Universités françaises : audition de Fabrice Balanche et de Valérie Pécresse
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Bonjour à tous, bienvenue dans cette nouvelle édition 100% Sénat. Pour suivre ce matin l'audition de Fabrice Balanche, il est professeur des universités à Lyon 2, par ailleurs élu Les Républicains. L'année dernière, en avril 2025, un de ses cours a été interrompu par une quinzaine de jeunes. Cette audition avait lieu hier dans le cadre de la commission d'enquête du Sénat sur la capacité des universités françaises à garantir, je cite, l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur. Mes chers collègues, nous avons le plaisir d'accueillir cet après-midi M. Fabrice Balanche. Vous êtes maître de conférence en géographie à l'université de Lyon 2.
Merci d'avoir répondu à notre invitation. Quelques mots sur cette commission d'enquête. Elle a été instituée à l'initiative du groupe Les Républicains qui en a confié le rapport à notre collègue la sénatrice Laurence Garnier. Son objectif est d'évaluer l'état de notre système universitaire et de réfléchir aux conditions permettant de conforter son niveau d'exigence académique et son rayonnement. Vous êtes maître de conférence à l'université Lyon 2. Vous êtes un spécialiste reconnu du Proche-Orient. Vous exercez depuis de nombreuses années des fonctions d'enseignement et de recherche au sein de l'université française.
Et vos travaux académiques sont reconnus et vos prises de position publiques sur l'évolution de l'enseignement supérieur aussi. Et c'est plutôt là-dessus que sur le Proche-Orient que nous allons vous interroger. Mais peut-être qu'on pourra envisager une autre commission sur ce que vous pensez, notamment de l'archéologie française à l'étranger, qui est un facteur important du rayonnement de l'excellence française.
Ce que nous aimerions, c'est que vous nous fassiez par ici de votre ressenti par rapport aux conditions d'exercice de votre métier, du fonctionnement des établissements universitaires, mais aussi sur la place de certaines controverses idéologiques dans le débat académique au sein des universités. Malheureusement, nous le savons tous, que votre expérience personnelle vous a récemment, vous avez été confronté à des contestations de votre cours, alors que vous vous enseignez, et ça a conduit votre établissement à vous accorder la protection fonctionnelle.
Nous aimerions à ce titre que vous nous disiez un peu quel est votre sentiment sur la liberté académique en général, et le niveau de protection des enseignants dans l'exercice de leur mission de service public. Ce que je vous propose, c'est que vous nous fassiez un propos liminaire d'environ 10 à 15 minutes, et que ensuite, notre collègue, la rapporteure Laurence Garnier, vous interroge sous forme de questions-réponses, questions-réponses, et puis le régional de l'étape, le sénateur du Rhône. Voilà. Mais il pourra aussi poser des questions s'il le souhaite. Avant, je suis obligé de procéder aux formalités d'usage que vous connaissez d'enquête, que vous connaissez, pardon.
Et je vous rappelle qu'un faux témoignage devant cette commission est passible des peines prévues aux articles 434-13-14-15 du Code pénal. Et je vous invite à prêter serment, de dire toute la vérité et rien que la vérité, en levant la main droite et en disant « Je le jure ». Je le jure. Merci. J'ai pris acte de votre serment. Et je vous remercie par ailleurs de nous faire part de vos éventuels liens d'intérêt personnel en relation avec l'objet de notre commission d'enquête. Je suppose que vous n'en avez pas. Oui, non. Merci. Je vous informe enfin que cette audition est filmée et diffusée en direct sur le site internet du Sénat. Je vous cède la parole pour un propos liminaire.
Merci, M. le Président. Merci à la commission de m'avoir invité pour témoigner. Donc, effectivement, j'ai été recruté à l'université en 2007, à Lyon 2. Ça fait bientôt 20 ans. Auparavant, j'ai été pensionnaire à l'Institut français du Proche-Orient, justement, à Beyrouth, un peu avant à Damas pour faire ma thèse. Et puis, j'ai également enseigné 5 ans dans l'enseignement secondaire, avant d'être intégré à l'université, donc dans les années 90, puisque je suis aussi agrégé de géographie. Je suis passé la grègue en 1995. Ce qui me donne aussi du recul par rapport à l'enseignement secondaire, puisque c'est quand même lui qui nous fournit, justement, les étudiants.
Et ça explique aussi beaucoup des dysfonctionnements, évidemment, au sein de l'université. Donc, ça fait à peu près 20 ans que je suis maître de conférence. En 20 ans, j'ai noté, évidemment, une baisse de niveau absolument incroyable des étudiants. C'est-à-dire que les cours que je faisais en première année, j'ose à peine aujourd'hui les faire en troisième année de licence. J'ai noté également un absentéisme incroyable dans les cours magistraux, aujourd'hui. Des dispenses qui se multiplient dans les TD, surtout pour des motifs de travail. Parce qu'effectivement, les études coûtent cher, notamment le logement.
Et en ce qui concerne l'union 2, je vois bien que la majorité de mes étudiants ont un travail à mi-temps. D'autres habitent chez leurs parents, à Bourg-en-Bresse, Bourgouin, Belleville, parce qu'ils ne peuvent pas se payer un logement à Lyon. Donc, ça les oblige à faire des allers-retours entre l'université et leur domicile. Alors, les cours qui commencent à 8h ou qui finissent à 18h, ils évitent parce que ça les fait rentrer à des horaires impossibles chez eux.
Et donc, le fait que ces étudiants travaillent, ils travaillent aussi parce qu'ils voient leur emploi du temps, 15-20 heures de cours par semaine, concentré sur en gros 6 mois, parce qu'on commence les cours mi-septembre, on finit mi-décembre, on reprend début fin janvier, on arrête mi-avril. Bon, il y a les périodes d'examen, etc. Mais enfin, c'est quand même concentré, on dit des semestres, mais c'est plutôt concentré sur deux trimestres. Donc, ça leur laisse du temps et ils pensent qu'ainsi, ce temps, ils vont pouvoir le combler en travaillant. Ils oublient évidemment la somme de travail qu'il y a à fournir à l'université.
Et ils ne lisent plus, ils n'ont pas le temps, ils n'en voient pas l'intérêt. Et donc, ça conduit évidemment à une chute de niveau absolument incroyable. Surtout aussi parce que les bons étudiants, ceux en plus qui ont des parents qui sont souvent enseignants, donc qui sont initiés aux arcanes de l'enseignement, eux, ils choisissent d'aller en classe prépa après le bac. Non pas pour intégrer NormalSup, parce que quand on fait une prépa à Vesoul ou même à Besançon, on sait qu'on n'intègrera pas NormalSup. Mais on évite ainsi le premier cycle de l'université, puisque si on cube, on a l'équivalent d'une licence. Et on entre directement en master.
En plus, avec un niveau bien supérieur à celui des étudiants de premier cycle, qui ont fait leur premier cycle à l'université. Donc, tout ça, ça conduit vraiment à tirer vers le bas, si vous voulez, en tout cas en sciences humaines et sociales et sciences politiques, ce que je connais. Pour les sciences dures, la médecine, tout ça, c'est différent. Même le droit, c'est différent. Mais dans mes matières, on sent vraiment que le niveau est tiré vers le bas.
Ce qui fait que pour les enseignants, pour les enseignants-chercheurs, si vous voulez, l'écart est-il entre le niveau d'exigence qu'on nous demande pour être enseignant-chercheur, une thèse, une HDR, des articles, des publications, etc., et qu'on se retrouve avec des étudiants, je ne vais pas dire un alphabète, mais qui ont quand même un niveau extrêmement léger, peu de culture générale, peu d'appétence au travail, etc. Donc vous avez un espèce de blues qui se développe, évidemment, chez les enseignants-chercheurs.
Ils essaient, beaucoup essaient d'échapper au premier cycle pour ne se concentrer, concentrer leur service sur les masters, ou de demander des congés, des CRCT pour faire de la recherche, enfin, finalement, d'échapper à l'université. Vous avez un système administratif qui s'est complexifié d'une façon incroyable. Quand vous proposez un cours, il faut déposer les modalités de contrôle des connaissances un an à l'avance, que ça doit être voté par le conseil du FR, ça doit passer par la commission ACFVU, enfin, etc. C'est quasiment s'il ne faut pas donner les questions à l'avance pour que ça soit validé. Et ensuite, une fois que c'est inscrit dans le marbre, c'est plus possible de changer.
Et si vous changez, vous prenez un recours de la part des étudiants, parce qu'ils sont devenus extrêmement procéduriers également. Donc c'est un système qui est devenu extrêmement rigide, extrêmement complexe, et qui souffre finalement de dysfonctionnements continuels. Les universités, en tout cas la mienne, a tendance à refuser les logiciels qui se trouvent sur le marché, plutôt pour des raisons idéologiques, et à favoriser les logiciels libres. Donc on fait des programmes qui reposent sur la compétence d'un ingénieur informatique ou d'un technicien local, mais une fois qu'il est parti, on ne sait plus comment faire tourner le logiciel.
Donc vous avez des couacs en permanence pour les réservations de salles, pour la gestion des notes, etc. Enfin, c'est assez infernal. J'ai des collègues qui refusent quand on fait des réunions, par exemple, qu'on utilise Doodle parce que c'est commercial, parce que c'est... Vous avez des blocages idéologiques qui nous compliquent aussi la vie. Et puis, alors, le gros problème qu'on rencontre depuis 5 ans, depuis le Covid, et la phase d'inflation qu'on a eue après le Covid, où les salaires du personnel administratif, notamment les secrétaires de scolarité, enfin, toutes ces petites mains qui font tourner la machine, ces salaires, ils n'ont pas été réévalués énormément.
Donc avec un SMIC, ou un peu plus qu'un SMIC, ce n'est pas très attractif, vu la charge de travail que vous avez. Et donc, on a le personnel administratif, finalement, le plus qualifié, qui file vers la fonction publique territoriale, et on se retrouve à l'université avec de moins en moins de personnel administratif titulaire, correctement payé, investi, au profit de gens qui sont en contrat à durée déterminée. Alors, le temps de les former, justement, à toute cette complexité de l'université, etc., ils sont déjà partis.
Et donc, on se retrouve, vous avez votre secrétaire de scolarité en licence qui est parti au rectorat ou qui est parti ailleurs parce qu'elle est mieux payée grâce aux primes, grâce à un avancement qui est pris en compte, alors qu'à l'université, elle stagne depuis des années. Eh bien, on la comprend, elle s'en va, remplacée par quelqu'un qui est en contrat à durée déterminée, qui ne va pas s'investir de la même façon. Et puis, du coup, la formation s'effondre. Ou alors, les enseignants-chercheurs s'arrachent les cheveux parce que pour rentrer les notes, pour les emplois du temps, pour tout, c'est devenu la catastrophe.
Vous savez, quand dans des laboratoires de recherche, quand vous n'avez plus de secrétaire, c'est vite la panique. Eh bien, ça se passe aussi à l'université et de façon vraiment de plus en plus importante parce que les salaires des cadres C, des cadres B sont vraiment très faibles. En province, bon, vous survivez, je n'ose pas imaginer ce que c'est à Paris. Et puis, vous avez la centralisation de beaucoup de tâches, de beaucoup de tâches qui étaient entre les mains des facultés et qui sont passées aujourd'hui dans les services centraux des universités. Les présidents de l'université ont eu tendance à vouloir tout centraliser autour d'eux.
Et du coup, il y a un éloignement entre la prise de décision et puis la réalité, finalement, des facultés. Ce qui crée des couacs incroyables parce que c'est quand même mieux d'avoir une secrétaire en face de soi pour régler les problèmes de salle, pour régler les problèmes de scolarité qu'en envoyer un mail à des services centraux qui ne vous connaissent pas et qui vous répondent par e-mail. Donc là, tout ça, ça fait que beaucoup de gens sont en souffrance et qu'on ne trouve plus personne aujourd'hui parmi les enseignants-chercheurs, par exemple, pour assurer des tâches administratives. Responsable de licence, responsable d'année, responsable... Parce que c'est devenu ingérable.
Et vous perdez votre temps à ces tâches administratives au détriment de votre recherche, au détriment des cours aussi, mais au détriment de la recherche, qui est quand même ce pourquoi on s'est engagé dans l'enseignement supérieur. Et puis, la recherche qui permet votre promotion. Vous avez le nombre d'articles, de bouquins qui vont vous permettre de passer, de mettre de conf à prof, d'avoir la hors-classe, etc. Donc, le paradoxe, c'est que ceux qui s'investissent dans les tâches administratives, dans l'enseignement, etc., en fait, c'est les perdants du système puisque c'est évalué uniquement sur la recherche. Donc, ça commence pas mal à peser.
Bon, je pourrais développer évidemment là-dessus. Sur la sélection à l'entrée de l'université, sur les premiers cycles, est-ce qu'ils doivent être, est-ce que les étudiants doivent avoir accès ? Ben non, il faut introduire une sélection à l'université. Bon, je sais que c'est un vieux débat depuis Devaquet, depuis 1986, mais à l'époque, moi, quand j'ai passé le bac en Haute-Saône, à Lure, on était à peine 20% d'une classe d'âge à avoir le bac et le bac était vraiment un diplôme qui vous permettait de suivre vos cours à l'université.
Donc, quand on a voulu introduire la sélection à l'entrée de l'université à cette époque, c'est vrai que c'était pas, comment dire, mais aujourd'hui, vu qu'on est à 80% de gens qui ont le bac et notamment des bacs techniques qui vous permettent de rentrer à l'université alors que vous n'avez pas du tout le niveau, là, ça ne va plus du tout. Surtout que les filières courtes, BTS et UUT, elles, elles sont sélectives, alors que l'université, qui est une filière longue, elle ne l'est pas. Donc, il y a quand même un souci. Donc, on a des étudiants qui traînent en première année. Les plus lucides, évidemment, essaient de se réorienter à l'issue de la première année.
Et puis d'autres, je dirais, se complaissent dans la médiocrité. Et puis, grâce aux options, à la musculation, aux chinois grands débutants ou aux portugais grands débutants pour des gens qui sont lusophones, ils arrivent finalement à avoir leur licence quand même. Donc, ça, ça pose des soucis. Puis ensuite, ils accèdent au master puisque tout le monde a droit à un master. parce qu'il n'y a même plus de sélection maintenant. Enfin, il y a des masters qui sont sélectifs, mais vous devez proposer aux 100 masters 3, 4 masters différents pour qu'ils puissent poursuivre à Bac plus 5. Donc là, même là, vous pouvez avoir un Bac plus 5 sans souci.
Donc là, il faut vraiment, à mon avis, introduire les élections. Alors, Parcoursup le permet puisque certaines universités introduisent des critères de sélection à l'entrée en première année. Mais alors là, se pose le dilemme de la soutenabilité de vos formations. Des universités qui sont un peu chancelantes, qui sont victimes de la baisse démographique, vont tendance à faire justement sauter les critères de sélection pour avoir des étudiants et remplir les filières. et surtout les filières qui sont en souffrance, en sciences humaines et sociales, histoire de l'art ou des choses comme ça. Et comment dire ?
C'est un mauvais service qu'on rend aux gens, aux étudiants, parce qu'on les maintient dans des filières où finalement, il y a peu d'employabilité à la sortie. On les berce d'illusions et puis à la sortie, ça fait des gens qui sont frustrés, qui sont amers et qui se disent « Finalement, j'aurais mieux fait d'aller en BTS, j'aurais mieux fait de... » « Ben oui, mais il est trop tard, ils ont 23, 24 ans. » Donc c'est un mauvais service qu'on leur rend. À un moment donné, il faut être... Écoutez, non, vous n'avez pas le niveau. Vous ne pourrez pas aller à l'université, vous ne suivrez pas ou vous serez dans une filière à voie de garage qui ne mènera à rien.
Il faut être un peu directif à un moment donné. On ne peut pas laisser le libre arbitre total à des gens qui ne sont pas forcément matures et qui n'ont pas forcément non plus les parents qui pourraient les aider à faire un bon choix en termes d'enseignement supérieur ou de formation professionnelle. Et là-dessus se rajoute, ce cours en assiste aujourd'hui, évidemment, de plus en plus, un militantisme politique au sein des universités. Bon, de la part des étudiants, ça a toujours existé. Là, ça prend quand même...
Ça prend quand même une ampleur autre, puisque l'interruption de cours dont j'ai été victime montre que plus rien ne les arrête parce qu'en fait, ils bénéficient d'une totale impunité. Un an après cette interruption de cours, pourtant, ça a fait du bruit puisque j'ai eu le soutien du ministre, il y a eu plusieurs questions au Parlement, au Sénat, etc. Personne n'a été identifié, personne n'a été puni, rien. Donc, depuis un an, je suis victime d'une campagne de harcèlement, de graffiti, de tags, d'affichage sauvage. Mon amphi a été saboté deux fois au printemps. Ils ont collé des affiches diffamatoires un peu partout. On ne sait pas qui c'est, personne ne les arrête.
Donc, pourquoi ils gêneraient ? Bon, il y a eu d'autres affaires, de blocage, d'occupation, de dégradation des locaux, etc. Personne n'a jamais été inquiété. Il n'y a pas de caméras à l'université. La direction de l'université refuse des caméras parce que c'est liberticide. Donc, c'est la porte ouverte à toutes les dérives. Alors, pourquoi ? Parce que, pas de vague, évidemment, pour certains. Pour d'autres, une complicité idéologique, politique avec les activistes, étudiants, c'est clair. Et donc, ça, ça pose quand même un problème de la neutralité de la direction de l'université qui ne respecte pas son obligation de neutralité.
Et puis, beaucoup d'enseignants-chercheurs qui ne font pas la différence entre recherche et militantisme. L'obligation de neutralité politique et religieuse qu'ils devraient avoir. On pourra en parler. Donc, l'université traverse beaucoup de problèmes. Ça, c'est clair. Oui, je vais m'arrêter là.
Merci, monsieur le président. Merci, professeur, pour ces propos liminaires. Alors, un certain nombre de questions. On va commencer par la question du premier cycle et de la réussite étudiante au sein du premier cycle. Vous avez expliqué tout à l'heure que vous aviez une double expérience ayant enseigné au lycée en tant qu'agrégé de géographie puis en tant que maître de conférence à l'université. On s'intéresse précisément à ce passage de l'un à l'autre, ce qu'on appelle parfois bac moins 3, bac plus 3, étant entendu, et vous l'avez rappelé, que le filtre du baccalauréat ne joue plus son rôle aujourd'hui.
80% d'une classe d'âge l'obtient et fait valoir ensuite son droit à poursuivre ses études dans l'enseignement supérieur. Tout ça, ça a généré, vous l'avez très bien décrit, des phénomènes d'évitement. On passe par les classes préparatoires, soit pour quitter définitivement, avant même d'y être entré, le système universitaire et se diriger vers des grandes écoles, soit dans les filières de sciences humaines et sociales pour éviter justement la partie licence 1, 2 et 3 et rejoindre l'université en master où un certain nombre de problèmes, vous nous démentirez le cas échéant, nous semblent être réglés par rapport à beaucoup de questions que vous avez évoquées, pas tous évidemment.
Tout ça fait que, si vous y ajoutez des BUT, des DUT, de l'enseignement supérieur privé lucratif qui a pris aussi beaucoup de place ces dernières années, l'université n'accueille plus que 54% des élèves de l'enseignement supérieur français. Ça n'empêche que le nombre a continué à augmenter pour des raisons démographiques que vous connaissez. Et ce qu'on constate, c'est qu'il y a un manque de confiance, parfois une défiance des familles et des étudiants français, de certains d'entre eux en tout cas vis-à-vis de ce modèle. La peur de l'échec, puisque 50% des étudiants inscrits en licence ne l'obtiendront pas.
Une certaine crainte aussi du militantisme politique que vous avez évoqué et sur lequel nous reviendrons. Pas de possibilité, en tout cas dans certaines filières, de sélectionner. On peut classer et Parcoursup a un peu amender les choses sans les assumer véritablement en ne parlant pas aujourd'hui de sélection. Ma première question, c'est comment est-ce qu'on peut faire pour réhabiliter ce premier cycle universitaire ? Vous avez évoqué la sélection, vous n'avez pas de tabou dessus, d'autres en ont, vous le savez, mais c'est un sujet sur lequel les choses bougent.
Est-ce que pour vous, il faut rendre le baccalauréat plus exigeant et en faire un premier filtre avant l'accès à l'enseignement universitaire ? Est-ce qu'il y a pour vous un problème d'adéquation entre des élèves qui ont suivi des bacs pro, des bacs technologiques, qui les amènent à des filières courtes et qui se retrouvent à l'université comme vous l'avez décrit, et d'autres qui se destinent à des filières longues, mais en passant par des BUT et des DUT parce que c'est sélectif ? Donc, est-ce qu'il faut repenser cette offre de formation de première année pour limiter les propositions en filières non sélectives et renforcer les filières professionnalisantes ?
Comment est-ce qu'on peut redonner son intégrité, sa cohérence à un cycle de licences, y compris pour l'insertion professionnelle à bac plus 3, si vous estimez que ça a du sens ? Et dernière question pour finir sur ce premier cycle universitaire, est-ce qu'il n'y a pas aussi une interrogation sur le taux d'encadrement et d'une manière générale l'accompagnement des élèves sur ce premier cycle ? Ils sortent du lycée dans des classes d'une trentaine d'élèves, ils se retrouvent parfois dans des grands amphis, ça aussi, ça peut faire peur, ça aussi, ça peut conduire au phénomène d'évitement que vous avez évoqué.
Voilà, est-ce que vous pouvez nous donner votre grille d'analyse et les solutions qui vous paraîtraient pouvoir réhabiliter vraiment ce premier cycle universitaire en tant que tel ?
Je pense que ceux qui viennent de bacs techniques, les bacs STT par exemple, ils ne devraient pas pouvoir automatiquement s'inscrire à l'université. Après, il existe l'examen d'entrée à l'université pour ceux qui n'ont pas le bac et que si vraiment ils ont envie d'y rentrer, même avec un bac technique, à ce moment-là, qu'ils passent l'examen d'entrée à l'université. Parce qu'on ne leur ferme pas la porte pour les meilleurs parce qu'on ne peut pas, il y a toujours quand même des gens qui sont récupérables. Donc, il faudrait développer cet examen d'entrée à l'université pour les bacs techniques et faire en sorte vraiment que les gens qui ont choisi une filière courte fassent un bac technique.
Parce que, il faut faire attention parce que quand on vient d'une famille modeste, les enfants, les parents sont ouvriers ou employés, les études longues, ça fait peur. Ça fait peur. Donc, on va déjà assurer son avenir. Alors, on va peut-être rentrer vers un bac technique pour déjà avoir quelque chose à 18 ans parce que les parents ont commencé à travailler à 14, 15 ans, 16 ans et donc, aller au-delà, ça fait peur. Ça peut faire peur à beaucoup de familles. Et c'est pareil pour l'enseignement supérieur. J'ai des amis dans mon village qui a vu un bac général et ont préféré faire une filière courte pour s'assurer au moins un DUT et puis après qu'on reprit en licence. Voilà.
Donc, il ne faut pas fermer la porte à ces gens-là parce que, voilà, si on a des parents qui ont fait des études supérieures, on sait où on va. Quand on a des parents qui étaient ouvriers, on ne sait pas où on va. C'est l'inconnu. Donc, il faut faire attention à ça et leur laisser la possibilité quand même d'y aller mais en étant clair qu'écoutez, si vous avez fait un bac technique, vous n'avez pas forcément le niveau pour pouvoir suivre à l'université. Quand vous entrez en premier cycle à l'université, le changement aussi par rapport au lycée, c'est que vous n'êtes pas du tout encadré. Le prof arrive, il fait son cours.
Bien souvent, les chargés de TD, c'est les vacataires ou des assistants qui n'ont pas de formation pédagogique, très peu, mais même les enseignants-chercheurs, ceux qui n'ont pas passé une agrégation ou un CAPES, ils n'ont aucune formation pédagogique. Et ça, c'est quand même un énorme problème parce qu'un cours, ça se prépare, ça se travaille, il y a une méthode d'enseignement et vous n'êtes jamais évalué sur votre méthode d'enseignement dans le secondaire. J'ai été évalué par les inspecteurs régulièrement qui donnaient des conseils. Ce n'était pas le coup près. On vous donnait des conseils, on vous aidait pour améliorer votre... Dans le supérieur, il n'y a absolument rien.
Vous pouvez faire toute votre carrière sans qu'on vous ait jamais interrogé sur vos cours. Vous n'êtes jamais remis en question sur la façon de faire votre cours. Et donc ça, c'est quand même un problème surtout que les étudiants qui arrivent en premier cycle ont quand même beaucoup moins de capacité à l'autonomie, à travailler, etc. Et en plus, comme les profs chevronnés désertent les premiers cycles au profit des deuxièmes cycles, ils se retrouvent bien souvent avec des vacataires, des ATR ou même des maîtres de conf débutants.
Comme malheureusement, ça se produit dans l'enseignement secondaire où on envoie ceux qui viennent d'avoir le CAPES dans les lycées les plus difficiles de banlieue et puis les autres sont dans les lycées de centre-ville. Donc là, il faudrait à mon avis un corps d'inspecteur pédagogique et l'université qui évalue aussi les cours et que les cours, la qualité des cours soient retenus dans les promotions, dans le passage de maître de conf à professeur, que ce ne soit pas seulement la somme de vos publications qui jouent. Parce que si le critère dans la promotion c'est la recherche, ne faites pas cours, ne passez pas de temps sur vos cours et puis investissez-vous dans la recherche.
Et c'est ce que malheureusement beaucoup de gens qui font parce que quand vous avez compris comment fonctionne le système, au bout d'un moment vous n'allez pas être toujours le danon de la farce quand il s'agit de promotion. Donc là, il y a vraiment un souci de formation des enseignants du supérieur. on dit oui ce n'est pas parce que comment dire ce n'est pas parce qu'on a un bon chercheur qu'on sera un bon enseignant et inversement. Donc il faut vraiment avant en sciences humaines et sociales en géo ou en histoire la plupart des gens qui étaient recrutés maîtres de conf il fallait l'agrégation. Aujourd'hui en géographie ce n'est quasiment plus le cas.
En histoire ça l'est encore un peu plus parce que justement l'histoire prépare aux concours d'enseignement. Donc les collègues d'histoire ont envie d'avoir des gens qui ont passé des concours justement pour être à même à préparer les gens aux concours. Mais je vois moi en géographie je suis un des rares qui fait encore la formation au CAPES et à la grec parce que les autres collègues ça ne les intéresse pas.
Et donc ce qui fait qu'il y a peu d'attractivité pour les sciences humaines et sociales aujourd'hui c'est parce que essentiellement c'est la formation des profs des écoles et des profs du secondaire mais comme ces métiers de l'enseignement ne sont plus attractifs eh bien les bons étudiants ne vont pas venir en histoire géographie en lettres etc. parce qu'ils n'ont pas envie de se retrouver profs. Donc vous avez aussi une désaffection par rapport à ça. mais donc voilà j'espère que j'ai répondu à votre question.
Merci beaucoup je reste sur la formation universitaire on évoquait donc tout à l'heure les taux d'échec de 50% entre l'inscription en licence 1 et la sortie au bout de 3, 4 ou 5 ans donc avec un diplôme de licence en poche.
50% bon évidemment c'est pas satisfaisant même si on a à l'esprit qu'il y a des orientations dans ces 50% qu'on n'arrive pas à chiffrer sur lesquelles c'est très difficile d'avoir une analyse fine en tout état de cause quand on évoque l'arrivée de tous ces bacheliers issus enfin qui ont obtenu leur baccalauréat il y a deux manières de prendre ce taux de 50% de réussite ou de 50% d'échec soit on dit c'est catastrophique pour 50% et c'est peut-être le cas mais on peut dire aussi avoir une lecture plus positive du niveau d'exigence académique de l'université en disant bah oui l'université aussi fait le choix de ne délivrer enfin fait le choix sur la base des examens successifs année après année de ne délivrer un diplôme de licence qu'à la moitié des élèves qui se sont inscrits en première année est-ce que est-ce que vous faites la même lecture et est-ce que vous considérez que l'université aujourd'hui reste exigeante sur la qualité des diplômes délivrés c'est extrêmement
variable
entre les universités et les filières
vous avez vous avez dans des filières où on va maintenir un fort niveau d'exigence dans certaines universités et puis dans d'autres on a pris le parti que tout étudiant qui arrive en première année doit avoir sa licence par par idéologie donc les examens c'est juste une formalité c'est vraiment extrêmement extrêmement variable
est-ce que vous pouvez nous donner un exemple un peu concret parce que il y a un moment les partiels donnent lieu à des notations un peu précises malgré tout donc comment est-ce qu'on décrète que je sais pas 80 ou 90% des étudiants inscrits doivent obtenir leur diplôme alors vous allez avoir
dans une filière dans un département une politique qui aide vraiment que tout le monde doit avoir sa licence il faut pas qu'il y ait aucune sélection donc la notation est à l'appréciation évidemment des enseignants chercheurs qui vont être extrêmement large et puis dans d'autres filières on veut maintenir un niveau d'exigence une sélection on considère que c'est pas que c'est pas dû d'avoir sa licence et puis on essaie de maintenir l'exigence alors après il se pose des problèmes c'est à dire que c'est la soutenabilité des filières c'est à dire que dans des filières qui sont très attractives vous pouvez vous permettre de faire ça mais dans des filières qui le sont moins si vous êtes exigeant vous n'aurez plus d'étudiant et donc comment vous bouclez votre service comment vous nourrissez vos masters vous avez des masters qui sont pas du tout attractifs parce qu'il y a très peu emplois à la clé mais bon si vous voulez éviter de vous retrouver enseignant en première année que vous préférez conserver votre séminaire dans le master vous pouvez parler de vos recherches et vous vous faites plaisir devant une dizaine d'étudiants au lieu de vous retrouver devant 500 étudiants dans un amphi de première année vous avez intérêt à maintenir un faible niveau d'exigence pour continuer à nourrir votre filière tout ça c'est des pourquoi ?
parce que comme ça vous passerez moins de temps sur vos cours et vous pourrez faire plus de recherches et voilà
donc cqfd par rapport à ce que vous évoquiez juste avant sur la non prise en compte de la qualité de l'enseignement dans le cadre de vos activités d'enseignant-chercheur très bien merci beaucoup un mot aussi sur le recrutement des étudiants internationaux dans un environnement évidemment universitaire très mondialisé aujourd'hui c'est 15% de l'effectif des étudiants en France à peu près un étudiant sur six dont à peu près les deux tiers sont à l'université française donc vous avez à l'université une sur-représentation d'étudiants internationaux puisque vous n'accueillez que entre guillemets j'ai conscience que les volumes sont colossaux 54% des étudiants du supérieur mais les deux tiers des étudiants internationaux comment est-ce que les universitaires que vous êtes s'assurent de l'excellence de leur parcours académique et deuxième question peut-être vous êtes plus en tant qu'enseignant-chercheur et maître de conférence à même de répondre sur la question de l'excellence académique lorsqu'on recrute et qu'on fait venir ces étudiants comment est-ce qu'on s'assure également de leur niveau de langue de maîtrise de la langue française est-ce que vous constatez des difficultés à ce sujet-là ?
Alors quand vous parlez des étudiants internationaux c'est hors Union Européenne hors Erasmus ?
Oui c'est les étudiants extra communautaires Oui voilà
Bon alors on a effectivement beaucoup de demandes ils postulent en général sur eCandidat ou Campus France et c'est compliqué parce qu'il y a un tri qui se fait au niveau des SCAC comment on appelle ça la coopération les ambassades et vous avez vous avez des SCAC qui font plus ou moins bien leur travail le SCAC Alger par exemple ils font un bon travail ça on le sait de sélection des étudiants bon moi j'ai vécu longtemps en Syrie au Liban c'est pas difficile de se procurer des faux papiers des faux diplômes des faux relevés de notes franchement c'est pas compliqué du tout donc il faut qu'il y ait vraiment un énorme travail de la part du SCAC pour s'assurer que l'étudiant en question il a un bon niveau de langue il ait vraiment fait ce qu'il prétend avoir fait et ça dans d'autres SCAC dont je tairai les noms c'est pas forcément le cas on le sait quand on étudie les dossiers et donc on sait que ce pays là on peut pas leur faire confiance mais après
si vous acceptez si vous souhaitez pas le dire publiquement c'est pas une difficulté mais si vous pouvez nous le transmettre par écrit quand vous répondrez au questionnaire ce sera précieux pour nous d'accord
et donc c'est très difficile parce que vous recevez là par exemple en géographie on a reçu 200 dossiers de Campus France en provenance du Maghreb d'Afrique subsaharienne et c'était tellement mal fichu que la collègue qui s'en occupe a dû faire ça en 48 heures avec une difficulté d'accès au dossier donc c'est techniquement impossible de faire une sélection correcte donc bon on n'a pas trop recruté nous il y a aussi le problème que si vous refusez les gens ils peuvent déposer des recours et donc vous devez justifier pourquoi vous l'avez refusé donc c'est une charge de travail tout ça c'est des tâches qui sont en plus pas rémunérées donc faites ça sur la base du bénévolement donc ça ça vous prend énormément de temps donc tout dépend aussi des collègues qui vont qui vont traiter qui vont traiter les dossiers
pardon on se demandait si les recours s'appliquaient aussi aux étudiants internationaux oui quand vous les refusez ils peuvent déposer des recours ils peuvent déposer un recours d'accord
et donc il faut alors je ne sais plus la procédure parce que je ne m'en occupe pas mais ça passe par l'université mais vous devez quand même justifier justifier tout ça d'accord donc ça prend du temps et vous avez alors vous avez des filières là aussi qui sont en souffrance en manque d'étudiants ils vont avoir tendance ils vont avoir tendance à accepter tout le monde le cas le plus le plus caricatural c'est les départements d'arabe départements d'arabe qui vont accepter des étudiants tunisiens marocains égyptiens qui viennent faire de l'arabe en France et quel sens ça en termes d'excellence académique ben aucun c'est tout simplement des départements où dans certaines villes de France où il y a des petits départements d'arabe donc ils ont très peu très peu d'étudiants donc s'ils veulent maintenir leur département en vie et éviter d'être absorbés dans un grand enfin en LEA en langue étrangère appliquée ben ils vont ils vont gonfler leurs effectifs en acceptant en acceptant n'importe qui et ceux qui viennent étudier l'arabe en France la plupart c'est juste pour avoir une carte de séjour et pouvoir enfin c'est une migration en fait donc il faut faire alors j'ai pris l'arabe comme exemple mais il y en a d'autres mais c'est celui qui me vient en tête parce que j'en discutais avec un collègue récemment qui a annoncé et qui lui me dit que depuis qu'il est là il refuse tous tous les étudiants d'arabe qui viennent des pays arabes justement en disant que ça n'a ça n'a aucun sens surtout qu'ils ont pas enfin ils ont un bon niveau d'arabe mais ils ont un très mauvais niveau en termes de méthodologie en termes de culture générale puis de toute façon ils ne viennent pas au cours parce que ce n'est pas leur objectif alors voilà tout dépendra aussi des individus des départements des stratégiques que certains diplômes peuvent avoir
bien merci merci pour ces précisions ça répond à une question que pointait la cour des comptes en évoquant certaines filières qui ne remplissent plus aujourd'hui leurs effectifs que par l'accueil d'étudiants internationaux c'est un des éléments de réponse mais on vous en remercie parce que parce que nous n'en avions pas eu jusque là il y a sans doute d'autres éléments de réponse à cette question là mais on prend bonne note de votre de ces éléments je voudrais vous parler maintenant un peu de la question de la gouvernance tout à l'heure lorsqu'on reparlera du militantisme politique enfin l'un et dans l'autre quand même tout à l'heure vous avez évoqué la question du militantisme politique au sein des universités et je reprends vos mots vous avez dit chez les étudiants ça n'est pas nouveau qu'il y ait des prises de position politique effectivement ça fait des décennies qu'on le voit mais aujourd'hui les choses ont pris une ampleur nouvelle c'est ce sujet là qui nous intéresse plus spécifiquement pourquoi d'après vous ce militantisme politique a-t-il pris une ampleur nouvelle dans des formes de contestation sans doute plus violentes et est-ce que selon vous vous avez évoqué rapidement la CEVU tout à l'heure la gouvernance des universités constitue des éléments d'explication à ce phénomène ou est-ce que ce sont deux phénomènes parfaitement décorrélés auquel cas il y a peut-être d'autres éléments d'explication
oui alors quand je dis que ça prend une importance nouvelle alors c'est à mon échelle parce que je ne peux pas vous parler des années 60 70 où c'était aussi pas mal d'après ce qu'on m'a raconté moi je dis à partir du moment où je suis rentré à l'université c'est-à-dire 1987 et aujourd'hui j'ai quand même vu voilà les choses évoluées le militantisme chez notamment les enseignants-chercheurs augmenté notamment depuis une dizaine d'années vraiment vers une radicalisation des positions c'est aussi la même chose dans la société française mais à l'université ça fait peur donc il y a ce courant de radicalisation qui monte en puissance et puis c'est lié aussi à l'autonomie des universités aujourd'hui une université c'est devenu une collectivité locale donc le président qui est élu le conseil d'administration c'est les syndicats c'est des groupes politiques qui sont représentés donc forcément le politique prend de plus en plus d'importance et ça ce que les présidents de l'université aujourd'hui ne sont plus neutres ils sont élus donc comme tout tout maire tout président de région qu'est-ce qu'il cherche ?
Il cherche à rester au pouvoir donc à l'université c'est pareil donc il va renforcer il va renforcer son corps électoral en attribuant les postes en attribuant les budgets plus ou moins à ceux qui votent pour lui en marginalisant évidemment les autres de manière à ce qu'ils se rallient s'ils veulent s'ils veulent obtenir eux aussi les subsides si la finalité de l'université c'était l'employabilité des étudiants et pas la soutenabilité des filières ça serait différent parce que là vous auriez une obligation de résultat mais là vous n'avez pas d'obligation de résultat ce qui compte c'est le nombre d'étudiants que vous avez pour obtenir la dotation de services publics la plus importante donc vous pouvez avoir comment dire vous avez donc une politisation qui se met en place parce que c'est c'est des enjeux de carrière c'est des des financements c'est un sujet qui sont qui sont délicats à aborder mais moi c'est ça qui me fait le plus peur à l'université c'est qu'on est en train de se transformer finalement en une collectivité locale
est-ce que vous pensez on l'a évoqué hier avec la présidente de la région Île-de-France que le système électif devrait être remis en cause oui totalement
totalement enfin quand madame Pécresse a fait la loi sur l'autonomie des universités je pense qu'en tout cas science humaine et sociale ce que je connais elle n'a pas compris la sociologie des universitaires et de facultés où on était finalement très politisés et que ça allait pouvoir se développer davantage donc parce qu'aujourd'hui si vous avez un souci budgétaire à l'université et que vous allez devoir tailler dans les dans les dans les dans les dans les heures dans les fermer des diplômes etc vous allez fermer un diplôme qui marche mal mais dont les gens votent pour vous dont la filière vote pour vous ou vous allez fermer un diplôme qui marche moyen mais les gens qui votent pas pour vous on peut toujours se poser la question vous avez vous attribuirez des postes parce qu'aujourd'hui les universités sont totalement libres en termes de recrutement enfin dans le cadre de leur enveloppe budgétaire faut pas que ça dépasse les 85% de la masse salariale sinon vous avez un plan de remise à l'équilibre qui se met en place mais sinon vous êtes libre d'attribuer deux postes de profs en géographie un poste de maître de conf à telle filière etc et comment vous les attribuez ces postes en fonction de quels critères comme ce sont là aussi c'est très opaque c'est très opaque là par exemple pour un exemple très clair sur Lyon 2 le repyramidage le repyramidage c'est un processus qui a été mis en place il y a 4-5 ans pour permettre une filière interne de promotion de maître de conférence à professeur il n'y a rien de plus opaque que ce système alors ça partait d'un bon sentiment parce qu'effectivement vous avez 50 ans vous êtes maître de conf vous n'avez pas envie de faire le prof TGV vous êtes investi dans l'université vous voulez y rester c'est dommage que vous partiez etc bon d'accord donc ça partait d'un bon sentiment mais après c'est comme la loi Pécresse mais après il faut voir comment c'est appliqué au niveau local c'est le localisme et le clientélisme dans toute sa splendeur le dernier poste qui a été attribué on a choisi telle section au conseil d'administration la présidente n'a jamais présenté un tableau chiffré en montrant quel était le ratio par section de professeur par rapport au maître de conf elle a dit on a regardé on s'est aperçu que c'était telle section bon si en face l'opposition ne fait pas son travail ne va pas demander les documents etc ça passe comme une autre à la poste il s'avère que dans la section en question il n'y a qu'une seule candidate donc enfin alors peut-être que ça part d'un bon sentier on ne sait rien mais la façon dont ça se fait ça porte à suspicion forcément parce qu'il n'y a pas d'éléments chiffrés il n'y a pas de critères rationnels qui sont qui sont apportés
je prolonge vos propos sur les filières qu'on ferme ou qu'on ou qu'on maintient en fonction de critères de choix qui peuvent être subjectifs vous en avez expliqué les raisons parallèlement à ça et pour revenir sur ce qu'on a dit au début sur la question de la sélection certains de vos collègues nous disent qu'ils aimeraient pouvoir fermer une filière parce qu'elle n'offre aucun débouché par exemple en master quand on a 0% d'admission en master un certain nombre de présidents d'universités qui doivent faire des choix budgétaires dans une enveloppe contrainte aimeraient pouvoir fermer ces filières et c'est le rectorat qui le refuse donc par rapport à ce que vous venez de nous dire quel est le bon schéma est-ce qu'il faut que ces capacités d'accueil selon vous soient à la main des présidents d'universités avec les limites que vous avez évoquées juste maintenant ou est-ce qu'il faut qu'elles soient à la main des rectorats avec d'autres limites et souvent la limite quantitative d'offrir une solution à chaque étudiant qui le souhaite
si le rectorat s'oppose à la fermeture de filières c'est parce qu'il a besoin de masters où il n'y a personne pour pouvoir les proposer aux 100 masters voilà parce que les 100 masters quand j'ai des collègues qui ont des masters qui sont sélectifs de bonne qualité etc ils n'en veulent absolument pas mais vous avez le rectorat qui dit non il vous reste une place il faut la donner à cette personne mais oui mais cette personne n'a pas le niveau moi je n'en veux pas donc il y a d'autres masters où il n'y a personne effectivement là s'ils veulent sauver la filière ils récupèrent les 100 masters là aussi le rectorat peut avoir des fois des logiques assez dysfonctionnelles par rapport problème de fermer des filières c'est toute la question qu'est-ce qu'on fait des enseignants qu'est-ce qu'on fait des enseignants-chercheurs bon moi je suis géographe je suis assez polyvalent je peux donner des courants d'histoire je peux donner des courants sociaux mais bon ce n'est pas le cas de tous mes collègues quand vous avez fait une thèse sur géophysique sur un truc très précis si votre master ferme qu'est-ce que vous faites et puis si vous avez un volant d'étudiants qui réduit dans une université ce n'est pas comme dans le secondaire où vous vous êtes réaffecté au lycée d'à côté au collège d'à côté là vous êtes titulaire d'un poste dans une université les mutations il y en a très peu pour changer d'université il y a un concours c'est compliqué donc le problème c'est qu'il y a très peu de mobilité finalement à l'université beaucoup moins que dans le secondaire
ce sujet a été évoqué notamment concernant les enseignants-chercheurs en allemand avec effectivement un ralentissement très net des étudiants dans ces filières-là on entend que c'est une interrogation que vous portez légitimement en tant qu'enseignant-chercheur pour autant la question de l'adéquation entre les demandes des étudiants et les postes en face doit être gérée peut-être de manière souple notamment peut-être en réorientant ce type de postes vers la recherche peut-être c'est une possibilité ou quasiment exclusivement vers la recherche je voulais vous poser une autre question par rapport à ce que vous disiez non écoutez ça m'échappe par rapport à vos réflexions on va poursuivre et puis si ça me revient j'y reviendrai sur je reste sur la question du militantisme politique vous en avez beaucoup parlé deux éléments un élément personnel compte tenu de votre parcours et de ce que vous avez vécu récemment est-ce que vous pouvez nous dire le bilan que vous tirez de la protection fonctionnelle dont vous avez bénéficié l'année dernière
alors la protection fonctionnelle permet de faire en sorte que les frais de justice éventuels soient pris en charge par l'université donc j'ai un avocat qui suit l'affaire mais à part ça de toute façon puisque les auteurs n'ont pas été identifiés j'ai appris fortuitement en mois de septembre en retournant porter plainte pour la campagne de harcèlement dont j'étais victime que finalement l'enquête avait été classée par le procureur puisque les personnes n'ont pas été identifiées donc la protection fonctionnelle c'est bien gentil mais elle ne sert pas à grand chose après on a refait des signalements reportés plainte pour les tags les graffitis le sabotage de l'amphi etc mais là aussi personne n'est identifié donc tout ça ça sera classé d'accord
ok
est-ce que vous estimez que les enseignants chercheurs qui font l'objet de campagnes de mise en cause ou de harcèlement comme c'est le cas comme c'est votre cas sont suffisamment soutenus par les établissements
dans mon cas c'est plutôt le contraire qui s'est produit et qui se produit puisque la présidente de l'université a déclaré que ce qui m'était arrivé c'était normal vu mes propos sur Gaza donc là il y avait un parti pris idéologique il a fallu que le ministre d'enseignement supérieur fasse se fendre d'un interview dans le Figaro pour rappeler que les présidents devaient protéger les enseignants et non pas leur mettre une cible dans le dos donc non je n'ai pas du tout été soutenu la protection fonctionnelle de toute façon c'était le minimum qu'elle pouvait faire elle n'a jamais demandé à me rencontrer je vais l'avoir à la fin du mois pour une histoire de service mais sinon depuis je n'ai pas eu de contact pas eu de contact avec l'équipe présidentielle non plus rien enfin non vous êtes vous êtes laissé à l'abandon en fait et puis bon il y a quand même des choses bizarres quoi le groupe qui m'a agressé ça faisait deux mois que la présidence de l'université leur avait donné une salle pour leurs activités militantes mais personne ne les connaît à l'université personne ne les connaît c'est pas qui c'est donc à Lyon 2 on pouvait obtenir une salle sans décliner votre identité le vice-président discutait toutes les semaines avec eux mais il ne sait pas qui c'est le lendemain de mon agression il y avait un signalement qui avait été fait la salle qui leur avait été attribuée avait tout de même été fermée quelques jours avant puisqu'ils voulaient organiser un iftar et puis ils avaient organisé une petite salle un petit coin prière donc eh bien on leur a rouvert la porte c'est des portes badgées on leur a rouvert la porte pour qu'ils puissent récupérer leurs affaires au lieu de les appréhender au lieu de garder les affaires pour pouvoir les identifier donc légitimement vous avez quand même de la suspicion par rapport à à l'équipe présidentielle qui visiblement fait tout pour qu'on n'identifie pas le commando qui vous a qui vous a agressé
bien bien merci merci pour ces précisions je voudrais maintenant qu'on évoque la question de la liberté académique puisque c'est un sujet important sur lequel vous vous êtes penché on peut y passer un peu de temps parce que c'est un sujet qui fait beaucoup parler actuellement l'actualité outre-atlantique rajoute sans doute aux interrogations collectives dans ce domaine est-ce que vous estimez monsieur le professeur monsieur l'enseignant-chercheur pardon que les garanties dont disposent aujourd'hui les enseignants-chercheurs en termes de liberté académique vous paraissent suffisantes je pousse ma question un petit peu plus loin est-ce que vous observez une évolution des sujets qu'il est possible d'aborder à l'université sans susciter de controverses de pressions diverses et variées de tentatives d'intimidation comme ça a pu être votre cas comment est-ce que vous voyez bouger les choses à ce niveau-là
bon la liberté académique elle est reconnue par le statut de 84 donc je pense que juridiquement juridiquement ça va les enseignants-chercheurs sont bien protégés mais après c'est la pratique
les classements internationaux aujourd'hui sont bons pour notre pays donc c'est d'accord
après c'est la pratique sur le terrain qui est différente liberté académique ça veut dire quand même qu'il faut qu'il y ait des limites il faut qu'il y ait des limites la liberté académique elle doit s'appuyer sur une exigence scientifique il faut pour ça que le chercheur s'intègre dans le champ de réflexion disciplinaire qu'il peut critiquer abonder et il faut qu'il s'inscrive dans le cadre des principes républicains en particulier la laïcité et qu'on ne considère pas la laïcité comme une valeur mais comme un principe parce qu'aujourd'hui c'est ce qui se passe donc et là on ne peut pas tout déconstruire on ne peut pas tout remettre en question enfin je veux dire il a fallu quand même une loi sur le négocianisme il y a quelques années parce que pour éviter la loi Guesso pour éviter comment dire qu'il y ait des thèses révisionnistes qui se multiplient comme c'était le cas dans les années 80 en matière d'enseignement il faut présenter à son auditoire non pas une thèse mais des thèses ne pas faire la promotion d'une idéologie politique ou d'une religion si je prends l'exemple de la révolution française il faut parler d'Albert Soboul et puis il faut parler de Lefebvre et puis permettre ainsi aux étudiants de se faire d'avoir les clés de compréhension et d'avoir leur propre opinion la liberté académique c'est ça il ne faut pas que ce soit une liberté académique aussi à géométrie variable où les organisations syndicales les collectifs se mobilisent uniquement pour ceux qui considèrent que le Hamas est un mouvement de résistance et qui se sont fait rappeler qu'on ait un rappel à la loi ou une condamnation pour apologie du terrorisme et puis dans mon cas qui considère que le Hamas est un mouvement terroriste eh bien on me jette en pâture parce que là ça ne va pas et aujourd'hui on en est là parce que vous êtes protégé juridiquement mais par les réseaux sociaux par une page Wikipédia cavardée etc c'est votre réputation qu'on va salir qu'on va casser vous serez plus invité dans les colloques vous serez mis à l'index vous serez donc ça ça faut et ça la loi vous protège pas là dessus allez faire un procès à Wikipédia parce que votre page ne pouvez pas ne sait pas qui c'est ne pouvez pas donc aujourd'hui on a alors il y a aussi un souci qui est en train de monter dont j'ai été aussi victime d'ailleurs et c'est pour ça à mon avis que j'ai été agressé le 1er avril c'est en fait un mois avant mon agression j'avais fait une conférence pour les référents défense des universités d'Auvergne-Rhône-Alpes on traitait dix ans après le Bataclan des attentats et les organisateurs m'avaient demandé d'intervenir sur l'attentat suicide un attentat en islam et j'avais parlé de l'attentat suicide en expliquant que dans toute religion le suicide est interdit et que pour qu'il y ait un attentat suicide il faut qu'il y ait une légitimité religieuse donc j'avais parlé de Sher Yassine l'idéologue du Hamas qui avait justifié l'attentat suicide etc.
bon je vous passe les détails il se trouvait que dans la salle il y avait deux espions qui n'ont pas apprécié ce que je racontais et qui ont fait un signalement à l'université pour islamophobie et sexisme voilà et donc vous êtes obligés de vous justifier devant l'université l'université qui peut saisir la commission discipline et là vous suspendre pendant un an deux ans son salaire etc.
bon finalement ils ont enterré l'affaire vu ce qui m'était arrivé mais il y avait un processus qui était en train de se mettre en place c'est à dire que aujourd'hui vous avez bon ça ça fait partie des stratégies d'entrisme évidemment des frères musulmans et de et de leurs alliés de dégainer l'accusation d'islamophobie contre des enseignants pour faire taire toute réflexion critique sur l'islam sur le Moyen-Orient etc.
ça c'est des dans le secondaire beaucoup de collègues sont victimes aussi et s'auto-censure et vous avez aussi à l'université des gens évidemment qui s'auto-censurent à cause de ça et je voulais vous remercier monsieur le sénateur pour justement cette loi qui permet de dépayser les commissions disciplinaires parce que les commissions disciplinaires qui sont issues des conseils d'administration des conseils académiques internes aux universités leur neutralité des fois est variable et donc il faut comment dire les commissions disciplinaires pour juger un étudiant qui a fraudé aux examens d'accord mais là vu la politisation de certaines universités et les règlements de comptes politiques qui peuvent avoir lieu vous avez des enseignants chercheurs aujourd'hui qui se retrouvent vraiment stigmatisés par ces commissions une collègue à l'INALCO et dans l'acte d'accusation d'ailleurs il y avait écrit qu'elle m'avait invité à faire une conférence le fait d'avoir invité Fabrice Balanche à faire une conférence à l'INALCO ça alimentait le dossier à charge contre elle bon elle a fini par être relaxée mais ça a été six mois dans lesquels elle a dû justifier enfin pas dormi beaucoup se demander ce qui allait se passer etc.
Donc attention et c'est extrajudiciaire en plus
Monsieur le sénateur Fialaire vous avez la parole
Merci Juste dire d'ailleurs que c'était ce qu'on a introduit dans la loi qu'on a fait passer c'est aussi à la demande des présidents de l'université qui le souhaitaient je crois que c'est bien d'ailleurs de rendre puis les implications entre finalement une décision d'une commission de discipline avec après la justice parce que ça peut faire justement un argument qui peut intervenir donc enfin je crois que c'est bien moi j'ai juste deux questions je voudrais revenir sur ce que vous avez dit sur le fait que les chercheurs ne soient pas évalués sur leur finalement pratique pédagogique vous pensez pas quand même que lorsque finalement les élèves deviennent étudiants quittent le secondaire avec des enseignants parfois bien formés sur la pédagogie c'est pas aussi stimulant de rencontrer justement des chercheurs parce que c'est c'est une autre approche et ça peut être un petit peu je veux dire stimulant ou un peu fascinant d'avoir des gens d'un monde différent c'est la question et la deuxième vous avez parlé de la dérive du niveau des étudiants depuis 20 ans aussi du militantisme vous avez des événements précis pour savoir à quel moment ça a vraiment basculé par exemple le militantisme enseignant depuis quand c'est devenu beaucoup plus problématique
oui alors je suis tout à fait d'accord avec vous pour des étudiants qui viennent du secondaire à l'université on monte quand même d'un niveau et il faut avoir effectivement des chercheurs devant soi mais des chercheurs qui soient capables de transmettre de façon intelligible ces connaissances et qui ne noient pas tout le monde et faire un cours ça demande beaucoup d'investissement ça demande du temps trouver des exemples faire passer les connaissances c'est vraiment c'est un boulot à part entière et malheureusement les enseignants-chercheurs à part ceux qui sont passés par l'agrégation et qui ont cette pratique du secondaire très peu ont eu une formation pédagogique et il faudrait qu'il y ait une formation pédagogique et il faudrait qu'il y ait des inspections pédagogiques parce que c'est pas normal que vous êtes recruté et puis pendant 30 ans on va vous laisser comme ça faire vos cours sans jamais venir vous recadrer vous aider enfin le but n'est pas d'attaquer les gens mais de les aider dans leur pratique et puis que ça soit pris en compte dans l'avancement parce que ça ne l'est pas
pardon monsieur le sénateur avant que vous poursuiviez sur les questions de mon collègue est-ce que l'évaluation par les étudiants qui se pratiquent dans beaucoup d'universités à l'international
aurait du sens selon vous ?
en France ça se fait pratiquement pas après pourquoi pas à condition que les étudiants aient la maturité pour évaluer un cours et qu'ils ne donnent pas des bonnes notes qu'aux profs qui leur mettent des bonnes notes c'est toute la problématique alors à partir de quand on a eu ce militantisme moi à Lyon 2 je l'ai perçu je l'ai perçu à partir de à partir de 2014 ça a commencé il y a une douzaine d'années je m'en suis rendu compte il y a eu comme un changement de génération dans les enseignants c'est-à-dire chez les nouveaux la nouvelle génération qui était recrutée à partir des années 2010 c'était pas complètement différente de l'ancienne et puis on était en plein printemps arabe alors bon je l'ai vécu aussi parce que étant investi sur ces questions j'ai commencé à avoir oui en tout cas dans le domaine qui m'intéresse sur l'islamologie sur le Moyen-Orient etc une montée en puissance si vous voulez de militants pour le citer François Burga qui avait pignon sur rue et puis tous ses collègues qui se sont mis à faire la promotion un peu de l'islam politique et puis ça a été aussi la vague vauquiste qui a fini par arriver en France venu des Etats-Unis avec la promotion des studies justement les études sur le genre etc où là c'est plus les savoirs fondamentaux qui sont dispensés mais c'est des savoirs thématiques déconnectés finalement d'un socle d'un socle fondamental
Vous datez ces évolutions de vous disiez 2014 c'est intéressant parce que l'autonomie des universités telle que l'a portée la ministre Pécresse à l'époque est ultérieure donc vous ne faites pas de lien direct comme parfois on peut l'entendre entre cette autonomie des universités même si elle est incomplète et beaucoup nous disent qu'on est au milieu du guet et la montée de ces phénomènes de militantisme politique que vous évoquez
il y a un lien il y a un lien parce que la loi Pécresse date de 2007 mais il y a eu un effet d'inertie avant que avant que ça se mette vraiment en place donc vous aviez un ancien personnel enseignant des anciennes pratiques dans la gestion des universités qui a survécu après 2007 et puis petit à petit quand l'autonomie des universités a fonctionné à plein régime là vous avez ça a eu ses effets pervers un des effets pervers notamment de la loi Pécresse c'est dans le recrutement des enseignants-chercheurs c'est à dire qu'on a changé le mode de recrutement enfin on a changé c'est à dire qu'avant il y avait une commission qui était élue au sein du département et qui était élue pour 5 ans et qui allait choisir s'occuper du recrutement et puis les postes étaient décidés aussi en national alors que là on a confié la gestion des postes aux universités et le recrutement se fait grâce à une commission qui est créée spécifiquement pour chaque poste ad hoc donc il y a un président de commission qui est désigné par le CA de l'université et qui va choisir les spécialistes de la discipline très bien ça sur le papier c'est très bien c'est ce qu'on fait aux Etats-Unis ou ailleurs un petit problème c'est que le profil de poste bien souvent il est fait en fonction de la personne qu'on veut recruter ou de la personne qu'on ne veut pas recruter ensuite la commission elle est constituée en fonction de ça et on arrive à renforcer si vous voulez le clientélisme le localisme dans les recrutements et forcément la politisation du recrutement en 2015 j'ai été comment dire victime d'un à l'IEP de Lyon d'un recrutement comme ça comment on appelle ça on ne m'a pas classé sur un poste j'avais été retenu à l'oral on ne m'avait pas repassé bon j'ai été au tribunal administratif et le tribunal administratif a conclu que la commission de recrutement avait manqué d'impartialité donc le concours a été arrêté a été cassé le concours a été cassé bon ça n'a pas empêché ensuite la personne qui avait été classée première d'être maintenue quand la même commission s'est réunie de nouveau puisqu'évidemment elle n'avait pas se déjugé bon ma petite pierre à l'édifice c'est que quand même après ce jugement du tribunal administratif la ministre a sorti un décret comme quoi si vous étiez membre d'une commission de recrutement et que votre votre thésard était retenu à l'oral vous deviez quitter la commission ça coulait c'était quand même évident mais il a fallu attendre cette décision du tribunal administratif pour que on arrête le népotisme et bon on ne l'a pas forcément complètement arrêté bon Najat Vallaud-Belkacem qui était la ministre à l'époque a pris ce décret par rapport aux relations incestueuses qui pouvaient justement avoir lieu et altérer le jugement d'un membre du jury si son doctorant était évidemment à l'oral mais le problème qu'il y avait eu n'était pas que par rapport à ça c'était aussi par rapport comment dire au choix politique c'était un choix politique qui était fait ce que le juge avait mis aussi en valeur c'était justement ça qu'il y avait des arrières-pensées politiques derrière le recrutement donc c'est pour ça que je le date de cette époque parce que bon c'était 2014 justement quand j'ai été refusé à l'IEP de Lyon puis à la suite de ça je suis parti aux Etats-Unis trois ans parce que c'était vraiment j'étais vraiment amer par rapport au système de recrutement donc le système de recrutement il faut le revoir parce que sur le papier c'est très bien de rassembler les spécialistes de la discipline à condition que ces spécialistes de la discipline soient vraiment des gens intègres et pas qu'on recrute par un copain parce que là ça ne va pas et avant finalement quand ce n'était pas des spécialistes de la discipline qui recrutaient mais une commission qui était élue pour 4 ou 5 ans le recrutement était beaucoup plus honnête finalement comme le recrutement des profs du secondaire moi j'ai passé la grec il y avait un de mes profs qui était dans le jury et bien il est sorti de la salle pour ne pas influencer le jury
oui
tout à fait
question ? non ? merci beaucoup merci merci beaucoup pour votre témoignage allez deuxième audition que nous vous proposons de suivre celle de Valérie Pécresse la présidente LR de la région Île-de-France était ministre de l'enseignement supérieur entre 2007 et 2011 elle a fait adopter la loi sur l'autonomie des universités on l'écoute
je pense qu'il faut une étape 2 à la loi autonomie des universités dite loi LRU responsabilité et liberté des universités que nous avons porté en 2007 vous me parlez de l'excellence académique des universités je pense que liberté et responsabilité sont vraiment les deux piliers pour renforcer cette excellence académique alors je vous parle vous l'avez dit en tant qu'ancienne ministre de la recherche de 2007 à 2011 en tant que porteuse de cette loi mais aussi de toute une série d'initiatives le plan campus le PIA le premier plan d'investissement d'avenir donc toute une série le regroupement des campus avec les initiatives IDEX voilà donc on a on a plein de choses effectivement à donc il faut qu'on tire un bilan aujourd'hui et je vais le faire mais je parle aussi en tant que présidente de la région Île-de-France et vous l'avez dit la région Île-de-France c'est 810 000 étudiants 17 universités 70 écoles et 40% de la recherche et du développement français c'est la gestion d'un contrat de plan état-région de 1 milliard d'euros en partenariat 50-50 avec l'État donc oui effectivement on s'intéresse aussi énormément aux universités et je préside l'établissement public d'aménagement de Paris-Saclay qui a vocation à être le moteur technologique de la France et là aussi si vous avez des questions sur Paris-Saclay je serai très heureuse d'y répondre alors on ne peut pas séparer l'excellence académique des universités de leur excellence de recherche mais j'ai compris que vous vous focalisiez d'abord sur l'excellence académique donc je vais vous parler d'abord de la mission formation des universités bien que depuis la loi LRU les universités aient en réalité trois missions la formation la recherche et à la demande des étudiants l'insertion professionnelle des jeunes et je pense que c'est très important qu'on en parle parce que qui dit excellence académique dit aussi s'adapter aux nouveaux métiers et je pense que l'arrivée de l'intelligence artificielle va contribuer à changer profondément la nature des métiers de tous les métiers on était déjà avec j'allais dire une université qui était confrontée à la réalité du monde du travail actuel qui est que au bout de 5 à 10 ans tous les jeunes ont changé de métier mais là avec l'IA évidemment on va savoir s'interroger sur à quel métier il faut les former et de ce point de vue mais j'y reviendrai je pense que des études prospectives sur l'avenir du travail et l'avenir des métiers doivent vraiment être lancées dans le cadre notamment de la présidentielle de 2027 parce que si on veut changer les offres de formation et je parle là en tant que présidente de région qui est en charge les formations professionnelles avec les rectorats pour le pré-bac en fait changer des offres de formation c'est long parce qu'il faut avoir les formateurs formés donc en fait changer une offre de formation c'est aussi ouvrir des formations différentes pour les diplômés pour former les professeurs de demain donc tout ça s'anticipe et je pense que la France doit réaliser aujourd'hui ce que on fait réaliser je pense de manière microéconomique aux entreprises c'est à dire faire un vrai plan de gestion prévisionnelle des emplois à horizon 2032 2037 comment est-ce que tout ça va complètement changer la nature même de l'offre de formation alors si je reviens sur la promulgation de la loi du 10 août 2007 on est presque 20 ans après ça ne me rajeunit pas cette audition je crois qu'effectivement il est important de tirer le bilan de cette loi et de donner une nouvelle perspective aux établissements et à la jeunesse de notre pays cette réforme elle avait elle était ambitieuse parce que l'idée c'était de donner vraiment aux universités une liberté de gestion qui leur faisait complètement défaut et elle avait été accompagnée d'un financement massif par l'état et bien et au delà du PIA parce qu'il y avait une dotation très importante qui a été donnée à chaque université au moment du passage à l'autonomie et ensuite il y a eu le plan d'investissement d'avenir dont l'ambition n'est plus à démontrer et puis il y avait à côté la création de l'agence nationale de la recherche qui a aussi abondé la recherche sur projet dans le cadre de l'excellence universitaire par ailleurs et pour compléter le président Nicolas Sarkozy avait souhaité que nous mettions en place un plan campus de 5 milliards d'euros qui avait été financé vous le souvenez par la vente de 3% du capital d'EDF donc il s'agissait vraiment de transformer profondément l'université de la faire changer d'échelle et à travers le plan campus de recoudre les fractures universitaires de mai 68 mai 68 vous le savez a eu pour conséquence que dans chaque territoire Toulouse Bordeaux Marseille Strasbourg Lyon en fait les universités se scindent dans une logique facultaire et donc on avait des universités qui d'ailleurs très souvent sur des affinités de discipline mais aussi politique se sont scindées donc le droit et la médecine d'un côté les sciences humaines de l'autre les sciences dures d'un troisième et donc on avait des pôles universitaires dans chaque ville de France qui étaient des pôles universitaires complètement fracturés l'objectif du plan campus était grâce à cet argent de provoquer une une une une vraie je ne sais pas comment on peut dire un recousage une vraie une vraie réparation enfin une vraie une vraie cohésion de ces pôles universitaires pour faire émerger et c'était vous le savez l'une des propositions du rapport Atali de faire émerger un certain nombre de pôles universitaires à visibilité mondiale pluridisciplinaire transdisciplinaire avec la certitude que nous avions à l'époque que la très bonne recherche elle est pluridisciplinaire et que donc mettre les sciences humaines à l'écart des sciences dures ou les sciences dures à l'écart de la médecine ou la médecine à l'écart du droit et de la gestion c'était absurde et l'avenir nous a donné complètement raison parce qu'en réalité on le voit et de plus en plus aujourd'hui avec notamment l'IA mais pas que on voit bien que la recherche elle doit être par nature pluridisciplinaire donc moi l'un des bilans très positifs que je tisse de la loi autonomie des universités c'est qu'elle a permis l'émergence d'un certain nombre de pôles disciplinaires elle n'a pas suffi à permettre leur émergence je le dis et on voit bien que là où les pôles ont émergé il a fallu aussi qu'on ait une gouvernance et des leaders qui soient à la hauteur et je voudrais rendre hommage ici devant votre votre assemblée à un certain nombre de grands présidents d'universités qui ont été à l'origine de cette couture recouture on va dire ça recouture du paysage universitaire voire même de la réconciliation de territoires qui ne se parlaient pas je pense à l'université de Lorraine fusion grâce au président finance qui a réussi à fusionner Nancy-MS voilà je pense au président Berlan qui a réussi à faire la fusion d'Aix-Marseille je pense au président Beretz qui a réussi à faire l'université unique de Strasbourg pardon non de Strasbourg je pense au président Thulon de Lara qui a réussi à fusionner un certain nombre des universités bordelaises donc tout ça tout ça a permis vraiment de changer le visage de l'université française on a aujourd'hui un certain nombre de pôles parmi lesquels aujourd'hui d'autres chronobles d'autres qui continuent d'être très morcelés qui n'ont pas réussi à faire cette fusion là encore très souvent pour des raisons soit politiques soit de personnes la vérité c'est que la politique est extraordinairement présente à l'université et à mon sens trop présente trop présente parce que elle empêche d'objectiver un certain nombre de sujets et l'un des sujets qu'il faut absolument objectiver l'un des non-aboutissements de la loi et les rues c'est finalement à mon sens la place qui est donnée à la société civile dans la gouvernance de l'université à la société civile et aux financeurs je m'explique dans toutes les universités du monde il y a quand même un principe qui est que le payeur peut quand même dire son mot or aujourd'hui le payeur dans l'université française c'est l'État et bizarrement l'État est la seule personne qui n'est pas du tout présente dans les conseils d'administration des universités en tout cas pas avec voix délibérative même s'il peut être invité et je pense qu'il faut quand même qu'on réfléchisse à cette question c'est très paradoxal de voir dans les conseils d'administration des universités autonomes de voir trois représentants des collectivités territoriales qui certes financent mais à beaucoup moins de mesure beaucoup moins de mesure et seulement et zéro représentant de l'État alors ce qu'il faut sans doute c'est que ces représentants de l'État ne soient pas la direction du budget ou le préfet de région parce que on nous dira vous revenez sur l'autonomie qui a été donnée aux universités mais peut-être que l'État le ministère de l'enseignement supérieur pourrait nommer dans chaque université de France trois personnes qualifiées en charge de représenter les intérêts de l'État qui pourraient être des grands chercheurs qui pourraient être des grands pédagogues qui pourraient être des anciens recteurs voilà des personnalités de qualité des membres de l'académie des sciences de l'académie de médecine j'allais dire je ne vais pas dire peu importe ce que je veux dire c'est que le message de l'État l'esprit de la politique de l'enseignement supérieur au sens national du terme je pense qu'elle mériterait d'être un peu plus relayée et l'État étant le payeur l'État devrait être présent au moins par des représentants dans les conseils d'administration des universités et je le dis parce que ça metterait évidemment un peu de liant mais évidemment il faudrait savoir où est-ce que l'État nomme qui l'État nomme je pense vraiment qu'il faut qu'on mette des personnalités qualifiées donc c'est des pédagogues des scientifiques ou des représentants des administratifs qui sont chevronnés la question de l'administration de l'université est une vraie question parce qu'on a donné l'autonomie aux universités mais aujourd'hui un président de l'université est d'abord un enseignant-chercheur loin de moi l'idée de dénigrer les enseignants-chercheurs je suis fille moi-même d'enseignants-chercheurs donc je ne les dénigrerai pas mais être enseignant-chercheur ne qualifie pas forcément pour faire de l'administration donc le sujet de la direction générale d'une université qui est quand même quelque chose d'important c'est un service public d'enseignement supérieur est très important donc il faut renforcer aussi cette dimension administrative de l'université et puis il y a la question donc la question se pose de savoir si dans l'élection d'un président d'université cette dimension d'administration de capacité à administrer peut être prise en compte ou pas alors c'est un peu paradoxal de le dire mais je ne suis pas certaine qu'aujourd'hui quand on cherche un président d'université si on cherche le président du CNRS par exemple qu'est-ce qu'on fait ?
On fait un appel d'offres internationales et on fait un appel à la candidature internationale et on dit présentez vos candidatures alors je dois le dire que depuis la nuit des temps le président du CNRS a toujours été un français et très souvent un ancien du CNRS mais ça n'empêche pas qu'on cherche et qu'on ouvre je ne suis pas certaine que pour la présidence des universités ce soit le cas je ne suis pas certaine qu'on puisse même imaginer en France de nommer un président d'université qui ne soit pas totalement issu allez on va le dire de la tête de liste de la liste des professeurs au conseil d'administration donc c'est ça ce que j'appelle la question de la politisation est-ce qu'un président d'université ne pourrait pas être recruté le président de l'université de Marseille ne pourrait pas être un grand chercheur marseillais qui aurait travaillé dans des universités étrangères si on fait le parallèle avec les capitaines d'équipe de foot ou avec les capitaines d'équipe de rugby quand on a une équipe à gérer quand on cherche un grand directeur d'une entreprise on va le chercher dans le monde entier quand on cherche le directeur même d'un grand service public aujourd'hui on va le chercher dans le monde entier le président d'Air France on l'a trouvé au Canada je veux dire donc des grandes entreprises publiques peuvent aussi avoir des présidents qui viennent de l'étranger ça n'est pas forcément mal pourquoi je dis ça ?
c'est parce que une des choses qui peut tuer l'excellence académique c'est le localisme et on va dire ce mot parce que le localisme et bien c'est quelque chose qui enferme et l'université par définition elle est internationale et elle est à rayonnement mondial voilà donc vous me permettrez de mettre les pieds dans le plat sur tous les sujets qui fâchent mais c'est mon devoir parce que c'est mon expérience donc ouvrir peut-être aussi le recrutement des présents d'université au-delà de nos frontières au-delà de simplement le respect d'un vote interne à l'université et puis il y a la question de la représentation du monde économique qui est encore beaucoup trop insuffisante je pense dans les conseils d'administration alors certes il y a des personnalités qualifiées mais leur mode de désignation par justement toujours la liste qui a été élue enfin les listes qui ont été élues me semblent pas être le bon je pense qu'il faudrait que le monde économique alors il faut trouver les moyens de les représenter peut-être faire intervenir les conseils économiques et sociaux enfin je ne sais pas comment est-ce qu'on pourrait on pourrait les faire faire désigner des listes de personnalités du monde économique mais il faut qu'il y ait des employeurs systématiquement dans les universités et bien souvent dans les conseils d'administration de l'université les employeurs qui sont là sont des employeurs publics alors j'ai beaucoup de respect pour la fonction publique j'en fais partie moi-même je suis une ancienne fonctionnaire mais l'emploi n'est pas exclusivement public dans notre pays il y a aussi de l'emploi privé donc je pense qu'il faut qu'on puisse avoir en fait il faut qu'on ait les employeurs qui soient représentatifs du territoire l'État a fait ce travail avec la création des bureaux des entreprises dans les lycées tout récemment qui est une très belle initiative qui est saluée y compris par la communauté éducative ça permet de rapprocher le monde de l'entreprise du territoire du lycée donc moi je pense qu'il faut qu'on commence à réfléchir à comment est-ce qu'on pourrait faire venir dans les conseils d'administration d'université ça ne va pas plaire à toutes les universités je sais qu'on va m'expliquer que dans certaines universités il y a évidemment les entreprises du territoire je ne sais plus combien il y a d'universités aujourd'hui en France il y en a des dizaines donc le sujet aujourd'hui n'est pas de pointer telle ou telle université en disant celle-là elle a bien fait celle-là elle a mal fait moi je parle d'un sujet systémique je pense qu'il faudrait que est-ce que c'est 25% 30% d'un conseil d'administration d'université parce que c'est sa troisième mission ce soit les employeurs et que le collège des employeurs il doit être d'abord local pourquoi d'abord local parce que évidemment c'est évident que l'université a d'abord pour vocation de former à Clermont-Ferrand les futurs cadres de Michelin voilà et à Orsay sans doute les futurs les futurs salariés de alors je veux dire je vais pas m'engager sur les entreprises dont il faut former les cadres mais en tout cas l'objectif de former les entreprises du territoire bon de Thalès allez je me lance donc les entreprises du territoire sont évidemment prioritaires voilà donc voilà pour la gouvernance mais je pense que cette question de la gouvernance est clé parce qu'on n'est pas allé au bout on n'est pas allé au bout et on n'est pas allé on sait très bien pourquoi on n'est pas allé au bout au fond on n'est pas allé au bout parce que c'est un sujet de dynamite explosive mais qui et qui se révèle qui se révèle vraiment à mon avis être un une des choses que l'étranger ne comprend pas dans le fonctionnement de l'université française
c'est la fin de cette émission merci à vous de l'avoir suivie n'hésitez pas à lire les décryptages de la rédaction et à voir nos replays sur publicsénable.fr très belle suite des programmes sur notre antenne merci à vous