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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 29 décembre 2025 22 minContradictoireMixte

Les 500 derniers jours de Macron : que nous apprend l'histoire des fins de règne ?

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Présentateur

France Culture Les matins de France Culture, Astrid De Vilaine Emmanuel Macron entame ses 500 derniers jours à l'Elysée, particulièrement impopulaire, menacée par une montée inédite du RN, isolée politiquement depuis la dissolution ratée de juin 2024. Cette décennie présidentielle s'achève dans une ambiance de fin de règne. Mais que signifie cette notion qui convoque l'histoire du crépuscule monarchique de l'ancien régime au président usé de la Vème République ? Y a-t-il une malédiction des gouvernants vers la sortie ? Quels sont les invariants historiques de ces périodes ? Et que nous enseignent-elles sur notre rapport au pouvoir et sur l'état de notre démocratie ?

Pour en parler, je suis très heureuse d'accueillir deux invités. Bonjour Corinne Laïc. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes journaliste à l'Opinion. Je cite votre ouvrage chez Fayard en 2020. Emmanuel Macron, président cambrioleur. Et bonjour à vous, Jean-Numa Ducange. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes historien, professeur à l'université de Rouen-Normandie. Je cite deux de vos ouvrages, la biographie sur Jean Jaurès chez Perrin l'année dernière. Et La République ensanglantée, Berlin, Vienne aux sources du nazisme chez Armand Colin en 2022. Je commence avec l'historien que vous êtes, Jean-Numa Ducange. Quand on vous dit fin de règne, à quoi pensez-vous spontanément ?

Écoutez, je pense que dans l'imaginaire national, la première chose à laquelle nous pensons, c'est la Révolution française. C'est 1789 d'abord parce que beaucoup de gens encore, fort heureusement, connaissent quelques dates de la Révolution française. Et ensuite, parce que finalement, la Révolution française nous renvoie à un certain nombre de réalités. Évidemment, l'époque a beaucoup changé. On ne peut pas comparer la situation matérielle des Français d'aujourd'hui, fort heureusement, avec celle de 1789. Mais il y a une chose qui me frappe à cette époque-là. Les contradictions du pays sont à son maximum, d'une certaine manière.

Parce que, parmi le peuple, il y a une aspiration à changer beaucoup de choses. Il y a une situation matérielle terrible qui fait que la population se mobilise contre le pouvoir. Et en même temps, c'est souvent les choses sur lesquelles on insiste le plus, il ne faut pas oublier qu'en haut, parmi les élites, il y a une contestation de la monarchie depuis longtemps. Latente, tout au long du XVIIIe siècle, d'une certaine manière, pour une série de raisons dans lesquelles je ne rentre pas. Mais je crois qu'une situation politique explosive, c'est d'une certaine manière quand, par en bas, le peuple se mobilise pour une série de raisons.

Et que, parallèlement, les élites sont profondément en crise et ne savent pas où aller. Soit vers, à l'époque de 1789, davantage de renforcement de la monarchie, soit un allègement. Et puis, progressivement, les idées républicaines vont ensuite faire leur chemin. Et il ne faut pas oublier non plus une autre chose. 1789, je ne vais pas citer tous les régimes, mais il y a eu beaucoup de régimes politiques au XIXe siècle en France. Il y a eu beaucoup de républiques, nous en sommes à la cinquième. On a peut-être un peu oublié, car il y avait une stabilisation relative depuis une trentaine, quarantaine d'années, des processus sélectifs.

On choisit nos gouvernements, des majorités, des cohabitations. Mais si on regarde l'histoire du pays sur la longue durée, le nombre de régimes successifs qu'il y a eu depuis la Révolution française. Le nombre de gouvernements qu'il y a eu dans les différentes républiques. Parce qu'on parle beaucoup d'impôts, d'impôts sur le revenu en ce moment. La première fois qu'on avait proposé l'impôt sur le revenu à l'Assemblée nationale, qui avait été votée en 1896, ça a été finalement instauré uniquement en juillet 1914. Et il a fallu, de mémoire, une vingtaine de gouvernements successifs pour en arriver là.

Donc l'instabilité, les contradictions du pays, qui sont très fortes historiquement et structurellement, finalement ressurgissent désormais dans un contexte politique certes nouveau, mais qui nous renvoie à certaines réalités antérieures. Corinne Laïc, journaliste à l'opinion. Que vous inspire ce développement de Jean-Numa Ducange, l'historien, à propos de la comparaison qu'on peut faire ou pas avec la Révolution française ? C'est vrai que si on pense aux gilets jaunes au début de règne, entre guillemets, d'Emmanuel Macron, il y avait cette grammaire révolutionnaire en tout cas.

Et comment décririez-vous, vous, cette fin de règne qui est propre à Emmanuel Macron, ou d'ailleurs, est-ce vraiment une fin de règne ?

3:54
Invité

Et d'abord, est-ce un règne ? Parce que je me suis frappée que nous utilisions le vocabulaire de la monarchie alors que nous en sommes à la Vème République. Mais c'est vrai qu'on parle souvent de la monarchie présidentielle et j'aimerais avoir vos regards là-dessus ensuite. La fin de règne de Macron, elle est très prosaïquement institutionnelle. C'est-à-dire qu'après avoir fait un second mandat, la Constitution lui interdit d'embriguer un troisième. Et donc, sa présence à l'Élysée se terminera quelque part au mois d'avril ou de mai 2027. Maintenant, l'idée de la fin de règne, c'est l'idée aussi de la, pas seulement du règne, mais de la fin.

Et les fins, c'est souvent triste et ça ne se passe pas très bien. Et donc, celle d'Emmanuel Macron, peut-être plus que tout autre, quand on regarde, alors bon, les dieux sondagiers, nous disent que celui qui a le plus mal terminé son quinquennat en termes de popularité, c'est François Hollande. Il faudra comparer les chiffres qu'Emmanuel Macron obtiendra à la fin de son mandat. Mais c'est vrai qu'il est en très mauvaise posture en termes de cote de popularité. Il faut voir que les événements dont vous parliez, les gilets jaunes et les différentes crises, sont assez consubstantiels de la Ve République.

Il y a eu, François Hollande a eu le mouvement des bonnets rouges en 2013 contre l'éco-taxe. Il a dû reculer. Alain Juppé a eu une grande révolte contre son éventuelle réforme des régimes spéciaux, de la fonction publique et des services publics. Donc ça, c'est assez banalisé sous la Ve République. Le propre d'Emmanuel Macron, c'est qu'il en est à son second mandat, second mandat sans cohabitation. Donc il y a eu de sa part une relative performance, une performance même absolue à se faire réélire hors cohabitation, alors que Jacques Chirac, François Mitterrand d'abord, pardon, et Jacques Chirac ensuite s'étaient fait élire à la suite d'une cohabitation.

Donc il y a chez Emmanuel Macron, dans son impopularité actuelle et dans les difficultés de sa fin de règne, à la fois l'usure du pouvoir, mais aussi un moment extrêmement disruptif qui a été la dissolution et qui lui a fait perdre son pouvoir avant même qu'il ne quitte l'Elysée. Donc la difficulté pour lui, c'est de vivre une fin de règne qui a commencé le 7 juillet 2024.

6:12
Présentateur

Jean-Numa Ducange, sur cette impopularité, est-ce que c'est une permanence finalement des fins de règne ? Je pense par exemple à Louis XV qui avait le surnom de bien-aimé avant d'être détesté. Oui, tout à fait. La postérité reconstitue un certain nombre de choses. Généralement, on a des fins de règne qui sont très difficiles sans aller jusqu'aux différents monarques de l'ancien régime puisqu'effectivement, il faut rappeler qu'Emmanuel Macron a été élu et que les présidents de la République sont élus, ce qui fait quand même une différence avec la légitimité royale.

Même si les chiffres de popularité n'étaient pas aussi bas, par exemple, pensons à quelqu'un comme François Mitterrand dont d'ailleurs a commémoré les 30 ans de la mort au mois de janvier. Désormais, François Mitterrand est plutôt rentré dans l'histoire et suscite toujours des controverses sur un certain nombre de dossiers, mais tout de même, c'est une figure désormais considérée comme relativement positive, beaucoup moins à droite qu'à gauche, certes, mais tout de même. Et ce qui est intéressant, c'est que si vous regardez 1993-1995, la fin du « règne » de François Mitterrand était quand même entachée par toute une série de choses.

La popularité était quand même très très basse, surtout si on compare aux espoirs initiaux qui avaient été placés en lui en 1981. Donc oui, on peut dire que c'est une sorte de permanence. Si vous prenez Valéry Giscard d'Estaing qui était considéré en arrivant au pouvoir en 1974 comme le jeune qui allait tout changer sur un certain nombre de choses. Il y a d'ailleurs des points communs et des parallèles que l'on peut faire avec Emmanuel Macron. Bon, ça s'est quand même terminé par une défaite justement en 1981. Donc il y a, je crois, une sorte de permanence, d'usure du pouvoir.

Et pour faire réellement la part des choses sur ces différents règnes, eh bien, il faut attendre un petit peu de temps pour voir si l'impopularité, parfois extrême, de tel ou tel homme politique se traduit sur la longue durée. Corinne Laïc, à quoi va-t-il occuper ces 500 derniers jours Emmanuel Macron ? On n'est pas vraiment dans le président bâtisseur des fins de la fin du deuxième mandat de François Mitterrand ? Qu'en pensez-vous ?

8:12
Invité

Emmanuel Macron va essayer d'être actif jusqu'au dernier quart d'heure. Il l'a dit, donc il va être dans l'action. L'action internationale, d'abord. Évidemment, avec la guerre en Ukraine, il va tenter, comme il essaye de le faire depuis des mois, de faire exister l'Europe dans la solution à venir du conflit entre les Russes et les Ukrainiens. Donc ça, c'est vraiment un volet très important pour lui. La France va présider le G7 à partir du 1er janvier. Et ça, c'est aussi quelque chose qu'Emmanuel Macron va tenter de faire résonner de manière puissante. La dernière fois, c'était en 2019, il y a 7 ans exactement. Et c'était son premier G7 avec Donald Trump. Ce sera son second G7 avec lui.

Et la question est de savoir si Donald Trump jouera le jeu de ce G7, contrairement à ce qu'il a fait au cours de cette année avec le Canada en président. Donc, en juin, il y aura donc un moment fort, puisqu'il va y avoir un G7 qui va se réunir à la mi-juin à Evian. Emmanuel Macron va, je pense, commencer à dresser son bilan et à, on va voir déjà ce qu'il va dire de cela au cours de ses voeux qui seront ses avant-derniers voeux le 31 décembre. Et il va aussi poser des petits cailloux pour la suite, parce que c'est quelqu'un qui n'est pas trop asséiste et qui aime bien se projeter sur la suite.

Et il voudra laisser à son successeur une sorte de mode d'emploi de la présidence de la République en disant voilà quels sont les sujets sur lesquels moi j'ai progressé, mais il faut encore aller plus loin. Et ces sujets, c'est surtout la question de l'indépendance de la France, de la souveraineté de la France et de l'Europe, question qu'il martèle depuis son discours de la Sorbonne en septembre 2017. Le président de la République a cette responsabilité immense d'être le chef de l'État. Ce n'est pas une critique de l'homme. Il y a des gens qui détestent Macron et qui ont envie qu'il s'en aille. Moi, je ne le déteste pas. J'ai travaillé avec lui. J'ai de l'estime pour lui.

J'ai même parfois de l'affection pour lui. J'ai aussi parfois des accords avec lui. Très bien. Mais ce n'est pas du tout la question de l'homme, c'est la question de la fonction. Je pense qu'il doit aujourd'hui, face à cet affaissement de l'État, face à cette mise en cause terrible de l'autorité de l'État, prendre la décision qui est à la hauteur de sa fonction. Et pour moi, la décision à la hauteur de sa fonction, c'est de garantir la continuité des institutions en partant de façon ordonnée.

10:37
Présentateur

Édouard Philippe, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, qui demandait sa démission dans l'émission face à Fogel sur RTL le 7 octobre dernier. Et ce qui m'intéresse dans cet extrait, c'est la période qu'on appelle parfois inter-règne, c'est-à-dire entre deux. C'est aussi ce qui va permettre l'alternance. Mais que nous dit ce moment où, finalement, même ses plus proches le lâchent, Corinne Laïc ?

10:58
Invité

Ça nous dit qu'Édouard Philippe est très imprudent, parce que si jamais il était président de la République, il aurait créé une jurisprudence qui lui serait très facilement opposable. Et on aurait pu aussi l'opposer à Jacques Chirac au moment du CPE en 2005, à Alain Juppé et Jacques Chirac en 1995, etc. Donc, ça c'est la première réflexion qui me vient à l'esprit en réécoutant cet extrait. L'autre, c'est qu'effectivement, l'inter-règne a commencé du fait d'Emmanuel Macron qui s'est auto-fragilisé avec la dissolution. Ce qui fait que l'inter-règne est particulièrement long. On a vu déjà, dès sa réélection en avril 2022, apparaître les ambitions et les ambitieux, dont Édouard Philippe.

Et aujourd'hui, ces ambitions sont évidemment accélérées. Plus l'échéance se rapproche, plus Emmanuel Macron est affaibli, plus l'inter-règne ressemble à un inter-règne. Emmanuel Macron a du mal à asseoir son autorité de président de la République parce que, du fait de cette fragilisation, de là à réclamer sa démission, il y a un pas que je ne franchirai pas.

12:06
Présentateur

J'ajoute que Gabriel Attal avait déclaré, lui, le sujet n'est pas d'être pour ou contre Emmanuel Macron, c'est d'être dans l'après-Macron. Et il s'y emploie. Jean-Numa Ducange, pensez-vous, en tant qu'historien, que nous sommes dans cette période d'inter-règne ? A-t-on des exemples historiques marquants de ce qu'on appelle l'inter-règne ? Tout dépend de ce que vous mettez derrière inter-règne, mais effectivement, si on compare à des situations autres sous la Ve République, certaines avaient pu bénéficier au président de la République.

Je pense à François Mitterrand en 1986, lorsque la droite avait remporté les élections législatives, il y avait une situation de cohabitation à laquelle il a été fait allusion tout à l'heure. Et cette situation de cohabitation était, dans un premier temps, évidemment, de fait, un échec, puisque le président de la République perdait sa majorité, sauf qu'il y avait une majorité en face de lui, très nette, très à droite, qui lui a permis, d'une certaine manière, de rebondir en se posant comme le garant des institutions, le garant d'un certain nombre de principes. Et surtout, à ce moment-là, il y avait l'enjeu de se représenter.

13:04
Invité

En avril de 1988, sa cote de popularité est à 54%.

13:07
Présentateur

Oui, ce qui ferait rêver beaucoup de présidents, à commencer par l'actuel. Donc, c'est vrai que, de ce point de vue-là, il y a des situations particulières qui méritent d'être mentionnées. Sur l'inter-règne, c'est pareil. Si on remonte à l'Ancien Régime, à d'autres, quand il y avait des situations de régence, d'attente, de nouveaux rois, tout cela provoquait généralement des formes d'instabilité et d'interrogation dans la population.

Ça, c'est quelque chose qui est important à mentionner parce que, quand il y a une crise de l'autorité au plus haut niveau, quand il y a des institutions qui sont délégitimées ou critiquées fortement, tout de même, même si c'est difficile à quantifier à l'échelle d'un siècle et demi, globalement, le principe électif, le principe parlementaire, était quelque chose qui était très accepté dans la population. Les taux de participation étaient élevés. Et en plus de ce qui vient d'être rappelé, il faut dire aussi que le taux de participation aux élections, ça correspond un peu au taux de popularité des présidents. Tout cela s'est effondré simultanément.

Donc, on est dans une crise de légitimité où, à la fois, les élections, comment dirais-je, ne sont plus considérées comme quelque chose de si important que cela parce qu'il y aura toujours quelqu'un pour vous dire que l'abstention est très forte, etc. Et de l'autre côté, vous avez effectivement des scores de popularité qui sont extrêmement faibles. Donc, comme la crise de légitimité est partout, et bien du coup, les solutions pour en sortir peuvent venir d'options extra-institutionnelles ou bien d'appels à la démission divers et variés. Est-ce que les germes des fins de règne sont déjà contenus dès le début de l'exercice du pouvoir, Corinne Laïc ? Je pense, bien sûr, au dégagisme.

Emmanuel Macron qui, finalement, se fait élire en 2017 sur une forme de dégagisme, en tout cas, une nouvelle façon de faire de la politique entre la gauche et la droite ou au-delà des partis. et aujourd'hui, peut-être que c'est le dégagisme qui le menace lui-même. Absolument,

14:55
Invité

mais je pense que cette idée du dégagisme et cette fatigue démocratique en fait que vous décrivez, elle a commencé bien avant Emmanuel Macron.

Elle commence déjà au début du XXIe siècle avec des réformes institutionnelles, la création du quinquennat, l'inversion des élections, du calendrier des élections législatives et présidentielles, enfin des choses assez techniques qui paraissent comme telles sur le moment et qui ont des conséquences lourdes et elle accentue un des défauts caractéristiques de la Vème République qui est la verticalité, c'est-à-dire l'idée que des hommes ou des femmes, enfin ça a été le plus souvent des hommes, voire même exclusivement, qui sont compétents et bien intentionnés, soucieux de l'intérêt général, entourés d'une technocratie efficace et rationnelle peuvent faire le bien du peuple malgré lui.

Et on en voit par exemple un exemple avec le non-référendum de 2005 sur le traité institutionnel, les Français disent non mais chassé par la porte et revient par la fenêtre et Nicolas Sarkozy le fait adopter sous une autre forme et là il y a une blessure démocratique à ce moment-là qui passe relativement inaperçue sur le moment mais qui y est en germe. Emmanuel Macron, il épouse totalement cette verticalité, ça lui ressemble même s'il a aussi un côté horizontal qu'il a fait valoir pendant sa campagne en 2016, la bienveillance, l'écoute.

Mais une fois arrivé au pouvoir, il est tellement obsédé par l'efficacité et par la rapidité qu'il gouverne comme il le dit lui-même à la cavalcade et il oublie tout ça et il va payer un peu les pots qu'il aura cassés mais que d'autres ont cassées avant lui.

16:32
Présentateur

Et peut-être les promesses non tenues puisqu'on en parlait dans les journaux de France Culture tout au long de cette matinée, il a peut-être oublié aussi sa promesse de l'année dernière lors de ses voeux de convoquer les Français pour leur faire trancher certains sujets où on avait tous pensé au référendum. Alors son règne n'est pas terminé. C'est pas fini.

16:51
Invité

Il réfléchit toujours

16:52
Présentateur

à cette idée. Elle n'est pas morte. La question de l'isolement, Jean-Numa Ducange, est-ce que ça va avec la centralisation du pouvoir dans l'histoire française ? Oui, il y a un lien effectivement entre un système politique qui est très polarisé autour d'un homme. La Ve République a sanctifié l'élection du président de la République au suffrage universel. Il faut toujours rappeler que cette tradition de la Ve République, c'est un mélange entre une tradition démocratique parlementaire et quand même la tradition monarchique. On a toute une série de pays, à commencer par nos voisins allemands, pour une série de raisons, le président de la République occupe une place subalterne.

Donc, comme il y a une forte polarisation autour de la figure du président de la République, comme les élections présidentielles sont quand même les élections dont on parle largement le plus et c'est celles qui intéressent quand même largement le plus les responsables politiques nationaux, eh bien, tout tourne autour de cela où beaucoup de choses et probablement trop de choses. Mais j'ajouterais juste une chose puisqu'on parle de situation et de crise démocratique en France.

Ce qui est intéressant, c'est de regarder un peu à l'échelle européenne parce que finalement, quelles que soient les institutions des pays, la crise est mutatiste, mutatiste comparable en Allemagne où d'habitude, on se met toujours d'accord, on trouve des grandes coalitions, je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal, mais c'est un fait où la stabilité des institutions était encore plus forte d'une certaine manière que la France. Même là, la situation devient extrêmement compliquée et assez instable.

En Angleterre, où on a des institutions aussi ancestrales et une monarchie pour le coup, bien qu'il y ait aussi des formes de démocratie parlementaire, bien sûr, le Premier ministre Starmer qui a été élu il y a un peu plus d'un an est dans une crise démocratique et politique très forte. Il y a aussi des crises dans l'histoire britannique, bien évidemment, mais on voit bien que les crises politiques, quelles que soient les institutions, quels que soient les pays, il y a des choses qui se ressemblent et ce n'est pas anecdotique à mon avis. Corinne Laïc, vous mentionniez tout à l'heure une date importante au mois de juin avec ce G7 qui se tiendra à Evian en France.

Au mois de juin, il y a aussi un autre événement important, c'est la panthéonisation de Marc Blanc. Absolument,

18:49
Invité

le 16 juin, le jour où il a été assassiné par la Gestapo. Ce sera ce jour-là qu'il sera introduit au panthéon et ça fait partie d'une série d'hommages mémoriels qu'Emmanuel Macron rend aux héros ou victimes de la Première et de la Seconde Guerre mondiale avec Simone Veil, Maurice Genevois, il y a eu aussi Joséphine Baker en 2021, Joséphine Baker,

19:15
Présentateur

Missak et Mélinet Manouchin en 2024 et bien sûr Robert Badinter cette année. Oui,

19:20
Invité

Robert Badinter n'étant pas dans les...

19:22
Présentateur

Non, pardon,

19:23
Invité

je pensais à toute la...

19:24
Présentateur

En effet, vous pensiez au guerre, je pensais à toutes les panthéonisations. Il a le temps d'en faire d'autres. Je voulais vous demander à tous les deux, qu'est-ce que ça nous dit ? Certains parlent d'inflation mémorielle, est-ce qu'au contraire c'est très important ? Est-ce que ça fait partie de son bilan, de sa personnalité ? Quelle est l'analyse que vous en faites tous les deux ? Ce qui est certain, quoi qu'on pense de l'action politique, c'est que le président de la République a toujours eu un intérêt relativement prononcé pour l'histoire, toute l'histoire de sa formation avec Ricœur, qui est l'objet de controverses, mais qu'importe, il y a un intérêt en tout cas relativement développé.

19:56
Invité

Hommage à Jeanne d'Arc quand il était ministre de l'économie.

19:58
Présentateur

Oui, tout à fait aussi. Il y a une série d'hommages à des dates précises autour de grandes figures clés et effectivement, par rapport aux deux présidents qui ont précédé, il semblerait qu'Emmanuel Macron soit un peu plus connecté à ce type de problématiques et souhaite marquer de son empreinte cela. Il faut voir que si on compare avec d'autres présidents de la République, quand on repart même sur François Mitterrand, tous les bâtiments qui ont marqué l'espace parisien, la BNF, la pyramide du Louvre, etc. Donc Macron laisse des choses aussi derrière lui et probablement cette panthéonisation, ces panthéonisations multiples sont un moyen pour lui de rester dans l'histoire sur la longue durée.

On verra ce que la postérité en dira. Vous partagez, Corinne Laïc, peut-être qu'on peut citer aussi Notre-Dame.

20:39
Invité

Notre-Dame, Notre-Dame, la cité de la francophonie, Avila Cotray. Notre-Dame, pour moi, c'est plus un signe de l'efficacité après laquelle court Emmanuel Macron. Emmanuel Macron est obsédé par ce qu'il appelle la crise de l'efficacité. Notre-Dame, c'est évidemment un symbole pour beaucoup de monde et pour lui, c'est à la fois ça mais c'est aussi le fait qu'il a été capable de la faire reconstruire en cinq ans. Et donc, quand on veut, on peut, quand on veut être efficace, on peut l'être. Et c'est presque un reproche qui pourrait s'adresser à lui-même dans la mesure où il ne l'a pas été sur tous les sujets.

21:15
Présentateur

Jean-Nimé Ducange ? Oui, tout à fait. C'est vrai que quand même, presque au terme de ce règne, eh bien, on peut dire que le nombre de critiques qui ont été formulées à son égard sont extrêmement importants. Et puis, il y a quelque chose qu'on verra peut-être sur la longue durée, c'est que, vous avez parlé des gilets jaunes et d'un certain nombre de phénomènes, on verra si, finalement, une certaine violence politique extra-institutionnelle qui s'est quand même exprimée à plusieurs reprises, eh bien, continuera dans les années à venir. Ce sera aussi un indice à scruter, quel que soit le gouvernement qui succédera, Emmanuel Macron.

Eh bien, merci infiniment à tous les deux d'être venus ce matin dans les Matins de France Culture. Jean-Nimé Ducange, historien, votre biographie sur Jean Jaurès chez Perrin en 2024. Et merci à vous, Corinne Laïc, journaliste à l'Opinion, Emmanuel Macron, président cambrioleur. C'était chez Fayard. Et merci à vous,