habitude. Non, non, c'est l'ensemble des électeurs du RN qui sont traités vraiment comme des parias. Et encore une fois, je trouve ça honteux. Je veux vous dire quelque chose, et j'espère qu'on aura l'occasion d'en reparler rapidement. Un gouvernement RN ne traitera pas comme ça l'opposition. Voilà.
On a des divergences, bien sûr, c'est le principe de la démocratie. Mais on ne traitera pas comme ça l'opposition. On ne lui mettra pas une cible dans le dos. On ne couvrira pas les agressions dont ils peuvent être victimes, oralement ou d'ailleurs physiquement. On ne fera pas ça. Parce que, encore une fois, je crois, moi, fondamentalement, que notre démocratie peut être meilleure qu'elle n'est aujourd'hui.
– Physiquement, disiez-vous, et il y a une rare violence dans cette fin de campagne. Plusieurs de vos candidats ont d'ailleurs eux-mêmes été victimes. C'est le cas de Hervé Breuil, qui est donc candidat sur la seconde circonscription de la Loire, qui a été violenté et injurié lors d'un tractage. Il a eu deux jours d'ITT. C'est le cas de Marie Doshi, députée européenne et candidate aux législatives en Savoie, qui a écopé de huit jours d'ITT. Elle suspend même sa campagne. C'est le cas hier soir de Priska Thévenot, qui, si elle n'a pas été personnellement touchée, s'est retrouvée attaquée lors d'un collage d'affiches. Et deux des personnes qui étaient avec elle ont dû aller à l'hôpital.
Il y a d'ailleurs quatre personnes qui seraient en garde à vue. Qu'est-ce que vous dites de tout cela ?
– Je dis que c'est terrifiant. Voilà, je dis que c'est terrifiant, qu'il y a eu une ambiance, encore une fois, qui a été créée par l'extrême gauche. Je le dis, il ne s'agit pas de… – Enfin, il y a eu aussi, vous l'avez vu le premier soir. – Non, mais je ne l'époine pas du droit.
– Le soir des européennes, ce sont des sympathisants RN qui se revendiquent comme tels,
qui ont agressé des homosexuels. – Non, non, non, non, ils ne se revendiquent pas comme tels. – Bon, ils ne se revendiquent comme tels, c'est ce qu'ils ont dit en garde à vue. – Non, mais écoutez, ces gens-là, c'est les gens que j'ai virés il y a 15 ans. – C'est ce qu'ils ont dit en garde à vue. – Mais il y a 15 ans, voilà, parce qu'encore une fois, je voyais bien les profils et le ménage, pour le coup, a été fait. Et même ces groupuscules, je vais vous dire, on en a demandé la dissolution. Depuis trois ans, nous demandons la dissolution de l'ensemble des groupuscules d'extrême droite et d'extrême gauche qui sont violents.
– C'est juste, j'ai vu passer les documents que vous avez vous-même en Royaume-Uni.
– Est-ce que le Rassemblement national perturbe les réunions de nos adversaires ? Jamais. Est-ce qu'il violente nos adversaires ? Jamais. Est-ce qu'il empêche les conférences de presse de nos adversaires ? Jamais. Est-ce qu'il manifeste contre le résultat des élections ? Jamais. Il faut regarder les choses en face. – Vous accepterez le verdict des urnes, vous reconnaîtrez parfaitement. – Mais vous plaisantez, ça fait 50 ans qu'on accepte le verdict des urnes. Bon, il n'y a aucune difficulté. L'extrême gauche, elle, elle manifeste, elle brûle, elle casse, elle violente, elle intimide ses adversaires.
Et ça, il va falloir que ça cesse parce que, encore une fois, ça atteint au cœur la démocratie.
– Merci Marine Le Pen d'avoir répondu à mes questions ce matin. – Sous-titrage Société Radio-Canada
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Marine Le Pen