GAZA, IVG : PRIX NOBEL DE LA MAUVAISE FOI MACRONISTE POUR YAËL BRAUN-PIVET
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche. Les politiciens pratiquent très bien la mauvaise foi, mais il faut concéder que les macronistes en ont fait un art. Mercredi, au micro de France Inter, la présidente de l'Assemblée nationale s'est livrée à un curieux numéro de réécriture de l'histoire quand elle a été interrogée sur deux sujets sur lesquels son opinion semble avoir évolué. Son soutien inconditionnel à Israël et son opposition à l'inscription dans la Constitution de l'interruption volontaire de grossesse. On l'aurait mal comprise, ou bien elle aurait changé d'avis parce que les circonstances ont changé.
Je crois surtout qu'elle excelle dans l'art de rester ambiguë ou de mettre en scène son changement d'avis pour s'attribuer opportunément le bon rôle et maquiller ses positions passées. D'abord sur son soutien inconditionnel à Israël.
En réponse, il est établi qu'Israël a commis des exactions. Apportez-vous toujours votre soutien sans réserve à Israël.
Tout part d'un discours prononcé au perchoir le 10 octobre, soit trois jours après les attaques terroristes du Hamas.
Devant cette barbarie, je veux redire ici qu'Israël est un pays ami, à qui je veux réaffirmer au nom de la représentation nationale notre totale solidarité et notre soutien inconditionnel.
Le mot pays est ambiguë. Le soutien inconditionnel se limitait-il à la population et à la société ? Donc exprimer la solidarité de la France avec le peuple israélien traumatisé et réaffirmer son droit à l'existence ? Ou bien est-ce que ça englobait aussi le gouvernement et l'armée ? Le soutien allant alors à la conduite des opérations militaires, ce qui leur donnait un blanc-seing sans exigence de respect du droit international humanitaire.
Je n'ai jamais prononcé le mot de soutien inconditionnel au gouvernement de Netanyahou. C'était un soutien inconditionnel à l'État d'Israël dans la souffrance qu'il venait de subir. Et cela, je le maintiens aujourd'hui.
Alors oui, elle n'a jamais dit explicitement « Je soutiens inconditionnellement Israël quoi que fasse son armée », comme aurait pu le dire un meilleur habib. Un juif ne peut pas être un colon judais ! Mais elle n'a jamais dit non plus « Mon soutien au peuple israélien ne vaut pas chèque en blanc pour les crimes que commet son armée ». Entre ces deux pôles, elle louvoie, telle une anguille impossible à attraper. En revanche, d'autres déclarations et agissements montrent bien vers quel pôle elle penche. Le 22 octobre, le quatrième personnage de l'État est en Israël avec les députés Éric Ciotti et le très belliqueux meilleur habib, et déclare
« Ce qui est important, c'est que les populations civiles qui sont aujourd'hui à Gaza soient évidemment le moins possible victimes de ce conflit. Mais on sait aujourd'hui qu'elles servent souvent de boucliers humains. Il faut les préserver bien sûr, mais que rien ne doit empêcher Israël de se défendre. La France, aujourd'hui, soutient pleinement Israël.
Les victimes civiles ne sont au fond que de regrettables dommages collatéraux. Aucun mot pour les nombreux crimes de guerre et violations du droit déjà documentés. Certains y verront un encouragement. En tout cas, il n'y a aucun effort pour freiner ou dénoncer. Ça devient encore plus ambiguë quand elle affirme qu'au moment où elle dit ça, le 10 octobre, Israël n'avait pas encore riposté.
Je vous rappelle que lorsque j'ai apporté mon soutien inconditionnel à Israël, et je le maintiens, à ce moment-là, Israël n'avait pas riposté.
Elle est en train de dire « Je soutenais inconditionnellement le peuple israélien, à condition que la riposte de son armée ne tua pas trop de gens. Mais maintenant, les conditions ont changé. Donc, je continue à soutenir inconditionnellement le peuple israélien. » A la fin, on ne comprend plus rien. Et c'est peut-être le but. D'autant que, c'est faux, la contre-attaque épée de fer est lancée dès le 7 octobre, avec bombardement massif sur Gaza dès le lendemain. Le 9, Israël annonce le siège complet de la bande de Gaza, interdit par le droit international humanitaire. Le même jour, leur ministre de la Défense déclara « Nous combattons des animaux humains, et nous agissons en conséquence.
» Autrement dit, le désastre humanitaire et les intentions de vengeance étaient là dès le jour 1. Yaël Braun-Pivé ne peut pas invoquer un délai ou dire que les circonstances ont fondamentalement changé.
« Maintenant, la situation a considérablement évolué avec l'offensive militaire d'Israël sur Gaza. Et ce que nous voyons aujourd'hui est absolument dramatique et tragique. Et donc, il faut que cela cesse. »
Et même si aucune riposte n'avait eu lieu avant le 10, on connaît très bien le penchant d'Israël pour les réponses militaires disproportionnées. Vu l'ampleur des massacres du 7 octobre, on savait d'avance que la probabilité d'un massacre dans la bande de Gaza était très élevée. La situation catastrophique était donc déjà là et ou anticipable. Donc tant mieux si son jugement a évolué. Mais d'une part, sa réaction est très molle au regard de l'ampleur des exactions constatées depuis 5 mois.
« Il faut que nous parvenions à un cessez-le-feu. Il faut que nous parvenions à faire obtenir la libération des otages. Et il faut que nous fassions rentrer de façon urgente davantage d'aide humanitaire. »
D'autre part, c'est facile de faire comme si c'était l'évolution des choses qui avait fait évoluer son avis. Non, elle a délibérément fermé les yeux alors que d'autres avertissaient dès le départ de la catastrophe en cours et à venir. Mais son aveuglement partisan l'empêche de le voir et de le reconnaître. Eh bien, figurez-vous qu'elle a adopté la même attitude à propos de la constitutionnalisation de l'IVG, qu'elle défend en 2024, mais à laquelle elle s'opposait en 2018.
« Vous vous réjouissez aujourd'hui de cette constitutionnalisation de l'IVG. Ça n'a pas toujours été le cas. En juillet 2018, alors que déjà des députés d'opposition réclamaient cette constitutionnalisation, vous étiez présidente de la Commission des lois et vous vous y étiez opposée clairement. »
En 2018, les députés France Insoumise avaient proposé d'inscrire dans la constitution le droit à l'IVG. Yael Brune-Pivet, alors présidente de la Commission des lois, s'y était opposée.
« Je ne crois pas que l'inscription de ces droits dans la constitution, d'une part, soit nécessaire, d'autre part, soit utile. »
Le risque d'une remise en cause en France n'est pas grand. Donc le niveau de protection juridique actuel est suffisant. Alors voilà comment, mercredi, elle explique ce changement d'avis.
« Alors quoi ? Vous avez évolué ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Il s'est passé les États-Unis ? »
Il s'est passé les États-Unis, c'est-à-dire la décision de la Cour suprême en 2022 qui fait que le droit à l'avortement n'est plus un principe fédéral, laissant à chaque État la liberté de le remettre en cause. C'est très ironique parce que citer un autre pays attaquant le droit à l'IVG, c'était précisément un des arguments de Caroline Fiat, la députée insoumise, qui avait défendu la constitutionnalisation en 2018.
« En ce début 2018, le Parlement polonais a approuvé un texte visant à réduire l'accès à l'avortement. En 2015, le Sénat espagnol interdisait aux mineurs de mettre fin à leur grossesse sans consentement parental. La France n'est pas épargnée par ses menaces sur les droits sexuels et reproductifs, puisque dans cet hémicycle, une députée réclamait la restriction du délit d'entrave à l'IVG. »
Et vous savez ce que Yaël Braun-Pivet avait fini par lui rétorquer ?
« Il est nul besoin de brandir des peurs relatives à ce qui se passe dans d'autres pays pour estimer que ces droits seraient menacés dans le nôtre. Ça n'est absolument pas le cas aujourd'hui. Rien ne vous permet de l'affirmer. »
« Merci, madame. » « Vous brandissez des peurs à partir de ce qu'il se passe dans d'autres pays. »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Il s'est passé les Etats-Unis. »
N'hurlez pas trop vite au foutage de gueule stratosphérique. Tant mieux si elle a évolué. Le problème, c'est qu'elle refuse de reconnaître qu'elle a été un frein conservateur dans le débat public.
« Profondément, vous avez évolué, vous avez changé d'avis. »
« Eh bien parce que le monde a changé, Léa Salamé, le monde a changé. »
« Pardon de vous dire, en 2018, quand vous y étiez opposée, il y avait déjà des menaces sur l'avortement. Il y en avait en Espagne, il y en avait en Pologne, il y en avait en Argentine. Il y avait déjà des remises en cause dans le monde. »
« Il y avait déjà des remises en cause, pas aussi nettes que ce qui s'est passé aux Etats-Unis. »
Pour expliquer ce changement d'avis, elle dit que le cas états-unien est préoccupant, mais que les cas, par exemple, hongrois ou polonais le sont moins. Donc ne permettez pas de déduire qu'une vague conservatrice mondiale pouvait menacer à terme le droit à l'IVG. Mais ça ne tient pas vraiment. Les conservateurs aux Etats-Unis poussaient déjà depuis des décennies pour obtenir leur victoire de 2022. L'épisode de 2022 aux Etats-Unis n'est qu'une étape supplémentaire, et admettons peut-être plus grave, de monter des conservatismes dans le monde, qui aurait pu l'inquiéter dès 2018.
D'autant que si on est attentif à son argumentaire, on s'aperçoit que sa raison ultime n'est pas tant le risque en France que la situation dans le monde.
« Aujourd'hui, bien loin de progresser, les droits des femmes régressent dans le monde. Et donc, il faut que nous agissions de plus en plus fort, parce que nous devons être à l'écoute du monde et nous devons assumer la responsabilité qui est la nôtre en tant que patrie des droits de l'homme. »
Elle semble soutenir la constitutionnalisation de la liberté garantie à l'IVG, non pas tant parce que ce droit est menacé en France que parce que cette inscription pourrait servir de point d'appui aux avancées féministes dans d'autres pays. Donc cet argument, ça aurait très bien pu s'entendre dès 2018. En tout cas, il est faux de dire qu'elle a été à la pointe du combat pour l'inscription dans la constitution. Mon hypothèse, c'est que elle et les macronistes ont été pris de vitesse par 1. la détermination des forces sociales féministes et 2. la cohérence stratégique des forces politiques de gauche qui ont poussé Macron à agir sur ce dossier et le Sénat à voter.
La Macronie a pris le train en marche, non sans un certain opportunisme. Donc sur le droit à l'IVG et un peu moins sur Gaza, Yael Brun-Pivet dit « la réalité a changé, j'ai changé d'opinion. Regardez comme je suis intelligente et vertueuse. » En bonne macroniste, elle refuse de reconnaître que les dangers qu'elle ne voit qu'aujourd'hui étaient déjà là avant. Et elle n'a fait que freiner et retarder. À la semaine prochaine. Sous-titrage Société Radio-Canada
Yaël Braun-Pivet