Marine Le Pen peut-elle gagner son pari ?
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Marine Le Pen qui fait un double pari. D'abord, un pari judiciaire de ceux pour voir en cassation après une double condamnation en premier instant, mais aussi en appel pour détournement de fonds publics. Et derrière ce pari judiciaire, il y a un pari politique puisque Marine Le Pen est candidate depuis hier soir à l'élection présidentielle 2027.
Elle, pour l'instant, ne fera pas campagne sous bracelet électronique. Mais quel message va-t-elle porter aux Français après cette affaire judiciaire ? Son discours d'exemplarité et de probité va-t-il être entendu par les électeurs ?
On va décortiquer, analyser cette décision de Marine Le Pen avec mes invités sur ce plateau. Benjamin Morel, bonjour. – Bonjour. – Vous êtes constitutionnaliste, maître de conférence en droit public à Paris 2, Panthéon, Assas et on va vous poser beaucoup de questions, notamment sur les aspects juridiques de cette affaire car c'est assez technique.
J'accueille également Christophe Bourseillet, bonjour. – Bonjour. – Vous êtes historien, journaliste, président de l'Observatoire des extrémismes et à des signes émergents, et vous êtes l'auteur du livre intitulé « Les Le Pen, une famille française », un livre disponible aux éditions Perrin.
J'accueille également sur ce plateau Émilie Zapalski, bonjour, vous êtes communicante et fondatrice de l'agence Émilie Conseil. Émilie, c'est un pari que fait Marine Le Pen pour se faire élire et pour conquérir le pouvoir ? – Oui, c'est un pari, elle a trouvé une espèce de troisième voie parce qu'il n'y avait pas de solution vraiment idéale un candidat quand même jordan bardella un peu fragile on a vu qu'il y avait quand même une fragilité de son côté une ligne différente et une Une candidate qui, si elle faisait campagne avec un bracelet, ça aurait été symboliquement assez compliqué.
Elle a trouvé cette troisième voie sous Paris, comme vous dites, de se dire « j'y vais le tout pour le tout donc sans bracelet mais avec cette épée de Damoclès de la Cassation avec les détails qui seront plus sur ma gauche moi ce que je trouvais intéressant c'est dans son discours elle a dit hier, dans son intervention au journal, elle a dit que c'est les Français qui vont décider. – Les Français jugeront ? – Les Français jugeront.
Donc voilà, et elle a dit autre chose, elle a dit moi je suis comme tout justiciable français, je vais jusqu'au bout de toutes les voies de recours qui me sont permises. Je suis innocente et j'y vais. Donc, elle y va au flanc, j'allais dire.
C'est assez malin, moi, je trouve, comme stratégie. C'est vrai que le fait que le verdict soit un petit peu revu à la baisse, même s'il y a condamnation. Ça changeait la donne.
Je pense que c'est ça qui a changé la donne. J'ai bien senti qu'il y avait ce trou de souris. Je n'avais pas imaginé qu'elle parte en cassation.
Une opportunité a été créée. Mais il y avait la possibilité d'argumenter différemment et de changer l'histoire. – D'ailleurs, Marine Le Pen a bien utilisé le mot d'opportunité. – Complètement, et donc elle a saisi cette opportunité-là. – Christophe Borsayet, vous connaissez bien la famille Le Pen, est-ce que vous avez été surpris par ce choix, ce risque politique pris par Marine Le Pen ?
Non, je n'ai pas été tellement surpris. Disons qu'il y avait évidemment un doute, mais je n'ai pas été tellement surpris par cette décision de la Cour d'appel. Moi j'ai l'impression que Jordan Bardella avait de meilleures chances de l emporter que Marine Le Pen.
Ce qui m'a frappé dans son discours sur TF1 hier, quand elle est apparue, c'était la vacuité de son discours. C'est-à-dire que je vais sauver la France, je suis là pour la France. Bon, il y n'avait rien de véritablement programmatique.
Et puis elle a mis une sorte de boisseau sur les éventuelles divergences qui la séparaient de Jordan Bardella. Moi, je crois que Jordan Bardella a encore une carte à jouer dans la mesure où tout va dépendre du résultat des élections présidentielles. Et lors des législatives, si par hasard Marine Le Pen se retrouve en position faible au second tour, Bardella peut à ce moment-là ressurgir, me semble-t-il, parce qu'il y a aujourd'hui au sein du RN deux clans.
Il y a un clan Marine Le Pen et puis il y a un clan Bardella. Alors le clan Bardella pour l'instant il est silencieux parce que Bardella suit les ordres de Marine Le Pen, il est discipliné mais enfin il est présent et c'est pas tellement un clan qui diverge de Marine Le Pen sur des questions politiques, c'est un clan plutôt générationnel. C'est-à-dire que c'est les jeunes qui disent comme Marine Le Pen a fait au sein du FN il y a des années, c'est les jeunes qui disent « nous aussi on existe » par rapport aux plus âgés de Marine Le Pen.
Ce fossé peut être renforcé au sein du Rassemblement national avec ce risque, ce pari pris par Miane Le Pen qui est un risque pour toute sa famille politique. – Disons que Marine Le Pen est dans la logique de son destin. Marine Le Pen, c'est quelqu'un de complexe qui a eu le sentiment que lorsque Jean-Marie Le Pen lui a remis les clés du Front National à l'époque, elle a eu le sentiment qu'elle était la légataire d'une entreprise et qu'il fallait porter cette entreprise, alors elle l'a portée parfois avec dégoût en disant oh là là c'est fatigant de devoir diriger cette maison et puis maintenant elle est portée par cette décision des juges, je crois que ça aurait été sans doute assez shakespearien si Bardella avait été candidat et qu'elle l'avait été rejetée par la Cour d'appel.
Parce qu'à ce moment-là, il y aurait sans doute eu en elle tout un débat interne. Est-ce que je me retire ? Est-ce que je continue ?
Mais là, elle est portée par le destin, donc elle va y aller avec ses forces et ses faiblesses. Les faiblesses, c'est le nom Le Pen, la marque Le Pen. Elle a dédiabolisé l'ERN, mais la marque Le Pen reste marquée d'un certain saut d'infamie.
Et puis la question de sa professionnalisation, il aussi fait problème. À voir si cette histoire va finir en tragédie shakesperienne ou grecque pour Marine Le Pen et l'Assemblée nationale. Benjamin Morel, sur cette phrase de Marine Le Pen hier soir, les Français jugeront.
Est-ce que c c'est un discours populiste vis-à-vis de la justice ? Ce n'est pas forcément un discours populiste dès le moment où on considère qu'en effet, la justice lui a permis d'être candidate. On va revenir sur les détails judiciaires, mais quoi qu'il arrive, normalement, sauf une interprétation un peu tirée par les cheveux d'une décision de la Cour de cassation, le 18 avril, date du premier tour, elle est éligible.
Et donc à partir de là, eh bien, elle peut être candidate. La question ensuite, c'est est-ce que les Français veulent voter pour une candidate qui potentiellement, à ce moment-là, si la cassation a lieu avant aurait été définitivement condamnée, si jamais elle ne l'est pas. Eh bien, malgré tout, il y a quand même de gros soupçons de détournement de fonds publics.
In fine, c'est le choix des lecteurs, l'inligibilité. Le but, ce n'est pas de punir quelqu'un. L objectif de l'inligibilité, c'est de préserver la société contre la reproduction ou la perpétuation d'un comportement délictuel.
Là, en l'occurrence, comme il n'y a pas ça, les électeurs sont libres. Les électeurs n'ont pas de tuteur pour savoir s'ils veulent ou ils ne veulent Et d'ailleurs, dans l'arrêt de la cour d'appel de Paris, il y a la prise en compte, je cite, de la liberté de choix des électeurs. Donc finalement, de cette élection présidentielle, est-ce que ça peut peser, notamment du point de vue de la cour de cassation et des acteurs judiciaires qui vont œuvrer pendant la campagne présidentielle ? – Alors théoriquement non, parce que la cour de cassation ne rejuge pas au fond.
Elle juge des points de droit. Il y a des sujets, des points de droit qui posent question dans cette histoire. Et donc ces points de droit, la cour de cassation va voir si ça mérite de casser ou pas le jugement d'appel.
Si jamais la cour de cassation dit que les problèmes relatifs à ces points de droit méritent de rejuger l'affaire, à ce moment-là, on se retrouve après l'élection présidentielle parce que clairement, on ne refera pas un procès en appel avant le 18 avril 2027. Si jamais la Cour de cassation juge qu'il n'y a pas de raison de rejuger, à ce moment-là, ce qui va s'appliquer, c'est la peine telle qu'elle a été prononcée. Et donc là, brasse électronique, mais pas inéligible.
Donc ça veut dire que Marine Le Pen pourrait être obligée de porter un bracelet électronique à la fin de la campagne présidentielle ? C'est toute la limite de la chose, c'est-à-dire qu'il faut bien voir que la cour de cassation, normalement, a dit qu'elle se prononcerait avant les élections présidentielles. Admettons qu'elle se prononce au mois de janvier, ce qui tournait un peu dans l'air.
À ce moment-là, ça veut dire que Marine Le Pen, pour l'instant, ne porte pas de bracelet électronique. C'est génial, elle peut aller où elle veut, mais qu'à partir de janvier, si jamais le pourvoi est rejeté, elle est astreint aux bracelets électroniques. Alors, il peut y avoir, via le juge d'application des peines, un certain nombre d'assurance.
Déjà, il y a un mois pour lui fixer un rendez-vous et il peut y avoir jusqu'à 4 mois pour le lui poser. Donc si le juge d'application des peines est sympa, entre guillemets, ça peut passer, mais c'est quand même un peu compliqué, mais c'est possible. L'autre espoir de Marine Le Pen et de ses avocats, c'est de dire la cour de cassation a voulu accélérer pour savoir si Marine Le Pen serait éligible ou pas au jour du premier tour.
Mais là, elle est quoi qu'il arrive, éligible, quoi qu'il se passe. Et donc la cour de cassation peut retrouver son rythme normal. Autrement dit, un pourvoi, c'est 12 à 18 mois pour être jugé, auquel cas ça reporterait après l'élection présidentielle.
C'est un pari, c'est quand même un pari risqué. Un pari risqué ? C'est un pari risqué, mais… Du point de vue des Français, quelle histoire Marine Le Pen peut raconter aux Français dans cette campagne ?
Désolée, mais là je suis un peu pessimiste sur le côté les Français. On s'est habitué aux affaires malheureusement. Il y a des citoyens qui continuent à voter pour des gens qui ont été condamnés.
Je pense aux Balkany, il y a une espèce… Bizarrement… Non mais il y a un moment où bizarrement on s'habitue et de l'autre côté il y a une défiance énorme vis-à-vis des politiques parce que soit on continue à voter pour des gens, soit on ne s'intéresse plus aux politiques parce qu'on considère qu'ils sont assez pourris et qu'ils ne s'intéressent pas à l'intérêt des citoyens. Donc moi là-dessus je pense qu'il y a une histoire quand même un peu particulière. Par contre ce qu'elle a réussi c'est oui à préempter la campagne avec sa ligne, sa personnalité par rapport à Jordan Bardella qui s'imposait avec une ligne différente, avec des personnes différentes.
Il n'y a pas tous les jeunes parce que par exemple Jean-Philippe Tanguy il est plutôt du côté de Marine Le Pen, il est un fort soutien d'ailleurs et je pense qu'en gros elle sécurise un peu la campagne. Moi je ne suis pas d'accord, je pense que Bardella il a énormément de faiblesses et on a commencé à les voir et ça n'aurait été que de mal en pi au plus la campagne s avancer parce qu'au-delà des éléments de langage il a très peu d'argumentaires, il n'est pas aussi fort que Marine Le Pen. Après elle a un plafond de verre, elle a quelque chose qu'elle n'arrive pas à dépasser et c'est pas parce qu'elle y va que c'est gagné, quel que soit le côté judiciaire, je pense qu'elle a véritablement un plafond de verre qu'elle n'arrive pas à dépasser.
Elle est meilleure que Bardella, elle a plus d'expérience mais il y a quelque chose qui ne passe pas. – Il y a une force de ligne c'est un brouillard. – Oui, il y a une force de ligne, c'est une… c'est un brouillard, c'est un écran de fumée.
Justement sur le plafond de verre Christophe Bourseillé car elle a un socle électoral au sein du Ravancement L'Emotionnel de Marine Le Pen qui pourrait rester solide malgré ses condamnations judiciaires. Mais est-ce qu'elle peut élargir sa base électorale dans le pays avec ce qui vient de se passer ? – Alors c'est la vraie question, c'est-à-dire qu'aujourd'hui en réalité ce qu'on a vu ces derniers mois, contrairement à ce que tout le monde a raconté, c'était une sorte de partage du travail entre Jordan Bardella et Marine Le C'est-à-dire qu'en gros, le RN a un socle électoral de 30 %, ce qui est déjà pas mal, c'est déjà un socle très important.
Mais s'il veut aller au pouvoir, il faut qu'il élargisse le socle. Et pour élargir le socle, il faut qu'il aille vers la droite libérale modérée, et c'est le travail que Bardella a fait, c'est d'aller vers cette droite libérale modérée. Alors autant le socle est totalement, lui, indifférent au jugement de Marine Le Pen, vous savez, on peut se souvenir de Donald Trump, sa photo officielle c'est la photo qu'il avait quand il a été arrêté.
C'est presque une fierté par rapport à son socle. Autant du côté de cette droite modérée, c'est plus difficile à mon avis pour une femme plombée par les affaires de conquérir ce socle, d'autant plus que le slogan historique du RN, c'est « main propre, tête haute ». Alors, « main propre », ça se discute.
Donc là, effectivement, ça va être un peu plus difficile. Mais bon... – Néanmoins, l'ERN sera au second tour probablement de la présidentielle. – Ça serait d'autant plus difficile que les candidats déclarés de la droite modérée ne vont pas se gêner pour faire de Maren Le On va écouter leur réaction.
Je ne vais pas commenter les attendus d'une décision de justice. Ce que je sais, c'est la décision de justice. La Cour d'appel, après le tribunal, a à condamner Mme Le Pen pour des faits qui sont des faits graves, pour des faits qui s'ils avaient été réalisés moitié moins importants en matière de sommes détournées par n'importe quel autre, auraient déclenché chez Mme Le Pen une colère, une invective, considérable, comme elle l'a toujours fait.
On a une responsable politique de premier plan qui a été condamnée à deux reprises pour détournement de fonds publics à la prison ferme et qui se lance dans une forme de de quérilla judiciaire pour amener une candidature à l'élection présidentielle. En écoutant Mme Le Pen hier, je me suis dit que c'était les mêmes réflexes, la même rhétorique qu'aurait Donald Trump. Émilie Zappelski, la campagne a déjà commencé.
Alors peut-être que Marine Le Pen parle de tickets avec Jordan Bardella pour ne pas être isolée et recevoir toutes les attaques et montrer que finalement c'est une candidature collective du RN. – Je pense qu'il y a aussi ce que vous disiez, il y a ce duo, il y a ce duo sur le côté immigration, grand remplacement, aspect dur, du côté de Bardella, plus libéral aussi, et puis Marine Le Pen beaucoup plus pouvoir d'achat social, c'est un duo très réussi, et je pense que si la candidature tient, c'est parce que ce duo peut tenir, donc c'est pour ça qu'elle s'accroche aussi à Jordan Bardella, en disant on est complémentaire, on est préparé, parce que c'est ça qui va fonctionner, si elle a le social, ça peut fonctionner, mais si elle ne sécurise pas l l'électorat de base, ça va être compliqué. – Alors, Benjamin Aurel, j'ai plusieurs points juridiques à éclaircir avec vous.
On sent que la défense de Marine Le Pen, c'est d'utiliser un point de droit selon lequel l'article 432 du Code pénal donc en gros qui explique qu'une personne dépositaire de l'autorité publique et qui est coupable de détournement de fonds publics est punie par la loi et elle estime en tout cas à ses avocats estiment que ça ne s'applique pas à cette affaire où on lui reproche d'avoir utilisé de l'argent européen à des fins nationales. Qu'est-ce que vous en pensez de cette défense ? Il y a également le point de l'extraterritorialité, il y a plusieurs éléments qui font qu'un pourvoi en cassation n'est pas juridiquement absurde.
Et donc, à partir de là, on verra ce que dira la Cour de cassation. Le problème de ce pourvoi en cassation, c'est pas son volet juridique, c'est son volet politique. C'est-à-dire qu'au fond, hier matin, qu'est-ce qu'on se serait dit ?
Qu'est-ce qu'on s'est dit pendant des mois ? On s'est dit soit elle est condamnée à plus de deux ans d'inligibilité, auquel cas le pourvoi en cassation peut éventuellement être intelligent, mais quoi qu'il arrive, elle n'est pas candidate. Soit elle est condamnée à moins de deux ans, auquel cas, eh il faut y aller, il ne faut pas s'embarrasser d'un pourvoi qui va rendre la chose relativement précaire du point de vue du droit.
Parce qu'il y a d'autres points juridiques, désolé d'être un peu technique, mais on a notamment une décision de la Cour de cassation de 1993 qui laisse à penser que si jamais vous faites un pourvoi, qu'est-ce que ça fait à votre peine d'appel ? Votre jugement d'appel il est comme gelé. Et comme il est gelé, la question c'est est-ce que ce qui s'est passé avant, notamment les peines provisoires, continue à s'appliquer – Donc le jugement de première instance ? – Ce que dit cette décision de 93 ? – Le Pen dit non, ça ne peut pas s'appliquer. – Ce que dit cette décision de 93, c'est que c'est plutôt oui.
Mais en même temps, si on discute avec mes collègues pénalistes, je ne suis pas pénaliste. Ils trouvent que c'est plutôt un cas d espèces et que ça ne s'appliquerait peut-être pas ici en l'espèce. Mais il y a un vrai doute juridique.
Qui va décider ? Le Conseil constitutionnel, c'est-à-dire que le jour où Marine Le Pen va dire je suis candidate, je remets mes sens en signature, je prouve que j'ai 18 ans, que je suis une nationalité française, etc. Bref, où elle va montrer qu'elle remplit les critères pour être candidate.
Le Conseil constitutionnel va se pencher sur le dossier et va se poser la question de est-ce que vraiment elle est éligible ou pas ? Et là, la question qu'on est en train de se poser, c'est le Conseil qui va devoir la trancher. A priori, je pense qu'il la tranchera plutôt favorablement à Marine Le Pen parce que comprenez bien que s'appuyer sur une décision isolée de 1993 de la Cour de cassation qui ne fait pas l'unanimité dans la doctrine ni parmi les juristes pour interdire à une candidate qui fait 30 à 35 % dans les sondages de se présenter, ça va être dur à argumenter.
Mais néanmoins, il y a un risque juridique. Et donc ce pourbois en cassation, pour ces raisons-là, juridiquement et politiquement, il apparaissait extrêmement risqué. Elle a quand même fait le pari.
C'est un vrai pari politique. Ce pari politique, pour les raisons de brasse électronique qu'on a évoquées et pour la raison qu'on vient d'évoquer, il pose ce sujet. Il y a un autre sujet en droit.
Désolé de vous poser des questions. Non, allez-y, c'est très intéressant. Admettons que le pourbois en cassation soit rejetée.
On est au mois de janvier. Demain, elle est élue présidente de la République, admettons également. Que couvre l'immunité présidentielle ?
Les poursuites. Dans la Constitution, il y a marqué les poursuites. En revanche, sur l'exécution d'une peine, rien n'est inscrit.
Comment est-ce qu'on interprète ça ? A priori, on ne va pas demander au juge d'application des peines la possibilité d'aller au G7. Pourtant, juridiquement, il n'y a rien qui n'est certain là-dessus.
Vous comprenez bien qu'on va arriver à aménager la chose. Ça veut dire quoi ? Marine Le Pen, présidente de la République, qui a été condamnée ?
Qu'est-ce qui se passe Ça veut dire qu'à ce stade-là, on n'en sait rien. Alors, on peut considérer qu'on va être pragmatique, etc., et qu'à partir de là, non, le juge d'application des peines ne va pas l'enquiquiner et qu'on posera le bracelet électronique.
Néanmoins, c'est une question qui va se poser dans la La campagne, je parle sous contrôle des ministres, c'est une question que les opposants politiques vont avoir beau jeu de données. C'est l'imbrasse électronique lors du débat d'entre deux tours. Je suis Édouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon ou Tartampion qui lui fait fage.
Je lui dis, écoutez, madame Le Pen, je suis vraiment content que le juge d'application des peines vous est autorisé à être face à moi ce soir. C'est lourd à porter. Idem ce que je viens de vous expliquer sur l'immunité.
Et donc ces choses-là, quand même, ce sont des nuages qui pèsent sur sa candidature et sa compagne, sur lesquels elle n'a pas la – Dernière question juridique, après je vous libère Benjamin Morel. Si jamais elle perd en cassation, qu'elle est du coup condamnée au bracelet électronique, est-ce que sa peine peut être suspendue pendant la campagne pour motifs professionnels Alors, déjà...
Est-ce qu'il se dit aussi dans le débat ? Je l'évoquais, un mois pour la recevoir et établir les modalités de la peine, jusqu'à 4 mois pour poser le bracelet électronique. Elle peut tenter de compter là-dessus.
Ensuite, deuxième il va y avoir des modalités, si jamais elle en arrive là. Peut-être que le pourvoi arrivera après ou qu'on lui donnera droit au pourvoi. Mais si jamais on en arrive là, il peut y avoir des modalités plus ou moins souples.
Et au bout d'un certain temps, mais c'est plutôt ou 6 mois en règle générale, il peut y avoir une réduction de peine qui fait qu'elle ne le porte plus. Vous comprenez bien que la stratégie qui aurait pu être envisagée hier soir, c'est de dire, ok, je prends mes pertes, là, je porterai probablement un bracelet électronique jusqu'à l'automne et à l'hiver, et ensuite, Je peux, dans la dernière ligne droite, celle qui est la plus importante de janvier à avril, être là complètement libre de mes mouvements. C'était une stratégie qui pouvait être une stratégie qui se retenait.
Elle ne l'a pas retenue. Elle a choisi la voie du pourvoi avec les risques qui sont minérant. – Merci beaucoup Benjamin Morel, je vous libère, vous devez nous quitter, merci beaucoup pour toutes ces explications dans ce dossier très technique concernant Marine Le Pen.
Émilie, quand même si on a une présidente de la République qui est condamnée pour détournement de de fonds publics, ce serait une première dans l'histoire ? – Déjà c'est le cas, enfin oui évidemment, il y a eu la condamnation quand même hier. Oui c'est une première, on a déjà eu aussi un ancien président en prison.
Donc en France on a beaucoup de premières liées aux affaires de nos politiques et ça, c'est un vrai problème. J'espère qu'un jour, on s'en saisira et qu'on aura une certaine éthique du côté de nos élites politiques parce que ça pose un vrai souci et si on voit la participation s'effondrer, je pense qu'il y a aussi ces raisons-là qui sont en jeu. C'est vraiment paradoxal, comme je vous le disais, c'est-à-dire qu'on peut voter pour des gens qu'on trouve sympathiques, qui ont bien fait et qui ont des affaires aux fesses, et en même temps on se désintéresse des politiques parce qu'il y a tous ces sujets-là.
Après, moi j'entends les arguments de Attal, guérilla judiciaire. Non, on l'entend bien. Ça ne pourra pas tenir longtemps cet argumentaire-là parce qu'elle se défend, elle a le droit de se défendre et il y a plein de choses qui ne sont pas réglées à la minute près, comme on vient de le voir avec Benjamin Morel.
Après oui, l'image, le symbole d'un bracelet, d'une candidate à bracelet, et elle le sait, Marine Le Pen avait dit « jamais je je ferai campagne, mais je pense ce qu'il y a c'est qu'elle l'assume C'est pas gênant d'avoir un bracelet électronique vis-à-vis des électeurs du RN elle pourrait presque le brandir en disant voilà mon bracelet, la preuve que la justice en France est pourrie, c'est ce qu'elle a commencé à dire, en disant c'était le narratif du RN ces derniers temps on disait regardez l'affaire Liana où la justice se plante et ne travaille pas, tandis que dans mon cas il y a un zèle extraordinaire donc c'est vrai qu'elle peut en faire un argument de campagne, n'oubliez pas deux exemples récents qui sont évidemment Donald Trump mais aussi le président Lula au Brésil, l'un et l'autre étaient sous le coup d'affaires judiciaires, l'un et l'autre ont été est élue. Elle peut en faire un argument vis-à-vis de son socle et vis-à-vis d'une partie de la population qui, aujourd'hui, il y a une crise de la démocratie et qui porte aussi sur la justice. Et donc, c'est vrai que la mise en position des juges et la crise de la justice peut très bien servir les intérêts de Marine Le Pen.
Et là, vous avez raison, c'est qu'elle a utilisé exactement la technique de Trump, la prise par Roy Kohn. N'avoue jamais, même si tu perds, tu dis que tu gagnes. Et elle fonce.
Et c'est vrai qu'elle peut embarquer du monde. Il y a un côté un peu flamboyant dans sa décision d'hier. C'est j'y vais, je suis innocente, je vais vous prouver, je suis comme vous les Français, j'y vais à fond. – En partie du monde, qui t'a créé ?
Un mouvement peut-être de rébellion de la part de son électorat vis-à-vis du pouvoir politique. – Comme on l'a vu au Capitole à Washington. – Il y a déjà un socle qui dit, en effet, la justice, on veut faire voler tout ça en éclats.
C'est sur l'Europe en plus, ces affaires. L'Union européenne fortement critiquée par le Rassemblement national qui veut enlever de l'argent, qui dit qu'on ne récupère pas, que la France ne récupère pas sa mise. Donc il y a beaucoup d arguments là-dessus.
Mais après, elle n'est pas dans le Capitole, pas du tout. Tout simplement parce que son objectif, c'est d'élargir le socle en allant vers la droite modérée. Donc il ne faut surtout pas qu'elle se gilet jaunise, si je puis dire, et qu'elle fasse des opérations du type Capitole.
Donc pour l'instant, son intérêt, c'est plutôt d'avoir un discours très lissé, très polissé. Et vous savez, la question libérale ou pas libérale, n'oubliez pas que depuis 2024, elle est alliée à Éric Ciotti et l'UDR qui est un partie ultra-libérale. Donc est-ce qu'elle est vraiment anti-libérale ?
En réalité, elle est plastique. C'est-à-dire qu'au nord, elle va parler de la sécurité sociale. Au sud, elle va lutter contre l'immigration.
Devant des patrons, elle sera libérale et devant des travailleurs, elle sera anti-libérale. Voilà en gros le discours populiste actuel. Donc il faut voir cette souplesse-là et tout est tactique.
Quel va être son principal adversaire, sa cible politique dans cette campagne Justement, moi je voulais parler sur l'opposition. En fait on est déjà dans une pré-campagne où l'obsession c'est de dire choisissez -moi parce que je vais battre l'extrême droite. Et là on est encore plus, il y a une surenchère, c'est choisissez-moi parce que vous avez vu l'extrême droite détournement de fonds, etc.
Et on est sur une campagne très, enfin une pré-campagne parce qu'on n'y est pas encore, très limitée. C'est-à-dire qu'on ne parle pas de projet, on ne parle pas de programme, on ne parle pas de vision, on parle juste de l'utilité de voter pour moi, pour voter contre Marine Le Pen. Et ça, à mon avis, ça ne tiendra pas la route parce que Marine Le Pen a fait son chemin, elle a en effet institutionnalisé et dédiabolisé le RN, même si au fond, le RN n'a pas tellement changé.
Et ça ne suffit plus, cet argumentaire de dire « je barre la route à l'extrême droite ». Ça peut solliciter une partie, mais ça ne sera pas suffisant. Elle a intérêt à se positionner dans un duo face à Mélenchon.
C'est-à-dire qu'elle a intérêt à marginaliser les modérés, à marginaliser le bloc centrale pour se poser comme le rempart de l'ordre face à Mélenchon, le désordre. Donc à mon avis c'est probablement le narratif qu'elle risque d'adopter dans les mois qui viennent. Mais dans son narratif ça va être très compliqué finalement d'inverser les projets car vraiment là ils sont braqués sur elle avec cette double condamnation et les attaques à des adversaires vont être centrés je suis pas sûr que les attaques elles puissent durer longtemps et qu'elles aient assez de solidité pour l'épargner enfin pour pour l'atteindre véritablement je pense que ce qui se passe là c'est voilà ça y est elle est lancée dans sa campagne c'est la vraie campagne qui commence maintenant et moi je pense que c'est le calendrier judiciaire n'est pas terminé oui il peut se passer des choses en janvier elle fait abstraction et elle y va de toute façon elle aura imposé sa pâte elle va faire monter la sauce quoi qu'il arrive et elle sera à un certain niveau au moment où on aura les résultats ou pas peut-être que et moi je pense que non il ya il ya véritablement un renouvellement à faire sur le centre la gauche mélenchon je pense que c'est le seul qui est prêt par rapport à cette donne de marine le pen candidate les autres ne sont pas près du tout et on sent bien la fébrilité on sent bien la fragilité et on sent moi je trouve le manque de travail sur une proposition au delà de s'opposer à l'extrême droite qu'est ce que propose la gauche qu'est-ce que propose le centre qu'est ce que propose le centre droit.
Edouard Philippe, ça fait un an qu'il nous parle d'un plan massif dont on n'a pas vu même une mesure à part les retraites. Super. Pour nous embarquer dans une campagne, les retraites, je pense que c'est un argument qui est quand même un peu poussif.
Non, je pense qu'il y a du travail et je pense que les gens sont plutôt ébranlés de cette candidature confirmée de Marine Le Pen. Rapidement, Christophe Boursier, pour conclure, quelle va être ta stratégie dans cette campagne ? La stratégie de Marine Le Pen, elle a un double intérêt.
Elle se positionner face à à Mélenchon et jouer de son brassé électronique ou en tout cas de sa condamnation pour se poser comme une sorte d'outlaw anti-système. Donc elle a à la fois l'intérêt à jouer de ça et en même temps à se positionner comme le repart de l'ordre face à à Mélenchon. – Et on rappelle que le bras électronique se porte plutôt à la cheville, donc elle ne pourra pas le brandir. – Elle ne peut pas le faire comme ça. – Merci, merci à tous les deux d'avoir analysé cette situation politique et ce début de campagne présidentielle puisqu'il a commencé avec cette candidature de Marine Le Pen.
Merci à tous d'avoir suivi cette émission et on se retrouve demain dès 7h30 dans Bonjour Chez Vous. Très bonne suite des programmes sur Public Sénat, en partenariat avec la presse régionale, vous a proposé d'un jour chez vous.
Marine Le Pen