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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 27 février 2026 9 min

La consommation repart à la hausse dans le bio, "des perspectives très intéressantes" pour 2026, selon l'Agence Bio

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, Alibadou, le 6-9. 6h20 sur France Inter, c'est le dernier week-end pour profiter du salon de l'agriculture, l'occasion de faire un point sur le marché et le bio. Bonjour Bruno Martel. Bonjour Ali. Vous êtes président de l'agence bio, c'est le dernier week-end, je le disais, pour profiter du salon de l'agriculture, une édition en demi-teinte avec l'absence des vaches évidemment pour les plus curieux. Et puis un mini-bus pour l'agence bio en dehors du salon. Vous n'avez pas eu les moyens, en tout cas puisque votre agence est financée par l'État et que votre budget a diminué, de vous installer, j'allais dire, en majesté à l'intérieur du salon.

Mais vous avez malgré tout essayé de tout faire pour rendre le bio visible et c'est l'occasion de voir l'état des lieux de la consommation de bio en France aujourd'hui. Petit bilan de ce salon qui se termine ?

1:02
Bertrand Martel

Alors effectivement, on est à l'extérieur, ce qui nous a permis de réduire notre budget par deux. Donc le reste sera consacré à d'autres actions de communication. Et ce n'est pas un mini-bus en fait, il est vraiment très très grand sur l'esplanade à l'extérieur avec un grand soleil depuis lundi. Et pour nous, producteurs bio, être à l'extérieur en plein soleil, en fait, on a eu une chance incroyable.

1:26
Présentateur

Alors vous voyez le verre à moitié plein, mais vous avez évidemment suivi la polémique puisqu'on a vu que les agences ou les stands institutionnels avec les autres organisations agricoles sont en majesté et que vous avez été d'une manière générale et comme la filière bio décrit comme invisibilisée. Mais reprenons l'essentiel, à savoir la reprise de la consommation. Vous publiez le 23e baromètre de la perception et de la conception de la consommation du bio, Bruno Le Martel. En 2025, 6 Français sur 10 déclarent consommer du bio au moins une fois par mois. C'est 5 points de plus qu'en 2024. 35% en consomment au moins une fois par semaine. C'est plutôt une bonne nouvelle.

Et est-ce que la crise du bio qu'on connaissait depuis 2022 est désormais derrière nous ?

2:18
Bertrand Martel

Alors effectivement, c'est une très bonne nouvelle pour nous, mais ce n'est pas terminé. C'est-à-dire que vous avez raison, on a passé deux années très compliquées, les années 2023-2024. Donc les professionnels étaient en attente d'une reprise qu'on ne voyait pas arriver. Et aujourd'hui, elle est constatée dans les magasins spécialisés qui tirent la consommation. Et aussi en vente directe dans les fermes, on est en attente d'une vraie reprise en magasin en grande surface. En fait, là, on n'a eu que 1% d'augmentation. Et on s'attend à avoir une augmentation dans cette chaîne de magasins qui tire généralement des volumes importants.

Et moi qui suis agriculteur, c'est aussi la consommation qui tirera la production. Donc on est encore en attente de confirmation.

3:03
Présentateur

Mais alors vous en attendez d'abord de ce marché qui croît de 3 à 4% de la consommation à domicile en 2025. D'abord dans les magasins spécialisés, dans la vente directe, en grande distribution. Vous, par exemple, producteur, est-ce que vous ouvrez votre ferme à ceux qui voudraient acheter, que sais-je, des brocolis ?

3:23
Bertrand Martel

Je ne sais pas ce que vous cultivez. Alors moi, je suis producteur de lait avec mes deux enfants, 27 ans et 25 ans, Apolline et Maxime. Et ils reprennent une ferme avec moi aujourd'hui qui est en agriculture biologique depuis 25 ans. Et avec des fondamentaux qui permettent de préserver l'environnement dans des dimensions très très fortes aujourd'hui. Et on voit bien que les enjeux de société aujourd'hui qui concernent la santé, qui concernent la biodiversité, l'usage des sols, sont quand même des enjeux très très importants.

Et dans le contexte actuel, on était malgré tout en attente de cette reprise parce que dans les messages, on avait parfois des gens qui nous disaient « Mais vous êtes sûr que l'agriculture biologique a un avenir ? » Et on le confirme aujourd'hui et c'est ce qui nous permet de voir pour l'année 2026 des perspectives très intéressantes et on les accompagnera, y compris au niveau de l'agence bio que je pilote.

4:23
Présentateur

Évidemment. Alors Bruno Martel, c'est assez passionnant de lire ce baromètre parce qu'on voit que près de 6 consommateurs sur 10 invoquent la santé comme première motivation, devant l'environnement d'ailleurs, devant la manière de produire. Comment est-ce que vous expliquez ce retour en force de la santé dans les motivations d'acheter bio ?

4:41
Bertrand Martel

Alors très sincèrement, je pense que la santé est revenue en numéro 1 dans les actes d'achat parce que depuis quelques mois, on entend régulièrement parler de la qualité de l'eau, des risques concernant la santé.

4:57
Présentateur

Les infantiles, on l'entendait dans le journal d'Amélie Perrier.

4:59
Bertrand Martel

Non mais voilà. Et malgré tout, l'agriculture biologique, systématiquement, lorsqu'il y a des doutes sur l'alimentation, eh bien on a un report de consommation sur les produits bio dans ces moments-là parce qu'ils offrent des garanties concernant le mode de production et on attendait en fait cette visibilité qu'on a parfois du mal à expliquer. Mais pourtant, parce que, alors ce qui est difficile à expliquer,

5:22
Présentateur

c'est la confusion qui persiste entre ce qui est bio et ce qui est local. Ce qui est, allez, on va employer un mot qui ne veut rien dire mais qui sonne quand même à l'oreille de chacun, l'authenticité et le caractère proprement biologique. Ça, c'est un problème de pédagogie, de contrôle, de communication ?

5:41
Bertrand Martel

Ah oui, oui. Non mais ce n'est pas parce qu'un produit est local qu'il est forcément garanti dans sa manière de produire. La différence avec un produit issu de l'agriculture biologique, c'est qu'il est contrôlé par un organisme certificateur. Il correspond à un cahier des charges extrêmement rigoureux et surtout, il garantit que la production n'a pas utilisé d'engrais chimiques, de pesticides. En fait, il y a une garantie contrôlée et vérifiée et on est un des seuls modes de production avec un tel niveau de contrôle.

6:14
Présentateur

Et de surveillance. Mais alors comment expliquer que la production baisse aujourd'hui

6:18
Bertrand Martel

alors que la consommation repart ? Alors en fait, il y a souvent une inertie pour avoir des produits issus de l'agriculture biologique. Un producteur de lait, par exemple, doit passer deux années en reconversion, entre guillemets, avant de pouvoir livrer sa production en agriculture biologique. Et pendant ces deux années, il commercialise ses produits en dehors du circuit bio parce qu'ils ne sont pas encore certifiés. Ce qui fait qu'entre le moment où on observe une reprise de la consommation et le moment où les produits sont disponibles, il se passe un laps de temps assez important. Et je pense qu'on est en train de vivre cette période-là.

6:53
Présentateur

Quand on regarde la photo des surfaces agricoles en France, en gros, le bio, ça représente 10% de la surface agricole utile. C'est en recul alors que la loi fixe un objectif de près de 20% d'ici 2030.

7:10
Bertrand Martel

C'est encore envisageable, atteignable ? Non, pour moi, je pense que c'est trop ambitieux. On n'y arrivera pas à 20%. Maintenant, la baisse des surfaces, elle est de l'ordre de 2%. C'est quand même sur 2,7 millions d'hectares en France. 50 000 hectares qui ont disparu l'année dernière et aussi l'année d'avant. Et aujourd'hui, on a bon espoir que les surfaces reprennent parce qu'avant tout, la préservation de l'environnement se fait sur des hectares et des surfaces préservées. Et on est en attente, justement, que cette surface qui était plutôt baissante reprenne un peu de couleur.

7:50
Présentateur

Oui, parce que le paradoxe, c'est que le grand mot, c'est la souveraineté, notamment la souveraineté alimentaire. 71% du bio consommé en France est d'origine française. Et le paradoxe, c'est que si l'offre ne suit pas, on va devoir importer davantage.

8:05
Bertrand Martel

Il y a une forme de contradiction au niveau des pouvoirs publics. Alors après, aujourd'hui, on est à 71% d'autonomie. Mais en fait, on est même à 84% si on inclut les fruits et les produits exotiques qui sont non produits en France. Il y a quand même des produits qu'on ne peut pas produire en France, en agriculture biologique. Et je pense sincèrement que dans les semaines et dans les mois qui viennent, on va réorienter aussi la production pour l'adapter. Et le premier facteur de croissance, c'était les fruits et légumes. Et on va embrayer très rapidement sur le lait. Et bon, voilà, moi qui anime des producteurs, c'est très, très important pour moi de leur donner ces signaux positifs.

8:47
Présentateur

Et merci en tout cas pour cet optimisme. Et on a envie de vous suivre et de vous encourager. Bruno Martel, président de l'agence Bio. Merci d'avoir été l'invité d'Inter. On vous laisse retourner au salon. Et ensuite, retournez, retrouvez vos vaches.

9:00
Bertrand Martel

C'est ça, je vais retourner sur le bus aujourd'hui pour accueillir les visiteurs. Et puis, je retournerai demain pour mes vaches. Vous en avez une préférée, elle a quel nom ? Alors, c'est précieuse en fait, ma préférée. Merci beaucoup et très, très bonne journée.