Florence Blatrix Contat : « Les exigences des socialistes sont claires, la balle est à Lecornu »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Bonjour Florence Blatrix-Conta, merci beaucoup d'être notre invitée. Vous êtes sénatrice socialiste de l'Ain. On va évidemment longuement revenir sur le budget actuellement en discussion au Sénat. Mais d'abord, on commence par la une de la presse régionale. On en a sélectionné trois. D'abord, la une de Nice Matin. Les blouses blanches sonnent l'alerte. C'est inédit. Médecins libéraux, hospitaliers, paramédicaux seront en grève mercredi pour dénoncer un budget de la Sécurité sociale qu'ils jugent dangereux pour l'avenir. La deuxième une, c'est celle de Ouest France. Budget, toujours. Faut-il réduire le nombre de fonctionnaires ?
Dans le cadre du budget, les parlementaires sont appelés à examiner les dépenses de l'État et face à la situation économique, faut-il tailler dans les effectifs de la fonction publique ? C'est la question à la une du journal. Et puis la dernière une, c'est celle de la dépêche-logement. Ce que veulent les Français à quatre mois des municipales, il place l'accès au logement au cœur du débat public et ont des attentes nombreuses pour les maires. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
De quelle une ? La question du logement et de la santé sont absolument essentielles. Moi, je suis dans un département avec deux métropoles voisines, la métropole lyonnaise, la métropole genevoise. Et la question du logement est absolument cruciale dans mon département. Le prix du logement ne cesse de flamber. Et lorsqu'on parle de pouvoir d'achat, la question du logement est essentielle. La part des loyers ou la part des remboursements est de plus en plus importante dans le budget des ménages. Et c'est vraiment un sujet dont il faut qu'on s'empare. Je crois que le logement est à l'arrêt depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron.
Et je crois que ça doit être une des grandes causes, relancer le logement et surtout rendre le logement plus accessible.
On a évidemment parlé du budget avant de parler de ce qui se passe en séance ici au Sénat. Les socialistes seront à nouveau reçus aujourd'hui par Emmanuel Macron, notamment pour parler du budget de la sécurité sociale. Boris Vallaud, le patron des députés PS, dit « ça peut mal se terminer ». Comment on peut encore éviter que ce soit le cas ?
Je crois que les socialistes, vous l'avez vu depuis septembre, sont à la recherche d'un compromis. Ça a été dit par Marie-Lise Léon. Un pays sans budget à la fin de l'année, ce serait catastrophique. On connaît tous la problématique de la loi spéciale qui reconduit à l'identique, qui oblige à reprendre les débats budgétaires. Les ordonnances ne sont pas une option pour nous parce que c'est l'exclusion du Parlement. Donc, il y a chez les socialistes la volonté d'aboutir à un compromis. Et pour faire un compromis, il faut être plusieurs à le vouloir. Et je crois que la balle est dans le camp de Sébastien Lecornu. Il avait annoncé la suspension de la réforme des retraites.
La question du gel des prestations a été évacuée. Il y a aussi, encore pour les socialistes, la question du doublement des franchises médicales. C'est quand même, pour nous, aussi une ligne rouge. Donc, vraiment, la balle est dans le camp.
– Donc, il n'y a pas seulement la suspension de la réforme des retraites ?
Vous demandez d'autres choses ? – La question du doublement des franchises médicales est quand même essentielle. Ce sont nos concitoyens qui vont en faire les frais.
– Mais est-ce qu'à trop en demander, vous ne risquez pas de ne pas avoir le vote DLR ? Qui disent, finalement, les socialistes, ils en demandent toujours plus.
– Non, écoutez, on est là pour protéger nos concitoyens. Si, pour nos concitoyens, certains renoncent à se soigner, renoncent à acheter des médicaments, je crois que le compte n'y est pas. On a… – Mais pour tout le monde, parce que Maud Bréjean,
la porte-parole du gouvernement, disait hier, il y a certaines catégories de Français qui peuvent se permettre de payer un peu plus cher leurs médicaments.
– Je veux dire, après, il y a la question du compromis et de ce qui sera débattu. Mais là, clairement, la balle est dans le camp de Sébastien Lecornu. C'est vraiment à lui de faire les gestes et à sa majorité. Parce qu'on voit bien que, davantage sur le PLF, sa majorité a été défaillante sur un certain nombre de sujets. Donc, c'est son socle commun qui est devenu une plateforme de stabilité, qui n'a plus grand-chose d'un socle ni de stabilité. Et je crois que, vraiment, c'est à lui, dans sa majorité et, avec son ancien socle commun, de faire revenir les gens à la raison
pour trouver un compromis. – Est-ce que vous accepteriez qu'il utilise, finalement, le 49-3 ? Parce qu'hier, en lisant Boris Vallaud dans Le Parisien, on a l'impression qu'il ne ferme pas complètement la porte.
– Je crois que le sujet, ce n'est pas le 49-3, c'est le fond des mesures.
– Il y a quand même un sujet autour du 49-3.
– Il y a quand même un sujet. Olivier Faure avait, en effet, indiqué comme condition que le 49-3 ne soit pas utilisé. Il faut quand même dire que… – Non, il faut quand même dire que les dernières années, le 49-3 avait été utilisé très tôt, que les débats budgétaires n'avaient pas pu se tenir. Cette année, on a vu quand même qu'il y a eu des débats budgétaires, qu'il y a eu, sur certains sujets, des compromis. On n'a pas complètement abouti sur le budget. Donc, avoir fait tous les débats budgétaires, 149-3 à l'Assemblée, on a vu que ça a pu être utile. Maintenant, c'est la responsabilité du Premier ministre. Ce n'est pas du tout la nôtre.
– Et on va parler de ce qui se passe au Sénat dans l'hémicycle. Vous avez continué à débattre ce week-end du budget. La droite sénatoriale continue d'y imprimer sa marque. On va voir ça avec Alexandre. Le Sénat, d'abord, qui a débattu de la hausse de l'impôt sur le revenu prévu par le gouvernement.
– Oui, on le rappelle chaque année, traditionnellement, l'impôt sur le revenu est recalculé en fonction de la hausse des prix du niveau de l'inflation. C'est une manière d'amortir ce choc de l'inflation pour les Français. C'est ce qu'on appelle l'indexation. Mais cette année, pour faire des économies, le gouvernement a décidé d'annuler cette indexation de l'impôt sur le revenu. Alors cela signifie un effort financier pour les Français. La majorité de droite sénatoriale a voté cette mesure d'effort, mais en excluant les plus modestes situés dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Et pour éviter que 200 000 foyers modestes ne se retrouvent à payer l'impôt sur le revenu.
Toujours sur cet impôt sur le revenu, on le rappelle, les retraités ont un abattement fiscal de 10 %, c'est-à-dire qu'ils peuvent réduire de 10 % le montant de leur revenu imposable. Le gouvernement, là encore, pour faire des économies, voulait supprimer cet abattement de 10 % et le remplacer par un abattement de 2 000 euros pour tous les retraités. La majorité de droite du Sénat a maintenu l'abattement de 10 % actuel, mais avec un montant maximal de 3 000 euros, là encore pour centrer l'effort sur les retraités les plus aisés.
Florence Blatrix-Gonta, ces mesures votées par la droite sénatoriale sur l'impôt sur le revenu qui permettent d'épargner les Français modestes et peut-être de centrer l'effort sur les Français plus riches, elles vont dans le bon sens ?
Alors, déjà, rappeler qu'il y a quand même une différence d'appréciation entre les Républicains à l'Assemblée, je crois que Laurent Wauquiez avait proposé le DGL total, et au Sénat sur la première tranche. Alors évidemment, on peut se satisfaire que la première tranche soit épargnée. Nous, on avait souhaité un DGL un peu plus important, c'est-à-dire sur la deuxième et la troisième tranche. Là, en effet, 200 000 ménages ne rentreront pas dans l'impôt sur le revenu, mais pour les classes moyennes, ça aura des conséquences, ils paieront davantage d'impôt sur les revenus.
– Et en revanche, Alexandre, la droite sénatoriale, elle n'a pas souhaité augmenter les impôts des ultra-riches.
– Oui, la gauche a proposé une nouvelle fois la taxe Zuckman, un impôt planché de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros, ça n'a pas été voté par la majorité de droite du Sénat. Les socialistes proposaient également dans ce débat un prêt obligatoire des 20 000 Français les plus riches, un prêt à l'État pour renflouer les caisses publiques à hauteur de 6 milliards d'euros dans les années à venir. Ce prêt forcé, il a été très critiqué avant les débats par le gouvernement, par la droite sénatoriale. Et donc du coup, les socialistes ont retiré cet amendement avant même qu'il soit discuté.
Alors il y a eu dans ces débats budgétaires ce week-end au Sénat beaucoup de propositions de réforme de la fiscalité des ultra-riches, beaucoup de nouveaux impôts sur la fortune, des amendements venant de la gauche, mais également de certains sénateurs du centre et de la droite. Et donc du coup, il y a eu un débat au sein de la droite sénatoriale sur ces nouveaux impôts sur la fortune. Écoutez le sénateur des indépendants, Emmanuel Capu, qui était assez énervé des propositions de ses collègues. Vous vous êtes passé le mot, en fait. Barros, Kozik, Savoldelli, Mongolfier, Vermaillet, Girardin, Blatrix, De Marco, autant de propositions d'impôts nouveaux, c'est une compétition. C'est quoi ?
Il y a un concours. Il fallait nous prévenir, on n'est pas au courant, on ne nous a pas dit. Il faut dire les règles du jeu. Le but, c'est de créer l'impôt le plus stupide aujourd'hui. Alors la gauche, elle est dans son jeu, c'est normal. Ils sont perturbés parce qu'il n'y a plus l'ISF. Mais les collègues, là ? On fait quoi, là ? On ne va pas recréer l'ISF, les amis ? On a des électeurs. Ça sert à quoi de voter pour des sénateurs de droite si c'est pour avoir l'ISF qui revient, les amis ? Voilà, un débat animé au sein de la droite. Il y a de l'ambiance le samedi soir au Sénat en ce moment.
Alors au final, sur cette fiscalité des plus fortunés, la majorité de droite du Sénat s'est contentée de réformer l'impôt sur la fortune immobilière actuelle pour exclure de cet impôt les biens immobiliers qui sont mis actuellement sur le marché locatif. C'est une mesure en faveur du logement. Et pour introduire dans l'assiette de cet impôt les crypto-monnaies, certains biens de luxe comme les yachts et puis des placements financiers comme le livret A. Florence Blatrix-Compta, on a l'impression qu'il n'y a pas de compromis possible sur cette fiscalité des ultra-riches entre la gauche et la droite.
Non, évidemment, vous le voyez avec l'intervention de M. Caput qui est un peu caricaturale parce qu'on ne parle pas qu'à nos électeurs. Aujourd'hui, il faut un budget pour la France et pour tous les Français et dans l'intérêt général de notre pays. Mais ce que j'observe, et j'ai une calculette depuis le début du PLF, la majorité sénatoriale a renoncé à plus de 6 milliards, 6,5 milliards de recettes sans parler d'impôts nouveaux. Prenons par exemple la taxe sur les holdings. Elle a été complètement, qui était une taxe visant à contourner l'optimisation fiscale de ceux qui cantonnent leur revenu dans les holdings et qui finalement ne payent jamais d'impôts.
Elle était évaluée par le gouvernement à 900 millions. Ils ont vidé sa base. Elle est évaluée aujourd'hui à 100 millions. Donc moins 800 millions sur la taxe sur les holdings. Vous évoquez l'impôt sur la fortune immobilière qui a été transformé. Amélie de Montchalin a évalué cette transformation à un manque à gagner de 600 millions. Donc le Sénat s'est privé de 600 millions de recettes. La surtaxe IS qui n'est pas votée, je vous dis, la facture, c'est moins 6,5 milliards aujourd'hui de recettes.
On va parler de la fiscalité des entreprises puisque la majorité de droite du Sénat a profondément modifié, Alexandre, la fiscalité des entreprises prévues dans ce budget.
Effectivement, le gouvernement prévoyait une hausse d'impôts sur les sociétés pour les grandes entreprises qui ont fait des bénéfices. Une surtaxe à hauteur de 4 milliards d'euros mais qui a été supprimée par la droite sénatoriale. On écoute les arguments de la droite. La stabilité fiscale est l'un des premiers sujets de préoccupation des chefs d'entreprise. Tous les entrepreneurs que j'ai rencontrés me disent la même chose lors des auditions. Il est quelque part incompréhensible que le gouvernement choisisse cette facilité de taxer les entreprises plutôt que de réduire les dépenses.
Florence Blatrix-Comtat, est-ce qu'on va aggraver l'incertitude économique actuelle avec de nouvelles surtaxes exceptionnelles sur les grandes entreprises ?
C'est une surtaxe sur l'impôt, sur les bénéfices. C'est-à-dire quand les entreprises font déjà des bénéfices. Il faut bien avoir en tête que ces dernières années, les dividendes ont explosé. Et notamment de la part des grandes entreprises. Donc, qu'on demande une année supplémentaire aux entreprises de contribuer davantage. Je pense que ça ne pénalisera pas la compétitivité. La droite sénatoriale dit qu'il ne faut pas toucher aux impôts sur la production. On les a encore baissés avec la CBA. Mais il ne faut pas non plus toucher à l'impôt sur les sociétés des très grandes entreprises qui distribuent beaucoup de dividendes.
Donc là, il y a manifestement, on va se dire les choses quand même, une droite revancharde qui est sortie du gouvernement par la petite porte et qui règle des comptes au Sénat sur ce budget. Je pense que la surtaxe IS est indispensable. Et d'ailleurs, elle avait été votée à l'Assemblée nationale à 6 milliards.
Mais est-ce que cette droite avait empêché tout compromis sur le budget ? Parce que Philippe Juvin, le rapporteur général du budget à l'Assemblée, il disait hier qu'un compromis était possible sur le budget de l'État en commission de l'ex paritaire. Ça vous paraît possible ?
Je crois qu'il faut que la droite sénatoriale, puisqu'on voit bien la différence entre la droite à l'Assemblée nationale et au Sénat, que la droite sénatoriale soit vraiment responsable. Elle nous parle tout le temps de responsabilité. Non, là, elle ne l'est pas. A baisser, dans le contexte que nous connaissons, on sait qu'on doit trouver 120 milliards sur 5 ans pour stabiliser la dette. On sait que les impôts ont été baissés de 60 milliards par an depuis 7 ans, ce qui a contribué à cette situation. A baisser les recettes, comme ils l'ont fait déjà, de 6,5 milliards, c'est irresponsable. C'est même une provocation.
On va aller voir l'actualité dans votre région maintenant, avec nos partenaires de la presse régionale. On va à Lyon, on retrouve Colin Côte. Bonjour Colin, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes journaliste à Radio Scoupe. Colin, avec vous, on va évoquer un dossier industriel au cœur de l'actualité pour le département de l'Ain et particulièrement pour la commune d'Anglefort.
Tout à fait, Orianne. Les 150 salariés de Ferroglobe à Anglefort sont au chômage partiel depuis le début du mois d'octobre. Ferroglobe, c'est une société qui fabrique des ferro-alliages, notamment du silicium. C'est une matière indispensable dans la fabrication des panneaux photovoltaïques et dans la fabrication aussi des batteries de voitures électriques, notamment. Sauf qu'évidemment, la concurrence est rude. Les producteurs asiatiques cassent les prix et la demande en Europe en baisse. Alors, Ferroglobe a annoncé la suspension de ces trois sites, cette production de ces trois sites en France pour trois mois, à Anglefort dans l'Ain, et également donc en Savoie et en Isère.
L'Union Européenne a annoncé il y a 15 jours tout juste qu'elle allait imposer des mesures visant à limiter ses importations de ferro-alliages. Alors, est-ce pourtant suffisant pour faire face à la pression des marchés, notamment venus d'Asie ?
Et Colin, vous avez une question ?
Oui, tout à fait. L'Union Européenne a annoncé qu'elle allait imposer des mesures visant à limiter l'importation des ferro-alliages. Alors, est-ce, à votre avis, Madame Blatrix, pour autant suffisant pour faire face à la pression des marchés, notamment venus d'Asie ?
Non, justement, malheureusement, ce n'est pas suffisant. Parce qu'en fait, les ferroglobes a trois usines en Auvergne-Rhône-Alpes, dans l'Ain, Savoie et Isère, qui fabriquent du silicium. Ils ont d'autres usines à Dunkerque-Laudin. Et le silicium n'est pas à faire au alliage. Donc, il n'entre pas dans la clause de sauvegarde européenne qui a été adoptée le 18 novembre. Donc, il faut, pour ces trois sites, trouver une autre solution. Donc, est-ce que c'est demander une clause de sauvegarde sur le silicium ou des droits anti-dumping ? Parce que, vous l'avez très bien dit, on a des importations chinoises qui viennent à prix cassé.
On a les États-Unis qui se sont refermés avec des droits de douane très élevés. Donc, il faut trouver une mesure. Et c'est pour cela que, mercredi dernier, nous avons été conviés à l'initiative d'Émilie Bonivard, députée de Savoie, qui est conviée auprès de Sébastien Martin, le ministre de l'Industrie, de la direction de Ferroglobe, des syndicats et des parlementaires des trois départements concernés, pour évoquer, justement, les pistes, pour trouver une solution pour la filière silicium. Parce qu'il faut savoir que c'est une question de souveraineté. En Europe, il n'y a que la France, justement, C3-6, et un peu l'Espagne, qui fabriquent du silicium.
Le silicium entre dans les semi-conducteurs, est utilisé dans l'automobile, est utilisé pour les batteries.
Mais qu'est-ce que vous a dit de l'initiative ? Vous êtes optimiste après cette réunion ?
On est optimiste. Je crois qu'on va être tous derrière le gouvernement pour trouver une solution, peut-être clause anti-dumping. Les solutions sont à l'étude, mais il y a vraiment une volonté d'avancer. Et je crois que…
Transpartisane, pour le coup.
Transpartisane, là, pour le coup, il y avait des parlementaires, députés, sénateurs de tous bords. Et on travaillera tous ensemble pour interpeller l'Union européenne pour qu'une solution soit trouvée en début d'année pour protéger cette filière. C'est une question vraiment d'emploi, parce que c'est 400 emplois sur ces trois départements. et c'est une question de souveraineté pour notre pays.
– Merci Colin, merci beaucoup Colin Cotte d'avoir été avec nous, journalistes à Radio Scoop. Merci Colin. On va poursuivre l'actualité dans nos régions. Florence Blatrix-Contin, on va parler de l'eau potable. Et c'est d'ailleurs ce matin, à la une de la presse régionale, à la une de Corse Matin, l'eau du robinet qui fait l'objet de contrôles étroits. Titre le journal, c'est un sujet sur lequel vous avez travaillé. Vous avez rédigé une proposition de loi sur la protection des ressources en eau potable. Et il y a plusieurs communes qui connaissent des difficultés, notamment avec leur eau du robinet. C'est le cas dans le Pas-de-Calais où on va se rendre.
Bonjour Muriel Roussel, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire de Monchis-aux-Bois, dans le Pas-de-Calais. Juste expliquez-nous, qu'est-ce qui se passe avec l'eau de votre commune ?
– Allô, oui, bonjour madame. Nous avons été avertis que l'eau n'était pas potable, c'était samedi dernier. Et à ce jour, nous ne savons toujours pas d'où vient le problème. Alors nous avons distribué des packs d'eau aux habitants par deux fois, en recommandant bien sûr surtout de ne pas boire l'eau, de ne pas se laver les dents avec, de ne pas se cuisiner avec.
– Comment ça se traduit jusqu'à ce qu'elle a l'eau, exactement ?
– On ne sait pas. Puisque les analyses de l'ARS sont revenues par deux fois, après je ne sais pas interpréter toutes les analyses, bien sûr. Après on a accusé une usine, vous savez Théreos, Sucrière, enfin Bétravière, tout ça. Mais c'est sûr et certain que ça ne vient pas de là non plus. Donc nous faisons des... De toute façon, il y a encore des analyses en cours. Il y a la police de l'eau qui est intervenue. Enfin, on fait tout ce qu'il y a à faire. Mais à ce jour, l'eau est potable, elle est redevenue potable. On est passé par un autre biais, quoi. Mais comment dire ? On cherche encore la cause.
– Oui, restez avec nous. Madame la maire, Florence Batrix, on voit les problèmes. Ce n'est pas la seule commune. Dans ce cas, dans plusieurs communes, effectivement, il y a des problèmes avec l'eau du robinet. Là, on ne connaît pas la cause. Mais il peut y avoir des problèmes liés au pifas. C'est le cas, notamment, dans certaines communes. Comment on explique cette multiplication ? Et comment on fait ? Est-ce qu'aujourd'hui, l'eau potable, de plus en plus contrôlée, peut aussi devenir de plus en plus un problème lié à la pollution ?
– Alors, il y a deux types de problèmes. Il y a des problèmes quantitatifs à cause du réchauffement climatique. Il ne faut pas le nier. Et il y a des problèmes qualitatifs. Depuis les années 80, on a fermé 14 000 points de captage. C'est-à-dire, l'endroit où on prélève l'eau, il en reste 33 000. Mais vous voyez, on en ferme 100 par an. Donc, on a vraiment un problème, là aussi, de conserver nos captages. Et pour les conserver, il faut les protéger des pollutions, les protéger des pollutions industrielles, donc imposer des normes aux industriels, mais aussi les protéger des pollutions agricoles, nitrates, pesticides. Savoir que certains pesticides contiennent des pifaces également.
Donc, c'était l'objet de ma proposition de loi. Il y a eu une directive, la directive de 2020, sur la qualité de l'eau qui a été transposée par ordonnance. Et le gouvernement n'a toujours pas pris l'arrêté sur les points de captage dits sensibles. Il serait environ 7 700 qui présentent des problèmes de qualité de l'eau. Et je crois qu'il n'y a pas de volonté d'avancer pour imposer vraiment une protection des captages. Le gouvernement est plutôt sur la base du volontariat, de plan d'action sur la base du volontariat. Ça ne suffit pas.
J'ai déposé cette proposition de loi pour protéger le périmètre des captages, donc protéger la source où on prélève l'eau, que ce soit une nappe phréatique, que ce soit une rivière. Mais ça va être vraiment indispensable. Il y a une proposition de loi transpartisane qui est dans les cuillons. On y travaille avec des députés pour revenir sur cette protection de nos captages d'eau. Bien entendu, pas contre l'agriculture, mais avec l'agriculture, avec un accompagnement technique, financier, pour qu'ils puissent adapter leurs pratiques dans les zones, dans les périmètres des captages pour protéger notre qualité de l'eau.
Muriel Roussel, c'est compliqué à gérer pour un maire quand il arrive à un tel problème sur sa commune, un problème avec l'eau potable, l'eau du robinet ?
Moi, ça a été un sacré problème pour les maires des six communes concernées, forcément. On a eu beaucoup, beaucoup de questions, mais auxquelles on ne pouvait pas répondre, puisqu'on ne sait pas. Et je vous dis, à l'heure actuelle, on ne sait toujours pas de quoi ça provient. Alors, je vous dis, on peut incriminer une usine, enfin, on peut incriminer les agriculteurs, mais enfin, on ne sait pas. À l'heure actuelle, je ne peux pas vous dire.
On suivra, on espère que vous nous avez dit. Vous avez un peu contourné le problème. C'est rétabli, mais on espère que vous trouverez la cause de tout ça. Merci beaucoup, Muriel Roussel. Merci d'avoir été avec nous. Maire de Monchis-Aubois, c'est dans le Pas-de-Calais. On va terminer en parlant politique municipale dans l'Ain, et notamment à Bourg-en-Bresse. Florence Blatrix-Comtas, ville socialiste. Depuis 2008, c'est Jean-François Debas, le maire. En face à lui, il aura une liste d'union des droites menée par un candidat reconquête, avec sur sa liste des élus, notamment des Républicains ou de Nouvelle Énergie, le parti de David Lissnard. Qu'est-ce que vous en dites ?
Écoutez, je suis sidérée que une ville de mon département soit finalement le premier laboratoire de l'union des droites, et vraiment sidérée par l'attitude finalement des LR, puisqu'on a sur cette liste une tête de liste, en effet, qui est reconquête, qui est dans les instances nationales reconquête, mais aussi sur cette liste un vice-président LR du département, et c'est le silence absolu. Pas d'exclusion, pas de sanction, qui ne dit mot consent, donc la droite départementale ne dit rien. Au niveau national, que fait Bruno Retailleau ? Pour l'instant, le silence est assourdissant.
– Autre sujet d'actualité, un petit mot sur ce qui s'est passé ce week-end. Jordan Bardella, qui a été agressé lors d'une séance de dédicaces dans le Tarn-et-Garonne, est-ce que vous condamnez cette agression ?
– Toute agression doit être condamnée, bien entendu.
– Ça pose la question de la protection des élus ?
– Ça pose la question de la protection des élus, d'ailleurs ça a été un des débats dans l'hémicycle, lorsqu'on a adopté la loi sur le statut de l'élu, je crois qu'aujourd'hui il y a de plus en plus d'élus, y compris d'élus locaux. Moi je le vois quand je rencontre les maires de mon département qui ont parfois des menaces, parfois des comportements agressifs de concitoyens, et vraiment je crois qu'il faut que l'on soit ferme sur ces sujets.
– Merci Florence Bémec-Conta, merci beaucoup d'avoir été notre invitée, on suivra évidemment l'examen du budget qui se poursuit au Sénat encore toute la semaine 15 décembre, ce sera le vote.
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Florence Blatrix Contat