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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 8 décembre 2023 24 min

Loi immigration, terrorisme et Hanoukka à l'Élysée… Le 8h30 franceinfo de Gérald Darmanin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Gérald de Darmanin, vous dites dans Nice Matin être ouvert, je cite, au fait de rétablir le délit de séjour irrégulier qui sanctionne la seule présence sur le territoire français d'une personne en situation irrégulière. C'est un délit qui avait été supprimé sous François Hollande, réintroduit par la droite au Sénat, puis supprimé à l'Assemblée. Pourquoi revenir éventuellement sur ce point ?

0:30
Gérald Darmanin

Moi j'ai toujours dit au Sénat et au débat en commission des lois à l'Assemblée nationale que j'étais favorable à ce délit. Alors la différence de ce délit avec celui qui existait précédemment, c'est qu'il n'y a pas de peine de prison qui est prévue, puisque la directive européenne, d'ailleurs élaborée par la droite européenne, prévoit de supprimer ce délit avec cette peine de prison, mais un délit avec une amende pour permettre aux policiers, aux gendarmes, d'interpeller les personnes. Donc je sais que c'est une demande des LR, mais aussi de quelques parlementaires de la majorité. Le président Marc-Angeli de Groupe Horizon avait déjà déposé un amendement.

Moi je suis favorable à ce qu'on étudie cela. Il y a plusieurs types d'amendements. Il y a ceux qui disent qu'on fait un délit dans la zone des 20 km de la frontière. Il y a ceux qui disent qu'on fait un délit pour l'ensemble du territoire national.

1:12
Invité

Ça concerne combien de personnes Gérald Darmanin aujourd'hui ?

1:14
Gérald Darmanin

Ça concerne tous ceux qui seraient irréguliers, donc ça peut être à un certain nombre de personnes. On peut regarder les choses selon qu'ils sont à la frontière ou selon qu'ils sont sur l'ensemble du territoire national. Mais là je vais à Nice tout à l'heure à la frontière à Menton. Depuis le 1er janvier, les policiers et les gendarmes ont interpellé plus de 40 000 personnes. Donc ça vous donne à peu près ce que ça pourrait être. A quoi ça sert ? Ça sert à ce que les policiers et les gendarmes puissent interpeller la personne. Ce texte, qu'est-ce qu'il vise ? La fermeté contre l'immigration irrégulière.

1:40
Invité

Mais juste sur ce délit de séjour irrégulier, pardon, c'est une demande de longue date du Rassemblement national. Vous ne craignez pas, en tentant de faire ce cadeau à la droite, de braquer l'aile gauche de votre majorité ?

1:49
Gérald Darmanin

Non, ce n'est pas une longue date. Moi, quand j'étais député UMP, j'avais voté contre la fin de ce délit en décembre 2012. Donc moi, ma boussole, ce n'est pas le Rassemblement national. Ma boussole, c'est l'intérêt général. Est-ce que c'est plus efficace ? Aujourd'hui, il y a un texte qui est présenté à l'Assemblée nationale, qui est en dernière lecture, si j'ose dire, qui passe toutes les embûches jusqu'à présent. Pour avoir une majorité à l'Assemblée nationale, où il ne vous aura pas échappé que nous sommes en majorité relative, nous devons faire un compromis avec la droite et le centre, puisque la gauche a déjà dit qu'elle ne voudrait en aucun cas voter le texte.

Mais pour l'instant, la droite est en train de reculer. Non, je constate que le texte est passé en commission. Nous étions minoritaires en commission et pourtant, nous avons été majoritaires. Voilà, je constate qu'hier, nous avons rejeté la proposition de loi constitutionnelle de M. Ciotti, même s'il y avait des choses intéressantes dedans. On verra ce qui se passera lundi et dans les quinze jours qui viennent. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de travailler pour les Français. Il faut une majorité à l'Assemblée nationale. Il faut donc un compromis. Il y a deux solutions. Soit il y a un 49-3, parce qu'on ne veut pas discuter avec les oppositions. Dans ces cas-là, il faut le dire tout de suite.

Mais ni les parlementaires, ni moi-même, ni la Première ministre ne le veut. Soit il y a une discussion avec ceux qui pourraient composer une majorité pour ce texte. C'est un texte de fermeté contre la délinquance étrangère, de fermeté contre l'immigration irrégulière. Je pense qu'on peut trouver, comme on l'a trouvé au Sénat, un compromis avec la droite.

3:05
Invité

Mais elle est où, la majorité ? Parce que nous ne voterons pas ce texte au rabais, a prévenu mercredi le président de LR, Éric Ciotti. Malgré tout, vous restez optimiste ? Vous n'êtes pas un peu dans le déni, Gérald Darmanin ?

3:16
Gérald Darmanin

Vous savez, quand vous êtes en responsabilité politique, vous vous avez habitué. Maintenant, ça fait quasiment 7 ans que je suis ministre du Président de la République, 4 ans que je suis au ministère de l'Intérieur. J'ai entendu beaucoup de déclarations qui ne correspondaient pas toujours à ce que faisaient les uns et les autres. D'ailleurs, je constate que quand on dit « je ne voterai pas ce texte », il n'a pas dit qu'il ne s'obtiendrait pas. Bon, ce qu'il faut, c'est discuter, bien évidemment. Et je ne vois pas comment, objectivement, un parlementaire de droite peut voter contre un texte qui prévoit notamment d'expulser 4 000 étrangers délinquants par an.

Imaginez un seul instant que, dans quelques semaines, une fois que ce texte serait rejeté par la droite, quelqu'un, un étranger délinquant criminel passe à l'acte et tue d'autres personnes. La responsabilité des parlementaires LR serait absolument énorme. Vous savez, dans les couloirs, dans mon bureau, à l'Assemblée nationale, beaucoup de parlementaires LR ont envie de trouver un compromis avec la majorité pour un texte de fermeté. Et je rappelle que c'est un texte qui est soutenu par 80% des Français, quels que soient les sondages.

4:08
Présentateur

Il y a deux options que vous citiez. Avoir une majorité qui permettrait de faire passer le texte, éventuellement passer en force avec un 49-30. En réalité, il y a une troisième option qui est peut-être en train de se décider, de se dessiner. On parle de cette loi, elle pourrait être rejetée par les oppositions dès lundi, à travers ce qu'on appelle, pour nos téléspectateurs, nos auditeurs, une motion de rejet portée notamment par les écologistes. Mais la droite pourrait peut-être s'y greffer. Est-ce que vous redoutez que cette motion de rejet puisse être votée, et que donc finalement le texte tombe avant même d'être étudié ?

4:39
Gérald Darmanin

Non mais l'Assemblée est souveraine, et la majorité, vous le savez bien, est en majorité relative à l'Assemblée. Donc, arithmétiquement, oui, les oppositions peuvent se coaliser et voter contre le texte. Vous craignez une coalisation des... Non, mais je le constate éventuellement. Ce serait la coalition entre la carpe et le lapin. Vous voyez des parlementaires LR voter une motion sur l'immigration avec les Verts et LFI. Vous voyez la NUPES et M. Marlex, dans le même paquet de votes, ils pensent radicalement des choses opposées, alors que ce texte permet un débat sur l'immigration. Tout le monde veut un débat sur l'immigration. Mais ça veut dire quoi lundi ?

Ça veut dire qu'on n'a pas envie de parler du texte, on n'a pas envie de proposer une vision alternative. Il y a plein d'amendements, 2500 amendements qui sont déposés, avec des visions parfois différentes du gouvernement, mais c'est ça la démocratie. Lundi, ça voudrait dire que la NUPES et M. Marlex, les LR, se mettraient d'accord contre l'intérêt général, contre le débat démocratique, pour dire on ne parle pas d'immigration, tout en réclamant qu'il faut parler d'immigration. Bon, ce ne serait pas très sérieux, ce serait d'ailleurs absolument contre nature, et ce serait contraire à l'intérêt général des Français.

5:38
Invité

Mais vous le dénoncez, mais vous le redoutez, non ?

5:40
Gérald Darmanin

Parce que Matignon a battu le rappel des troupes. Eh bien évidemment que nous sommes concentrés, mais moi je suis un ministre de l'Intérieur avec une majorité relative à l'Assemblée nationale, je le constate comme vous. Personnellement, j'ai essayé de gagner mon siège de député, les électeurs de Tourcoing m'ont réélu, j'ai essayé de contribuer à la majorité. Maintenant, vous savez, moi j'ai la conscience tranquille, je propose un texte de fermeté contre l'immigration irrégulière. Est-ce qu'on veut ou non que désormais, les passeurs, les marchands de mort, soient non pas condamnent un délit, 5 ans de prison, mais 20 ans de prison ? C'est ce que propose le texte.

6:09
Invité

Pour la droite, vous le savez, c'est le délit de séjour. Non, c'est la régularisation des travailleurs sans papier. La commission des lois a adouci la version du Sénat. Est-ce que vous pourriez revenir à la version du Sénat ?

6:20
Gérald Darmanin

J'entends bien que vous êtes très intéressé par la politique politicienne parlementaire.

6:23
Invité

Non, mais c'est intéressant, c'est concret.

6:24
Gérald Darmanin

Oui, mais ce qui est concret, ce n'est pas ça. Ce qui est concret, c'est qu'est-ce qu'il y a dans ce texte ? Eh bien justement, sur la régularisation des travailleurs sans papier. C'est très soutenu par les Français, c'est à la fois un texte de fermeté contre l'immigration irrégulière, de fermeté contre les délinquants d'étrangers et d'intégration. Et dans l'intégration, il y a des exigences. La langue, un examen de français désormais pour avoir un titre de séjour, ce n'est pas le cas. Les Français doivent savoir qu'on va instaurer un examen de français pour avoir un titre de séjour. Le travail, ceux qui travaillent, ben oui.

Pour ceux qui travaillent, qui n'ont aucun casier judiciaire, qui n'ont aucun problème avec la République, comme c'était le cas de mes grands-parents, eh bien ils doivent pouvoir être régularisés. Est-ce qu'il pourrait y avoir des quotas sur cette mesure ? Et puis il y a ceux, pardon, qui ne respectent pas la République et qui doivent être exclus. Moi, je suis prêt à discuter sur l'ensemble des dispositions. Vous savez, cette version de régularisation des travailleurs, elle a connu trois versions. C'est du gouvernement, c'est du Sénat. Je rappelle que le Sénat de M. Retailleau, de M. Larcher, ont voté une mesure de régularisation. La droite a donc voté une mesure de régularisation.

Et tant mieux, et c'est normal, et parce que la droite, c'est le travail, et c'est logique. Et celle, désormais, de la Commission des lois. Faut-il une quatrième version ? Ben pourquoi pas, c'est ça le débat parlementaire, qui trouvera un équilibre entre les personnes qu'on doit régulariser. On parle de 7000 personnes par an. C'est-à-dire, objectivement, pas d'énormément de monde. C'est pas ce que dit Olivier Marlet. Oui, mais c'est... Pardon, mais on aura un débat parlementaire. Ce serait dommage que ce débat se fasse par tract, par médias interposés, et pas dans l'hémicycle. Alors, on va continuer néanmoins à débattre, si vous vous permettez. C'est très important.

Il faut donc que nous ayons la discussion pendant 15 jours au Parlement pour savoir quels sont les projets alternatifs et pour trouver un compromis. Moi, je suis ouvert à ce compromis.

7:56
Présentateur

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémi Baudot.

8:01
Invité

Toujours avec Gérald Darmenin, ministre de l'Intérieur et des Outre-mer. Dans le Figaro, Elisabeth Borne confirme que renégocier l'accord franco-algérien de 1968, qui permet un statut spécifique pour les Algériens en matière de séjour et d'emploi, notamment, est bien à l'ordre du jour. Renégocier, mais pour changer quoi, précisément ?

8:17
Gérald Darmanin

Alors, c'est un accord important qui nous lie avec l'Algérie, qui est le plus grand pays d'Afrique avec lequel on a une histoire particulière. Et il est normal que nous ayons un accord particulier avec ce pays pour lequel nous avons beaucoup d'amitié, de relations économiques et bien sûr de relations migratoires de l'un et de l'autre côté de la Méditerranée. Cet accord de 1968, il avait été imaginé par le général de Gaulle en plusieurs contreparties, notamment du fait qu'on continuait les essais nucléaires dans le Sahara. Il faut respecter aussi cette histoire. C'est pour ça que mettre fin à cet accord, s'inédier n'était pas une bonne idée.

8:49
Invité

C'est ce que demandaient les Républicains.

8:50
Gérald Darmanin

Et vous n'avez pas voté leur... Je pense que la question, évidemment, diplomatique peut toujours se poser. D'abord, je pense que c'est une question qui relève du président de la République lui-même quand on est gaulliste et pas du Parlement. Et indépendamment de ça, Madame la Première ministre a eu raison de dire que ce que nous engageons, c'est une discussion nouvelle.

9:05
Présentateur

Mais il est toujours justifié, si on se base sur des arguments qui dataient du général de Gaulle, de la question du nucléaire, est-ce que c'est aujourd'hui encore justifié ?

9:12
Gérald Darmanin

Nous avons beaucoup de relations avec l'Algérie. Ce ne sont pas toujours simples, ces relations ? Non, ce n'est pas toujours simple, comme avec vos voisins. Et notamment, l'Algérie est un pays souverain. Je sais qu'il y a peut-être des nostalgiques, mais l'Algérie est un pays souverain qui prend ses décisions. Elle ne nous plaise pas toujours, comme les décisions que nous prenons ne nous plaisent pas toujours aux Algériens. Et c'est légitime et on en discute. Moi, ce que je peux vous dire, c'est qu'on a une relation particulière avec ce grand pays. Et c'est une relation qui est basée, pas que sur des questions migratoires d'ailleurs, des questions de lutte contre le terrorisme.

L'Algérie nous donne beaucoup d'informations pour lutter contre le terrorisme. Doit-on jeter tout ça à travers la fenêtre ?

9:43
Invité

Qu'est-ce qu'il faut changer dans cet accord, alors, Gérald Darmanin ? Parce qu'il y a déjà eu trois avenants. Et les Républicains disent qu'un avenant supplémentaire, ça ne changera absolument rien. Concrètement, qu'est-ce que vous voulez changer ? Par exemple, aujourd'hui, les Algériens, ils peuvent accéder plus rapidement que les autres, ressortissant un titre de séjour de 10 ans. Ça, ça pourrait changer ?

9:57
Gérald Darmanin

Et en même temps, les Algériens, ils ont un visa pour venir en France. Ils réclament la fin de ce visa. Bon, voilà, il y a des pays qui n'ont pas besoin de visa pour venir en France.

10:05
Invité

Ils peuvent aussi s'installer librement pour exercer une profession indépendante.

10:07
Gérald Darmanin

Oui, mais en même temps, ils n'ont pas le passeport talent, c'est-à-dire l'immigration économique. Donc, on ne touche à rien. Si, il y a des discussions à voir. Mais vous savez, un accord... Il faut respecter l'Algérie pour être un pays souverain. On ne va pas dire comme ça, nous, tout seuls en France, voilà ce qu'on va imposer à l'Algérie. Ce n'est pas comme ça que ça se passe, les relations diplomatiques. Ou alors ça, c'est dans un monde soit de colonisation, soit dans le monde des oui-oui. On n'est pas dans le monde des oui-oui. J'ai déjà commencé à cette discussion à la demande du président de la République. J'ai rencontré à sa demande le président Tebboune qui discute avec nous.

Il y a une élection présidentielle en Algérie l'année prochaine. Il faut aussi le prendre en compte. Le Quai d'Orsay, le ministre de l'Affaire étrangère, a donc commencé à appliquer les consignes de la Première Ministre, renégocier, pour équilibrer, pour moderniser cet accord,

10:45
Présentateur

mais pas jeter l'histoire à la poubelle. Gérald Darmanin, cela fait une semaine qu'un nouvel attentat a eu lieu à Paris. Vous avez parlé à l'époque d'un ratage psychiatrique. Aujourd'hui, vous déniez toujours toute responsabilité de la part des services de l'intérieur. Il n'y a pas eu de manquement, pas d'autre type de ratage ? D'abord, il y a eu une enquête du parquet antiterroriste.

11:03
Gérald Darmanin

Je laisserai la justice, évidemment, faire son travail. Quand il y a un attentat, il y a toujours à rater de l'action publique. C'est évident. Et moi-même, en tant que ministre de l'Intérieur, on se pose mille questions. Moi, je constate, pour avoir regardé ce qui s'était passé au Trébuchet, que la DGSI, c'est-à-dire les services de secret intérieur qui dépendent du ministre de l'Intérieur, en 2016, ont interpellé cette personne, l'ont fait condamner à quatre ans de prison. Il a fait ces quatre ans de prison intégralement.

Que la police et la justice, les services secrets et la justice, tant qu'il l'avait sous la main, tant que la loi leur permettait, il n'a pas commis d'actes terroristes, d'actes contraires à la loi. Et puis, c'est à la fin de son suivi socio-judiciaire, puisque cette personne s'est convertie à l'islam radical, et cette personne, à partir du début 2023, n'était plus en suivi socio-judiciaire, qu'il a arrêté de prendre ses médicaments.

11:52
Présentateur

Mais fin octobre, la mère, la propre mère du juge terroriste...

11:55
Gérald Darmanin

Oui, je termine quelques instants. Il a vu 40 fois un psychiatre pendant sa période judiciaire et socio-judiciaire, et début 2023, il a arrêté d'en voir, parce qu'il n'était plus obligé d'en voir, et il a arrêté de prendre ses médicaments. Alors, effectivement, sa maman est venue voir, dans un commissariat de l'Essonne, les policiers pour dire, je suis inquiet pour mon fils, qui est à la fois dans l'arrêt de prendre son traitement psychiatrique, et en même temps, on considère que ce qui se passe à Gaza le pousse à la haine, et peut-être au passage à l'acte. Nous avons contacté la mère dès le lendemain. Les services secrets l'ont contacté dès le lendemain.

A plusieurs reprises, on lui a demandé de pouvoir nous dire qu'il fallait demander l'hospitalisation psychiatrique de son fils. Vous savez que c'est un tiers qui peut demander cette hospitalisation. Ce n'est pas le préfet qui peut le demander. Ce n'est pas le maire de la commune. C'est un tiers. La mère ne voulait pas. Pourquoi ? Parce qu'elle avait reçu, j'ai dit, des menaces, notamment d'égrangement. Et elle est revenue, quelques jours après, pour dire, finalement, mon fils va mieux. Quel est le problème ? Quel est le problème ? Ce n'est pas que la police n'a pas recontacté. La police, d'ailleurs, avait balisé sa voiture.

La police avait fait son travail pour suivre cet individu le mieux possible. Le problème, c'est que le préfet, les services du ministère de l'Intérieur, ne peuvent pas, à la place de la mère, porter la demande d'hôpital psychiatrique. C'est pour ça que j'ai demandé une injonction de soins, une injonction de diagnostic psychiatrique.

13:08
Invité

Mais est-ce que c'est au préfet ou au policier de demander cette injonction de soins ? Pour l'instant, effectivement, c'est la seule mesure que vous avez proposée concrètement, mais les médecins sont dubitatifs. Ils disent, déjà, pardon, mais la radicalisation, ça ne se soigne pas avec des médicaments. Et ensuite, en quoi le préfet, en quoi le policier serait mieux que le juge ?

13:25
Gérald Darmanin

Alors, quand j'étais maire, il y avait une possibilité d'aller à tous les maires de France, à tous les préfets de France. Si quelqu'un divague tout nu dans la rue, par exemple, les policiers municipaux vont présenter un médecin généraliste, constatent qu'il n'a pas toute sa raison, et pour lui, comme pour les autres, va voir le maire pour demander un internement en hôpital psychiatrique, en hospitalisation d'office. Le maire, le préfet, peut déjà le faire, je veux dire, pour la folie ordinaire.

Le problème de cette personne, c'est qu'elle ne comportait pas de comportement extérieur qui relevait de la folie, mais elle était sous traitement psychiatrique, et le fait qu'elle arrête de prendre ses médicaments posait un problème pour elle, et bien sûr pour les autres. Il faut que nous ayons, dans la loi, la possibilité, comme le maire, ou comme le préfet le fait pour la folie, si j'ose dire, ordinaire de la rue, de constater que cette personne ne va pas bien, et le préfet ne le ferait pas tout seul. Il demanderait, il ferait une obligation, une interpellation de cette personne par les policiers, pour le présenter obligatoirement devant un psychiatre,

14:16
Présentateur

qui serait un diagnostic. Mais est-ce qu'il n'y a pas une confusion sur la question de la psychiatrie et du terrorisme ? Si on écoute, par exemple, le spécialiste du djihadisme, Hugo Micheron, il met en garde, il dit, en gros, si on prend de l'idéologie pour de la pure folie, on fait une erreur d'évaluation. En gros, ce n'est pas parce qu'on dit, j'ai envie d'égorger des gens, ce n'est pas forcément de la folie, c'est peut-être tout simplement un projet idéologique. Alors, d'abord, j'ai toujours dit

14:36
Gérald Darmanin

que le sujet premier était l'islam radical, pour ce qui concerne le terrorisme islamiste, ou les idéologies radicales pour l'ultra-droite ou pour l'ultra-gauche. Le problème principal, c'est l'islamisme radical. Évidemment, je l'ai toujours répété, sur 100 terroristes islamistes potentiels ou personnes qui pourraient passer à l'acte, qui sont évidemment des gens qui sont dans l'idéologie radicale, et le premier problème, c'est évidemment l'islam radical. Nous, nous pensons qu'il y a entre 25 et 40 sur 700 qui ont par ailleurs des problèmes psychiatriques. Pas nous qui le disons, ce sont les médecins psychiatres qui le disent.

Ce terroriste a vu 40 fois un médecin psychiatre et il était sous traitement psychiatrique. Ce n'est pas un bon cocktail que d'avoir l'islam radical d'un côté et des maladies psychiatriques de l'autre. Ce n'est pas une excuse pour l'acte, mais on peut constater ensemble qu'il y a aussi une forme de maladie psychiatrique qui est encouragée par l'islam radical. C'est 30%. Aujourd'hui, des personnes qui sont suivies par la DGC ou par les renseignements territoriaux, c'est beaucoup. Et c'est le cas dans tous les pays occidentaux.

15:37
Invité

Le problème, c'est aussi le manque de moyens en psychiatrie en France, et vous le savez. Mais sur le fond, le Rassemblement national demande l'extension de la rétention de sûreté au fait de terrorisme. Aujourd'hui, cette mesure qui permet de garder dans un centre des personnes qui ont déjà purgé leur peine n'est possible qu'à des conditions très restrictives, notamment une peine de 15 ans de prison. Est-ce que vous êtes d'accord pour élargir le périmètre de la rétention de sûreté ?

15:59
Gérald Darmanin

Moi, je pense que quand on doit protéger les Français, toutes les questions doivent se poser et aucune n'est tabou. Vous avez raison de dire que la rétention de sûreté, c'est-à-dire, en dehors de toute condamnation judiciaire, d'enfermer les gens, c'est une question quand même essentielle pour les démocraties, et qu'elle existe déjà. Et vous avez raison de dire que quand quelqu'un a été condamné à 15 ans de prison, on peut éventuellement le faire, mais c'est renouvelé chaque année. Faut-il abaisser ce seuil ? Est-ce que c'est en dessous de 15 ans ? Je rappelle que ce terroriste avait été condamné à 5 ans de prison, dont un avec sursis. Il n'était pas concerné par cette mesure.

Faut-il abaisser ce seuil ? C'est une discussion que l'on doit avoir. Je constate que c'est toujours un juge qui prend cette décision. Ce n'est jamais le préfet, jamais le ministre de l'Intérieur. Abaisser ce seuil ou l'étendre au fait de terrorisme ? Oui, mais ça veut dire donc un peu abaisser le seuil, puisque 15 ans de condamnation terroriste, c'est quelqu'un qui a commis des actes extrêmement graves. 5 ans de condamnation terroriste, ce qui était le cas de cet terroriste-là, il avait été condamné parce qu'il voulait partir en Syrie. Et qu'il n'avait pas commis d'actes terroristes, il aurait voulu en commettre. C'est une question que doit se poser effectivement le Parlement.

Il doit y avoir un équilibre entre la protection des Français et la protection et la liberté individuelle des personnes. Moi, je choisis toujours la protection des Français. Et donc, moi, je suis tout à fait prêt, la Première ministre l'a dit d'ailleurs une nouvelle fois, à prendre deux nouvelles mesures à l'amende du Président de la République qui nous a demandé d'y réfléchir. Et toutes les questions qui se posent pour protéger les Français doivent avoir une réponse. Et la peine de sûreté, la rétention de sûreté est une des réponses possibles.

17:23
Présentateur

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Jean-Rémy Baudot.

17:27
Invité

Toujours avec Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, à l'occasion d'une cérémonie hier soir à l'Elysée, le grand rabbin de France, Raim Korsia, a allumé la première bougie de Ranouka devant le Président. Vous ne cessez de parler de laïcité dans une république laïque. Vous êtes en charge des cultes. C'est normal qu'une fête religieuse s'invite au palais présidentiel ?

17:47
Gérald Darmanin

La laïcité, ce n'est pas la négation des religions. La laïcité, c'est au contraire que toutes les religions puissent exister et cohabiter sans que l'État n'en choisisse aucune. Président de la République, il a parlé à l'enterrement religieux de Gérard Collomb. J'ai accompagné de multiples fois le Président de la République dans des mosquées, dans des synagogues, dans des églises, dans des temples. La laïcité, ce n'est pas caché-moi cette religion que je ne veux pas voir. Mais l'Elysée n'est pas un temple. Oui, ça avait fait. D'abord, il n'y a pas eu de cérémonie religieuse. Le Président de la République a reçu un prix contre l'antisémitisme.

18:16
Invité

Vous connaissez la symbolique de la bougie pour Ranouka. C'est une fête religieuse. C'est très important pour les Juifs. Ce n'est pas un geste anodin.

18:23
Gérald Darmanin

Mais d'abord, nos compatriotes juifs, ils subissent un antisémitisme éhonté dans notre société. Mais là, ce n'est pas le sujet. Si, si, non, non. Concrètement,

18:32
Invité

Gérald Darmanin, à Pertignan, on a le tribunal administratif qui interdit le maire d'exposer une crèche dans ses murs. Mais dans l'Elysée, donc dans le temple républicain par excellence, un rite religieux, ça, ça ne vous pose pas de problème.

18:43
Gérald Darmanin

Et moi, j'ai toujours pensé que les religions, elles pouvaient exprimer, et elles le font d'ailleurs, exprimer leurs convictions. Tant qu'elles ne gênent pas celles des autres et tant que ça ne se transforme pas en idéologie politique, il n'y a aucun problème sur le fait que les mères puissent aller recevoir dans les mairies des personnes religieuses. Je l'ai fait quand j'étais maire.

19:04
Invité

Mais la crèche, par exemple, pourquoi il n'y a pas de crèche ?

19:06
Gérald Darmanin

Moi, je trouve un peu absurde. Ce sont des décisions de justice, donc je les écoute et je les regarde et je les respecte. Mais ça fait partie de notre vie culturelle. incontestablement.

Mais que le président de la République reçoive des religieux qui, et c'est normal, puissent montrer, surtout le jour d'une fête religieuse, parce qu'il faut se rappeler quand même que nous sommes pendant cette fête juive importante, au moment où nos compatriotes juifs connaissent des actes antisémites, où les rabbins sont attaqués, où les synagogues sont attaqués, où on agresse des gens qui ont des signes extérieurs de la religion dans la rue, moi, je trouve ça tout à fait normal que le président de la République se mette à côté de nos compatriotes juifs.

19:40
Invité

Il ne s'est pas rendu à la marche contre l'antisémitisme mais ça, ça n'a pas été compris. Vous parlez de la reconnaissance des actes antisémites. C'est pour se rattraper qu'aujourd'hui ?

19:46
Gérald Darmanin

Non, mais le président, d'abord, est libre, d'abord, de son comportement et de son action. Le président de la République, comme il l'a toujours été, est un défenseur des religions. Vous le savez, qu'il est très intéressé à cette question. Il les respecte toutes en tant que chef de l'État. Il n'y a nulle violation à la laïcité. Il faut comprendre ce que c'est. C'est quoi la laïcité ? C'est la neutralité des agents publics. Ça n'a pas changé. Les agents publics sont toujours neutres. Ils n'ont pas montré leur religion dans leur action quotidienne. C'est la pluralité religieuse et la liberté de culte. C'est ce que nous devons assurer. L'État n'en reconnaît aucun particulièrement.

Il les reconnaît toutes et tous, ces religions, et c'est très important. Et troisièmement, je pense que c'est vraiment très important, nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, dit la déclaration des droits de l'homme. C'est la déclaration des droits de l'homme.

20:30
Présentateur

Ne cherchons pas des polémiques. Il n'y en a pas. Mais quand vous voyez les réactions depuis hier soir, sans chercher la polémique, on se demande si ça ne fait pas l'effet inverse d'un soutien éventuel à la communauté. Vous savez, c'est l'avis médiatico-réseau

20:40
Gérald Darmanin

d'aujourd'hui. Il y a 15 jours, le président ne va pas à la marche d'antisémitisme. C'est quasiment, s'il n'est pas arrangé dans la catégorie Jean-Luc Mélenchon. Maintenant, il reçoit un prix contre l'antisémitisme le grand rabbin de France. Le grand rabbin de France qui montre son attachement à la fête religieuse que connaissent aujourd'hui les juifs dans des circonstances où ils sont menacés tous les jours. On considère désormais qu'il est pro-juif ou pro-Israël. J'ai vu ça sur les réseaux sociaux. Bon, il y a un équilibre entre ces deux polémiques. Il faut savoir poser la réflexion à la place du réflexe.

21:11
Invité

La France est en alerte. Urgence, attentat et les Jeux olympiques auront lieu dans 8 mois. Environ 15 millions de personnes sont attendues en région parisienne. Vous n'avez toujours pas de plan B pour la cérémonie d'ouverture sur la scène ?

21:21
Gérald Darmanin

Mais cette manie me semble-t-il de ne pas tirer les conclusions précédentes. J'entends les commentaires et vous en faites le relais. Je le comprends bien et c'est une question très importante parce que la sécurité des Jeux olympiques est quand même assez étonnante. Nous avons eu une Coupe du Monde de rugby. C'est le quatrième événement mondial des centaines de milliers de personnes par jour en France. C'est tout à fait la même échelle. C'est un gros événement mais ce n'est pas la même échelle. Quatrième événement mondial. En même temps, c'est vrai qu'on a eu le pape à Marseille pendant deux jours. Vous avez raison. En même temps, on a eu le roi et la reine d'Angleterre pendant trois jours.

21:48
Invité

Et les Jeux, c'est le premier événement et c'est hors stade.

21:50
Gérald Darmanin

Est-ce que ça s'est bien passé à la Coupe du Monde de rugby ? Est-ce qu'on a bien accueilli le pape à Marseille ? Est-ce qu'on a bien accueilli le roi et la reine d'Angleterre ? La réponse est oui. Et pendant ce temps-là, malheureusement, il y a eu les attentats islamistes ignobles contre Israël et les difficultés très fortes que le monde occidental connaît. Nous sommes concentrés pour l'organisation des Jeux olympiques. C'est vrai que c'est inédit. Une fois par siècle, je rappelle qu'on a une loi spécifique pour mettre des périmètres de sécurité qui feront le contrôle absolu. D'ailleurs, quand le préfet de police annonce un badge d'accès avec un QR code, tout le monde lui tape dessus.

Et je constate qu'une semaine après, on dit, mais vous ne faites pas assez de moyens pour protéger les Parisiens. Donc, il y a quand même deux poids, deux mesures en une semaine avec un attentat au milieu. Donc, peut-être que là encore, l'équilibre, la raison et être posé, laisser les policiers travailler, c'est une bonne chose. Tous les policiers, les gendarmes seront sur le pied de guerre, si j'ose dire, entre juin, juillet et août. Moi, je les remercie parce qu'ils font un travail formidable et ils n'auront pas de vacances pendant cette période. Il y a peu de gens qui n'auront pas de vacances pendant cette période.

22:50
Invité

Et on sera encore au niveau alerte attentat ?

22:51
Gérald Darmanin

On sera sans doute au niveau alerte attentat. Et justement, ça nous permettra de mettre des périmètres de sécurité extrêmement importants. Personne ne pourra accéder à ces périmètres sans montrer pas de blanche, s'ils sont dans un fichier, s'ils ont une arme. Et les policiers, les gendarmes savent faire ça et j'ai de grande confiance en eux et j'y suis concentré.

23:07
Invité

Gérald Darmanin-Dameau, vous étiez candidat à Matignon mais Elisabeth Borne a été reconduite. Vous vous voyez rester à Beauvau après les Jeux Olympiques ?

23:14
Gérald Darmanin

Mais d'abord, moi, je n'étais pas candidat à autre chose que servir mon pays au ministère de l'Intérieur. Le président de la République dispose des postes ministériels. Je suis très honoré d'être le ministre de l'Intérieur. C'est un travail difficile, évidemment, qui fait naître beaucoup de difficultés mais qui, tous les jours, me permet d'être auprès des fonctionnaires les plus courageux qui soient, qui sont les policiers, les gendarmes. Non, mais je me vois au ministère de l'Intérieur tant que le président me prêtera une vie politique au ministère de l'Intérieur s'il faut y rester plusieurs années. J'en serai très heureux, vous savez.

Ça fait 4 ans que je le suis et je pense que les policiers et les gendarmes voient que je les défends tous les jours.

23:45
Présentateur

Et vous serez notamment aujourd'hui à Menton. Merci beaucoup Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur et des Outre-mer d'avoir été l'invité du 830 France Info. Merci beaucoup Agathe de m'avoir accompagné.

Loi immigration, terrorisme et Hanoukka à l'Élysée… Le 8h30 franceinfo de Gérald Darmanin — Gérald Darmanin · Pourquijevote