E. MACRON : INTERVIEW OU ENJEU POLITIQUE ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Paul. Alors, vous avez été chercher, finalement, on est le 15 décembre, ce n'est pas exactement les mêmes dates. Mais vous êtes allé chercher dans les archives.
Avec vous, on a passé la journée au bureau à s'échanger.
C'est ça, avec toute notre équipe, Lionel Texera, Laura Bacca, Charlotte Mesurole, Bérangère Cana, tout le monde. On a regardé, on s'est régalé et on va vous écouter.
Je vais tout vous montrer. D'abord, on va commencer par des petites statistiques. Tous les présidents de la Ve République ont attendu le dernier moment imaginable pour se déclarer. Et on a un champion en la personne de François Mitterrand qui a attendu le 22 mars 88, donc 33 jours avant l'élection. 55 jours pour Valéry Chardestin, 69 jours avant en 2002 pour Jacques Chirac, 67 jours pour Nicolas Sarkozy. Et évidemment, une inscription à J-143 le 1er décembre 2016. François Hollande n'est pas candidat.
Mes chers compatriotes, aujourd'hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle. Aussi, j'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat.
Voilà pour François Hollande. On va passer à Nicolas Sarkozy. Alors lui, le 15 décembre, rien. En revanche, le 29 janvier, il donne une grande interview sur toutes les chaînes de télévision dans la salle des fêtes de l'Elysée. Il fait notamment ce mea culpa.
Est-ce que vous avez des regrets, j'allais dire, sur ces presque 5 ans qui se sont écoulés ? Vous me demandez si en 5 ans, j'ai tout réussi ? Oh là, si vous saviez que je suis plus lucide. Non. Est-ce que j'ai des regrets ? Oui. Est-ce que je m'en expliquerai le moment venu ? Certainement.
Vous verrez ce que dira ce soir Emmanuel Macron sur TF1. En revanche, à l'époque, Nicolas Sarkozy, sur sa candidature, il n'est pas officiellement candidat, mais un peu quand même.
Est-ce que vous pouvez dire aux Français qui ils ont devant eux ce soir au fond ? Le président de la République ou le président de la République est candidat à l'élection présidentielle ? En situation de crise comme celle que nous connaissons et que vous avez parfaitement décrite, je suis là en tant que chef de l'État pour rendre des comptes aux Français, leur expliquer où nous en sommes. Ce que je n'ai pas pour l'instant annoncé quoi que ce soit, ni sur ma candidature, ni sur les meetings. D'ailleurs, je ne suis pas le seul. La question s'est posée pour tous mes prédécesseurs. J'ai un rendez-vous avec les Français, je ne me déroberai pas. Et franchement, ça approche.
Ça approche deux semaines plus tard. Regardez.
Alors bonsoir, M. le Président.
Bonsoir.
Nous sommes à deux mois de l'élection présidentielle. Avez-vous décidé de vous présenter et donc de briguer un second mandat auprès des Français ?
Oui, je suis candidat à l'élection présidentielle.
Là, c'est simple, c'est clair. On continue à remonter le temps. On passe à Jacques Chirac. Alors on sait qu'en 2007, il n'a pas été candidat pour un troisième mandat, mais il a fait un testament politique qu'on trouve intéressant de vous remontrer ce soir.
Je voudrais vous adresser plusieurs messages. D'abord, ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise, il pervertit, il détruit. Tout, dans l'âme de la France, dit non à l'extrémisme.
Le 15 décembre 2001, Jacques Chirac n'avait rien dit sur une éventuelle volonté de se représenter. En revanche, en février, écoutez comment il jouait avec l'idée.
Depuis quelques jours, je ne peux pas faire un pas hors de chez moi ou de ma mairie sans qu'on me pose la question. Le président va-t-il déclarer sa candidature ? C'est une question, si j'ai bien compris, et ça ne m'étonne pas, qui vient du cœur. J'y ai décerné comme un grain d'attente et même d'impatience. Eh bien, je vous répondrai. Oui, je suis candidat.
11 février à Avignon. Oui, ce 11 février à Avignon. Jacques Chirac est maintenant un homme qui était notamment surnommé le sphinx François Mitterrand, le champion de toute catégorie. Et on est début mars, on est le 4 mars 1988. Il est interrogé par William Lémergie au pied de la pyramide du Lourdes.
Est-ce que vous avez l'impression, en lisant les sondages ou autres, que les Français sont un peu agacés ou que vous jouez avec leur nerf parce que vous ne vous déclarez pas suffisamment tôt à leur avis ? Ah bon, ça c'est une autre affaire. Je ne sais pas si les Français s'impatientent. Ce que je pense, c'est qu'ils comprennent très bien que je fasse mon métier de président. C'est pourquoi ils m'ont élu il y a bientôt 7 ans. Que je le fasse jusqu'à la date raisonnable qui doit normalement me conduire à la fin de mon mandat. C'est sur ce terme de raisonnable que l'appréciation peut varier. Je veux garder mon autorité le plus longtemps possible, notamment sur la scène internationale.
Je le suis, on prend quand même 4 mois à l'avance, 3 mois à l'avance, même 2 mois à l'avance. Un mois là, on arrive à bientôt. On arrive, on arrive peu à peu. C'est pourquoi cette nouvelle que vous désirez connaître, vous n'attendrez pas très longtemps avant de la prendre.
Votre décision est prise ?
Naturellement, sa décision est prise, il n'a juste pas envie de le dire. Il le dira le 22 mars, record à battre le 22 mars 1988. Monsieur le Président, êtes-vous à nouveau candidat à la présidence de la République ?
Oui. Vous avez mûrement réfléchi ? Je le crois.
Emmanuel Macron