Canicule : la Fondation pour le Logement fustige les "mesurettes" du gouvernement sur l'adaptation des logements
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Il est 6h21, comment adapter nos maisons, nos appartements, aux fortes chaleurs ? Un logement sur trois en France est une bouilloire thermique selon le gouvernement, un sur deux selon un rapport de la Fondation pour le logement. Son directeur des études est notre invité. Bonjour Manuel Domergue. Bonjour. Des logements bouilloires, il y en a partout en France ?
Oui absolument, c'est très répandu. Un logement sur deux ne permet pas d'adapter son logement aux vagues de chaleur telles qu'on les connaît ces jours-ci. Après c'est très inégalitaire quand même. Parce que c'est beaucoup plus fort en ville, c'est beaucoup plus fort quand vous êtes en appartement dans du logement collectif, quand vous n'avez pas un jardin autour de vous. Et c'est beaucoup plus fort aussi pour les logements, les appartements qui sont au dernier étage. Et c'est aussi beaucoup plus dur à vivre quand c'est un petit logement et quand vous êtes en surpeuplement. Donc c'est un phénomène très inégalitaire.
Et puis il y a aussi un critère géographique, c'est dans les quartiers politiques de la ville, dans les grands ensembles qui n'ont pas été conçus, encore moins que les autres, pour s'adapter aux canicules. Là, la vie est très dure en ce moment avec les canicules.
Et dans ces quartiers populaires, ces difficultés sont valables, que ce soit dans des logements privés ou des HLM, c'est pareil ?
Oui, bien sûr, souvent ils ont été conçus à peu près de la même manière. Alors logement social, parfois c'est mieux géré, alors qu'il y a des copropriétés privées qui sont extrêmement dégradées, où il y a peu d'interventions du syndic, où il y a des impayés. Et donc il n'y a pas forcément toujours les moyens d'adapter ces immeubles, parfois anciens et pas toujours bien conçus, aux vagues de chaleur qu'on connaît. Mais la vie en logement social dans les grands ensembles est aussi parfois très difficile quand il fait chaud.
Et la chaleur, ce n'est pas qu'une question de confort ?
Oui, en fait, on a souvent parlé de confort d'été. Nous, on parle d'habitabilité d'été. Les logements ne sont plus habitables quand il fait 40 degrés. Et ça a des effets sanitaires massifs. L'an dernier, d'après Santé publique France, il y a eu plus de 5000 morts attribuables à la chaleur. Et ce sont des personnes âgées en général qui meurent dans leur logement. Ce n'est pas dehors, c'est dans leur logement. C'est parce que leur logement n'est pas adapté. C'est une question de santé publique. On a l'impression que les pouvoirs publics le découvrent aujourd'hui.
Alors, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jambrun, s'est tout de même exprimé hier soir. Il a annoncé une série de mesures pour accélérer, justement, cette adaptation des logements aux canicules. Je vais citer quelques mesures. Je ne vais pas toutes les citer. Mais par exemple, de faciliter dans les copropriétés le vote de travaux de rénovation d'ampleur. Ça pourrait se faire à majorité simple. Une TVA réduite, désormais aussi, pour les pompes à chaleur. Il demande aussi un recensement des fragilités dans le logement social. Vous validez tout ?
C'est des choses qui vont plutôt dans le bon sens, mais on a tellement de retard et on est sur des mesurettes tellement cosmétiques. On parle de recenser les logements bouilloires dans le parc social. On en est là en 2026. On ne l'a jamais fait, ça ? Si, beaucoup de bailleurs sociaux savent évidemment quel est l'état de leur parc. Alors, peut-être qu'il faut aller plus loin. Mais ce dont on a besoin, ce n'est pas un fichier Excel qui recense les logements bouilloires.
C'est de rénover ces logements et en urgence, avant de faire des rénovations performantes globales qui prennent du temps, qui coûtent cher, au moins installer tout de suite, là dans les mois qui viennent, des protections solaires, des volets, des brasseurs d'air dans tous les logements et notamment les logements sociaux parce que c'est là où on a la main plus facilement. Et il faut que l'État finance ces travaux d'adaptation. Ça ne coûte pas cher. Ça coûte, nous on a chiffré, à 100 millions d'euros par an de subvention de l'État pour adapter tout le parc social en 15 ans.
Donc, ce n'est pas des montants très importants, sachant que les logements bouilloires coûtent très cher, notamment à la Sécurité sociale, à peu près 5 milliards d'euros par an à cause de la chaleur. Donc, il faut investir très vite, tout de suite. On aurait dû le faire il y a 15 ans. Mais parce qu'il y a tant de logements que ça qui n'ont pas de volet ? Absolument. C'est assez aberrant, mais il y a à peu près 40% des logements qui sont exposés sud, est ou ouest qui n'ont pas de protection solaire sur toutes les baies vitrées. Et ça, c'est délirant et parfois c'est interdit. C'est imposé par les architectes bâtiments de France. Donc, ça, il faut en finir. Ça suffit.
Les gens meurent chez eux. Il faut se passer de la vie conforme des architectes bâtiments de France.
Et à quel point c'est efficace un volet ? Vous l'avez mesuré, ce sont les températures ?
Ça change tout. Vous le verrez chez vous, évidemment. On peut baisser de 5 à 10 degrés la température intérieure. S'il y a des volets, évidemment à l'extérieur, pas des stores à l'intérieur. Et puis après, on peut aussi mettre des stores bannes pour casser l'arrivée du soleil en amont. On peut repeindre en blanc les toitures. On peut végétaliser. Et surtout, il faut faire de la ventilation nocturne. Il faut ouvrir chez soi la nuit quand il fait frais. Encore faut-il le pouvoir. Et donc, il y a des questions parfois de sécurité, de barreau quand vous êtes au rez-de-chaussée. Et puis, de capacité à ouvrir ces fenêtres en toute sécurité, notamment quand on a des enfants.
Et ça, ce n'est pas le cas partout.
Et vous, vous dites aussi qu'il faut installer des brasseurs d'air. Alors, ce n'est pas le ventilo qu'on a sur pied. C'est vraiment au plafond.
Oui, le ventilo sur pied, ça peut être agréable aussi. Mais le plus efficace, c'est le brasseur d'air au plafond, comme dans les saloons, dans les westerns. Ça, ça marche très bien. Le ministre du logement l'a découvert. Il a fait l'éloge des brasseurs d'air hier à la télévision. Sauf qu'il pourrait peut-être les financer pour les ménages qui n'ont pas les moyens de le mettre en place.
Et la clim, oui ou non ?
La clim peut être utile pour les personnes vulnérables, dans les EHPAD, dans les crèches, ou quand le logement est inadaptable. Sauf qu'il faut d'abord, avant tout, faire les travaux d'adaptation simples, non polluants. Parce que la clim, c'est très inégalitaire. Vous refroidissez chez vous quand vous avez les moyens. Et puis, vous renvoyez la chaleur chez vos voisins.
Manuel Domergue, elle en est où, votre proposition de loi ? Zéro logement bouilloire ?
C'est ça qui est aberrant. C'est qu'on a fait le travail du gouvernement à sa place. On a écrit une proposition de loi l'an dernier. On l'a déposée l'an dernier. 150 députés de 8 groupes différents. Et le gouvernement ne l'a toujours pas mis à l'ordre du jour de l'Assemblée ou du Sénat. Alors qu'il y a urgence pour lever les freins.
Qu'est-ce qui vous donne comme explication ?
Alors, que c'est très intéressant, et qu'on va y réfléchir un jour, peut-être. Donc, il n'y a pas d'explication. Là où il y a des blocages, c'est que nous demandons un droit pour les locataires de demander à leurs bailleurs d'installer des volets et des brasseurs d'air. C'est assez simple, quand même. Mais ça, c'est impossible. On ne peut pas demander quelque chose à un bailleur, parce que c'est une vache sacrée. Et puis, le gouvernement ne veut pas mettre d'argent sur la table. C'est ça, quand même, le blocage principal.
Et vous suggérez aussi de mettre en place des plans grands chauds, comme il existe des plans grands froids. Ça consisterait en quoi ?
Pour les personnes qui sont sans abri, dans des accueils de jour, etc., la canicule, c'est mortel. On meurt de la rue, hiver comme été.
On en parle beaucoup l'hiver. Notamment quand il y a des vagues de chaleur. C'est tout aussi difficile, si ce n'est plus l'été.
Il faut absolument équiper tous les accueils de jour, justement les adapter aux vagues de chaleur, et puis héberger la nuit, en urgence, les personnes qui sont à la rue et qui risquent leur vie en ce moment. Donc, créer des places d'hébergement. Le mieux, c'est d'avoir, évidemment, des logements. Mais ça, évidemment, on en est loin.
Merci beaucoup, Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement. Vous publiez un rapport sur le sujet, justement, sur ces bouilloires thermiques qui existent en France. Et vous étiez l'invité du 5-7.