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interviewFrançois Ruffin· 21 novembre 2023 6 min

Inflation, le graphique qui révèle le projet Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
François Ruffin

Hier, vous étiez en Belgique pour voir comment fonctionne l'indexation des salaires sur les prix. Ça fait longtemps que vous en parlez, vous en avez d'ailleurs déjà parlé ici même dans ce studio, au tout début de l'inflation, pour vous c'était la solution, indexer les salaires sur les prix. Est-ce que vraiment ça augmenterait le pouvoir d'achat ?

0:16
Présentateur

D'abord, je ne prétends pas que ce soit la solution, mais je pense que c'est une bonne partie de la solution. D'abord, il faut voir qu'est-ce qui s'est passé. Je suis venu avec ce graphique. Ah, vous aimez bien les petits tableaux ? Oui, j'aime bien les petits tableaux. Qu'est-ce que c'est ? C'est pendant nos auditions, puisqu'on a une proposition de loi pour l'indexation des salaires sur l'inflation, on a eu ce graphique qui démontre de l'évolution des salaires, mais corrigé de l'inflation. Qu'est-ce qu'on voit depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron en 2017 au pouvoir ? Ça chute, je le vois. Ça chute, ça chute et presque tout est...

0:45
François Ruffin

Ça passe dans le négatif.

0:46
Présentateur

Presque tout est dans le négatif, mais même avant la crise du Covid, même avant la guerre en Ukraine, on est déjà dans le négatif. En fait, le seul moment où on a des barres qui montent vraiment vers le haut, c'est en pleine crise Covid, parce que les prix ont tellement chuté que ça a permis un relèvement du pouvoir d'achat. Ce que je veux dire, c'est que quand on a ça, qui se répète trimestre après trimestre, ce n'est plus l'effet du hasard, ce n'est plus l'effet d'une coïncidence, et ça devient pour moi suspect.

Soit on a à la tête du pays les plus mauvais économistes de France, et quand ils disent qu'ils veulent relever le pouvoir d'achat, ils échouent en permanence une fois après l'autre, mais je ne le crois pas. Mais soit, au fond...

1:22
François Ruffin

Ça veut dire quoi ? Vous pensez que c'est sciemment ? Oui. C'est volontairement ?

1:24
Présentateur

Je pense que volontairement, il y a un usage de l'inflation pour miner le pouvoir d'achat des Français, pour faire baisser les salaires, les salaires réels. Les salaires réels ont baissé d'au moins 7 points depuis 2017. C'est très grave ce que vous dites. Oui, c'est pour ça que je vous le dis en usant ce tableau-là, et en vous disant, soit ce sont les plus incompétents du pays...

1:44
François Ruffin

Quand vous entendez Bruno Le Maire qui dit qu'il lutte contre l'inflation, vous dites que c'est exactement l'inversion. L'inflation lui est confortable.

1:50
Présentateur

L'inflation, on peut lutter contre l'inflation, c'est une chose. Mais qu'est-ce qu'on fait sur les salaires ? C'est Gérald Darmanin, vous voyez, c'est pas mon ami, qui disait « Ce qui est inquiétant, ce n'est pas tellement que ces prix augmentent, c'est que les salaires n'augmentent pas, il est temps de dire aux forces du capital d'augmenter les salaires. » Et Bruno Le Maire, il fait ça à peu près. Il dit aux forces du capital, c'est-à-dire aux patrons, aux MEDEF, il leur dit « Augmentez les salaires ». Mais on voit que ça ne marche pas. Le président de la République, il nous dit quoi ? Il nous dit « la dynamique salariale suit à peu près l'inflation ». C'est-à-dire que les Français...

Tout est dans le « à peu près ». À peu près, ben oui, mais si vous voulez, les Français, l'an dernier, en un an, et là, ils ont perdu deux points de pouvoir d'achat en moyenne. Mais ça veut dire que la France du milieu, elle, elle a perdu trois points. Voilà. Et ça, on nous dit « bon, à peu près ». De décalage entre l'augmentation de l'inflation et l'augmentation du salaire.

2:35
François Ruffin

Mais François Ruffin, vous allez défendre.

2:36
Présentateur

Se tirer la ceinture de trois points, c'est pas grave. Donc je le dis là, pour moi, et là, maintenant, il y a quelque chose qui est de l'ordre du volontaire. Je suis amené à réaménager mon analyse, quand ça se répète mois après mois comme ça. Au départ, je me dis « bon, ben, ils ne sont pas bons, ils sont nuls ». Et après, je me dis « mais non, en fait, c'est sciemment ». Pourquoi ? Parce qu'évidemment, tout ce qui est pris sur les salaires, où ça va ? Ça va dans le taux de marge des entreprises, qui là, atteint des niveaux records. On a augmenté de 1,5 point sur la dernière année, et ceci dit, sans parler des dividendes qui…

3:09
François Ruffin

Mais François Ruffin, si vous voulez faire comme en Belgique. Alors en Belgique, oui, c'est vrai, les salaires ont beaucoup augmenté. Parce qu'effectivement, ils augmentent au même rythme que l'inflation. Mais sauf que l'inflation a augmenté beaucoup plus qu'en France. Donc ceux qui sont contre votre système vous diront « ben, vous augmentez les salaires, mais mécaniquement, l'inflation continue à augmenter, et c'est une spirale ».

3:28
Présentateur

Alors, d'abord, ce n'est pas vrai, l'inflation n'a pas augmenté plus en Belgique qu'en France.

3:32
François Ruffin

On a quand même eu 26% sur un an pour les légumes, 24% pour les oeufs, 16% sur le pain.

3:37
Présentateur

Si vous y allez aliment par aliment, on peut trouver de l'huile d'olive, des oeufs, et ainsi de suite. 12,7% pour tout l'alimentaire. On est à peu près pareil en France. Aujourd'hui, la France est le pays où les prix ont le plus augmenté depuis janvier 2022. C'est un panéliste qui le dit, Nielsen Haïku, qui a fait des comparaisons internationales de tout ce qui se passe au Royaume-Uni, qui est le deuxième pire pays après la France. Donc sur deux ans, la France est le pays où ça a le plus augmenté, parce que là, on a du mal à faire ralentir notre inflation.

4:05
François Ruffin

Mais vous savez que les Belges viennent faire leur course chez nous ?

4:06
Présentateur

Oui, mais oui.

4:07
François Ruffin

C'est peut-être qu'il y a une raison, quand même.

4:08
Présentateur

Alors, je vois votre contre-argumentaire, madame de Malheur. D'abord, j'aimerais qu'on me réponde, si on ne fait pas l'indexation des salaires sur l'inflation, comment on répond à une inflation structurelle ? Comment on fait pour que, simplement, moi je viens poser ça, ce principe, les Français, tous les habitants de ce pays doivent pouvoir vivre de leur travail, bien en vivre, et pas en survivre. Or, aujourd'hui, on a les Français qui survivent. Quand ils travaillent, quand ils travaillent dur, ils survivent. Alors, si on me dit qu'il ne faut pas faire l'indexation des salaires, qu'on me dise ce qu'on fait d'autre. Et là, ce qu'ils font, c'est rien.

4:40
François Ruffin

Ils incitent les entreprises à augmenter les salaires, ça ne suffit pas, visiblement.

4:44
Présentateur

Et quand ils proposent une prime, il y a un salarié sur cinq qui touche cette prime. Donc, là, aujourd'hui, ce qui est fait sur les salaires, c'est rien. Maintenant, qu'est-ce qui se passe dans les supermarchés belges, en comparaison des supermarchés français ? Vous savez, les patrons belges, ils n'aiment pas l'indexation des salaires sur l'inflation. Dans les années 80, ça a été supprimé au-dessus, aux Pays-Bas, ça a été supprimé en dessous, en France. Ils disent, mais pourquoi nous, la Belgique, on est condamnés à garder l'indexation ? Donc, ils n'en veulent pas.

Donc, chaque fois qu'il y a un problème, quand il y a du diabète, quand il y a des inondations, c'est la faute de l'inflation, en gros. De l'indexation des salaires sur l'inflation, pardon. Et là, sur les supermarchés belges, ils viennent dire, ben voilà, nos prix, ils augmentent, c'est à cause de l'inflation. Il y a deux autres causes. D'abord, le taux de marge des entreprises belges, il est très, très, très élevé aussi. Ce n'est pas une spécificité française, c'est la première chose. Et surtout, les centrales d'achat belges n'ont pas la force de frappe des centrales d'achat français pour mener un bras de fer avec les industriels.

Le bras de fer qu'on a déjà du mal à mener en France, mais on le voit en particulier, c'est les grandes marques, sur les grandes marques, les prix en Belgique ont particulièrement augmenté.

5:46
François Ruffin

Et ça, François Ruffin, j'en parlais encore hier matin à 8h30, avec Dominique Schelcher, le patron des magasins U. Vous défendrez cela quand, François Ruffin ?

5:53
Présentateur

Demain matin, en commission des affaires sociales.

5:56
François Ruffin

Et ce sera donc la proposition de loi que vous défendrez demain matin à l'Assemblée ?

6:00
Présentateur

En fait, c'est ma collègue Alma Dufour qui en est la rapporteure.

6:03
François Ruffin

François Ruffin, député LFI de la Somme, merci d'être venu défendre, au fond, votre parti pris à 7h40. Il est 7h48 maintenant sur AMC. Sous-titrage ST' 501

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