Michel Barnier : "J’aurais préféré un vote plus ouvert, qui donnerait une légitimité plus grande"
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Il est 8h23, France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien l'un des candidats LR à l'élection présidentielle. Il fut le négociateur en chef de l'Union Européenne pour le Brexit, ancien commissaire européen, ancien ministre. Questions et réactions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via notre application mobile. Bonjour Michel Barnier. Bonjour, bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin.
On va parler avec vous dans quelques instants de votre candidature évidemment à la présidentielle, de l'état de la droite et du congrès qui le 4 décembre prochain déterminera qui sera le ou la candidate de votre famille politique. Mais quelques mots d'abord sur le résultat des législatives allemandes. Après une campagne qui aura été marquée par une grande volatilité des intentions de vote, c'est le SPD d'Olaf Scholz qui arrive en tête, suivi de près par la CDU, CSU d'Armine Lachette. Les verts sont troisième. Quelle lecture faites-vous de ces résultats, de ce que décide la frontière du Rhin ce matin ?
D'abord Nicolas Demorand, quand on parle de l'Allemagne, on n'est pas loin des questions liées au débat français. Le nouveau président de la République, dès le mois de mai ou juin, retrouvera le nouveau chancelier allemand au Conseil européen. Et je serais prêt, en toute hypothèse, si les Français me font confiance, à travailler ainsi, à terminer la présidence française et à construire avec l'Allemagne une coopération sans doute un peu plus équilibrée qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Avec cette conviction que j'ai depuis très longtemps, je me suis engagé au moment de la poignée de main entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer et j'ai été gaulliste et européen à cette occasion-là et je le suis resté. Je pense que la coopération franco-allemande est, comment dirais-je, de plus en plus nécessaire, de moins en moins suffisante.
Alors, sur le résultat d'hier ?
D'abord je pense à Angela Merkel, une des femmes d'État les plus remarquables qu'on ait pu connaître en Europe et elle a joué un rôle pendant très longtemps pour cette coopération franco-allemande. Et pour l'Europe, il y aura un nouveau chancelier. Je ne peux pas dire aujourd'hui, personne ne peut dire qu'elle sera... C'est ça, c'est très ouvert puisque... De cette élection et quelle est la coalition qui sera construite, je ne pense pas qu'il y aura un très grand changement. Peut-être si les Verts rentrent dans la coalition une inflexion sur les questions d'énergie, au-delà de ce qui a été déjà décidé. Je pense à Angela Merkel parce que c'est le moment de la remercier.
Je me souviens d'une conversation au cœur d'une nuit de négociation avec les Britanniques sur le problème de l'Irlande qui était très difficile et le conseil qu'elle m'a donné à cette occasion et que je n'ai pas oublié et que je garderai en tête dans le prochain quinquennat. Elle m'a dit, Michel, quand je rencontre un problème, et Dieu sait ici, quand on est chancelier ou président, on en rencontre beaucoup, des problèmes, je prends, comme scientifique, me dit-elle, trois pas en arrière et je regarde l'image globale, le paysage global pour trouver une solution. Voilà, c'est un conseil que je garde d'Angela Merkel.
Michel Barnier, encore un mot. Vous dites les résonances de la campagne allemande avec la campagne française. En tout cas, immigration et islam n'ont pas du tout été des thèmes de campagne en Allemagne alors qu'ils monopolisent cette pré-campagne présidentielle en France. Qu'est-ce que ça vous inspire comme réflexion ? Les mots immigration et islam ont été très peu, même prononcés par les candidats.
C'est exact, mais il faut se souvenir d'il y a très peu d'années, 4 ou 5 ans, le débat extrêmement vif et dur en Allemagne sur ces questions. Nos pays ne se ressemblent pas en tout. Heureusement, d'ailleurs, nous ne construisons pas une Europe uniforme, nous voulons une Europe unie, ce qui est assez différent. Et c'est sûr que la question de l'immigration, les fractures que cette question, tant qu'elle n'est pas bien traitée, provoque dans d'autres pays ont une résonance et une gravité différentes chez nous.
On va y venir dans quelques instants pour commencer la politique. La droite, les adhérents LR qui ont donc voté, exitent la primaire ouverte. LR désignera son ou sa candidate par un vote fermé en congrès réservé aux seuls adhérents. Michel Barnier, pour commencer, est-ce que vous regrettez que cette modalité de sélection ait été choisie et que la primaire, donc ouverte, n'ait pas été privilégiée ?
D'abord, c'est un vote démocratique des militants qui se sont exprimés librement en responsabilité. Et je respecterai cette règle du jeu qui était choisie par nos militants dans une famille politique qui a toujours été la mienne et que je n'ai jamais quittée. J'aurais préféré un vote plus ouvert, je l'ai dit avant, je le dis aujourd'hui, parce qu'il donnerait une légitimité plus grande. Après, ce sera au candidat que je serai, j'espère soutenu et investi par ma famille politique, de tendre la main, de trouver les mots pour réunir et travailler ensemble avec la grande famille centriste et d'autres encore.
Vous pensez que vous pouvez gagner ? Encore, vous pensez que les jeux ne sont pas pliés ? Quand on regarde la grande enquête d'opinion commandée par LR et révélée la semaine dernière, sur 15 000 votants, Xavier Bertrand sort en tête sur la plupart des questions, sauf sur la stature internationale où c'est vous qui êtes en tête. Mais pour la capacité à battre Emmanuel Macron, Xavier Bertrand est en tête avec 61, 11% des voix, 56% pour Valérie Pécresse et 38% seulement pour vous. On entend beaucoup de gens, en tout cas dans l'entourage de Xavier Bertrand, dire de toutes les manières que le jeu est plié, ce sera Bertrand.
Oui, mais je vous recommande de prendre garde à ce système médiatico-politique qui veut faire croire que tout est décidé, que le duel est annoncé. C'est comme le duel Macron-Le Pen. Franchement, il faut respecter les citoyens, il faut respecter nos militants. C'est à eux de décider le 4 décembre. Et je vous prie de croire que le résultat de ce premier vote interne démocratique au sein de notre parti ne sera pas celui qui est annoncé ou qui est espéré. Vous pensez que vous pouvez gagner ?
Oui, je pense que ce que je représente, le parcours qui est le mien, peut-être l'expérience, la méthode que je propose, l'ambition aussi pour notre pays d'être dans quelques années, 10 ou 15 ans, la première puissance économique, écologique, agricole d'Europe. C'est possible, c'est à notre portée. Cette ambition-là et la méthode qui portera cette ambition, je pense qu'elles vont recueillir la confiance d'une majorité de militants. Je peux rassembler cette famille politique. Je sais que je peux être le chef d'équipe ou le capitaine de cette équipe de France, constituée de tous ceux que vous avez visités, d'autres encore. Laurent Wauquiez, beaucoup de femmes.
Nous avons cette capacité dans cette famille politique d'avoir beaucoup de personnalités capables de gouverner ensemble. Il faut un capitaine. Je suis prêt à l'être. Je suis prêt à l'être pour rassembler cette famille, rassembler la famille de la droite républicaine et du centre et gagner l'élection présidentielle.
Il y a une question de calendrier, Michel Barnier, que soulevait Jean Léonetti hier dans le JDD. Il estime qu'il n'y a pas de temps à perdre. Je le cite. Le temps est un adversaire. Il faut trancher vite. On parle plus d'Éric Zemmour que de nous. Et Édouard Philippe est à la manœuvre pour rassembler les élus et militants de la droite et du centre. À force de décanter, on va déchanter, dit-il. Et fin de citation. Attendre le 4 décembre pour désigner le candidat de la droite, n'est-ce pas une véritable erreur stratégique ?
Je ne le crois pas. Je crois qu'il faut du temps. Et la question est comment ce temps est utilisé par les candidats ? Est-ce qu'on débat positivement, intelligemment, se respectant en proposant des idées ? Et au bout de la route, il faudra d'ailleurs faire une synthèse de toutes ces idées. Dans les idées que je propose sur l'immigration, sur l'autorité publique, la sécurité, sur le retour de l'activité dans notre pays, l'influence française, je suis prêt à travailler avec Xavier Bertrand, Valérie Pécresse le moment venu, une fois que j'aurai été désigné pour bâtir un projet commun. La question est celle de l'attitude.
Ce n'est pas un temps trop long si nous l'utilisons en nous respectant et en débattant et en respectant les Français aussi.
Oui, sauf qu'il y a une nouvelle donne, si j'ose dire, qui s'appelle Éric Zemmour, qui est à 10 ou 11% dans les sondages, qui bénéficie en ce moment d'une dynamique et qui ne cache pas qu'il veut dynamiter la droite, la vôtre, celle du RPR dont il se revendique et il dit c'est moi le candidat naturel de cette droite-là. Vous lui répondez quoi ?
D'abord, M. Zemmour est un commentateur, un polémiste et moi je veux être acteur, donc c'est une différence. Je ne sais pas s'il sera candidat.
Il est de plus en plus acteur. J'entends cette phrase systématiquement, ce n'est qu'un commentateur.
Non, ce n'est pas qu'un commentateur. Je n'ai pas dit cela, Léa Salamé. J'ai dit c'est un commentateur. Je n'ai pas de mépris à l'égard de quiconque, même si j'ai beaucoup de différences. Vous aurez du mal à trouver des points communs entre M. Zemmour et moi et notamment nous n'avons pas ni les mêmes idées, ni la même histoire. Donc je pense que nous devons traiter les questions qui préoccupent les Français. C'est ça qui m'intéresse. Et moi je ne vais pas passer mon temps à parler de tel ou tel candidat potentiel ou avéré. Et je veux parler des problèmes qui préoccupent les Français. L'immigration mal maîtrisée en est un.
Et je veux recréer, reconstruire un consensus national sur cette question.
En proposant à Michel Barnier de mettre en place un moratoire sur l'immigration extra-européenne pour une durée de 3 à 5 ans, est-ce que vous ne faites pas du zémourisme light ?
Je traite les questions qui préoccupent les Français. C'est ça le rôle et la responsabilité d'un candidat et du futur président de la République française. C'est de traiter les questions qui créent des fractures, des divisions, des tensions dans notre pays. Et moi je veux reconstruire sur l'immigration un consensus national. Le moratoire c'est un mot qui signifie un coup d'arrêt à un certain nombre de procédures qui ne fonctionnent pas ou qui sont détournées. Ça veut dire que pendant 35 ans, nous allons, en regardant de très près les flux d'immigration, mettre un coup d'arrêt à certaines procédures, par exemple les régularisations massives.
Nous allons regarder de près ce qui ne fonctionne pas. Ce qui ne fonctionne pas doit être changé. Et personne ne peut dire que la politique d'immigration française fonctionne, ni d'ailleurs la politique européenne. Et quand quelque chose ne fonctionne pas, au risque de créer de grandes tensions dans notre pays, il faut la changer.
Mais quand vous proposez ça, le moratoire, c'est vrai que c'est quelque chose venant de vous qui a beaucoup intrigué. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? Parce que le problème est sérieux. Oui mais alors justement, il y a à peu près ces 15 dernières années, environ 200 000 étrangers qui rentrent en France chaque année. Un peu plus, un peu moins, ça dépend des présidents, mais c'est à peu près la même chose. Ça n'a pas varié. Vous vous dites quoi ? Je serai président pendant 3 à 5 ans. Il n'y aura plus de regroupement familial ? Il n'y aura plus d'étudiants étrangers qui viendront ?
Non, naturellement pas. Il faut être sérieux et je suis quelqu'un de sérieux. Je ne fais pas de coups. J'ai travaillé sur cette proposition avec des experts du Conseil constitutionnel, du Conseil d'État dont je suis membre, avec des experts européens et ce n'est pas un coup. C'est une réponse concrète, globale, la seule d'ailleurs disponible aujourd'hui dans le débat politique sur cette question de l'immigration. On ne va pas stopper l'accueil des étudiants étrangers. On ne va pas non plus interrompre le droit d'asile qui fait honneur à notre pays. On va l'appliquer avec rigueur et avec humanité. Il y a l'immigration économique qui n'est pas maîtrisée.
Il y a trop de personnes qui doivent être renvoyées chez eux et qui ne le sont pas. Il y a des procédures qui sont détournées. Par exemple, les visas de long séjour pour santé, je veux qu'on y voit clair.
Mais sur ces 200 000 étrangers, vous en accueillez combien ?
Je ne vais pas prononcer de chiffres, excusez-moi. C'est un sujet qui sera débattu pendant la campagne présidentielle. Et surtout, je veux donner au Parlement, à travers un référendum qui sera proposé aux Français au mois de septembre prochain, et dont ils connaîtront les termes à l'occasion des élections législatives. Le référendum sera proposé dans ces questions dès le mois de mai, au premier tour des élections législatives, et donnera, si les Français le veulent, comme je le souhaite, la capacité au Parlement de se prononcer chaque année sur le nombre d'immigrés que nous accueillons chez nous pour bien les accueillir. C'est ça le problème aussi.
Et puis, au-delà de cette question nationale et de la souveraineté que nous devons retrouver sur cette question, sans remettre en cause l'Europe, évidemment, et la construction européenne à laquelle je suis très attaché, nous devons discuter avec nos partenaires et amis voisins pour que les frontières extérieures de l'Europe soient contrôlées. Ce qui n'est pas le cas réellement aujourd'hui, ils nous ont discuté avec les pays d'immigration en Afrique.
Vos propos, certains de vos propos, Michel Barnier, ont surpris par leur tonalité souverainiste, critique à l'égard de l'Europe. Vous avez déclaré qu'il faut retrouver notre souveraineté juridique, notamment sur le sujet dont vous venez de parler, la question des migrations, ne pas être menacé en permanence d'un arrêt ou d'une condamnation de la Cour de justice européenne. Clément Beaune s'est demandé comment une telle phrase peut avoir été prononcée par un Européen aussi engagé, vous-même. Nigel Farage, l'ancien président du Brexit Party, dit que vous êtes le plus grand hypocrite de tous les temps. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
L'opinion de M. Farage n'a aucune importance. C'est un extrémiste de droite nationaliste, populiste, qui a provoqué cette décision incroyable de son pays de quitter l'Union Européenne. Je veux juste dire sur ce point que M. Farage, lui, a réussi à mettre fin à la liberté de circulation en Europe. L'Union Européenne a vu le Royaume-Uni quitter le marché unique et quitter l'Union Européenne. Et nous l'avons regretté. Mais du coup, il n'y a plus de liberté de circulation. Jamais je ne mettrai en cause la liberté de circulation à l'intérieur de l'Europe. Je parle de l'immigration venant d'ailleurs. Quant au propos de tel ou tel membre du gouvernement, je ne vais pas faire de commentaire.
Ces gens ne me connaissent pas. J'ai été européen avant eux, je le serai après eux. Et je recommande d'ailleurs à tous ces gens de relire le livre que je suis venu au début mai présenter sur notre antenne ici même. Et de retrouver le premier chapitre de ce livre qui s'appelle Un Avertissement. Le Brexit, ce n'est pas rien. Le Royaume-Uni a quitté l'Union Européenne. Et si ces gens, que je connais bien par ailleurs, ne prennent pas un peu de temps pour réfléchir pourquoi ça s'est produit, c'est qu'ils n'ont rien compris. S'ils me disent qu'il ne faut rien changer à Bruxelles alors que le Royaume-Uni a quitté l'Union Européenne, s'ils n'ont rien compris.
Et c'est parce que je suis européen, en plus d'être patriote, je dis bien, européen et patriote, que je veux changer un certain nombre de choses qui ne fonctionnent pas dans l'Union Européenne.
Mais de là à dire qu'il ne faut plus respecter les décisions de la Cour de justice européenne.
Mais quand l'ancien Premier ministre de la France, de M. Macron, Édouard Philippe, dit précisément sur la question du temps de travail des militaires sanctionnés par la Cour européenne de justice, dit que cette décision de la Cour de justice est anormale, scandaleuse. Elle est contraire à notre intérêt, à notre souveraineté nationale. Est-ce qu'on a entendu les Clément Beaune et d'autres protester ? Rien, pas un mot. Donc je demande qu'on soit sérieux sur cette question. Et c'est parce que je suis européen...
Vous convenez qu'il y a beaucoup de gens... Vous avez écouté l'édito de Thomas Legrand tout à l'heure, puisque vous l'avez fait réagir dans les couloirs. Vous convenez que pour beaucoup de gens, vous êtes le monsieur Europe en France aujourd'hui, l'européen convaincu, et que soudainement, il se demande... C'est pas soudainement. C'est pas soudainement.
J'ai écrit cela dans mon livre. Je pense ça depuis longtemps.
Donc il n'y a pas de revirement pour plaire aux adhérents LR ?
Il n'y a aucun revirement. Il y a la ligne qui est la mienne, patriote et européen, gaulliste et européen. Et une Europe qui doit changer ce qui ne marche pas pour se retrouver dans l'appropriation des citoyens. Ce n'est pas possible de continuer à avoir une Europe qui a toujours raison à la bulle bruxelloise qui vous dit ne bougez. Ne changez rien, ne bougez rien, tout va très bien.
Et vous en avez fait partie de cette bulle bruxelloise ?
Oui, et j'ai changé ce que je pouvais changer. Quand par exemple je suis devenu, grâce à la confiance de Nicolas Sarkozy, le commissaire chargé des services financiers, c'était au cœur de la crise financière. Ça a été 30 ans de laisser faire, de laisser aller à Bruxelles d'ultra-libéralisme, de dérégulation, au point qu'on a permis à des banquiers de faire n'importe quoi, des produits toxiques, des bonus insensés. Mais vous y étiez, vous étiez au même acte. Oui, et bien j'ai changé. Qu'on me donne acte de ça, j'ai proposé 41 lois de régulation. 41 lois pour remettre de la morale, de l'éthique, de la transparence, de la supervision là où elle manquait.
Donc j'ai fait mon travail de changer l'Europe et je continuerai à le faire. C'est pour ça que je veux être président de la République.
Un certain nombre d'auditeurs ne disent pas que vous avez changé, mais disent que vous vous êtes renié. Pour être désigné candidat, vous êtes prêt à vous renier. Tout cela pour gagner des voix dans votre parti. L'honneur aurait supposé une autre hauteur de vue, M. Barnier. C'est ce que nous dit Christian sur l'application.
Eh bien Christian doit être convaincu que je n'ai pas changé de conviction. S'il veut bien lire ce que j'ai écrit depuis de longues années, j'ai toujours dit la même chose. Je n'ai pas de leçon d'engagement européen à recevoir. Je n'ai pas non plus de leçon de fierté nationale à recevoir de Mme Le Pen ou de M. Zemmour.
Bernard Ostandard, bonjour et bienvenue.
Oui, bonjour Bernard ici à l'appareil. Alors écoutez, je souhaite que Michel Barnier soit le candidat de la droite car il est à mon sens le plus crédible au plan national et international. On lui reproche son manque de charisme mais je ne veux pas d'un acteur de cinéma mais quelqu'un de sérieux avec une capacité potentielle de rassemblement toute qualité qu'il incarne. Voilà mon avis.
Merci Bernard pour cette question qui j'imagine fait plaisir à Michel Barnier et de vous répondre.
Elle m'encourage. En réalité, j'essaye de faire cette proposition pour rassembler ma famille qui a beaucoup souffert, qui s'est bien rétablie notamment grâce au travail de Christian Jacob sur le plan idéologique, sur le plan des élections qu'on a gagnées. Nos militants qui reviennent et auxquels je veux rendre hommage et que je veux remercier. Après, la campagne va être très difficile parce qu'elle n'est pas gagnée d'avance. Aucune campagne n'est gagnée d'avance. Et la gestion de notre pays avec l'endettement qui est le sien, le chômage que nous vivons, les fractures, les tensions, va être très difficile.
C'est pour cette raison que j'ai pris comme ligne bleue de cette candidature l'engagement de respecter les Français, de faire respecter la France, y compris de la faire respecter à l'intérieur de notre pays.
Un mot sur l'affaire des sous-marins australiens. Vous avez déclaré dans le point, je crois, nous y retrouvons une sorte de marque de fabrique de la diplomatie macronienne, des ambitions grandioses en forme d'incantation, mais au final, une solitude française car ce gouvernement ne parvient ni à convaincre nos partenaires ni à nous faire respecter. Vous auriez fait mieux qu'Emmanuel Macron, Michel Barnier ? Vous pensez vraiment qu'avec vous, Joe Biden aurait dit non, on ne pique pas le contrat du siècle à la France ?
Je ne vais pas dire cela parce qu'il faut être sérieux sur cette question. Ce que je pense, c'est que ce contrat important, historique, a-t-on dit à l'époque, qui a été un bon contrat sur le plan industriel et technologique avec de belles entreprises françaises, n'a pas été bien accompagné politiquement. Pendant les derniers mois ou les deux dernières années, il y avait des alertes qui ont été données à plusieurs reprises sur le sentiment qui changeait à Canberra, le Parlement australien, les pressions américaines et je pense qu'il aurait dû être mieux accompagné politiquement. Maintenant, les choses sont faites.
Tout de même, je pense que les Américains doivent comprendre et je le leur dirai comme les Anglais que l'alliance, ce n'est pas l'allégeance et que l'alliance exige de la confiance. La confiance est ébranlée.
Après Bernard, c'est Pierre-Yves qui est au standard. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour,
M. Barnier. Merci de prendre ma question. Je vous écoute très attentivement et je crois que vous êtes adepte du grand écart tout de même, M. Barnier.
Je ne me cacherai pas que dans l'absolu, j'aurais sans doute peut-être voté pour vous mais comme grand européaniste et c'était la question qui a été abordée il y a quelques minutes au sujet de savoir si la France doit retrouver sa souveraineté juridique vis-à-vis de la Cour de justice, c'est quand même quelque chose d'extrêmement troublant venant de votre part, d'une part et d'autre part, vous citiez la décision de la Cour de justice du 15 juillet dernier à propos du temps de travail chez les militaires, écoutez, Édouard Philippe, il faut qu'il y ait les autres commentateurs doivent relire la décision et lire la directive. La Cour de justice dit exactement la même chose.
Jamais le droit européen s'impose aux militaires sauf exception notamment pour des personnes qui ne sont pas sur le terrain. Donc voilà, je me demande au fond de M. Barnier si dans le cadre de la présidentielle en définitive Paris ne vaut pas une jolie messe souverainiste au détriment de vos convictions profondément européennes ce dont je ne doute pas. Voilà. Merci à vous.
Il y en a plein des comme ça sur l'appli France Inter de gens qui disent il en est là le débat politique en est là pour que même Michel Barnier dise ça. Michel Barnier.
Si vous ne doutez pas de mes convictions européennes et vous avez raison de ne pas en douter ne vous contentez pas de voter pour moi dans l'absolu cher monsieur et faites-le parce que moi je n'ai pas changé de conviction. je reste depuis l'âge de 15 ou 16 ans dans cette famille politique je n'ai jamais quitté gaulliste et européen patriote et européen et ça va ensemble seulement franchement si on ne comprend pas si vous ne comprenez pas ce qui s'est passé avec le Brexit et ce qui se passe dans beaucoup de peuples européens alors il y a un problème moi c'est parce que je suis européen que je veux changer ce qui doit l'être et je n'ai pas changé de conviction s'agissant de cette question.
Le président de la république il est en charge de l'intérêt national il est en charge de la souveraineté nationale et dans certains cas je le dis comme je le pense nous devons bâtir des souverainetés nationales solidaires c'est le cas de la lutte contre le terrorisme c'est le cas de la lutte contre la pauvreté en Afrique et des migrations qu'elle provoque c'est le cas du changement climatique je ne laisserai pas cette question du défi climatique au vert ou à d'autres il y a plein de sujets où nous ne sommes pas seuls capables de faire face et de nous faire respecter voilà pourquoi je suis européen et je n'ai pas changé
au standard c'est Stéphano qui nous attend et qui a maintenant la parole bonjour, bienvenue oui, bonjour on vous écoute
merci bonjour, merci de prendre ma question et bonjour à tout le monde j'ai une question économique pour monsieur Barnier dans son programme présidentiel pour la présidentielle quelles sont les mesures à prendre pour réduire la montée des inégalités en France
merci Stéphano pour cette question Michel Barnier
oui c'est une question grave et très générale il y a beaucoup trop d'inégalités dans d'autres pays notamment s'agissant du fait que les gens qui travaillent ne sont pas encouragés à travailler le mérite n'est pas suffisamment récompensé et je pense que c'est un des clés du divorce dans ce pays sur le plan de l'économie qu'il y ait pratiquement deux fois plus de chômeurs chez nous qu'en Allemagne et qu'en même temps il y ait des centaines de milliers d'emplois qui ne sont pas pourvus dans toutes les visites que j'ai faites dans les régions je vois des artisans des petites entreprises qui ne trouvent pas embauchées donc je voudrais qu'on revalorise les bas salaires notamment les salaires intermédiaires pour donner plus de pouvoir d'achat mais ce n'est pas la seule réponse qui doit être apportée à cette question
vous reconnaissez vous avez beaucoup parlé du chômage dans cette interview vous reconnaissez quand même qu'on est revenu au niveau de chômage d'avant crise on est aujourd'hui autour de 8% est-ce que vous donnez crédit au gouvernement d'avoir tenu la baraque sur le plan économique ?
déjà avant cette crise qui a été gérée avec beaucoup d'argent public qu'il faudra d'ailleurs rembourser le chômage était trop important beaucoup plus important que chez nos voisins moi ce qui m'inquiète c'est la divergence avec l'Allemagne dont nous parlions tout à l'heure le fait qu'en Allemagne il y ait deux francs-mains de chômeurs qu'il y ait une dette qui est restée celle qu'elle était en 2019 en 2019 nous avions la même dette que les Allemands nous sommes aujourd'hui à 116-117% de dette par rapport au PIB les Allemands sont restés à 70% donc nous devons faire attention et il y a bien d'autres différences la confiance qu'on sait faire en Allemagne aux petites entreprises régionales familiales qu'on sait faire au dialogue social qui est un grand atout de l'Allemagne la formation professionnelle voilà les sujets sur lesquels nous allons devoir agir
Michel Barnier merci merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin et d'avoir dialogué avec les auditeurs ah tiens juste une réaction de Mehdi le point disait Michel Barnier c'est Jacques Chirac moins le swag
oui mais le swag d'abord cette personne ne me connait pas je ne sais pas si je vais parler de swag ou pas mais vous avez le swag moi je ne crois pas qu'on puisse faire de la politique sans aimer les gens et j'aime les gens merci
merci merci merci merci
Michel Barnier