Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLes Magiciens de la Vente· 8 juin 2026 14 min

The Art of Negotiation de Michael Wheeler par Jean-Pascal MOLLET

Source d'origine 1 locuteur

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bienvenue à toi dans ce nouvel épisode des magiciens de la vente. Aujourd'hui on va parler d'un livre qui va bousculer tout ce que tu crois savoir sur la négociation. Et je vais commencer par une provocation. Et si tout ce qu'on t'a appris sur la négociation était faux ? Ou en tout cas, incomplet. Tu connais peut-être la méthode Harvard, Getting to Yes, qui nous dit de préparer sa batna. C'est la best alternative to a negotiated agreement. La meilleure solution de rechange à l'accord négocié. Et également de séparer les personnes des problèmes, de chercher les intérêts derrière les positions. C'est excellent, c'est solide. Je peux remettre en cause Harvard. Mais il y a un problème.

En fait la vraie négociation ne se passe jamais comme prévu. Tu prépares tout, tu anticipes tout. Et puis, tout l'interlocuteur fait quelque chose d'inattendu. Le contexte change. Une nouvelle information surgit. Et tout ce que tu avais prévu s'effondre. C'est exactement ce que Michael Wheeler, professeur à la Harvard Business School, a voulu adresser avec son livre The Art of Negotiation. Son message central, il est radical. La négociation n'est pas une science exacte que l'on peut scripter. C'est un art qui s'improvise, comme le jazz. Et cette métaphore du jazz va changer ta façon de négocier pour toujours. Allez c'est parti.

En fait Wheeler part d'un constat que tout négociateur expérimenté reconnaît immédiatement. La préparation est indispensable. Mais elle a ses limites. Il cite le général prussien Helmut von Molke. Aucun plan de bataille ne survit au premier contact avec l'ennemi. Et c'est exactement pareil en négociation. Tu prépares ta stratégie. Tu anticipes les objections. Tu définis tes positions. Calcule ta batna. Et dans les cinq premières minutes du rendez-vous, quelque chose d'inattendu se produit. Ton interlocuteur arrive avec un agenda différent du tien. Il soulève un point que tu n'avais pas anticipé. Il réagit d'une façon qui ne correspond pas à ce que tu imaginais.

Et là, deux types de négociateurs se révèlent. Ceux qui sont rigides, ils s'accrochent à leur plan. Ils perdent le fil. Ils se ferment. Et ceux qui sont agiles, ils s'adaptent. Ils lisent la situation. Ils improvisent avec intelligence. Wheeler dit que les meilleurs négociateurs sont dans la deuxième catégorie. Et son livre explique comment le devenir. D'ailleurs, c'est la grande idée du livre. Elle est brillante. Wheeler compare la négociation au jazz. En fin de dire, pourquoi le jazz ? Parce que le jazz est un art qui combine structure et improvisation. Un musicien de jazz ne joue pas au hasard. Il connaît parfaitement la théorie musicale, les accords, les gammes, les rythmes.

Il a des bases solides. Mais dans le concert, il improvise. Il écoute les autres musiciens. Il répond à ce qu'il entend. Il s'adapte en temps réel. Il crée quelque chose de nouveau qui n'existait pas avant. Et c'est exactement ce que fait un grand négociateur. Il arrive préparé. Il connaît ses objectifs, ses limites, ses options. Mais dans la négociation, il va improviser avec intelligence. Il écoute vraiment. Il lit les signaux. Il s'adapte à ce qui se passe réellement plutôt qu'à ce qu'il avait anticipé. Wheeler identifie trois compétences du jazzman applicables à la négociation. Compétence numéro un, l'écoute active profonde. Les grands musiciens de jazz écoutent autant qu'ils jouent.

Ils captent les nuances, les hésitations, les changements de tempo des autres musiciens. En négo, c'est pareil. Wheeler dit que la plupart des négociateurs écoutent pour répondre et pas pour comprendre. Les grands négociateurs écoutent pour capter ce qui est dit, ce qui n'est pas dit, les émotions derrière les mots, les signaux d'ouverture ou de fermeture, les vrais intérêts derrière les positions affichées. En compétence numéro deux, l'adaptation en temps réel. Un jazzman qui joue une fausse note ne s'arrête pas. Il intègre cette note dans le morceau et continue. En négociation, quand quelque chose d'inattendu se produit, le bon négociateur ne va pas se figer.

Il intègre cette nouvelle information et recalibre sa stratégie en direct. Wheeler appelle ça le looping. Une boucle permanente. Observer, interpréter, adapter, agir, observer. C'est un cycle continu tout au long de la négociation. En compétence numéro trois, la création de valeurs inattendues. Les meilleurs concerts de jazz produisent quelque chose que personne n'avait prévu. Une alchimie entre les musiciens qui crée quelque chose de plus grand que la somme des parties. En négociation, les meilleurs deals sont souvent ceux qu'aucune des deux parties n'avait imaginé au départ. Ils émergent de l'échange, de l'écoute mutuelle, de la créativité partagée.

Wheeler dit que l'objectif d'une grande négociation n'est pas de gagner contre l'autre. C'est de créer ensemble quelque chose de meilleur que ce que chacun pouvait obtenir seul. L'auteur propose cinq pratiques concrètes pour développer cette agilité en négociation. Pratique numéro une, prépare des scénarios multiples. Pas un plan, ne prépare pas un plan A. Prépare plusieurs scénarios possibles. Si la conversation part dans cette direction, voici comment je réagis. Si mon interlocuteur soulève ce point, voici ce que je peux explorer. Si un obstacle inattendu surgit, voici mes différentes options. Cette préparation en éventail te donne une flexibilité mentale que le plan unique ne permet pas.

Pratique numéro deux, soit confortablement inconfortable. Wheeler dit que les grands négociateurs ont développé une capacité rare, être à l'aise dans l'incertitude. La plupart des gens sont mal à l'aise quand ils ne contrôlent pas. Ils cherchent à refermer rapidement, à conclure vite, à réduire l'ambiguïté. Les grands négociateurs, eux, savent rester dans l'incertitude, le temps nécessaire évidemment, pour laisser émerger les meilleures options. Pratique numéro trois, pose des questions exploratoires. Au lieu de dérouler ton argumentaire, pose des questions qui ouvrent l'espace de la négociation. Qu'est-ce qui est le plus important pour vous dans cet accord ?

Si on pouvait trouver une solution sur ce point-là, est-ce que les autres points seraient plus simples à résoudre ? Qu'est-ce qui vous rendrait vraiment satisfait à la fin de cette conversation ? Ces questions créent de l'espace. Elles révèlent des intérêts cachés. Elles ouvrent des possibilités que tu n'aurais pas imaginées. Pratique numéro quatre, gère tes émotions en temps réel. Wheeler consacre un chapitre entier à la gestion émotionnelle en négociation. Sa thèse, les émotions ne sont pas un obstacle à la négociation, mais elles en sont une donnée centrale. Les émotions de ton interlocuteur te donnent des informations précieuses sur ce qui est vraiment important pour lui.

Tes propres émotions d'ailleurs, si tu les gères bien, peuvent devenir des leviers de connexion et d'influence. Mais si tu les subis, elles te font commettre des erreurs. Tu sais trop vite, tu t'emballes, tu te fermes. Son conseil, nomme tes émotions intérieurement avant qu'elles ne te contrôlent. Je sens que je suis sous pression. Je sens que je veux conclure trop vite. Je sens que cette objection mérite. Ce simple acte de nommer crée une distance qui te permet de choisir ta réponse plutôt que de la subir. Pratique numéro 5, c'est quand conclure et quand continuer. L'une des compétences les plus difficiles en négociation, savoir lire le moment. Quand est-ce que tu conclues ?

Quand est-ce que tu continues à explorer ? Wheeler dit que les négociateurs inexpérimentés concluent trop tôt par peur de perdre l'accord et laissent de la valeur sur la table. Les grands négociateurs savent rester dans l'échange jusqu'au moment optimal. Ni trop tôt, ni trop tard. Et ce timing, ça s'apprend. Ça s'affine avec l'expérience. Et ça commence par écouter les signaux que ton interlocuteur t'envoie. Je vais te donner une mission pour la semaine, pour le mois à venir. Mission numéro 1, prépare ton prochain rendez-vous. En scénario multiple, pour ta prochaine négociation importante, au lieu de préparer un plan unique, prépare à les trois scénarios.

Le scénario A, la conversation se passe comme prévu. Le B, mon interlocuteur soulève un point inattendu ou résiste sur un point clé. Et le C, la conversation part dans une direction complètement différente. Pour chaque scénario, définis une posture et une question d'exploration. Tu verras, tu vas arriver au rendez-vous beaucoup plus serein et beaucoup plus agile. Deuxième mission que je vais te donner, pratique le looping conscient. Dans ton prochain rendez-vous commercial ou de négociation, impose-toi mentalement ce cycle. Observez, interprétez, adaptez, agir. Après chaque échange important avec ton interlocuteur, prends deux secondes mentalement. Qu'est-ce que je viens d'observer ?

Qu'est-ce que ça signifie sur ce qui est vraiment important pour lui ? Est-ce que je dois adapter mon approche ? C'est un exercice simple, mais il transforme progressivement ta façon de négocier. Troisième mission que je te fixe, nomme tes émotions avant ton prochain rendez-vous difficile. Identifie un rendez-vous de négociation que tu appréhendes. Un client difficile, un renouvellement tendu, une négociation ardue sur les prix. Avant d'entrer dans ce rendez-vous, prends deux minutes, trois minutes et écris sur une feuille. Ce que je ressens en ce moment, c'est ce que je crains dans ce rendez-vous, c'est ce dont j'ai besoin pour être dans le meilleur état possible. C'est trois petits points.

Ce simple exercice va libérer ton énergie mentale pour te concentrer sur l'essentiel, lire ton interlocuteur et créer de la valeur ensemble. En conclusion, ce que tu dois retenir, cinq idées fortes de The Art of Negotiation. En un, aucun plan ne survit au premier contact. La préparation est indispensable, mais l'agilité est essentielle. En deux, la négociation est comme le jazz. Structure plus improvisation intelligente. Ça donnera les meilleurs accords. En trois, écoute, pour comprendre, pas pour répondre. Les vrais intérêts se cachent entre les mots. En quatre, sois à l'aise dans la certitude. Les meilleurs deals émergent souvent de l'exploration et pas de la précipitation.

Et en cinq, le looping permanent. Observer, interpréter, adapter, agir. C'est la boucle du négociateur agile. Ce livre est pour moi une des contributions les plus originales à la littérature sur la négociation. Parce qu'il dit une vérité que peu d'auteurs osent dire. La négociation ne s'apprend pas vraiment dans les livres. Elle s'apprend dans l'expérience. A condition d'avoir les bons cadres pour réfléchir à cette expérience. Et c'est exactement comme ça que je travaille avec mes clients. On ne fait pas que de la théorie. Et surtout pas. On travaille sur des situations réelles. Des négociations concrètes. Des cas vécus. Parce que c'est là que se construit la vraie compétence.

Alors, si tu as aimé cet épisode, comme d'habitude, n'hésite pas à commenter, liker, repartager, être abonné, bien évidemment. Et je te dis à très très bientôt dans un nouvel épisode des Magiciens de la Honte.

The Art of Negotiation de Michael Wheeler par Jean-Pascal MOLLET · Pourquijevote