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interviewLe Média — Podcasts· 16 septembre 2022 25 min

"Les vrais assistés, ce sont les plus riches !"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Quand vous avez M. Griveaux, qui arrive et qui vous dit « ça fait 30 ans qu'on a le même code du travail », sur les champs relatifs au marché du travail, vous avez eu plus de 200 réformes dans cette période-là. Si tu licencies plus de gens, tu ne pourras pouvoir plus facilement embaucher, c'est plus flexible, c'est mieux. Les riches, heureusement qu'ils soient là, sinon on n'aurait pas de sécurité sociale. Un fonctionnaire ne travaille pas, et tout ça est répété en boucle, répété en boucle, répété en boucle. Une campagne présidentielle, là, pour la gagner, il faut s'y mettre maintenant, il ne faut pas la faire que dans la dernière année.

Et s'il y a bien quelque chose qui nous lie, c'est le fait que ce modèle économique est un rouleau compresseur pour les classes populaires. Et donc, il faut bosser là-dessus.

0:29
Fabien Roussel

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Je suis ravie de vous retrouver. L'Instant Porcher, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous, avec Thomas Porcher, chaque semaine pour décrypter l'actualité, car on le sait, le discours est politique et les comprendre est un vrai enjeu démocratique. Au programme aujourd'hui, l'assistanat de Fabien Roussel et l'économie au service de la démocratie. La gauche du travail vs la gauche des allocations, c'est reparti. Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, a éveillé les débats lors de son discours à la fête de l'humanité ce week-end.

La gauche doit défendre le travail et le salaire et ne pas être la gauche des allocations minima sociaux et revenus de substitution, a-t-il dit, en ajoutant, les Français nous parlent d'assistanat en disant qu'ils travaillent et que eux, les bénéficiaires des minima sociaux, ne travaillent pas. Le député a précisé ses propos dans le week-end. Oui, je veux mettre le travail au cœur du débat. Je ne veux pas supprimer le RSA. Je veux une société où il n'existerait plus parce que le travail et le salaire l'auraient remplacé. Position totalement assumée puisqu'il exprimait au micro du Média et de Jemil, notre collègue, défendre un revenu issu du travail et non pas un revenu issu de l'assistance.

C'était l'année dernière. Il se moque même sur son Twitter de ceux qui l'attaquent sur ses propos. Le travail, c'est mieux que le chômage. Quoi ? Mettait de droite, en fait. Le vrai enjeu dans tout ça, c'est d'aller chercher les classes populaires et rurales. Et les arguments de la gauche plutôt urbaine ne passent pas, selon lui. C'est un réel constat de dire que la gauche a perdu la ruralité et la classe ouvrière qui s'est dirigée vers le FN et le ARN déjà il y a plusieurs années. La pensée et la fenêtre d'Overton étant déjà très ouvertes à l'extrême droite, doit-on aller chercher les gens avec la sémantique des opposants ? Le débat est dense et ouvert.

Toi, Thomas, qu'est-ce que tu penses de la sortie de Roussel sur tout ce qu'on vient de dire ?

2:11
Présentateur

Moi, je sais quelle est la finalité de cette sortie. La finalité de cette sortie, ce n'est pas en réalité le débat théorique qui est mis en avant. C'est le buzz, c'est les interviews qui vont avec, c'est montrer qu'on existe, c'est montrer qu'on est là. Et c'est ce qui me fait peur, moi, sur l'avenir de la gauche, on en discutera un petit peu après, mais c'est ce qui me fait peur. C'est toutes ces espèces de buzz, cette société du spectacle, qui fait qu'on crée des débats là où il ne devrait plus y en avoir. Pourquoi il ne devrait plus y en avoir ? Tout le monde sait, la première chose, que le chômage n'est pas un choix individuel. Le chômage, c'est quelque chose de subi.

Je veux dire, c'est quelque chose de subi. Les plus grosses hausses de chômage ont toujours été après des crises. La crise de 2008, 1,5 million de chômeurs en plus. La crise des dettes souveraines qui a fait exploser le chômage en Europe et également en France, puisqu'on a eu des taux de croissance à 0%. La crise du Covid et la prochaine crise peut-être avec un budget austéritaire qui va être mis en place, qui va avoir un impact très fort sur l'activité. Donc, le chômage est subi. Ce n'est pas un choix individuel. Et la rhétorique employée par M.

Roussel, c'est une rhétorique qui laisse à penser que le chômage serait un choix individuel et qu'il y aurait un arbitrage entre l'allocation et le travail. Il n'y a pas d'arbitrage entre les deux. Le chômage est subi. Et deuxièmement, personne ne se complète dans le chômage. Et ça, il devrait le savoir, M. Roussel. Chaque fois qu'il y a eu des délocalisations d'usines, que des gens ont été mis au chômage, tout le monde le sait, il suffit d'être au contact de ces gens, mais même des études l'ont montré, qu'il y avait un impact qui dépassait le cadre individuel, qui était un impact familial, qui était un impact sur le couple, les divorces, etc.

Et que personne ne vivait cette situation comme une situation idéale de toucher des allocations. Et que même Pôle emploi avait montré que 90%, pas loin de 90%, des gens recherchaient activement un emploi. Donc, il n'y a pas une gauche des allocations, c'est faux. Il y a une gauche qui a défendu à un moment le fait qu'une petite partie de la richesse devait aller à l'assurance chômage parce que nous partons du principe que le chômage n'est pas un choix individuel et que les gens qui sont au chômage sont des victimes. Et donc, il faut leur donner un revenu de substitution. C'est ça, le concept théorique. Ce n'est pas de dire qu'il y a un choix entre les deux.

Il n'y a pas de choix entre les deux. C'est une bêtise. Le chômage, c'est quelque chose de subi. C'est quelque chose qui est très mal vécu. Et l'allocation chômage, c'est un amortisseur qui permet aux gens de s'en sortir un peu mieux. Mais quand on touche, enfin, il faut le rappeler, sur les 5 millions de chômeurs, la moitié ne touche rien. L'allocation chômage moyenne, c'est autour de 1 000 euros. On ne roule pas sur l'or. Donc, personne n'est content d'être dans cette situation-là. Donc, il ne faut pas faire des faux débats pour faire du buzz et qu'on parle. Parce que là, M. Roussel, il n'y a jamais eu autant d'interviews avec ce faux débat.

Et donc, moi, j'ai bien peur que la finalité soit ça. Et si la finalité, c'est ça, c'est assez pitoyable.

4:47
Fabien Roussel

Fabien Roussel, il a pu citer François Ruffin, député LFI. Et ce dernier, il maintient la position qui est que la gauche doit aller chercher la France, les Gilets jaunes ou des campagnes. Qu'est-ce que tu en penses, toi, de cette position ?

4:58
Présentateur

Je suis d'accord. Moi, je suis entièrement d'accord. Déjà, il faudrait, avant d'aller la chercher, s'interroger pourquoi cette gauche-là l'a quittée. Pourquoi ces gens-là, des campagnes, ont quitté cette gauche-là ? Qu'est-ce qu'il a fait ? Et là, M. même Fabien Roussel pourrait faire un mea culpa. Parce que dans les années 90, M. Hu, qui était à la place de M. Roussel, c'est quelqu'un qui a soutenu Macron quelques années plus tard, qui était un des soutiens de Macron.

Alors, c'est peut-être pour ça aussi que les classes populaires des campagnes ont quitté le Parti communiste, mais également le Parti socialiste, qui était vendu à la mondialisation, qui disait qu'il fallait privatiser, que c'était super. Donc, il faut déjà comprendre qu'est-ce qu'il fait. Et là, c'est le constat qu'a fait aussi M. Ruffin sur France Inter. C'est qu'est-ce qu'il fait que des villes du Nord, qui étaient des bastions communistes, socialistes, sont aujourd'hui ces mêmes villes qui ont donné principalement leur soutien à Marine Le Pen ? Qu'est-ce qui explique ça ? La première chose, le mea culpa. Où est-ce que la gauche a failli ? Et nous savons où est-ce qu'elle a failli.

Elle a failli sur la question économique, où elle s'est dit, bon, on ne peut pas faire autrement que la mondialisation, que l'Europe, la concurrence, etc. Et donc, elle a failli sur ces questions-là. Ça, c'est la première chose, le bilan. Et puis ensuite, il faut trouver une réponse à ça. Alors, la réponse, bien sûr, c'est très bien de catégoriser la France. Moi, je l'ai fait dans un bouquin. Je trouve ça très bien. Mais une fois qu'on a fait cette catégorie-là, il ne faut pas faire du clientélisme.

Puisque, encore une fois, c'est plus simple de prendre des positions clientélistes en reprenant un vocabulaire d'un certain nombre de populations où ce qui va leur plaire pour aller voter plutôt que de faire de la pédagogie sur le long terme. Or là, moi, je pense qu'il faudrait faire vraiment de la pédagogie. Pourquoi ? Parce que nous avons quatre ans devant nous. Je veux dire, une campagne présidentielle, là, pour la gagner, il faut s'y mettre maintenant. Il ne faut pas la faire que dans la dernière année en prenant de la posture. Même si aujourd'hui, j'ai bien compris que la société du spectacle, Twitter, amène à des prises de positions rapides.

Il y a certes une partie de l'électorat de la campagne qui a abandonné la gauche. Maintenant, comment tu crées du lien entre cet électorat-là, l'électorat banlieusard, l'électorat cadre, l'électorat des agriculteurs, etc. Il faut que tu arrives à leur montrer par l'explication, et là, on a cinq ans pour le faire, et ça va prendre plus de temps qu'une prise de position qui va te permettre de faire quatre interviews derrière, que ces gens-là sont tous victimes d'un même modèle. En banlieue, il y a eu des usines qui ont fermé. Il y a eu des délocalisations. Elles ont fermé pourquoi ?

À cause de la mondialisation qui a mis ces usines en concurrence avec d'autres territoires en Europe et dans le monde, et la financiarisation qui a exigé cette délocalisation pour faire gagner plus d'argent aux actionnaires. D'accord ? Et ça, on le retrouve également sur les terres de François Ruffin, dans le Nord. Il s'est passé exactement la même chose. Et il s'est passé autre chose en banlieue comme dans les territoires, parce que c'est comme ça qu'on les appelle maintenant. Il y a eu de l'austérité budgétaire. C'est-à-dire que la mondialisation a fait fuir les usines et l'État n'a même pas été là pour contrer. Il a fait en même temps de l'austérité budgétaire.

Donc, ces populations-là n'ont plus de services publics et ils n'ont plus d'usines. La conséquence, par contre, n'est pas la même. Il est vrai que les gens qui habitent en banlieue peuvent plus facilement retrouver un emploi grâce à l'uberisation de l'économie, les délivéraux, etc. Parce que les délivéraux, les Uber, ils servent les centres-villes qui ont encore beaucoup d'argent. Et donc, tu arrives à trouver des métiers comme ça dans l'intérim, dans l'ubérisation qu'il n'y a pas dans le nord de la France ou à la campagne. Il n'y a pas ce relais-là. Mais malgré tout, les causes de l'appauvrissement de ces populations sont les mêmes.

Et on peut rajouter après les cadres qui subissent moins la même chose mais qui subissent un appauvrissement depuis une quinzaine d'années et qui ne sont plus des grands gagnants de la mondialisation. Il y a une partie des cadres dans le digital, dans la finance de marché qui gagnent, mais une grosse partie qui sont nivelés de plus en plus vers les bas, qui doivent lier leur destin à ceux des ouvriers et des employés plutôt qu'à ceux qui font des fortunes en faisant des plus-values financières en vendant des start-up.

Pareil pour les agriculteurs qui subissent la mondialisation avec les prix des matières premières qui sont déterminés sur les marchés financiers qui parfois montent et qui font que les gens vont faire des investissements et puis l'année d'après descendent et qui font que leurs investissements ne sont pas rentables et qui sont sur la paille et que ça finit très mal souvent. Et il faut réunir les gens autour d'un récit commun et pas faire du clientélisme. Donc, c'est bien de remarquer les choses et après, c'est de trouver le récit commun qui réunit toutes ces catégories même si elles ont des grosses différences culturelles pour montrer que toutes ces catégories sont victimes d'un même système.

Et c'est le modèle économique actuel basé sur le triptyque mondialisation, financiarisation, austérité budgétaire. Donc, il faut faire de ces gens, de ce bloc finalement divisé, une force principale qui arrivera à faire gagner la gauche aux prochaines élections.

9:20
Fabien Roussel

J'ai l'impression que Fabien Roussel joue sur l'opposition dont on parlait la semaine dernière, des personnes qui gagnent entre 1 400 et 1 600 euros et des personnes qui ont les aides. C'est pour ça que je parlais de la sémantique de la droite et l'extrême droite parce qu'en fait, ils réutilisent cette sémantique-là pour opposer les classes un peu plus que le SMIC, voire le SMIC et à celles qui touchent le RSA. Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que c'est la bonne manière d'aller chercher les classes moyennes, populaires ?

9:44
Présentateur

Moi, je pense qu'il faut trouver une sémantique propre à la gauche. Alors, en fait, beaucoup de politiques font une forme de clientélisme et additionnent comme ça tous ces clientélismes en essayant de faire un score global. L'important, c'est vraiment plutôt de créer des liens entre ces catégories-là avec un nouveau narratif. Pas en reprenant le narratif de l'extrême droite parce qu'est-ce qu'il fait ou de la droite ? Qu'est-ce qu'il fait aujourd'hui que certains, en fait, qui vont gagner 1 500 euros vont pouvoir se dire je ne vais pas travailler pour l'autre qui est au chômage ?

C'est qu'il y a eu derrière en ordre de marche, très fortement, 20 ans, 30 ans de matraquage avec des phrases très simples et toujours les mêmes phrases. Tu vois, l'assistanat, etc. Et là, ça a été pris même à des gens de gauche. C'est pour ça aussi, peut-être que les gens étaient des gens de gauche. Je veux dire, le gouvernement de Hollande, de Valls, excusez-moi, il y avait beaucoup de ce type de phrases. Macron, du PS et de la droite, etc. Donc, quand vous avez répété quelque chose pendant 20 ans, il tombe dans une forme d'évidence. Et c'est ça, le vrai problème.

C'est que vous avez aujourd'hui encore beaucoup de gens qui pensent que même en votant parfois à gauche, que le programme économique de gauche est irréalisable, tellement ils ont été nourris à cette forme de propagande. Là, il y a 5 ans avant la prochaine élection, il faut faire la même chose. Il faut faire une propagande de gauche et trouver des choses qui nous lient. Voilà, pas des choses qui nous séparent ou qui vont créer de la tension entre les classes populaires. Et s'il y a bien quelque chose qui nous lie, c'est le fait que ce modèle économique est un rouleau compresseur pour les classes populaires. Et donc, il faut bosser là-dessus. Il faut bosser là-dessus.

Les libéraux, ils ont été sur des questions sur le conservatisme, sur plein de choses comme ça. Ils y ont été complètement. Mais s'il y a une chose sur laquelle ils sont d'accord, la droite, la Macronie, l'extrême droite, c'est sur le fait qu'il va falloir un modèle économique libéral. Vous voyez ? Et là-dessus, ils sont d'accord. Donc, pour le modèle économique, c'est rentré dans les mœurs. Après, il y a des petites différences, c'est rentré dans les mœurs des gens. Il faut qu'on fasse la même chose, nous, à gauche, avec un modèle économique que l'on fasse pénétrer très fortement dans l'esprit des gens. Et c'est loin d'être gagné, même si ça a beaucoup progressé.

Parce que quand on voit au dernier débat le MEDEF qui est capable de dire que le programme d'économie de Mélenchon est crédible, on a fait un bond entre 2022 et 2017 énorme. Et ça, ça a été fait, je pense, grâce à beaucoup d'économistes, les économistes atterrés ou des économistes de stature internationale qui ont soutenu les programmes de Mélenchon. Donc, moi, j'espère que la prochaine fois, on aura un vrai débat de fond sur la question économique parce que c'est de là dont découlent toutes les inégalités et les problèmes sociaux de la majorité des Français. De la majorité.

12:12
Fabien Roussel

Tu m'avais dit les vrais assistés, ce sont les grandes entreprises du CAC 40 et en fait, aujourd'hui, les classes moyennes, elles payent plus pour elles que pour le RSA ?

12:22
Présentateur

Non, mais il faut être clair aujourd'hui que les gens qui sont le plus soutenus, ce sont les gens qui ont été le plus soutenus sous le quinquennat Macron, c'est le CAC 40 et c'est les 1% les plus riches. Le reste de la population a eu quelques éléments, on va dire, de pouvoir d'achat avec la suppression des cotisations sociales mais ce pouvoir d'achat était retiré sur d'autres choses parce que là, on va le retirer sur l'assurance chômage et bientôt sur les retraites. Donc, ce qu'on a donné d'une main aux classes populaires, on leur retire d'une autre main.

Mais il est vrai que le constat aujourd'hui, global, et c'est pour ça qu'il faudrait mettre tous ces gens dans le même sac, c'est que la gauche n'est pas contre l'entreprise parce qu'il y a plein de petits entrepreneurs qui sont le tissu industriel de la France et qui ont fait énormément de choses et qui ont été des victimes de la mondialisation. Le textile français, en fait, qu'est-ce qui s'est passé ? Le textile français a été tué par le textile turc et le textile asiatique. Ils n'avaient pas du tout les mêmes normes de fabrication. Ils n'avaient pas du tout les mêmes fiscalités. Ils n'avaient pas du tout les mêmes normes environnementales.

Et donc, ils ont tué toutes ces PME françaises du textile. Et là, la gauche doit être avec ces PME qui ont été tuées par des grands groupes qui ont une pression fiscale moins élevée et par le modèle économique. Si on avait eu un modèle économique plus protecteur de notre industrie textile, peut-être qu'aujourd'hui, et ce serait mieux pour tout, en réalité. Donc, il faut essayer de ramener le plus de gens possible, l'entrepreneuriat, les classes populaires des banlieues, les agriculteurs, tout, à une histoire, un narratif de gauche. Et sur l'économie, on a vraiment un narratif parce que tous ces gens ont été frappés plein fouet par le modèle économique.

13:50
Fabien Roussel

Je fais une petite parenthèse parce qu'on parle beaucoup de chômage, de dons du chômage, etc. Le chômage, il faut savoir qu'on cotise pour. Je préfère le rappeler parce que souvent, c'est quelque chose qui est très oublié. Depuis tout à l'heure, on dit la gauche, mais je pense qu'il faut qu'on dise les gauches. Il y a beaucoup de disparités qui sont en train de se dessiner. Quelle image de la gauche ça donne selon toi ? Et le fait qu'il y ait des débats internes, est-ce que ce n'est pas sain ça comme mécanisme ?

14:10
Présentateur

Je suis un observateur et je peux d'autant plus le dire que je n'ai pas de compte à régler et je n'espère rien avoir et que si j'avais voulu être député, je le serais ou et je serais élu puisqu'on m'a proposé plusieurs fois des places éligibles et c'est comme ça qu'on parle dans les partis de manière générale. J'ai toujours défendu, je n'aime pas dire ce mot-là, une économie de gauche, mais une économie plutôt sociale. Donc, je n'ai pas de problème. Mais en fait, quand je vois ça, quand j'observe ça, qu'est-ce qui s'est passé ? L'accord s'est fait en 48 heures.

Donc, quand il s'agissait en fait de sauver un poste et c'était peut-être probablement le jour où on va aller sûrement la chandelle, mais ça s'est fait en 48 heures. Et puis maintenant que chacun a son poste, il y a les divergences qui ressortent par-ci, par-là et tout le monde nous dit que c'est génial. Mais pour quelqu'un qui regarde ça, il se dit, mais c'est vrai. C'est quoi le but en fait ? Là, qu'est-ce qui s'est passé sur les réseaux sociaux ? Qu'est-ce qui s'est passé sur les militants ? Ils n'arrêtent pas de s'insulter entre eux. Les militants de gauche qui sont en plus des partis plutôt frères à la base parce que le PC Mélenchon était longtemps des partis frères.

Ils n'ont fait que s'envoyer des pics. Pour la plupart des gens, c'est un spectacle qui est pitoyable. Et je veux dire, ça c'est dû à quoi ? C'est dû à deux choses, comme je l'ai dit, à la société du spectacle. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, pour exister, tu dois sortir un truc différent. Il y a une hiérarchie en fait de l'indignation due aux réseaux sociaux qui fait que tu dois soit reprendre le langage de la droite et d'extrême droite et on dit « Oh là là, mais en fait, il est de gauche, mais il est dans le monde du réel. » C'est à peu près ça.

Soit mettre sur la place publique des débats, mais complètement, qui peuvent être intéressants, mais qui sont loin des préoccupations des Français qui ont des fins de mois difficiles. Et là, on va parler de toi. Alors c'est vrai d'instagrammer un certain nombre de choses que d'instagrammer une baisse des dotations aux collectivités locales. Jamais tu verras une manifestation où des gens disent « Le point levé, c'est la baisse des dotations aux collectivités locales avec des stars qui sont là. Ça n'arrivera jamais. » Et ce sera pareil pour l'augmentation du SMIC. Donc il y a une hiérarchisation qui font que tout le monde prend des positions de plus en plus radicales pour qu'on parle de lui.

Et c'est d'autant plus inquiétant que là, Mélenchon a dit qu'il n'allait pas se représenter et que là, il va y avoir une bataille pour la succession. Et que là, dans la tête de tous ces gens, ils se disent « Bon, pourquoi pas moi ? » Et donc ça commence maintenant. Et donc là, si ça continue comme ça pendant cinq ans, moi je pense que la gauche elle risque d'être en miettes. Donc il faut plutôt jouer sur nos points où on est unis, rester en place, essayer de présenter une liste commune aux européennes, présenter des municipalités de manière commune pour gagner des territoires, gagner des batailles et être prêt pour gagner pour la victoire.

Parce que le but de la politique ce n'est pas d'être au premier plan ou d'être important ou d'avoir 1000 retweets. C'est de changer la vie des gens. Et parfois, moi j'ai l'impression que pour beaucoup, c'est plutôt de faire du buzz, de passer à la télé et de se dire « Voilà, peut-être ça va être moi qui va être élu, je vais être le meilleur de mon parti, mais sans avoir une vraie stratégie pour gagner. » Et ça, c'est très désolant. Très désolant.

16:54
Fabien Roussel

Alors justement, je vais donner mon avis pour une fois, mais je pense que pour que les classes populaires et rurales votent avec toutes les informations disponibles pour faire un choix éclairé, il faut remettre l'économie et le savoir au cœur du débat. Sauf que l'économie, l'information, ce n'est pas à la portée de tout le monde. Alors, ce n'est pas une question d'intelligence, c'est une question d'accessibilité au savoir, de temps aussi et de possession du savoir par les classes favorisées. Et puis souvent, l'économie peut paraître barbante et complexe.

C'est vrai que c'est complexe et c'est pourquoi on veut dans les instants porchés décrypter l'actualité, vous donner tous les chiffres, vous expliquer les mécanismes de tout ce qu'on entend autour de nous. On était d'ailleurs présents à la fête de l'humanité pour discuter de tout ça sur le stand du média et je remercie toutes celles et tous ceux croisés durant tout ce week-end. Thomas, dans le débat politique, le décryptage, l'économie occupe de moins en moins de place. Pourquoi ?

17:39
Présentateur

Parce qu'on est, et là je rejoins encore ce que j'ai dit, on est dans la société du spectacle et une élection, c'est un concours de beauté. Vous savez, moi j'ai des gens, parfois en 2017, j'avais écrit un livre qui s'appelait Introduction inquiète à la Macron-économie et j'avais lu les programmes et il y avait des gens qui votaient Macron et je leur disais mais pourquoi tu votais Macron ? Et il te redisait ah oui mais il est crédible, alors pourquoi il est crédible ?

On ne sait pas trop mais il est crédible, c'est un aspect global mais tu as vu quand même que dans son programme il y a des choses qui vont être très difficiles par exemple 120 000 postes de fonctionnaires en moins, ça va être difficile où est-ce qu'on va aller les chercher ? Ou par exemple 15 milliards d'économies sur l'assurance maladie donc les hôpitaux, ça va être difficile. La loi Travail XXL, ça va être difficile. Je fais que tu en penses quoi de ça ? Oh bah j'ai pas lu, je savais pas, je sais pas. Voilà, c'est ça aujourd'hui. Il y a même des gens qui vous disent, même quand j'ai discuté avec des journalistes, mais aujourd'hui plus personne ne lit les programmes.

Alors qu'en réalité tu vois, Macron il avait dit ce qu'il allait faire plus ou moins, il n'a pas pu tout faire mais il en a fait une grosse partie quand même malgré tout. Mais les gens ont déjà oublié. Donc là il y a un vrai problème en fait sur le fond. Macron a fait à peu près ce qu'il a dit, Hollande c'est vrai qu'il a fait l'inverse et donc il a trahi les électeurs de ce qu'il avait promis par rapport à ce qu'il avait promis. Mais la réalité c'est qu'il faut regagner quand même la bataille du fond quelque part.

Alors le fond c'est pas de faire un programme de 150 000 pages ou de faire des livres de 18 tomes parce que moi je comprends que des gens après une journée de travail n'ont pas le temps de se plonger dans un truc. C'est de redonner des arguments. Des arguments. Voilà. Dans le débat. Des arguments. D'y croire. De croire qu'un autre monde est possible parce que oui un autre monde est possible. Les gens n'y croient plus. Même dans les classes populaires ils n'y croient plus. C'est pour ça qu'ils se gaufrent dans ce que dit la droite qui elle nous le répète depuis 20 ans. Et de retrouver des arguments et de croire que c'est possible. Pour moi un argument ça se matraque. C'est ce qu'ils ont fait.

C'est ce qu'ont fait les libéraux. Enfin ils l'ont matraqué mais pendant 30 ans. Donc nous on a du retard parce qu'une partie de la gauche a repris ses éléments de langage et a trahi. Mitterrand a trahi et Hollande a trahi. Mais là il y a une nouvelle génération qui arrive qui veut changer les choses et aujourd'hui les jeunes sont indignés. Moi je pense que c'est génial. Mais l'indignation les marches ça nous permettra de gagner des batailles mais on ne gagnera pas la guerre sans avoir un projet crédible auquel nous croyons. Et l'économie c'est le nerf de la guerre.

Pourquoi Macron en fait il a mis son programme économique que très tardivement en 2017 et qu'il s'est contenté de dire oui moi c'est la révolution oui moi c'est ci oui moi je veux une société plus sympathique mobile, inclusive avec tout un tas de vocabulaire en fait comme ça qui masquent en réalité des rapports de force vous voyez une espèce de soupe comme ça managerial start-up nation et que son programme il l'a présenté très rapidement dans les échos en une page il en a pu parler alors qu'il y avait tant de choses à dire pourquoi ?

Parce qu'il savait que c'était dur donc il a fait son programme puis très rapidement il a été joué au foot à Sarcelles avec des jeunes puis t'as des gens qui ont commenté c'était du spectacle il joue au foot à Sarcelles il a marqué un but en fait Macron c'est pas le président des riches c'est le président de tout le monde il a adoré en banlieue non mais c'est horrible alors qu'en fait il allait faire il allait faire des choses à Sarcelles qui n'ont jamais été faites la baisse des dotations avec la loi travail enfin il allait ubériser la plupart de ces populations là et il le faisait avec le sourire donc il faut regagner vraiment la bataille de l'économie et même pour les néophytes ceux qui trouvent ça très compliqué je le comprends et bien dans ce cas là il faut avoir une argumentation aussi rapide que celle de ah si tu taxes les profits tu empêches l'investissement et l'emploi ça fait oulala si tu flexibilises le marché du travail et bien si tu licencies plus de gens tu ne peux pas pouvoir plus facilement embaucher c'est plus flexible c'est mieux on ne sait pas pourquoi tout ça mais tout ça est répété en boucle répété en boucle répété en boucle un fonctionnaire ne travaille pas etc enfin tout ça les riches heureusement qu'ils sont là sinon on n'aurait pas de sécurité sociale tout ça il faut qu'on ait le même narratif à gauche parce que c'est la seule solution il faut faire le même bourrage de crâne qu'ils nous ont fait mais à gauche et là on a 5 ans pour le faire normalement

21:19
Fabien Roussel

ce qui est pratique quand on use de très peu d'arguments factuels et économiques c'est qu'on peut lire et faire lire les événements à base d'arguments idéologiques aujourd'hui le discours libéral qui parfois est factuellement faux peut s'imposer comme la vérité générale Thomas comment tu expliques ce phénomène

21:33
Présentateur

moi pour moi vraiment ce qui a fait ça il y a deux choses là je reviens encore sur ce que j'ai dit il y a deux choses la première des choses c'est ce matraquage pendant 30 ans qui a fait que les gens aujourd'hui ont accepté ça alors qu'en réalité c'est faux mais c'est faux de A à Z je veux dire vous vous rendez compte comme les français ont été roulés dans la farine quand vous avez monsieur Griveaux qui arrive avant la loi travail XXL la deuxième loi travail donc un an après la loi El Khomri qui arrive et qui vous dit ça fait 30 ans qu'on a le même code du travail alors même que la loi Macron a été votée avant qui a rajouté des pages au code du travail la loi El Khomri a été votée avant qui a rajouté des pages à la loi du travail et qui vous dit ça comme ça l'air de rien et que personne ne lui dit mais attends là tu exagères parce qu'il y a eu quand même plusieurs réformes ne serait-ce que les dernières années mais si on reprend ces 20 dernières années sur les champs relatifs au marché du travail vous avez eu plus de 200 réformes dans cette période là mais là personne quand vous avez Macron qui vous dit l'ISF je ne regrette pas de l'avoir fait parce que ça a permis de relancer l'investissement alors que des rapports qu'il a commandés lui-même disent l'inverse là vous vous rendez compte que le narratif il y a une espèce de logique qui s'est imposée il faut faire la même chose il faut faire la même chose mais le problème c'est que l'économie dans la société du spectacle elle est relayée vraiment aux arrière-plans ça n'intéresse personne et pourtant les conséquences sont là quand Libération dit ma crèche va craquer tout le monde s'étonne alors là bien sûr il peut y avoir des belles marches des points levés sauver les bébés tout ce que vous voulez mais ce truc était prévu était programmé depuis 2015 quand tu baisses tes dotations il y a moins d'investissement dans les crèches quand il y a moins d'investissement dans les crèches t'étonnes pas que ça quand après il n'y a plus de crèche en 2015 qui a dénoncé cette baisse de dotation tu les comptes sur les doigts d'une main personne n'en parlait et si tu en parles on lève les yeux au ciel voilà parce que c'est pas intéressant t'en as la conséquence t'as une des premières conséquences et ça va s'annoncer pire de toute façon c'est vraiment là ce qui va arriver va être à mon avis très difficile donc voilà où on en est donc c'est pour ça que c'est important de remettre un discours économique et de remettre l'importance de l'économie au coeur du débat public parce que c'est le nerf de la guerre parce que ça crée du lien entre les gens parce que nous sommes tous victimes de ce système économique et parce qu'il faut se réapproprier un discours économique de gauche

23:33
Fabien Roussel

ils ont des milliards mais nous sommes des millions et si le média débarquait à la télé pour assurer la continuité de nos programmes pour défendre une information indépendante et libre mais aussi grandir et devenir une réelle chaîne de télévision nous avons absolument besoin de vous et de votre abonnement car nous sommes une coopérative qui ne vivons que de la communauté citoyenne rendez-vous sur lemediatv.fr pour en savoir plus sur ce grand projet et le réaliser tous ensemble nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas et vous chaque semaine merci de toujours nous suivre pour tous vos commentaires et vos pouces en l'air sous les vidéos spectateurs, abonnés, donateurs et sociaux je vous dis à la semaine prochaine

24:08
Présentateur

bienvenue sur la nouvelle antenne 24-7 du Média avec une grande émission en direct des Flash Info et toutes les émissions que vous aimez ne cassez pas votre télé le Média y fait sa rentrée diffusé 24h sur 24 et 7 jours sur 7 soutenez-nous aidez-nous à construire la chaîne du peuple pour la chaîne du Média

24:29
Locuteur

et tous les émissions de la chaîne du Média et tous les émissions pour la chaîne du Média et tous les émissions