Conférence de presse du Président Emmanuel Macron et du Chancelier allemand Olaf Scholz à Berlin.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 18:00OuverteRéponse directe
Sur l'initiative de la communauté politique européenne, quels pays pourraient y participer ?
- 21:00OuverteRéponse directe
Le discours de Poutine n'a pas annoncé d'escalade, quelle est votre analyse ?
- 25:00OuverteRéponse directe
Sur la révision des traités, êtes-vous pour cette initiative ?
- 29:00OuverteRéponse directe
Êtes-vous inquiet de l'image de leader de l'Allemagne en Europe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Emmanuel MacronFait
« La France, lors de cette élection, s'est clairement prononcée en faveur de l'Europe, et c'est un signe très positif dont nous avons d'autant plus besoin en ces temps actuels. »
- 3:00Emmanuel MacronFait
« Nous sommes fermement déterminés à défendre les fondements de notre vivre ensemble, la liberté, la paix et la démocratie, l'État de droit, l'économie sociale de marché, l'équité et une approche durable de notre environnement. »
- 6:00Emmanuel MacronFait
« Nous nous tenons aux côtés de l'Ukraine qui fait partie de la famille européenne. »
- 8:00Emmanuel MacronPromesse
« Nous allons faire tout ce qui est nécessaire pour éviter une extension du conflit à d'autres pays et pour renforcer nos capacités de défense. »
- 15:00Emmanuel MacronPromesse
« Nous voulons transposer rapidement ces formidables idées de nos citoyens et citoyennes pour que l'Europe devienne plus flexible et efficace. »
- 23:00Emmanuel MacronFait
« Il nous faut donc construire une nouvelle forme politique et pas simplement juridique. »
- 27:00Emmanuel MacronFait
« Nous avons une forme juridique : le Conseil de l'Europe, avec la Cour européenne des Droits de l'homme, qui donne des droits. »
- 31:00Olaf ScholzChiffre
« L'Allemagne dépensera 2 % de son PIB pour les dépenses militaires et nous avons réservé un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour notre armée. »
- 34:00Olaf ScholzFait
« Sur la majorité qualifiée, je suis pour ma part favorable à ce que pour nos politiques publiques qui sont encore à l'unanimité, nous passions à la majorité qualifiée. »
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Emmanuel. Nous voici ici, à Berlin, et je suis particulièrement ravi après les élections en France de pouvoir te féliciter encore une fois de tout cœur pour ta réélection. La France, lors de cette élection, s'est clairement prononcée en faveur de l'Europe, et c'est un signe très positif dont nous avons d'autant plus besoin en ces temps actuels.
Depuis longtemps, nous sommes tous deux d'accord pour dire que nos deux pays ne peuvent surmonter avec succès les défis de notre époque que si nous agissons ensemble dans le cadre d'une Europe forte et souveraine. Et c'est précisément sur cette lancée que nous continuerons ensemble et je m'en réjouis tout particulièrement parce que de nombreux projets de construction de l'Europe et de décisions importantes dans les prochains mois y sont liés. Il me semble que c'est ta première visite à l'étranger depuis ton investiture, ce qui nous fait un plaisir et un honneur particulier.
C'est quelque chose de tout à fait symbolique. La bonne coopération entre la France et l'Allemagne sera déterminante pour l'avenir et l'évolution de notre Europe, pas seulement parce qu'elle dépend de nos deux seuls pays, mais parce que nos deux pays sont importants pour une bonne cohésion au sein de l'Union européenne. C'est pourquoi une bonne coopération entre la France et l'Allemagne est toujours un signe favorable pour les progrès en Europe.
Que cette visite aujourd'hui coïncide aussi avec la Journée de l'Europe, justement, est un symbole tout particulier qui s'inscrit parfaitement dans la démarche que nous poursuivons et c'est ce message-là que nous voulons envoyer aussi ce soir. Sur l'initiative de la présidence française du Conseil de l'UE, de nombreux monuments partout dans l'Europe porteront les couleurs de l'Ukraine. Ici, la porte de Brandebourg et à Paris, la tour Eiffel.
Nous sommes solidaires les uns des autres et nous nous tenons aux côtés de l'Ukraine qui fait partie de la famille européenne. Lors de la Journée de l'Europe, en 2021, tu avais ouvert la conférence sur l'avenir de l'Europe à Strasbourg et, à l'époque, la pandémie semblait encore être le plus grand défi pour notre union. Personne n'aurait pu imaginer qu'aujourd'hui, un an, jour pour jour, la paix en Europe serait rompue en raison de l'épouvantable agression de la Russie, qu'un pays européen voisin soit sauvagement attaqué, que des millions de personnes se trouvent sur la fuite, que d'innombrables personnes en Ukraine ont dû se confronter à la mort, à la souffrance et à la destruction.
Nous sommes tous saisis d'effroi, mais cela nous soude également parce que nous devons agir ensemble. Nous vivons un tournant historique, j'ai pu le dire au déclenchement de la guerre. Mais nous vivons aussi la force incroyable qui se dégage de notre cohésion, de notre solidarité et de notre unité en tant que démocrates, en tant qu'Européens et en tant que membres de la Communauté transatlantique.
Ces jours-ci, nous nous rendons d'autant plus compte de quelle prospérité et de quelle liberté, de quelle sécurité nous jouissons au sein de l'Union européenne et en tant que membres de l'OTAN. Nous sommes fermement déterminés à défendre les fondements de notre vivre ensemble, la liberté, la paix et la démocratie, l'État de droit, l'économie sociale de marché, l'équité et une approche durable de notre environnement. Nous le ferons ensemble et avec toutes nos forces.
C'est la raison d'être de la coopération franco-allemande et l'amitié franco-allemande est plus importante que jamais en tant que pierre angulaire, moteur et source d'inspiration pour le projet européen, comme j'ai pu le dire, et je me réjouis de te savoir à mes côtés, cher Emmanuel, en tant qu'ami proche et fiable. L'Europe, nous ne la réussirons qu'ensemble, nous en sommes convaincus tous deux, que ce soit à l'échelle des chefs d'État et de Gouvernement, ou à l'échelle de toutes nos citoyennes et de nos citoyens. Les sociétés ouvertes, les démocraties vivantes sont une marque de fabrique et la force de l'Europe.
C'est aussi le signal qui a été envoyé depuis la cérémonie de clôture de la conférence de l'avenir de l'Europe en cette journée de l'Europe 2022. Nous sommes d'accord, nous voulons transposer rapidement ces formidables idées de nos citoyens et citoyennes pour que l'Europe devienne plus flexible et efficace. C'est ce pourquoi nous allons nous engager.
Nous voulons aussi envoyer un signal aux États des Balkans occidentaux. Nous allons tenir nos promesses et il faut dépasser les obstacles qui se dressent encore devant nous pour avoir cette approche raisonnable et fiable. Je me réjouis que tu aies également rappelé cette perspective.
Les États des Balkans occidentaux font partie de la famille européenne. L'Ukraine également. Nous travaillons pour les Balkans occidentaux à les rapprocher de l'Union européenne, qui travaille sur les demandes d'adhésion et la Commission se prononcera prochainement.
Il s'agit aussi de coopérer plus étroitement en Europe, dans l'Union européenne, bien sûr, mais au-delà également. Quand on parle des États démocratiques du continent européen, il s'agit de propositions très intéressantes et je me réjouis des discussions avec toi et nos homologues au sein du Conseil européen. Nous avons de nombreux sujets de discussion aujourd'hui, la question de la guerre et de la paix en Europe, et nous nous tenons fermement et de manière indéfectible aux côtés de l'Ukraine en la soutenant sur le plan financier, humanitaire et militaire, avec des livraisons d'armes pour mettre un terme à cette guerre.
L'injustice ne doit pas l'emporter et les frontières en Europe ne doivent pas être déplacées par la force. Nous allons faire tout ce qui est nécessaire pour éviter une extension du conflit à d'autres pays et pour renforcer nos capacités de défense. Lors du Conseil européen extraordinaire fin mai, nous allons réfléchir à la manière de mieux coordonner et de rendre plus efficaces nos investissements dans la défense européenne.
Et bien sûr, nous voulons faire avancer plus rapidement les projets d'armement franco-allemand. Lors du sommet de l'OTAN, en juillet à Madrid, nous allons décider de l'orientation future de l'Alliance transatlantique et de l'adaptation militaire nécessaire à cette nouvelle situation sécuritaire. Mais nous savons que la sécurité n'englobe pas seulement la sécurité militaire, il y a bien d'autres questions qui comptent.
Par exemple, les conséquences du changement climatique, qui sont dramatiques. Nous devons transformer notre approvisionnement énergétique pour nous détacher des énergies fossiles et nous rapprocher des énergies renouvelables. C'est absolument nécessaire et la guerre rend cela encore plus urgent.
Je voudrais aussi saisir l'occasion pour remercier la France de sa présidence très réussie du Conseil de l'Union européenne, notamment dans ce contexte difficile. Nous sommes devant l'immense défi d'assurer notre approvisionnement énergétique et de maintenir dans le même temps la stabilité des prix des biens de consommation courante. La situation sécuritaire impose aussi un autre sujet à l'ordre du jour.
Nous voulons avancer rapidement vers des accords concrets pour l'intégration des six États des Balkans occidentaux. Ce sont donc des projets sur lesquels nous voulons avancer ensemble avec la France et nous allons donc faire en sorte que rapidement après les législatives, dès le mois de juillet, nous organisions un conseil des ministres franco-allemand avec l'objectif de donner un nouvel élan à l'Europe. Cher Emmanuel, j'ai hâte.
Merci beaucoup, Monsieur le Chancelier, de cette Invitation à Berlin. Je suis heureux de te retrouver, de vous retrouver tous pour, en effet, mon premier déplacement international après mon investiture pour ce deuxième mandat avant-hier, et il était évident pour moi que ce premier voyage viserait à marquer la force, l'importance de l'amitié franco-allemande. Ce souhait m'était d'autant plus cher que nous nous retrouvons, pour ce premier déplacement que je fais à l'étranger, en cette journée de l'Europe, le 9 mai, comme tu l'as rappelé, pour célébrer ce projet politique unique au monde, que l'Allemagne et la France ont contribué à façonner en surmontant les gouffres qui s'étaient créés entre nos deux pays au cours des conflits mondiaux.
Je souhaite que l'amitié qui unit nos deux pays et qui nous unit puisse nous permettre dans les semaines, les mois, les années qui viennent, de continuer de construire de grandes choses. Ensemble, nous portons l'ambition d'une Europe plus forte, plus souveraine, plus unie, plus démocratique, à hauteur des défis de sécurité, en particulier, auxquels nous sommes confrontés. Nous savons les grands chantiers qui nous attendent, nous savons aussi le tournant écologique et numérique, la transformation de nos économies et de nos sociétés qui impliquent, là aussi, une mobilisation de nos deux pays et de notre Europe.
Nous avons donc beaucoup de travail, tu l'as rappelé, d'abord sur le plan bilatéral et nous allons nous y atteler. Nous souhaitons continuer de développer ce que ces dernières années, nous avons continué de renforcer, nos liens économiques, académiques, scientifiques, notre meilleure coordination en matière de défense, de politique étrangère. Nous avons des grands projets de défense.
L'Allemagne a fait des choix extrêmement structurants dont je me félicite et sur tous ces grands sujets, je souhaite que nous puissions renforcer la coordination bilatérale et, en effet, pouvoir tenir dans les prochaines semaines un conseil des ministres franco-allemand qui sera l'objet de renforcer sur tous ces sujets, l'amitié et les projets concrets entre nos deux pays. Ensuite, bien évidement, c'est la situation géopolitique en Europe et la guerre lancée par la Russie en Ukraine qui, aujourd'hui, nous touche profondément, touche l'ensemble de nos compatriotes, notre Europe et nous a conduits à agir ensemble pour essayer, d'abord, de stopper cette guerre et, ensuite, de tout faire depuis le mois de février dernier pour pouvoir obtenir un cessez-le-feu, éviter, par tous moyens, l'élargissement du conflit, soutenir l'Ukraine et les Ukrainiens, sanctionner la Russie. Au fond, le défi qui est le nôtre, celui de notre Europe, de nos pays, de notre génération est bien de faire face au retour de la guerre sur notre continent, mais de tout faire pour protéger la démocratie, pour être aux côtés de l'Ukraine tout en protégeant nos peuples contre l'extension de la guerre.
Nous continuerons, sur ce sujet, de nous coordonner étroitement et d'agir ensemble, comme nous l'avons fait depuis le début en aidant l'Ukraine et en continuant de le faire. Nous avons pris ensemble des décisions importantes ces dernières semaines et en continuant, en effet, de nouvelles sanctions. Sur ce sujet, nous aurons, nous le savons, des décisions importantes à prendre dans les prochains jours au niveau européen, nous en parlerons ce soir et nous tenons l'un et l'autre à une réponse unie et solidaire apportée par l'Union européenne, comme nous le faisons depuis deux mois et c'est, à mes yeux, absolument indispensable.
De même, nous continuerons à être aux côtés de l'Ukraine, nous l'avons montré la semaine dernière, de manière financière, militaire, humanitaire, pour continuer à nous engager. Cette guerre conduit aussi, évidemment, à avoir une réponse coordonnée en matière de politique de défense et de renforcer notre ambition européenne. Nous en avons lancé les fondements, nous avons un axe franco-allemand.
Nous aurons des décisions importantes à prendre à la fin du mois de mai dans un conseil exceptionnel européen sur ce sujet. À la lumière de la boussole stratégique lancée sous présidence allemande, conclue il y a quelques semaines, nous aurons des décisions additionnelles à prendre. Puis évidemment, comme Monsieur le chancelier vient de le rappeler, en matière d'énergie, nous devons aussi à la fois réduire la dépendance européenne aux énergies fossiles russes, ce qui est cohérent avec notre stratégie écologique, le faire beaucoup plus vite, beaucoup plus fort, et cohérent avec nos sanctions, et protéger nos concitoyens et nos entreprises des effets en termes de prix.
À ce titre, nous aurons plusieurs décisions européennes à prendre, nous avons commencé de le faire il y a plusieurs semaines, mais pour accélérer cet agenda de sortie de la dépendance aux énergies fossiles russes et pour mieux protéger nos économies des conséquences directes et indirectes. Nous reviendrons là aussi sur ce sujet et l'agenda commun. Cette stratégie européenne implique, évidemment, de ne pas oublier aussi nos fondamentaux.
Nous aurons dans les prochaines semaines à continuer de travailler ensemble sur notre agenda climatique en pleine cohérence, " Fit for 55 ", sur la politique d'investissement en la matière que nous devons prendre et sur notre politique de voisinage, et, en particulier, la situation dans les Balkans occidentaux, comme vient de le rappeler Monsieur le chancelier, c'est pourquoi nous avons décidé de tenir au mois de juin un sommet des Balkans occidentaux qui se tiendra juste avant notre sommet européen, et nous aurons un travail franco-allemand étroit et coordonné pour pouvoir justement, sur l'ensemble de ces situations, œuvrer ensemble pour permettre d'abord de régler les situations de différends qui existent encore et clarifier, pour l'ensemble des pays des Balkans occidentaux, l'agenda européen qui est le leur. Plus largement, j'ai fait ce matin plusieurs propositions au nom de la France dont nous discuterons et nous en avons d'ailleurs plusieurs fois parlé, mais je crois pouvoir dire que nous partageons ensemble la conviction aussi que, au-delà des Balkans occidentaux, nous avons la nécessité de repenser l'espace politique européen, c'est l'objectif de cette communauté politique européenne proposée ce matin pour pouvoir bâtir la paix, la stabilité et des coopérations sur les questions les plus géopolitiques de notre Europe. Puis, au-delà de l'Europe, il y a évidemment toutes les grandes questions internationales et ces mois sont importants, où l'Allemagne assure la présidence du G7 et la France la présidence tournante du Conseil européen.
Je me félicite de notre parfaite coordination à cet égard. Évidemment, nous nous coordonnons pour, au-delà des Européens, être parfaitement engagés avec l'ensemble des alliés et l'ensemble des puissances du G7, comme nous l'avons vu hier face à la guerre en Ukraine. Nous coordonnons aussi pour avoir la bonne réponse en matière énergétique et nous nous coordonnons également pour avoir la bonne réponse en termes de sécurité alimentaire mondiale, laquelle est mise en danger par la guerre initiée par la Russie.
À cet égard, l'Allemagne et la France ont toutes deux lancé des initiatives en ce sens et nous profiterons de nos présidences pour faire progresser l'accès aux produits alimentaires au niveau mondial. De même, nous poursuivrons également notre coordination sur les grands sujets internationaux, en particulier notre relation avec la Chine. Nous aurons l'occasion de parler avec le président chinois l'un et l'autre dans les prochaines heures et la situation au Sahel, où là aussi, nous avons une forte implication l'un et l'autre.
Voici en quelques mots ce que je voulais évoquer de la relation bilatérale, de notre travail en commun pour l'Europe et des grands sujets internationaux de coordination, mais derrière tout cela, il y a une histoire et une amitié. C'est tout le sens de ma présence aujourd'hui à Berlin, ici, à la chancellerie, à tes côtés, cher Olaf, donc merci pour cette invitation et l'honneur qui m'est fait en ce 9 mai d'être présent côte à côte avec toi. Bonsoir, Elisabeth [INAUDIBLE].
Monsieur le Président, vous avez donc lancé à Strasbourg l'idée d'une communauté politique européenne qui pourrait rassembler des pays partageant les valeurs de l'Europe, alors des pays comme l'Ukraine pourraient être conviés, peut-être le Royaume-Uni qui a quitté l'Union européenne, est-ce que les Balkans pourraient également être dans ce groupe de pays concernés ? Est-ce que vous pouvez préciser cette idée ? Est-ce une confédération comme le propose Monsieur Letta ?
Monsieur le chancelier, que pensez-vous de cette idée ? Et est-ce qu'on peut imaginer dans un avenir proche que vous alliez tous les deux la présenter à monsieur Zelensky à Kiev ? Merci.
Merci beaucoup. Je l'ai dit, l'idée vient du fait que nous constatons tous qu'il y a une réalité géographique, nous sommes un continent qui s'impose à la simple lecture d'une mappemonde et que pour ancrer véritablement la démocratie en Europe et la stabilité, nous avons besoin de trouver la bonne forme politique et géopolitique de convergence et de stabilité. Jusqu'à présent, nous avons répondu à cette question par l'élargissement.
Or, le degré d'intégration, d'intimité, de rapprochement, l'exigence des standards de notre Union européenne fait que cette perspective pour des États comme l'Ukraine ou plusieurs autres, n'est pas atteignable à l'horizon de quelques années. Et je l'ai dit aussi par honnêteté, l'honnêteté que nous devons aux Ukrainiennes et aux Ukrainiens. Nous pouvons avoir une procédure accélérée, ce que nous sommes en train de faire, pour accepter le statut de candidat à l'adhésion pour l'Ukraine, mais nous savons tous que, compte tenu de nos standards et de ces critères, il faudra des années et vraisemblablement des décennies pour que l'Ukraine puisse vraiment rejoindre l'Union européenne.
Est-ce ce que nous voulons ? Le risque que nous prenons, c'est de désespérer ceux qui sont nos voisins et qui ont à la fois cette proximité géographique et qui sont attachés au même socle de valeurs que nous. Et j'insiste sur ce point, car l'Ukraine aujourd'hui se bat bien pour cela et prend tous les risques pour cela.
Il nous faut donc construire une nouvelle forme politique et pas simplement juridique. Nous avons une forme juridique : le Conseil de l'Europe, avec la Cour européenne des Droits de l'homme, qui donne des droits et laquelle, d'ailleurs, est menacée, bousculée par la sortie aujourd'hui de la Russie, elle est plus large, elle a une autre histoire, mais il nous faut trouver une forme politique qui permet d'arrimer à l'Europe des États qui partagent ces valeurs, qui sont dans cette géographie, et de bâtir ensemble une coordination politique, sans doute des formes de solidarité en terme de sécurité, et qui ne soit pas non plus la même chose que l'OTAN, qui soient des éléments de coopération et de solidarité à définir, des coopérations en termes d'énergie, car nous voyons l'intégration et la solidarité qu'il y a au sein de l'Europe sur ces questions énergétiques qui sont ô combien structurantes, de pouvoir avancer ensemble sur les questions d'infrastructures, de connexion, qui est au cœur de l'agenda que nous avons pour les Balkans occidentaux et entre les Balkans occidentaux et notre Europe, mais c'est vrai, beaucoup plus largement, de circulation des personnes et en particulier des jeunesses. Cet agenda-là ne veut pas dire que des pays qui peuvent avoir un intérêt avec nous sur ces questions sont pour autant prêts à rentrer dans notre union.
Et donc ce que nous devons, me semble-t-il, faire, par un travail de concertation, d'élaboration maintenant, c'est bâtir cette communauté politique européenne pour répondre à cette question, car il en va de notre stabilité politique et de notre sécurité. À côté de cela, vous avez des États qui ont d'ores et déjà entamé une procédure d'adhésion, qui sont sur le point d'y entrer. Je pense que ceci, il faut aller au bout de ce chemin et il ne faut pas les divertir.
La question se pose pour celles et ceux qui n'ont pas encore entamé ce chemin, se pose pour des pays comme la Bosnie-Herzégovine, qui sont beaucoup plus loin, ou d'autres dans les Balkans occidentaux, elle se pose pour l'Ukraine, elle se pose peut-être aussi pour d'autres pays qui sont embarqués dans des questions d'adhésion ou de rapports à l'Union européenne, parfois depuis des décennies. Je ne veux pas ici en quelque sorte mettre un trait ou une exclusive, mais il nous faut maintenant procéder à cette concertation politique pour voir l'intérêt, et comme vous l'avez très bien noté, c'est aussi peut-être un moyen de retrouver une stabilité et une autre forme de coopération avec des pays comme le Royaume-Uni qui a décidé de quitter notre Union européenne, mais qui peut avoir toute sa place dans cette communauté politique. À cet égard, je souhaite que par un travail étroit avec Monsieur le chancelier Scholz, nous puissions en effet concerter et il est clair que c'est un des sujets que nous aurons ensemble à évoquer avec le président Zelensky.
Lors de mon introduction, je me suis déjà exprimé à ce sujet. Je dirai clairement que c'est une proposition très intéressante pour faire face aux grands défis auxquels nous sommes confrontés. Il y a le processus d'intégration de l'Union européenne, qui compte pour nous deux parce que nous voulons une Union européenne forte et souveraine, ce qui ne fonctionne que si toute une série de critères nous unit, que ce soit l'État de droit, la démocratie ou les critères économiques et bien d'autres aspects encore qui jouent un rôle essentiel.
Dans le même temps, sur le continent européen, il y a de nombreux pays qui nous ressemblent avec leur volonté de se battre pour la liberté et la démocratie, qui ont peut-être des perspectives différentes, mais qui veulent créer un lien avec l'Union européenne. Je trouve donc positif d'avancer sur ces questions, c'est absolument essentiel en ces temps et je suis donc très heureux de pouvoir échanger sur cette proposition. Ce qui est clair, c'est que cela ne doit pas et ne nous empêchera pas de mener à terme ce que nous avons commencé.
Donc, les demandes d'adhésion sur lesquelles nous travaillons depuis un certain temps, pour les États Balkans occidentaux, comme nous l'avons évoqué, parce qu'ils ont pris des mesures de préparation très abouties et très courageuses aussi, et cela doit être récompensé. Je cite l'exemple de la Macédoine du Nord, il y a eu des leaders politiques très courageux qui ont fait des pas audacieux en ce sens pour que le processus d'adhésion puisse commencer, et nous ne devons donc pas décevoir ces étapes courageuses. Merci beaucoup, Monsieur le président, cher chancelier.
J'ai une question pour tous deux. Le président russe, aujourd'hui, lors du défilé militaire à Moscou a tenu un discours qui était très attendu, beaucoup s'attendaient à ce que ce discours soit très sévère, qu'une mobilisation générale puisse être prononcée et que la guerre soit déclarée de manière formelle à l'Ukraine. Cela n'a pas eu lieu, finalement.
Quelle est votre appréciation de ce discours et quel signal est envoyé, pensez-vous ? Tu commences ? Je t'en prie.
Cela fait de nombreuses semaines maintenant que nous assistons à cette guerre et nous devons donc avancer rapidement maintenant pour y mettre un terme. Notre revendication est claire : la guerre doit se terminer. Il doit y avoir un cessez-le-feu et la Russie doit retirer ses troupes.
En ce sens, il est bien sûr important de voir qu'il n'y a pas une autre étape escalatoire, du moins, du point de vue rhétorique. Ce qui se passe ensuite réellement sur le terrain en Ukraine, nous allons le voir dans les prochains jours et dans les prochaines semaines, mais en tout cas, ce qui doit être clair, c'est qu'il n'est pas possible d'imaginer que l'Ukraine puisse accepter une paix qui lui serait dictée à des conditions qui ne lui conviennent pas pour ce qui est de sa souveraineté ou l'intégrité de sa propre nation, de son territoire. Et donc, il est essentiel que les négociations puissent reprendre, que la discussion entre l'Ukraine et la Russie devienne concrète et qu'un accord puisse rapidement être conclu.
Après ces milliers de morts, après toutes ces destructions, il faut absolument éviter que ces atrocités se poursuivent et que nous parvenions à de bons résultats dans les négociations. C'est ce que nous souhaitons, mais tout ne dépend pas de nous. Nous savons que cette guerre a été déclenchée comme une guerre d'agression.
Donc, il faut voir ce qui se passe sur le terrain en Ukraine. Je pense qu'en effet, aujourd'hui n'a pas été marquée par une escalade verbale, ni escalade géographique, ni escalade dans l'utilisation des armes, vous l'avez vous-même noté dans dans votre question. Est-ce suffisant ou satisfaisant pour nous ?
Non ! Puisque ce que nous cherchons à obtenir, c'est un cessez-le-feu le plus rapide possible, lequel, seul, permettra de parachever les négociations qui sont commencées par délégation et dans des formats successifs entre la Russie et l'Ukraine, pour ensuite obtenir la paix et un retrait durable des forces russes. C'est cela l'objectif qui est le nôtre.
Et comme l'a rappelé à l'instant Monsieur le chancelier, je pense que, nous, nous restons concentrés sur notre objectif, tout faire pour obtenir ce cessez-le-feu, aider l'Ukraine à négocier dans les termes que l'Ukraine décidera pour elle-même, car notre positionnement est d'être là, aux côtés de la souveraineté et de l'intégrité territoriale ukrainienne, ni plus ni moins. Et cette négociation, postérieure à un cessez-le-feu, est la seule qui permettra de rebâtir la paix. Et l'Europe, là, aura un rôle à jouer à deux égards : dans les garanties de sécurité que nous aurons à discuter, à préparer, sur lesquelles nous œuvrons aux côtés, justement, des Ukrainiens et de plusieurs autres alliés et la reconstruction de l'Ukraine sur laquelle nous aurons à travailler en Européens et sur laquelle nous nous sommes d'ores et déjà engagés.
Monsieur le chancelier, Monsieur le président, bonjour. Monsieur Macron, vous avez évoqué à Strasbourg la possibilité d'une révision des traités. Monsieur Scholz, êtes-vous pour cette initiative ?
Si oui, comment allez-vous la soutenir ? À peine cette annonce faite, Monsieur le président, treize pays ont évoqué un débat prématuré, un mauvais timing. Comment comptez-vous les convaincre ?
Et puis enfin, vous avez tous les deux évoqué un conseil des ministres franco-allemand à l'été, savez-vous, Monsieur le président, quel Premier ministre français occupera le poste pour ce conseil des ministres ? Merci. Alors sur la dernière question, oui, mais ce n'est pas ici que je vais le dire, ni maintenant, mais bien entendu.
On a le droit d'avoir de la suite dans les idées, mais de faire les choses en bon ordre. Donc je vous rassure et je me félicite qu'en effet, après le G7 et le sommet de l'OTAN que nous tiendrons à Madrid, nous puissions tenir un conseil des ministres franco-allemand dans la première quinzaine de juillet et dans les premiers jours de juillet qui sera une étape importante. Ensuite, ce matin, j'ai donné ce qui est la position de la France et je l'ai bien rappelée face aux propositions de la conférence sur l'avenir de l'Europe, et c'est une position que j'assume, dont j'ai expliqué le contenu.
Pour reprendre les propositions faites par nos citoyens, nos parlementaires nationaux et européens, il y a beaucoup de choses qu'on peut faire dans le cadre de nos politiques. La présidente de la commission, je m'en félicite d'ailleurs, a indiqué qu'elle en relèverait plusieurs. Il y a plusieurs choses et réformes que nous pouvons mettre en œuvre dans le cadre des décisions que nous prendrons dans les conseils successifs, qu'il s'agisse du climat, de l'emploi, de la croissance.
Nous en avons parlé avec Monsieur le chancelier, nous continuerons et nous nous le ferons. Et puis il y a des choses qui nécessitent, en effet, des transformations plus profondes. J'ai marqué, en effet, ma disponibilité et mon soutien à cette initiative d'une convention avec un travail préalable, oserais-je dire, de cadrage, c'est-à-dire qu'avant de lancer la convention, il faut exactement en définir les objectifs, ce que j'ai dit ce matin en dressant quelques lignes.
Je me suis exprimé au nom de la France, pas au nom du Conseil, en indiquant que nous aurons une première discussion exploratoire au mois de juin et à ce moment-là, des pays pourront dire ce pourquoi ils sont, ce contre quoi ils sont et se positionner. C'est comme ça qu'on fait l'Europe. Il est évident que nous ne sommes pas 27 à penser la même chose au même moment.
Et donc c'est constamment le mariage d'ambitions et de compromis. J'ai donné la position de la France, nous aurons maintenant à bâtir, d'abord, à récolter la position des uns et des autres et à bâtir un chemin. C'est le travail des prochaines semaines et des prochains mois.
Je suis très heureux que ces travaux aient eu lieu et qu'autant de citoyens et de citoyennes ont pu y participer. En effet, de nombreuses propositions ont trait à des champs politiques concrets. Que faut-il faire pour le climat, pour notre vivre ensemble social, etc. ?
Et pour cela, nous n'avons pas forcément besoin de changer les structures existantes, nous pouvons y réfléchir au sein des États membres, au Parlement européen et au sein de la Commission qui s'est déjà penchée activement sur ces questions. La France et l'Allemagne veulent une Europe forte et souveraine et il y a toute une série de propositions en ce sens. Là où un consensus peut être obtenu, nous allons participer et nous n'allons certainement pas être ceux qui freinent.
Ce qui est sûr, c'est qu'une plus grande efficacité en Europe peut être atteinte aussi dans de nombreux domaines, sans que l'on passe immédiatement par la révision des traités. Je pense notamment aux décisions à la majorité, ce qui donnerait de nombreuses possibilités pour que nous puissions obtenir des consensus sur les questions importantes. C'est ce qui nous pousse à avancer et nous allons tout faire en ce sens.
Monsieur le chancelier, est-ce que vous êtes inquiet de ce qui est de l'image et du rôle de leader de l'Allemagne au sein de l'Union européenne ? On a pu vous faire le reproche, à vous et à votre gouvernement, d'avoir été trop hésitant pour ce qui est des livraisons d'armement à l'Ukraine ou pour ce qui est des sanctions dans le domaine énergétique. Est-ce que c'est l'heure d'abolir la règle de l'unanimité dans l'Union européenne avec les prises de décisions de la politique étrangère ?
Il y a des problèmes, à ce moment-là, de terminer les sanctions pétrolières, par exemple. Merci. L'Allemagne a pris des décisions importantes, nous avons dit qu'en raison du temps historique et de l'agression russe de l'Ukraine, nous devons tout faire pour renforcer notre pays, mais aussi l'Europe et l'OTAN du point de vue militaire.
C'est pourquoi l'Allemagne dépensera 2 % de son PIB pour les dépenses militaires et nous avons réservé un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour notre armée et pour avoir une capacité de défense renouvelée et renforcée. L'Allemagne a une grande armée conventionnelle qui est essentielle pour la défense contre des attaques pour tous les partenaires européens. C'est pourquoi ce renforcement massif de la Bundeswehr aura également des répercussions positives pour l'ensemble des capacités de défense de l'Europe.
Il est important de voir que de nombreux États membres nous ont suivis dans notre décision de dépenser davantage pour notre budget militaire parce que c'est un jalon important de notre histoire. Nous voulons renforcer nos efforts dans les États baltes, la France a pris des décisions similaires, donc le président Poutine a obtenu l'inverse de ce qu'il recherchait. Il y a maintenant davantage d'OTAN et une OTAN plus unie ainsi qu'une Union européenne plus unie également.
La même chose vaut pour les livraisons d'armement. Lorsque l'Allemagne a dit : " nous allons le faire ", c'était un changement de cap d'une politique qui a perduré pendant des décennies, de ne pas livrer des armes dans des zones en conflit. Et ce pour une bonne raison, parce que l'Ukraine a été victime d'une agression brutale et de nombreux autres pays européens ont franchi le même pas alors qu'ils avaient la même politique que nous auparavant.
Et donc je suis ravi que nous soyons sur la même longueur d'onde sur cette question. Nous apportons une aide de grande ampleur à partir de nos propres stocks et en coopération avec notre industrie de l'armement, en partenariat avec les pays européens de l'Est de l'Europe, et nous les soutenons donc pour que ce qui est donné en termes d'armes et de matériel de production occidentale ou allemande puisse remplacer les dons qui sont faits à l'Ukraine. Et si vous regardez de manière plus large, vous verrez que les politiques de l'Allemagne, de la France, de l'Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis, tout comme d'autres, sont identiques.
Nous avons la même approche dans notre manière de mettre à disposition cette aide. L'Allemagne apporte une grande contribution financière pour soutenir l'Ukraine, nous l'avons fait au cours des dernières années, nous continuerons de le faire et nous allons faire une grande contribution pour les équipements de l'Ukraine pour qu'elle puisse se défendre, continuer à se défendre et nous continuerons, comme nos partenaires. Et nous sommes donc bien au cœur de l'Europe, pas seulement d'un point de vue géographique et démographique, mais dans le sens où nous sommes unis en tant que partenaires européens.
C'est cela qu'il faut préserver. L'Europe et l'OTAN ont répondu d'une seule voix, et le président Poutine ne s'y attendait pas du tout. C'est l'une de ses grandes erreurs d'appréciation dans cette attaque de l'Ukraine, et je suis donc sûr que nous avancerons ensemble dans cette direction à l'avenir.
Sur la majorité qualifiée, je suis pour ma part favorable à ce que pour nos politiques publiques qui sont encore à l'unanimité, nous passions à la majorité qualifiée. La fiscalité en fait partie, des décisions de politique étrangère, aussi. L'unanimité doit légitimement rester pour les questions constitutionnelles, si je puis dire, ou d'appartenance, et ça, c'est normal.
Je pense que ce débat doit progresser pour trouver une issue favorable et que nous changions nos règles pour avoir une Europe plus efficace. Je pense qu'il ne faut pas le lier à des situations présentes et donner le sentiment que c'est pour passer contre telle ou telle ou face à telle ou telle situation. Donc c'est un point de vue, si je puis dire, générique et qui correspond, je crois pouvoir le dire ici, à une convergence de vues entre l'Allemagne et la France.
Sur la question des sanctions qui sont en cours de discussion, nous aurons l'occasion d'échanger avec nos collègues qui ont plus de réticences. La présidente de la Commission européenne se rend ce soir même à Budapest pour échanger avec le Premier ministre hongrois et quelques collègues, et je pense que ce qu'il faut plutôt construire, ce sont des éléments de confiance pour pouvoir progresser sur ce chemin et rester unis. L'Unité européenne, l'efficacité et la force de nos réponses, qu'il s'agisse des sanctions à l'égard de certains secteurs et acteurs russes, comme du soutien à l'Ukraine, est vraiment une force, un élément de notre crédibilité et un des éléments qui, très clairement, a été efficace pour aider les Ukrainiens et les Ukrainiens.
Tout ça n'est qu'une aide à leur courage, leur bravoure qui forcent notre admiration en cette journée et pourquoi, comme l'a rappelé Monsieur le chancelier, nous savons aujourd'hui l'importance de ce combat et le caractère symbolique de ce combat que mène le peuple ukrainien en cette journée de l'Europe. Merci beaucoup.
Emmanuel Macron