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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins· 27 janvier 2021 47 min

Gouverner en temps de crise : Bruno Le Maire est l’invité des Matins

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Les Matins de France Culture, Guillaume Erner. Bonjour Bruno Le Maire.

0:07
Bruno Le Maire

Bonjour Guillaume Erner.

0:08
Présentateur

Vous êtes ministre de l'économie, des finances et de la relance et vous venez de publier L'ange et la bête, mémoire provisoire aux éditions Gallimard. Une réflexion sur le pouvoir, une réflexion au fil des jours et justement ce livre s'ouvre sur un jour important le 15 avril 2019. C'est un jour important pour vous puisque c'est votre anniversaire. Vous aviez 50 ans et puis c'est un jour important pour la France et probablement aussi pour le monde puisque la cathédrale Notre-Dame brûlait. Selon vous c'était un signe, c'est finalement la métaphore de ce que vous alliez vivre ensuite Bruno Le Maire ?

0:42
Bruno Le Maire

On peut y voir un geste prémonitoire, un accident prémonitoire. On peut y voir l'annonce de ce qui va suivre. Moi j'ai voulu ouvrir ce livre qui reprend trois années de travail au ministère de l'économie et des finances, qui s'interroge à la crise actuelle parce que effectivement c'est un moment de bascule. Le moment où un siècle, des siècles de culture s'embrasent sous nos yeux. L'inimaginable se produit. C'est ça pour moi l'incendie de Notre-Dame. L'inimaginable se produit sous vos yeux. Et c'est exactement ce qui est arrivé un an plus tard avec l'arrivée de la pandémie.

L'inimaginable s'est produit, c'est-à-dire l'arrêt complet de nos sociétés, de l'économie, en raison de la circulation d'un virus. C'est pour ça que j'ai voulu commencer mon livre par l'incendie de Notre-Dame. Ça m'a profondément bouleversé aussi parce que je suis de culture catholique, que je connais bien cet édifice, que j'y suis attaché, que j'y ai passé du temps. Et tout d'un coup, on voit avec cet édifice comme un monde qui s'effondre et un autre monde qui commence.

1:45
Présentateur

Trois ans de travail, dont un an d'enfer, un an de travail difficile. J'utilise le mot d'enfer parce que l'ange et la bête est une référence à Pascal. Et on se demande justement dans quelle mesure tous les tourments que l'on peut avoir lorsqu'on est au gouvernement pendant cette période-là. Depuis le début de la pandémie, Bruno Le Maire, qu'est-ce que vous vous êtes dit que c'était une période exaltante, inquiétante, tout ça à la fois ?

2:14
Bruno Le Maire

C'est une période qui est effectivement exaltante quand on fait de la politique parce que la politique retrouve du sens. Vous êtes prise sur la réalité, vous pouvez changer les choses, vous pouvez faire la différence entre une bonne décision et une mauvaise décision, améliorer la vie des gens, l'espèce améliorer le plus possible la vie des commerçants, des entreprises qui sont fermées. Des salariés qui n'ont pas de travail ou qui pourraient perdre leur travail. Donc vous faites œuvre utile et quand vous êtes engagé en politique, vous faites œuvre utile.

Mais c'est aussi une période où chaque jour, et je dirais même chaque heure de chaque jour, vous vous demandez si vous prenez la bonne décision. Est-ce que c'est la bonne décision ? Est-ce que dans l'équilibre entre la protection sanitaire et la protection économique, nous avons trouvé le bon équilibre ? Est-ce qu'il faut fermer ou ne pas fermer les commerces ? Est-ce qu'il faut aller encore plus loin dans le soutien ? Est-ce que je suis certain d'avoir bien soutenu tous les secteurs économiques et éviter des drames personnels à des entrepreneurs qui voient disparaître l'œuvre de leur vie en quelques mois ?

Donc c'est aussi une période qui, du point de vue personnel, période de grande interrogation, de doute. Avant chaque décision, il y a du doute.

3:22
Présentateur

Et alors, justement, dans votre vie personnelle, parce que, dans la citation de Pascal, il n'est qu'un homme au bout du compte, c'est-à-dire capable de peu et de beaucoup, de tout et de rien, il n'est ni ange ni bête, mais homme. Comment vit-on cette période-là ? Vous avez une famille aussi, vous avez eu le Covid, vous le racontez d'ailleurs dans ce livre, donc ça n'est pas seulement une position de surplomb ?

3:44
Bruno Le Maire

Non, c'est aussi une position, et je pense que c'est aussi l'objet du livre, c'est de raconter, de faire vivre à tous ceux qui le liront, à tous les Français qui le liront, ce que c'est que la vie d'un ministre qui est aussi un père de famille, qui a aussi sa vie personnelle, et qui doit conjuguer les exigences de la fonction de ministre avec sa vie personnelle.

Mais dans le fond, comme je le raconte dans le livre, c'est une vie qui est très monacale, qui est très rythmée, qui est très disciplinée, où vous vous levez tôt, vous vous couchez tard, vous passez beaucoup de temps au bureau, vous faites beaucoup de réunions, beaucoup de rencontres, vous pesez chacune de vos décisions, vous lisez le maximum d'informations pour être sûr de prendre la bonne décision, mais à chaque fois, vous vous interrogez autant comme homme que comme ministre sur la décision que vous avez prise. Est-elle bonne, n'est-elle pas bonne ?

Et est-ce qu'une bonne décision, c'est le sens aussi de ce titre et de cette référence à Pascal, cette décision qui a l'air bonne, qui peut être la décision d'un ange, ne peut pas se transformer dans le fond en mauvaise décision, parce qu'elle sera ensuite détournée de son objet.

4:49
Présentateur

Alors justement, dans cet emploi du temps aussi serré, Bruno Le Maire, comment faire pour trouver du temps pour écrire ?

4:55
Bruno Le Maire

Vous écrivez d'abord le matin, très tôt, pour être très simple, en vous levant plus tôt. Vous écrivez, ce livre a été commencé pendant les vacances d'août 2020, et en l'écrivant, je me suis aperçu à quel point il était nécessaire pour moi de prendre ce temps d'arrêt qu'est l'écriture.

Et je crois qu'il est absolument essentiel, surtout en période de crise, et la singularité de ce livre, ce n'est pas de raconter, de faire vivre ce qui s'est passé de l'intérieur, c'est de le faire aussi à ce moment-là, de le faire pendant la crise, parce que je pense que ce livre est utile parce qu'il est publié pendant la crise, pour faire comprendre aux Français justement comment sont prises les décisions, comment est-ce que sont rendus les arbitrages. Et donc l'écriture, c'est très tôt le matin, c'est pendant les périodes de vacances, c'est un temps d'arrêt qui vous oblige à la réflexion. Je pense qu'on a besoin de responsables politiques qui prennent le temps de la réflexion.

5:49
Présentateur

Mais alors, vous ne réfléchissez pas seulement à des questions éthérées ou philosophiques, vous faites de la politique aussi et vous le racontez. Alors il y a un chapitre où vous êtes particulièrement en colère, il s'appelle Minima Moralia et vous êtes alors au cinquième jour de votre quarantaine, vous racontez donc cet enfermement qui est aujourd'hui un enfermement que beaucoup de personnes à la surface de la planète ont connu et vous évoquez les cyniques. Et vous dites, le cynique ose tout, il ne fait même plus semblant, il ne se cache plus. Et vous êtes en colère contre la prolifération des cyniques, par exemple, parmi les hommes politiques.

Alors vous citez par exemple Jean-Luc Mélenchon.

6:33
Bruno Le Maire

C'est si fréquent que cela, les cyniques en politique, Bruno Le Maire ? Je pense que c'est l'un des mots qui ronge la politique aujourd'hui. Le cynique c'est quoi ? C'est celui qui prend une réalité et qui la transforme à son avantage. avec comme seul objectif de gagner en force, gagner en puissance, sans savoir si c'est vrai ou si c'est faux. Je vais vous donner un exemple d'actualité.

Les mêmes qui n'ont cessé de taper sur l'entreprise Sanofi depuis plusieurs semaines, en expliquant qu'ils sont incapables de produire un vaccin, qu'ils ont fait des licenciements qui sont absolument inacceptables, vont être les mêmes qui vont prendre le micro pour dire aujourd'hui c'est formidable, Sanofi va mettre en flacon un vaccin d'une entreprise concurrente pour fournir des vaccins au pays. Pas de recul. L'emploi systématique de l'actualité a son propre profit. Le déchaînement de violences ou d'approximations uniquement pour se renforcer soi-même. C'est ça le cynisme. Je le vois se répandre effectivement partout dans la vie politique.

Le point d'aboutissement ultime du cynisme, c'est le mélange de la vérité et du mensonge. Le mensonge devient la vérité. C'est Donald Trump qui vous explique, non je n'ai pas perdu les élections, c'est moi qui ai gagné les élections et M. Biden les a perdus. Ça conduit à des violences, ça conduit aux événements du Capitole à Washington et ça conduit à la remise en cause non pas seulement de la démocratie, mais même de la possibilité de la politique. Parce qu'il n'y a pas de politique possible s'il n'y a pas de distinction entre la vérité et le mensonge.

8:04
Présentateur

D'ailleurs, les passages les plus pittoresques sont consacrés à vos rencontres avec Donald Trump et vous expliquez, Bruno Le Maire, qu'il a eu des mots très durs avec les Allemands. Vous ne citez pas lesquels ? Vous vous souvenez ? Lesquels étaient-ce ?

8:18
Bruno Le Maire

Chacun connaît la relation très difficile qu'avait Donald Trump avec les Allemands. Ce que je veux faire toucher du doigt aux lecteurs dans ce livre. C'est deux approches radicalement différentes de la politique et c'est le sens, par exemple, de l'entretien entre le président Macron et le président Trump. Vous avez une approche cartésienne. Il y a un problème, un problème de taxation des géants du numérique. Nous avons des solutions techniques. Nous les présentons au président Trump et le président Macron les présente de manière très rationnelle, très convaincante au président Trump. Et le président Trump ne rentre même pas dans le raisonnement. Ça ne l'intéresse pas.

Ça ne l'intéresse pas les raisons techniques. Pourquoi est-ce que les gens du digital sont les grands gagnants, donc il faut les taxer ? Pourquoi il faut un nouveau système de taxation internationale ? Il regarde la table qui est devant lui et dit « Tu as vu Emmanuel, cette table, elle est vraiment noire. Elle est noire. » Et par une association d'idées tout à fait stupéfiante, il commence à parler de l'Afrique et du continent africain. Et dans le fond, il refuse systématiquement de rentrer dans la discussion. Il ne veut pas de raisonnement. Il veut du rapport de force. Et donc il décale la discussion vers ce qu'il est en train de voir immédiatement, vers d'autres sujets.

Et il n'y a plus de relation raisonnable. Il n'y a qu'une relation de rapport de force. C'est ce que je veux faire toucher du doigt au lecteur dans ce récit et dans la manière que j'ai de présenter ces négociations internationales.

9:42
Présentateur

Mais justement parce que vous défendez, je vous cite, « un juste milieu » et c'est un juste milieu, dites-vous, que j'essaye de définir dans ce livre. Mais Donald Trump est un excellent politique. Il a certes perdu la dernière élection présidentielle, mais il a obtenu plus de 70 millions de voix. Vous dites qu'il est visuel. Chacun interprétera à sa manière ce que l'on peut dire d'un homme politique qui aurait comme principale faculté le fait d'être visuel. Est-ce que vous n'avez pas une vision trop angélique de la politique ? J'imagine que votre pratique est différente. Mais cette vision que vous décrivez dans « L'ange et la bête », elle est très angélique, Bruno Le Maire.

10:23
Bruno Le Maire

C'est ça l'enjeu justement du siècle qui commence. C'est de savoir quelle politique nous voulons, quelle démocratie nous voulons. Je rends hommage à Angela Merkel. Je rappelle mon engagement aux côtés d'Emmanuel Macron. Je cite d'autres responsables politiques comme Christine Lagarde ou la commissaire européenne Margrethe Vestager. Toutes ces personnalités, qui sont des personnalités européennes, ont un point en commun. Quand vous discutez avec elles, quand vous négociez avec elles, c'est une négociation qui est fondée en raison, sur des arguments de raison, sur des vérités, sur des réalités scientifiques. Et je pense que c'est la bonne façon de faire de la politique.

Ça n'empêche pas d'y mettre du cœur, d'y mettre de l'enthousiasme, d'essayer de présenter un projet plus ambitieux pour ses compatriotes. Mais leur point commun, c'est que la politique se fait sur la raison. Quand vous discutez avec un Vladimir Poutine, ou des entretiens avec le président chinois, ou des entretiens avec le président Trump, qui sont ceux qui occupent le plus de place dans le livre, c'est une autre manière de faire de la politique fondée, exclusivement sur la déstabilisation de l'adversaire, et sur le rapport de force.

Je pense que c'est l'honneur de la nation française, et l'honneur du continent européen, de défendre cette façon de faire de la politique, et de défendre cette vision de la politique. Mais il n'y a pas que de la raison en politique.

11:44
Présentateur

D'ailleurs, vous le dites, vous expliquez par exemple que vos rapports avec l'ancien Premier ministre, Édouard Philippe, eh bien ces rapports n'ont pas toujours été aisés. Bruno Le Maire, pour citer Pascal, souvent l'esprit est la dupe du cœur, et vous expliquez là aussi comment les illimitiers...

12:02
Bruno Le Maire

Ça c'est ce qui fait le charme de la politique, et ce qui fait tout l'intérêt de la vie politique. Ce n'est pas que de la rationalité. C'est d'abord fondamentalement des rapports humains entre les uns et les autres, qui sont parfois difficiles, parfois plus immédiats. C'était très dur avec Édouard Philippe ? Non, absolument pas. Je lui rends hommage. Je considère qu'il a été un grand Premier ministre. Bon, ça c'est ce qu'on est obligé de dire, mais ensuite... Ce livre cherche la vérité, il veut être fondé sur de la vérité.

Quand vous avez été candidat à une primaire à l'élection présidentielle, ce qui a été mon cas dans l'année 2016, et que le soutien d'un ancien candidat à la primaire, Alain Juppé, devient Premier ministre, je raconte à quel point ça peut être difficile à vivre, mais c'est la vie politique, de se dire, tiens, moi j'étais candidat, lui ne l'était pas, lui devient Premier ministre, et je dois être sous son autorité. Donc il y a un temps d'adaptation, reconnaissons-le, avec beaucoup d'humilité, et c'est ce que je raconte dans l'île. Vous citez par exemple Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire.

Ça n'empêche qu'au bout du compte, nous avons remarquablement travaillé avec Édouard Philippe, que c'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'admiration, et qui a été à mon sens, un grand Premier ministre.

13:10
Présentateur

Vous citez Nicolas Sarkozy, vous avez été ministre de Nicolas Sarkozy, vous racontez d'ailleurs comment vous avez été nommé deux fois ministre de l'économie et des finances, vous ne l'avez été qu'une seule fois, parce que finalement Nicolas Sarkozy a dit que cette perspective gênait, et que François Baroin voulait l'être, il a fait un caprice, et il a obtenu ce poste alors que vous ne l'avez pas eu. Tout ça, on est très très très loin de la rationalité et de ce monde idéal, de ce juste milieu que vous voudriez défendre.

13:39
Bruno Le Maire

C'est bien pour ça que ce juste milieu, cet intérêt pour la raison, doit guider notre action politique. Parce que si on n'y prend pas garde, effectivement, la politique peut se résumer très vite à des enfantillages. Est-ce que je prends la place de l'autre ? Est-ce que j'ai ceci ? Est-ce que j'ai cela ? Qu'est-ce qu'il a dit sur moi ? C'est quelque chose qui compte.

14:02
Présentateur

Vous avez fait un caprice pour avoir le mot finance dans votre titre.

14:06
Bruno Le Maire

Ça doit compter de moins en moins. C'est-à-dire que ce n'est pas ça qui doit vous guider dans votre action politique et dans votre action quotidienne. Quand vous avez une crise économique qui est la plus importante depuis 1929, qui vous tombe dessus et laquelle il faut apporter des réponses, je pense qu'il vaut mieux laisser les enfantillages de côté. Et je crois qu'un des apprentissages de la vie politique, c'est de ne plus faire attention à un certain nombre de choses. C'est François Mitterrand à qui on posait cette question. On lui demandait, mais dans le fond, M. le Président de la République, quelle est pour vous la plus grande qualité en politique ?

Il avait répondu, j'aurais aimé vous répondre de courage. Mais dans le fond, je crois que c'est l'indifférence. Il faut effectivement, en politique, de plus en plus, certaines indifférences aux commérages, aux critiques, à ces enfantillages, pour se concentrer sur l'essentiel, c'est-à-dire le service des Français.

14:50
Présentateur

Non mais ça, c'est un bon mot de François Mitterrand. On sait tous qu'il était tout sauf indifférent.

14:55
Bruno Le Maire

Je pense qu'il avait appris au fil du temps, je ne l'ai pas connu, mais à garder beaucoup, beaucoup, beaucoup de distance avec les enfantillages qui peuvent vous occuper au début de votre carrière politique, mais dont vous vous éloignez au fur et à mesure. Ça fait près de 15 ans que je suis engagé en politique, ça fait près de 15 ans que je suis élu député de l'heure. J'ai travaillé longuement avec Jacques Chirac. Je travaille aujourd'hui sous l'autorité du Président de la République, Emmanuel Macron, au fur et à mesure du temps qui passe. La seule chose qui compte pour vous, et c'est un des points fondamentaux du livre, c'est ce que vous arrivez à faire concrètement pour les Français.

Et j'ai d'ailleurs des mots très durs sur ce que peut devenir la vie politique, si vous ne faites pas attention. Vous pouvez passer 20 ans dans la vie politique en n'ayant fait que des comérages, en n'ayant abouti à rien de concret, et en ayant perdu votre temps dans des luttes et des affrontements stériles. C'est parce que j'ai conscience de ça, c'est l'ange et la bête, que la politique peut tomber du côté de la bête, c'est-à-dire du côté de l'enfantillage et de la vacuité, qu'il faut tout faire tous les jours pour essayer d'avoir une action concrète, efficace, au service des Français.

15:59
Présentateur

Mais alors, ce qui est étonnant, c'est qu'en dehors des hommes politiques français que vous évoquez, si on met de côté Angela Merkel, puisque Angela Merkel a droit effectivement à un traitement à part dans votre livre Bruno Le Maire, L'ange et la bête, vous ne voyez finalement que des gens Donald Trump en Arabie Saoudite, à Riyad, que des individus qui sont dans des projets de puissance, qui sont très éloignés finalement des principes de rationalité socio-démocrate, je mets ça entre parenthèses.

16:29
Bruno Le Maire

Parce que c'est notre entourage international. Pourquoi vouloir être social-démocrate dans un monde qui ne l'est pas ? Quel monde nous vivons ? Avec qui nous traitons ? Avec qui nous devons traiter ? Il y a des réalités géopolitiques, il y a des chefs d'État, il y a des nations qui sont dirigées par des personnalités autoritaires dans lesquelles la France a des investissements, des intérêts économiques, des relations pour garantir notre sécurité. Et c'est important que les Français voient ça. Là aussi, plutôt que d'avoir des jugements à l'emporte-pièce, bien comprendre aussi quelle est la réalité du monde qui nous entoure.

Et en même temps, en faire un point d'appui pour dire à quel point le projet politique que nous portons en Europe, qui est un projet de raison, qui est un projet de modération, est un projet absolument essentiel pour le reste de la planète. Parce que sinon, si vous retirez le projet politique européen, si vous retirez le projet économique européen, où on a vu pendant la crise qu'on protégeait les salariés, qu'on évitait le chômage de masse, est-ce qu'on protégeait les entreprises, qu'est-ce qu'il reste ? Il reste un monde infiniment plus brutal. Et c'est pour ça que l'Europe, au XXIe siècle, a une utilité historique. Proposer autre chose que la brutalité comme projet politique.

17:36
Présentateur

Bruno Le Maire, Lange et la Bête, Mémoire Provisoire, on se retrouve dans une vingtaine de minutes pour continuer d'évoquer votre pratique de la politique. Et puis, on va évoquer cette gestion de la pandémie. Et j'ai sous les yeux le titre du Parisien, ce que coûterait un reconfinement. On va faire quelques calculs ensemble, si vous le voulez bien, Bruno Le Maire. Vous savez, la question, qui va payer ? On va immédiatement la poser à Bruno Le Maire, M. le ministre. Dites-nous, qui va régler cette dette ?

18:04
Bruno Le Maire

D'abord, est-ce que c'est une bonne chose aujourd'hui de s'endetter ? Je vais peut-être vous surprendre comme ministre des Finances, mais je pense que c'est une nécessité. Il est moins coûteux pour la France, moins coûteux pour les Français, de s'endetter, comme vient de le rappeler, à taux négatifs. Quand on emprunte de l'argent à 10 ans, nous payons un taux à moins 0,33%. Et même quand on emprunte sur le très long terme, nous avons fait une levée de dette la semaine dernière de 7 milliards d'euros. Il y avait 75 milliards d'euros de demandes. 75 milliards d'euros de demandes pour 7 milliards d'euros de besoins. Et nous avons eu un taux à 50 ans à 0,59.

Je pense que tous ceux qui nous écoutent, qui ont emprunté pour leur logement, doivent se dire qu'emprunter à 50 ans à 0,59, c'est quand même formidable. Il est moins coûteux d'emprunter de l'argent pour protéger les salariés et protéger les entreprises que d'avoir un tsunami de faillite et de chômage. Le choix stratégique que nous avons fait avec le Président de la République depuis mars, c'est protéger les salariés et protéger les entreprises. Ce choix durera tant que la crise sanitaire sera là. Et il n'y a aucune raison de changer de stratégie au moment où la situation épidémique et la situation économique restent très difficiles. Après, comment est-ce qu'on remboursera ?

Est-ce qu'il faut rembourser ? Évidemment qu'il faut rembourser. Et c'est très important aussi que les investisseurs étrangers le sachent. Si on veut qu'ils continuent à investir sur la dette française, c'est important que les épargnants qui nous écoutent le sachent. Parce que je rappelle qu'un quart de la dette française, c'est l'épargne des Français en assurance vie. Donc le ministre des Finances est là d'abord pour protéger l'épargne des Français. On remboursera le moment venu, c'est-à-dire quand la croissance reviendra et que l'épidémie sera derrière nous.

Rien ne serait pire que de vouloir rétablir les finances publiques au moment où la crise économique et la crise sanitaire sont encore là. Je pense que ça provoquerait un dérapage complet de toute l'économie française et ça nous empêcherait de nous redresser.

Mais quand l'épidémie sera derrière nous, quand la croissance sera de retour, je l'espère le plus rapidement possible, il faudra rembourser la dette par de la croissance, ça a été dit, mais aussi, c'est des choses plus difficiles à entendre mais qui sont indispensables, par le rétablissement de nos finances publiques, éviter d'avoir des dépenses de fonctionnement qui sont trop importantes et trop élevées, c'est le cas depuis 50 ans dans notre pays, et en engageant un certain nombre de réformes de structure.

Je suis désolé de devoir me répéter sur ce sujet, mais nous aurons besoin d'une réforme des retraites qui rétablisse les équilibres financiers du régime des retraites en France parce que quand on est attaché à un système par répartition, on voit bien qu'aujourd'hui, il est déficitaire et que si nous voulons le maintenir dans la durée, il faudra aussi rétablir les équilibres de ces comptes des retraites.

20:45
Présentateur

Bruno Le Maire, le canard enchaîné nous apprend qu'il vous reste 30 milliards d'euros dans vos poches que vous n'avez pas dépensé, que ces 30 milliards d'euros qui devaient aller aux entreprises aidées par les mesures d'urgence n'ont pas été consommés. Donc, en réalité, le discours d'Olivier Dussault et ce que vous venez de dire, c'est pour rassurer les marchés financiers, mais au fond, vous savez bien qu'il vous reste beaucoup d'argent.

21:10
Bruno Le Maire

C'est une drôle l'idée de prétendre qu'il nous reste beaucoup d'argent alors qu'on arrive à quasiment 120% de dettes publiques par rapport à notre richesse nationale et qu'on a dépassé les 10 points de déficit. Honnêtement, c'est une idée un peu baroque. La réalité, c'est que nous avions provisionné en 2020 des sommes très importantes pour protéger les Français, notamment au cas de deuxième confinement. Il y a eu un deuxième confinement en novembre. Nous avions provisionné des sommes très importantes parce que nous étions partis de l'idée qu'en mars, au premier confinement, on avait perdu 30 points d'activité, donc nous allions perdre en novembre aussi 30 points d'activité.

Comme on a fait un confinement qui était mieux construit, plus respectueux des exigences économiques, nous n'avons perdu que 12 points d'activité. Donc effectivement, nous avons été prévoyants. Ça nous laisse de l'argent de côté. J'ai le regret de vous dire qu'il est déjà en train d'être dépensé dans les mesures de soutien à l'économie que nous avons employées depuis le début de l'année.

22:04
Locuteur non identifié

Frédéric Seix, vous venez d'évoquer une réforme des retraites que vous appelez de vos voeux pour rétablir, entre autres, les finances publiques avant l'élection présidentielle de 2022. Vous savez qu'il y a un débat entre les ministres sur cette question. Vous êtes favorable à ce qu'elle se fasse avant la fin du mandat ?

22:17
Bruno Le Maire

Je ne suis pas le maître du calendrier. C'est le président de la République et le Premier ministre qui le décideront. Mais votre opinion ? Mon opinion, c'est que les faits sont têtus. Et les faits montrent très clairement que globalement, quand vous prenez l'ensemble du volume de travail d'un Français tout au long de la vie, même si chaque Français, je tiens à le dire, travaille dur avec beaucoup de professionnalisme, beaucoup d'efficacité, mais quand vous prenez l'ensemble du travail d'un Français tout au long de la vie parce que le niveau de chômage est élevé, parce qu'on part plus tôt à la retraite, parce qu'on rentre plus tard sur le marché du travail.

Ça vous l'avez dit, mais pour le calendrier. Nous sommes l'un des pays qui travaillent le moins de tous les pays développés. Ça se paye. Et ça se paye comment ? Par un niveau de vie moins élevé des générations qui viennent. Moi, je ne veux pas me résigner à ça. Donc je continue à considérer que dès que la croissance sera de retour et l'épidémie derrière nous, il faudra engager

23:04
Locuteur non identifié

cette réforme des retraites. Et autre réforme, la privatisation d'aéroports de Paris. On en a évidemment beaucoup parlé à la suite de la crise des Gilets jaunes. Elle ne se fera jamais cette réforme, soyons clairs ?

23:12
Bruno Le Maire

Elle ne se fera pas dans les mois qui viennent et avant la fin du quinquennat, soyons clairs, pour une raison qui est simple. C'est qu'aujourd'hui, le transport aérien s'est effondré, que je suis aussi le gardien des intérêts patrimoniaux de l'État et que ça n'aurait pas de sens de céder aujourd'hui une participation au moment où elle vaut très peu parce que le transport aérien s'est effondré.

23:33
Présentateur

Bruno Le Maire, est-ce que vous-même, est-ce que Bercy avait sauvé nos vacances de février ?

23:39
Bruno Le Maire

Tout dépend de ce que vous entendez par sauver vos vacances.

23:43
Présentateur

Eh bien, d'après ce que j'ai cru comprendre, vous trouvez qu'un troisième confinement coûterait trop cher et c'est la raison pour laquelle, pour l'instant, l'arbitrage est de votre côté. On restera à cette situation de couvre-feu ou je devrais dire ça au conditionnel. On resterait puisque le coût de ces mesures serait de 7% en moins du PIB contre 12%, vous l'évoquiez, pour la dernière période de confinement.

24:09
Bruno Le Maire

Ça n'a jamais été le raisonnement du ministère de l'économie et des finances et ça ne le sera jamais. Je tiens vraiment à dire avec... Non, jamais. Vous êtes là pour compter... Nous ne sommes pas au ministère de l'économie et des finances comme on le caricature trop souvent, que ce soit les ministres ou les fonctionnaires remarquables qui travaillent derrière nous qui font un travail absolument exceptionnel depuis le premier jour de la crise. On ne se dit pas ça coûte trop cher, on ne fait pas. Je viens exactement d'expliquer le contraire. L'orientation a été fixée par le président de la République, j'y crois profondément.

Ce qui coûte très cher, c'est des millions de chômeurs et des dizaines de milliers de faillites. Donc nous protégeons et nous mettons l'argent qu'il faut sur la table et nous le mettrons aussi longtemps que ce sera nécessaire. C'est en revanche l'aspect sanitaire qu'il n'est pas possible de dissocier non plus de l'aspect économique. Moi, mon raisonnement est un raisonnement humain. Permettez-moi de vous le dire. On impose depuis des semaines un couvre-feu à 18 heures aux Français. Nous le faisons parce que nous estimons que du point de vue sanitaire, ça permet d'améliorer la situation. Mais c'est dur. C'est dur ce qu'on impose aux Français.

C'est dur de rentrer à 18 heures, de ne pas pouvoir faire ses cours. C'est moins dur

25:18
Présentateur

qu'un confinement

25:19
Bruno Le Maire

tel que nous avons vécu. Moi, je ne partage pas l'avis de ceux qui estiment qu'on a fait un couvre-feu à 18 heures, ça ne marche pas du tout, on passe tout de suite à autre chose. Je considère que quand on a demandé un effort à quelqu'un, que ce soit un enfant, que ce soit une famille ou que ce soit un peuple, on attend de voir quel est le résultat de cet effort avant immédiatement de passer à un effort supplémentaire. Donc vous voyez que mon raisonnement est d'abord un raisonnement humain et politique avant d'être un raisonnement financier. Frédéric Sey.

25:47
Locuteur non identifié

Vous craignez, comme aux Pays-Bas, une forme de désobéissance civile pour des mesures supplémentaires de confinement ou de couvre-feu ?

25:54
Bruno Le Maire

Je vois partout où je me déplace, j'étais à Toulouse la semaine dernière, auprès de tous les maires que je consulte très régulièrement, c'est des personnes que je consulte le plus, des commerçants que je téléphone, des entrepreneurs, une immense lassitude. Il y a une immense lassitude. Nous avons déjà eu deux confinements. Nous avons des commerçants qui aujourd'hui sont à bout et qui, malgré nos mesures de soutien, se disent est-ce que ça vaut le coup de continuer ? On doit tenir compte de cette réalité humaine.

26:23
Présentateur

C'est étrange d'ailleurs parce que vous parlez des Pays-Bas, vous parlez notamment des Pays-Bas en tant que nation qui, je vous cite, ne peut pas être réduite à sa passion du monde et dans le mystère de la marchandise. Vous citez un grand historien anglais Simon Chama, Bruno Le Maire et justement dans ce côté prosaïque que prête Simon Chama aux Hollandais, vous faites une distinction entre les passions françaises. Est-ce que la passion de la liberté, en tout cas, qu'on nous prête, voudrait dire qu'un troisième confinement est aujourd'hui jugé, comment dirais-je, non souhaitable

27:03
Bruno Le Maire

par le gouvernement ? Le confinement ne peut être, à mes yeux, que la toute dernière mesure quand toutes les autres mesures ont été essayées. Le confinement est dur, le confinement est psychologiquement pénalisant pour beaucoup de Français, il emporte beaucoup de conséquences, y compris les conséquences sanitaires pour ceux qui doivent reporter leurs soins, reporter leur traitement. Donc je crois que c'est la sagesse que de se dire, regardons d'abord où nous en sommes, on va le faire tout à l'heure en Conseil de Défense avec le Président de la République et le Premier ministre, voyons exactement où nous en sommes du point de vue sanitaire, mais pas de précipitation.

Parce que c'est une décision trop lourde

27:43
Locuteur non identifié

pour être prise dans la précipitation. Vous parlez justement des conséquences, votre parti, La République En Marche, propose un prêt de 10 000 euros à taux zéro pour chaque jeune. Est-ce que c'est une proposition que vous reprenez, vous ministre de l'économie et des finances, philosophiquement, est-ce qu'il est bon de commencer sa vie professionnelle avec une dette ? Moi je trouve que c'est

28:02
Bruno Le Maire

une idée intéressante et que toutes les idées qui permettront de dire aux jeunes étudiants qui aujourd'hui sont dans une situation extrêmement difficile, que nous leur apportons des solutions, nous leur apportons des propositions, méritent d'être étudiés. Cette idée, philosophiquement, ne me pose pas de difficultés. Dans votre livre,

28:21
Locuteur non identifié

vous décrivez comment la crise de 2008 a aussi commencé par le surendettement des ménages. Oui, mais si j'ai bien lu

28:26
Bruno Le Maire

la proposition qui est faite par Stanislas Guérini, c'est un prêt qui est fait, qui est comme les prêts qui sont faits parfois par l'État, on ne les rembourse que si on a la faculté de les rembourser parce qu'on a trouvé un métier, un emploi qui vous permet de le rembourser. Donc je pense que c'est protecteur. Je trouve que c'est une idée qui est intéressante et qui montre que nous devons avoir une attention toute particulière à ces jeunes qui aujourd'hui ne trouvent pas de stage, n'ont pas de contrat pour démarrer, ont du mal à concilier leurs études avec le paiement de leur loyer, de leur charge immédiate.

Donc toutes les propositions qui iront dans le sens d'un soutien aux jeunes vont dans la bonne direction.

29:04
Présentateur

Bruno Le Maire, on est dans une situation qui est extrêmement inquiétante, terrible pour beaucoup de commerçants, pour beaucoup d'acteurs de l'industrie parce qu'on est dans du stop and go, quel que soit d'ailleurs le stop, même si on n'a pas à faire un troisième confinement, immédiatement. Est-ce que finalement l'erreur qui a été faite en France, mais pas uniquement en France, c'est de vouloir vivre avec le virus puisque les pays qui s'en sortent le mieux, comme la Chine, comme Taïwan, sont des pays qui ont décidé de ne pas vivre

29:32
Bruno Le Maire

avec ce virus. C'est aussi des pays qui ont pris des mesures sanitaires qu'aucun peuple européen n'accepterait. Vous faisiez référence à ce pays-bas, mais regardez les mesures qui ont été prises en Chine, on a regardé de très près la manière dont les personnes sont isolées. Je pense que cet isolement qui passe par une contrainte sur les libertés individuelles terribles serait quelque chose qui ne serait pas accepté en Europe et qu'on doit être fier aussi de notre modèle. Le deuxième point sur lequel je veux insister, c'est que nous allons en sortir.

Voyons bien que nous sommes aujourd'hui, je l'ai dit à la fin de l'année 2020, que nous entrions dans la période la plus difficile parce que c'est la période où la fatigue se fait sentir, la lassitude se fait sentir. En gros, on en a ras-le-bol. Mais il y a un horizon et j'espère du point de vue économique que ce sera pour la deuxième partie de l'année. La première partie de l'année, je l'ai toujours dit, serait le moment le plus difficile mais passé ce moment-là, nous aurons davantage de vaccins.

La campagne de vaccination aura donné ses effets et je suis convaincu que nous aurons au deuxième semestre de l'année 2021 une croissance économique qui repartira fort, qui créera des emplois, qui améliorera la vie des Français. On a bien vu au troisième trimestre de 2020, cette fois-ci, que dès que les mesures de contraintes sanitaires sont levées, l'économie française redémarre fort. Donc j'ai bon espoir qu'au deuxième semestre, l'économie française redémarre fort.

30:55
Présentateur

Justement, puisque vous avez prononcé le mot de vaccin, est-ce que l'échec de Sanofi et de Pasteur en tant que ministre de l'économie ne vous oblige pas à voir ce qui se passe dans ces deux entreprises et comment cela se fait-il que ces deux champions ne soient pas champions en matière de vaccins ?

31:11
Bruno Le Maire

Je pense qu'il faut évidemment en tirer les leçons, mais là aussi, sans jeter le blâme sur les uns, sur les autres, il y a une espèce de grande facilité.

31:19
Présentateur

Vous citez par exemple votre attitude par rapport à Renaud. Je vois l'immense facilité

31:22
Bruno Le Maire

intellectuelle qu'il y a parfois à immédiatement tomber sur une entreprise singulière en l'accablant de tous les mots. Je pense qu'il y a un problème plus global qui est de savoir est-ce que notre système de recherche est adapté ? Est-ce que les financements sont les bons et que faut-il faire ? Je pense que nous avons commencé à prendre un certain nombre de décisions depuis maintenant près de deux ans qui vont dans la bonne direction. Dans la loi PAC que nous avons fait adopter au Parlement, il y a un lien plus étroit entre la recherche et le développement industriel.

Il y a la possibilité pour les chercheurs par exemple de garder toute leur participation dans une start-up même s'ils retournent faire de la recherche pour recréer un écosystème entre la recherche et le développement industriel qui est très coûteux, plus favorable. Deuxième réponse, dans le plan de relance, nous avons demandé qu'il y ait des fonds très importants pour le développement des biotechnologies, de l'immunothérapie, des traitements ciblés parce que nous avons eu conscience qu'effectivement, il y avait du retard qui avait été pris là-dedans et qu'il fallait que la France, qui était une grande nation de santé, réinvestisse massivement dans la recherche sur la santé.

La troisième réponse qu'on ne souligne jamais suffisamment, c'est que nous avons en Europe un problème de financement. Toutes ces géants de la pharma ont besoin, ou toutes ces start-up qui travaillent dans le domaine de la santé, ont besoin, non pas de millions, pas de centaines de millions, mais à un moment donné dans leur développement ont besoin de milliards d'euros de financement pour se développer et acquérir la taille critique. Il faut que nous créions un marché unique des capitaux européens pour qu'une start-up qui veut se développer n'ait aucun problème de financement. Nous y travaillons aussi.

Il ne s'agit pas d'une start-up quand vous voyez que Sanofi réduit ses effectifs, ça vous rend fou ? Mais quand je dis start-up, c'est qu'on voit bien que Pfizer s'est appuyé sur une start-up pour développer son... BioNTech. Besoin d'une articulation entre grandes entreprises, start-up, financement, recherche. C'est ce que nous avons commencé à faire, j'insiste là-dessus, avec le programme d'investissement d'avenir, avec la loi Pacte et avec les travaux que nous menons sur le marché unique européen des capitaux.

33:19
Locuteur non identifié

Dans le champ des idées, vous avez noté que la crise sanitaire a fait revenir la notion de souveraineté, justement, qu'elle soit pharmaceutique ou alimentaire, parfois aussi la notion de frontière, y compris à gauche. Selon vous, de ce point de vue, est-ce qu'on a changé d'époque ? Pour prendre un exemple concret, est-ce qu'un traité de libre-échange comme le CETA avec le Canada, il serait encore imaginable aujourd'hui ?

33:41
Bruno Le Maire

Oui, on a changé d'époque. Et rien ne serait pire que de vouloir revenir à l'époque d'avant, alors même qu'il y ait une époque meilleure à construire. Donc les traités de libre-échange internationaux, ces signes...

Les libres-échange doivent continuer à exister, ils sont importants, mais plus respectueux des droits sociaux, plus respectueux des règles environnementales, garantissant l'origine des produits et le respect de l'environnement dans la façon dont ces produits ont été créés, avec la possibilité de mettre en place une taxe carbone aux frontières de l'Union Européenne pour dire, votre produit, il a été réalisé avec une forte émission de CO2, vous êtes taxé à l'entrée des frontières européennes parce que ça ne sert à rien que l'Europe réduise ses propres émissions de CO2 si elle importe sans taxer des produits qui sont fortement émetteurs de CO2.

nous changeons de monde et c'est une bonne chose parce qu'il y a un monde meilleur à construire et c'est pour ça qu'il n'a jamais été aussi nécessaire de s'engager en politique il n'a jamais été aussi beau de s'engager en politique parce que pour la première fois depuis des décennies il y a la possibilité de construire un monde meilleur plus respectueux de l'environnement luttant contre les inégalités capable de réaliser je me suis engagé hier fortement aujourd'hui c'est l'anniversaire de la loi Copé-Zimmermann capable de réaliser en France l'égalité réelle entre les femmes et les hommes sur les salaires sur les postes sur ce qui fait la réalité de l'égalité donc si j'ai un message à faire passer c'est qu'il y a un moment où on doit s'engager en politique c'est le moment où le monde bascule on peut en construire un meilleur c'est le moment où nous sommes alors s'engager en politique

35:11
Présentateur

en matière de programme économique maintenant que les niveaux d'endettement ont montré finalement que la dette était soutenable cette dette est tellement soutenable qu'on a l'impression qu'elle est devenue quasiment des fonds propres c'est-à-dire que contrairement à ce que beaucoup de responsables politiques disent il est probable qu'une bonne partie de cette dette ne sera pas remboursée Bruno Le Maire est-ce que l'idée d'être un gestionnaire rigoureux est une idée qui tient encore ?

35:39
Bruno Le Maire

bien sûr mais gestionnaire rigoureux ça ne veut pas dire austérité certains veulent nous faire confondre la bonne gestion des finances publiques et l'austérité je crois que les deux n'ont absolument rien à voir et que l'un des points importants aussi est celui du calendrier aujourd'hui il faut protéger notre économie et nos emplois donc nous sommes dans cette phase je parle du monde d'après viendra dans le monde d'après le moment il faudra rétablir nos comptes publics mais pourquoi ? expliquez-moi pourquoi ? mais je vais vous dire pourquoi ?

pour des raisons qui sont très simples la première c'est que ça n'est pas bon d'avoir un tel écart d'endettement entre les plus grandes économies d'une zone qui a la même monnaie tout le monde va être

36:17
Présentateur

tout le monde va être endetté de manière considérée

36:19
Bruno Le Maire

malheureusement vous verrez qu'il y aura à la sortie de la crise sans doute de 40 à 50 points d'écart de dette publique entre la France et l'Allemagne

36:26
Présentateur

parce que nous sommes entrés dans cette dette en étant très endettés

36:29
Bruno Le Maire

mais parce que nous sommes entrés en étant très endettés parce que nous avons trop de dépenses publiques sur des dépenses de fonctionnement que nous pourrions réduire et ma conviction là-dessus reste la même depuis des années donc nous avons la possibilité en sortie de crise quand la croissance sera de retour de nous assurer que la dépense publique là va là où nous en avons le plus besoin c'est-à-dire sur de l'investissement de la dépense publique

36:51
Présentateur

vous réduirez l'emploi Bruno Le Maire est-ce que c'est vraiment

36:54
Bruno Le Maire

ce que vous voulez faire en sortie de crise ? je ne crois pas je pense qu'on peut parfaitement être capable de réduire de la dépense publique sans réduire de l'emploi d'être plus efficace d'utiliser la digitalisation de notre économie pour être plus efficace

37:05
Présentateur

si vous digitalisez vous supprimerez des emplois

37:07
Bruno Le Maire

et l'essentiel n'est pas d'avoir le maximum d'emplois public l'essentiel est d'avoir le meilleur service public possible c'est ça qui compte pour les français ensuite la deuxième raison qui fait qu'il n'est pas bon d'avoir une dette publique qui est trop élevée c'est que vous serez bien content le jour où la bise fut venue pour citer la fontaine c'est-à-dire le jour où vous aurez une nouvelle pandémie d'avoir des réserves financières

37:29
Présentateur

est-ce qu'il va y avoir une nouvelle en...

37:30
Bruno Le Maire

mais c'est une certitude enfin on se doute bien que ces pandémies sont devenues l'une des réalités du 21ème siècle et donc la responsabilité d'un ministre des Finances c'est de dire quand il y a crise on dépense de l'argent public pour protéger nos entreprises et nos salariés on refait ensuite nos réserves financières pour pouvoir faire face le moment venu je l'espère le plus tard possible dans 5 ans dans 10 ans peut-être plus tôt à un nouveau risque de pandémie ça s'appelle la responsabilité politique ça veut dire voir un tout petit peu plus loin

38:02
Présentateur

que le bout de son nez alors s'il y aura une nouvelle pandémie puisqu'on a bien compris que le goulot d'étranglement c'était l'hôpital pourquoi dans ce cas-là ne pas immédiatement doubler, tripler les capacités des réanimations

38:12
Bruno Le Maire

je vais peut-être vous surprendre investir massivement dans l'hôpital ne me pose aucune difficulté au contraire je pense que l'hôpital public est une des forces de notre nation de notre société investir dans l'école ne me pose aucune difficulté c'est le meilleur investissement qu'on puisse faire mais il faut être capable ailleurs de réduire des dépenses qui ne sont pas forcément les plus utiles

38:30
Locuteur non identifié

Frédéric Sey si vous lisez le Figaro vous avez peut-être vu cet article consacré à ces ministres de l'ombre moins connus moins exposés du fait de la crise sanitaire ils ont des responsabilités moins importantes tout simplement vous dénoncez dans votre livre page 211 les gouvernements pléthoriques est-ce qu'il y a trop de ministres actuellement au sein de ce gouvernement chaque ministre

38:50
Bruno Le Maire

de ce gouvernement fait un travail qui est très utile vous voyez bien qu'il y a une nouvelle organisation qui est en train de se mettre en place oui vous dites là avec la crise on est arrivé

38:58
Locuteur non identifié

avec des processus beaucoup plus simples avec un seul décideur et plus les comités théodules

39:03
Bruno Le Maire

et les comités interministériens je pense que c'est une façon d'agir qui est plus efficace le choix qu'a fait le président de la république il y a quelques mois de dire le ministère de l'économie et des finances doit aussi avoir le contrôle sur les comptes publics de façon à ce qu'on puisse décaisser plus vite répondre plus rapidement à la crise je pense que c'était une excellente décision

39:21
Locuteur non identifié

le fait que le fonds de solidarité

39:23
Bruno Le Maire

44 ministres mais ensuite vous avez d'autres fonctions qui ne sont pas des ministres de plein exercice mais qui sont extrêmement utiles et qui font oeuvre utile prenez au ministère de l'économie et des finances Olivia Grégoire qui est chargée des associations du monde associatif fait un travail absolument remarquable elle est peut-être moins connue que d'autres mais elle fait un travail remarquable mais on peut imaginer un gouvernement dans lequel vous avez 5 ou 6 ministres de plein exercice qui vraiment pilotent les grandes politiques publiques et derrière des secrétaires d'état peut-être plus nombreux d'ailleurs qui pilotent chacun dans leur secteur un certain nombre de politiques plus précises plus détaillées mais qui sont tout aussi nécessaires mais c'est une organisation plus simple plus claire qui me paraît nécessaire

40:05
Présentateur

Bruno Le Maire vous êtes attaché à la culture c'est un secteur qui souffre beaucoup est-ce qu'il ne serait pas temps de laisser les théâtres rouvrir de rouvrir les musées bref de faire en sorte que ce monde-là cesse de souffrir

40:18
Bruno Le Maire

j'en rêverais parce que c'est extraordinairement difficile pour ce monde-là les musées qui sont fermés pour les villes pour les communes pour les citoyens c'est un vrai déchirement tous ceux qui sont dans des orchestres qui travaillent dans les concerts tous ceux qui ont des films qui sont en préparation qui ne peuvent pas sortir tous ceux qui dirigent des salles de théâtre ou des salles de cinéma pour toutes ces personnes c'est extrêmement difficile pour tous ceux qui travaillent à côté du monde de la culture pour tous ceux qui sont plasticiens qui sont seuls et qui ne peuvent plus partager cette vie qui est la vie d'un artiste où il y a aussi une part de communauté qui est absolument essentielle c'est extrêmement difficile est-ce que nous allons pouvoir dans les jours qui viennent rouvrir ces salles de spectacle ces salles de cinéma je peux dire que Roselyne Bachelot fait le maximum pour essayer d'entourer le monde de la culture mais aujourd'hui chacun le voit bien la tendance n'est pas à rouvrir des établissements parce que la situation sanitaire ne nous le permet pas donc avec Roselyne Bachelot nous avons reçu les acteurs de la culture il y a quelques jours nos portes sont toujours ouvertes nous essayons d'apporter des solutions qui soient les plus efficaces possibles et nous sommes là pour soutenir

41:29
Locuteur non identifié

Frédéric Seiz Bruno Le Maire vous écrivez page 84 dans votre livre une usine qui ferme c'est une permanence du front national qui ouvre quand vous voyez 4 ans après votre prise de fonction que plusieurs sondages placent Marine Le Pen en tête vous vous dites que vous avez échoué à empêcher les usines de fermer

41:45
Bruno Le Maire

les chiffres montrent que jusqu'en 2020 jusqu'au début de la pandémie nous avions réussi et que la politique que nous avions menée avec le président de la république avait permis de recréer pour la première fois depuis 20 ans des emplois industriels dans notre pays donc nous étions en la bonne direction quand nous décidons de baisser les impôts de production qui pèsent d'abord sur les usines sur les industries dès cette année 10 milliards d'euros c'est justement pour rouvrir des usines parce que là c'est l'Ululocale qui va vous parler je le vois dans l'heure lorsque vous avez une usine qui ferme effectivement vous avez des ouvriers des salariés qui se disent mais de qui se moque-t-on on nous a laissé fermer c'est pas acceptable je n'ai cessé de me battre Frédéric Seiz depuis le premier jour de ce quinquennat pour que chaque usine menacée puisse rester ouverte mais Marine Le Pen est en tête regardez le cas d'Ascoval dans le Nord je pense juste ce cas emblématique d'une magnifique aciérie j'ai passé des semaines et des mois en liaison avec les EU locaux pour sauver cette aciérie parce que il y a une question de dignité derrière cela de respect des ouvriers et de leur outil de travail et puis il y a effectivement un enjeu politique et effectivement quand on voit que Marine Le Pen reste aujourd'hui en tête ce qui est pour moi un sujet de préoccupation absolument majeur je me dis qu'il faut poursuivre ce combat pour le respect du travail pour la dignité de ceux qui sont engagés dans ces secteurs là et que ma responsabilité de ministre de l'économie c'est effectivement tout faire pour offrir des perspectives d'emploi de développement aux territoires qui sont les plus menacés économiquement

43:14
Présentateur

pourquoi est-elle en tête selon vous Bruno Le Maire ?

43:17
Bruno Le Maire

tant que nous n'aurons pas apporté des réponses définitives à ces inquiétudes françaises qui sont des inquiétudes économiques qui sont aussi des inquiétudes culturelles vous aurez une montée des inquiétudes culturelles c'est-à-dire ? des inquiétudes sur ce que nous sommes sur notre mémoire sur ce que nous pouvons devenir sur la place qui sera celle de la France en Europe et dans le monde le rapport Stora

43:39
Présentateur

a priori il va accroître cette inquiétude culturelle que vous évoquez

43:44
Bruno Le Maire

je n'ai pas vu le rapport Stora il n'est pas encore sorti donc on verra mais je pense l'idée qu'il faut

43:48
Présentateur

réconcilier les mémoires

43:50
Bruno Le Maire

c'est un des éléments fondamentaux du livre de la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre L'Ange et la Bête c'est pour rappeler que nous sommes une vieille nation avec son histoire avec sa mémoire avec ses personnages historiques et que nous n'arriverons pas à construire l'avenir de la nation française sans nous souvenir de cette mémoire et sans rappeler qu'il y a effectivement plusieurs mémoires qui peuvent se mêler qui parfois peuvent se combattre qui parfois peuvent se déchirer les unes entre les autres et que la première responsabilité politique c'est offrir aux français un projet qui puisse les rassembler unir ces mémoires respecter notre histoire et nous donner le sentiment qu'on a encore notre destin devant nous parce que je vois beaucoup de français aujourd'hui et ça peut expliquer la montrée des extrêmes qui disent dans le fond le destin de la France il est derrière nous il est passé il est fini je crois rigoureusement l'inverse le destin de la France est encore devant nous

44:41
Locuteur non identifié

Frédéric Sey votre destin à vous pour finir vous aviez évidemment été candidat à l'élection présidentielle au travers de la primaire de la droite en 2016 vous disiez un homme ne doit renoncer à aucun de ses rêves mais pour le moment je traite avec les réalités c'est ce que vous disiez dans le point il y a quelques semaines vous n'avez donc pas renoncé à ce rêve de devenir président un jour

45:02
Bruno Le Maire

je ne peux rien vous dire que répéter ce que j'ai déjà dit au point je pense qu'il ne faut jamais renoncer à ses rêves quand vous renoncez à vos rêves vous abandonnez une part de vous-même et c'est dommage d'abandonner une part de soi-même raison aussi pour laquelle je continue d'écrire parce que c'est une part de moi-même après il y a une crise économique ma première responsabilité est d'y apporter des réponses tous les jours toutes les semaines en essayant d'avoir des résultats concrets il y a un président de la république avec lequel je suis heureux de travailler et qui sait que si jamais il décide de se représenter je serai son soutien il n'y a aucune ambiguïté là-dessus si Emmanuel Macron décide de se représenter en 2022 je serai son soutien et je vais vous dire je serai un soutien actif et engagé et la droite je veux dire

45:52
Présentateur

votre ancien parti il est républicain Bruno Le Maire

45:55
Bruno Le Maire

mais pour au-delà des partis des noms des républicains

46:00
Présentateur

je suis désolé de vous embêter avec de la politique

46:02
Bruno Le Maire

c'est important que propose-t-il de différent de ce que nous proposons quelle est la valeur ajoutée aujourd'hui de ce que proposent les républicains par rapport à ce que nous proposons je ne la vois pas je ne la vois pas et pour avoir une chance d'emporter une élection nationale il faut tout simplement aux yeux des français faire la différence c'est-à-dire montrer que votre projet apporte quelque chose de vraiment très différent de ce que nous apportons est-ce que sur la construction européenne sur l'économie sur la protection de l'économie que nous apportons sur les investissements que nous prévoyons dans les nouvelles technologies sur le rétablissement de la sécurité de l'ordre public les républicains mon ancien parti apporte des choses fondamentalement différentes de ce que nous faisons aujourd'hui avec le président de la république je ne crois pas

46:48
Présentateur

Bruno Le Maire L'ange et la bête mémoire provisoire c'est le livre que vous publiez aux éditions Gallimard de l'économie

Gouverner en temps de crise : Bruno Le Maire est l’invité des Matins — Bruno Le Maire · Pourquijevote