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interviewBFMTV· 18 mars 2025 12 min

Commandes de Rafale, investissements ... Le discours d'Emmanuel Macron depuis Luxeuil-les-Bains

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Emmanuel Macron

La Commission des Affaires étrangères, la Défense du Sénat, mesdames, messieurs les parlementaires, monsieur le chef d'état-major des armées, monsieur le préfet, monsieur le maire, monsieur le président, madame la présidente du conseil régional, monsieur le président du conseil départemental, mesdames, messieurs les élus, mesdames, messieurs vos grades et qualités, monsieur le chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace, officier, sous-officier, aviateur de la base aérienne 116, Luxeuil-Saint-Sauveur.

C'est pour moi un honneur et un bonheur d'être à vos côtés aujourd'hui, sur cette base, aux côtés de nos aviateurs animés d'un professionnalisme, d'une détermination, d'un engagement qui constitue des exemples, bien au-delà de cette base aérienne 116 de Luxeuil. Et on peut ressentir ici, à vos côtés, la force qui se dégage et que vous savez transmettre avec, je le sais, passion et énergie. Et je le dis en pensant aussi à toutes nos bases partout sur le territoire, puisque j'ai eu l'occasion de croiser tout à la fois certains de vos frères d'armes, venant d'Orange, Mont-de-Marsan ou Saint-Dizier.

Venir sur cette base de Luxeuil, c'est aller aux sources de notre aviation de combat et de notre dissuasion nucléaire. Une histoire où se mêle intimement la défense de notre pays et l'évolution permanente de l'armée de l'air et de l'espace. Je vois ici les couleurs du groupe de chasse Cigogne, les Cigogne de Fong, Guine-Mer, De Rose, cette histoire glorieuse qui a fait l'histoire de votre base, oui, et de l'aviation française. Les racines de l'aviation de chasse, c'était au-dessus de Verdun, et cela naissait ici. C'est ici aussi, dès avril 1916, que l'escadrille franco-américaine Lafayette fait ses armes, signe de plus de 100 ans d'une histoire qui résonne tout particulièrement aujourd'hui.

C'est ici aussi, dans la profondeur historique de cette base, que s'est jouée l'inscription dans l'OTAN de notre pays et, évidemment, notre dissuasion nucléaire. Dès 1966, avec nos bombardiers, quatrième escadre de chasse, et durant tant de décennies, nos escadrons, nos mirages successifs, jusqu'au mirage 2000N et à l'année 2011. Fierté de l'histoire de cette base, qui a été au cœur de la défense de l'espace aérien français, de celle des Alliés et de notre dissuasion nucléaire. Je sais ensuite toute l'inquiétude qu'il y a eu, plus que cela. Je sais ici le combat que beaucoup de vos élus ont mené, et je veux saluer, pour que cette base, alors, me ferme à point.

Je sais combien vous avez résisté, et je sais l'attachement des familles, vos familles et celles de vos aînés à ce territoire. Et vous avez résisté, et la base a été maintenue. Et c'est d'ici, aujourd'hui, que des mirages 2000-5 sont partis en Ukraine. C'est ici qu'on permet à des pilotes ukrainiens de défendre leur pays. Les premières missions ont été couronnées de succès, ce succès est aussi le vôtre, et je veux vous remercier pour cette mission si sensible et particulière. Nous continuerons de soutenir l'Ukraine face à la guerre d'agression, parce que nous savons, par notre histoire, et dans notre géographie, en particulier ici, ce qu'être occupé signifie.

C'est d'ici, aujourd'hui, que les aviateurs de Luxeuil sont engagés pour notre souveraineté. Vous m'en avez présenté les missions à l'instant, avec la défense de notre espace aérien au travers des missions de police du ciel, avec aussi toutes vos missions pour la souveraineté de nos alliés de l'OTAN, en protégeant les États baltes, pour la protection de nos alliés, comme aussi pour la protection de la République de Djibouti, d'où nos mirages agissent, tout particulièrement pour la liberté de navigation en mer rouge.

Et je sais que nombre d'entre vous ces dernières années ont aussi été projetées au Levant et ailleurs, sur des théâtres d'opérations difficiles, où la lutte contre le terrorisme est au cœur de la mission. J'ai tenu à me rendre ici, aujourd'hui, directement au cœur du quotidien de vos opérations, pour vous remercier, et remercier toutes les femmes et les hommes qui contribuent à notre défense. J'ai surtout tenu à me rendre auprès de vous pour vous annoncer d'importantes décisions pour nos armées dans leur organisation, leur format, leur adaptation, mais également importante pour ce territoire.

Vous le savez, depuis 2017, nous avons voulu rompre avec la réduction des budgets de défense, avec aussi les sous-exécutions des lois de programmation militaire. L'effort qui a été entamé avec la première revue stratégique, puis les deux lois de programmation militaire, rejoint les grandes heures de l'histoire de notre nation. À travers ces deux lois de programmation militaire, nous aurons doublé le budget de nos armées. Doublé.

Et donc, nous n'avons pas attendu ni 2022, ni la bascule qui est en train de s'opérer, pour découvrir que le monde dans lequel nous évoluons est de plus en plus dangereux, de plus en plus incertain, et qu'il impliquait d'innover davantage, mais aussi de retrouver de la masse dans certaines catégories, de recouvrer plus d'autonomie dans certaines de nos capacités militaires. Tout cela, nous l'avons commencé, et c'est ce qui me permet de vous dire que l'armée française est à coup sûr l'armée la plus efficace du continent. Oui, la mieux dotée, la plus complète, la mieux entraînée. Mais nous allons poursuivre cet effort. En effet, il était indispensable.

Il nous a permis de réparer, de moderniser, de nous projeter. Dès les voeux aux armées, il y a quelques semaines, j'ai demandé à notre ministre et au SEMA de pouvoir aller plus loin. Et l'accélération des événements m'a conduit à prendre des décisions supplémentaires qui sont en train d'être instruites. Des travaux précis sont en cours et je salue ici l'action du chef d'état-major des armées, le général Burkart, en lien avec le général Jérôme Bélanger, votre chef d'état-major. Et cela sous l'impulsion politique du ministre des armées, Sébastien Lecornu.

Ces travaux me conduiront dans les prochaines semaines à faire des annonces de réengagement, d'investissement pour aller encore plus loin que l'effort entrepris durant ces sept dernières années. Des premières conclusions s'imposent et je veux ici vous dire que l'armée de l'air et de l'espace bénéficiera de davantage de commandes de rafales. C'est un impératif dans le contexte actuel. C'est aussi un choix naturel pour intégrer l'effort des aviateurs vis-à-vis de l'Ukraine avec la cession de nos mirages. Oui, nous allons accroître et accélérer les commandes de rafales.

Mais dans ce cadre, je suis venu vous dire aujourd'hui que non seulement la base aérienne de Luxeuil allait rester pour tous ceux qui avaient un doute sur son avenir, mais qu'elle allait s'accroître de manière inédite et retrouver sa place pleine et entière dans la dissuasion nucléaire française. Je vous annonce que la base aérienne de Luxeuil va bénéficier d'investissements massifs pour accueillir les deux prochains escadrons de rafales. Son format va doubler pour atteindre près de 2 000 militaires et civils à l'horizon 2035. C'est cela la transformation des 10 ans devant nous. Cet effort de défense va bénéficier à l'ensemble de la région.

Outre l'activité de défense, ce sont près de 3 000 à 4 000 nouveaux habitants, des familles, dont quelques centaines d'enfants qui viendront étudier au sein de vos écoles dans l'environnement proche de Luxeuil. Et je sais combien vous y tenez et combien les élus ici présents y tiennent. Et je veux les remercier pour leur soutien sans faille à nos aviateurs, nos mécaniciens, nos civils des armées. Pour mettre en œuvre tous ces changements, la base aérienne va connaître une profonde modification de son activité. Les opérations vont progressivement laisser la place à un vaste chantier de modernisation.

Et ce seront près d'1,5 milliard d'euros qui seront investis par l'État pour moderniser et adapter la base aérienne, en particulier ces infrastructures opérationnelles et de vie. Vous le comprenez, par ces travaux, par ce réinvestissement, la vocation nucléaire historique de Luxeuil se poursuivra. Luxeuil sera, à l'horizon de 2035, la première base à accueillir la prochaine version du Rafale et son missile nucléaire hypersonique, figure du renouvellement entamé de la modernisation de notre dissuasion nucléaire. Luxeuil poursuivra ainsi sa longue histoire au service de la mission qui constitue le cœur de notre défense.

Au-delà de ces perspectives positives, je veux ici partager avec vous une conviction. Notre pays et notre continent devront continuer de se défendre, de se doter, de se préparer si nous voulons éviter la guerre. C'est le choix que nous avons fait que nous continuerons de faire. La dissuasion est à cet égard une composante historique et essentielle de la défense de la nation. Et c'est une chance pour notre pays. C'est pourquoi nous continuerons de renforcer chacune de ces composantes. J'aurai l'occasion de revenir sur chacun de ces points dans les semaines et les mois qui viennent.

Mais ce que je vous annonce aujourd'hui, à Luxeuil, est une étape importante pour la dissuasion nucléaire française, pour nos armées et évidemment notre armée de l'air et de l'espace. Mais au-delà des capacités, au-delà des investissements, au-delà des équipements, ce qui fait la force de nos armées, ce sont les femmes et les hommes qui la composent. C'est votre expérience acquise sur tous les théâtres d'opération pour défendre notre espace aérien comme ceux de nos alliés ou pour les missions les plus délicates que vous avez pu effectuer dans les derniers mois ou les dernières années. Et c'est cette force d'âme qui compte pour moi plus que tout.

Nul ne sait dire ce qui adviendra dans les mois, les années qui viennent. Ce que je veux, c'est que nous soyons prêts. Ce que je veux, c'est que nous soyons protégés. Ce que je sais, c'est que grâce à cette culture de l'engagement, à la force de nos armées, à la force de notre armée de l'air et de l'espace, ensemble, nous saurons faire face. Vive la République. Vive la France. Sous-titrage Société Radio-Canada