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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins· 17 mars 2026 39 min

Municipales 2026 : s’allier, à quel prix ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Le premier tour des élections municipales a livré une image assez contrastée du paysage politique français. Une abstention forte, un très bon score de la France Insoumise dans la plupart des grandes métropoles, un rassemblement national à moins d'un point et demi de Benoît Payan à Marseille et une journée de tractation dont les premières décisions continuent de tomber avec certaines fusions entre le Parti Socialiste et la France Insoumise, ce qui fait dire que le PS est pris au piège pour les échos, mais évidemment autre son de cloche à la une de l'humanité, des accords et des accros dans de nombreuses villes, PS, PCF et LFI ont su dépasser leur divergence.

Écrit l'humanité, nos invités, je vous les présente immédiatement, Emmanuel Devaresquiel, bonjour, vous êtes historien, professeur à l'école pratique des hautes études et on vous doit notamment, il nous fallait des mythes, la révolution et ses imaginaires de 1789 à nos jours aux éditions Talendier. Vous avez beaucoup écrit sur l'histoire politique de la France et on va prendre du chant avec vous. Julia Cagé, bonjour, vous êtes professeur d'économie à Sciences Po Paris et bien qu'économiste, vous avez beaucoup réfléchi à la politique. Vous avez notamment publié avec Thomas Piketty une histoire du conflit politique et c'est réédité en points histoire.

Pour vous, Julia Cagé, quels sont les points saillants qu'il faut retenir de ce premier tour de l'élection municipale ?

1:32
Éric Ciotti

Je dirais que le premier point extrêmement saillant, c'est la fin de la tripartition, la fin du moment Macron, si on peut l'appeler comme ça, où on a cru qu'on avait un nouvel équilibre de la vie politique française qui se définirait autour d'un bloc central avec trois blocs de taille égale. Là, ce qu'on voit, c'est la totale disparition de ce bloc central et la re-bipartition de la vie politique française avec un bloc de gauche relativement fort et en face de lui, un bloc de droite également relativement fort.

Alors, ça ne veut pas dire qu'on a exactement la même gauche et surtout pas exactement la même droite qu'avant puisque cette re-bipartition marque aussi finalement l'alliance de toutes les droites, que ça aille des républicains de la droite la plus traditionnelle jusqu'au Rassemblement national. D'ailleurs, c'est quelque chose qui est apparu extrêmement clairement dans le discours de Jordan Bardella des dimanche soir. Ça, c'est quand même la première grande leçon. Et je dirais que la deuxième leçon qu'on a vue dimanche soir, malheureusement, c'est le taux d'abstention qui reste extrêmement élevé.

Il ne faut pas oublier que le bon point de comparaison de ce point de vue-là, ce n'est pas 2020 puisque 2020, c'était une élection assez exceptionnelle en termes d'organisation du fait de la crise sanitaire. C'est l'élection de 2014 et toutes les élections précédentes. On avait toujours eu une participation électorale assez forte pour les élections municipales parce que les gens sont attachés à leur maire, à leur démocratie locale. Et là, on voit quand même un très fort effritement de cette participation électorale qui doit nous interroger aussi sur la bonne santé de notre démocratie.

2:59
Présentateur

Emmanuel de Varesquiel, même chose, quels sont les enseignements que vous tirez à la faveur de votre savoir d'historien de ce qui s'est déroulé dimanche ? Une forme d'archipélisation.

3:12
Invité

D'archipélisation, je me suis entraîné. Exactement, bravo. Et puis aussi peut-être une résistance des partis de gouvernement qui sont, au fond, que ce soit le Parti Socialiste ou le Parti Républicain, qui sont plus représentés dans les communes qu'ils ne le sont à l'Assemblée Nationale. On a l'impression que ces derniers bastions sont des bastions communalistes ou communaux et avec une sorte de décalage entre les élections législatives, les élections nationales et les élections municipales. C'est un peu ce sentiment qu'on a.

3:49
Présentateur

Est-ce qu'il y a un certain nombre de figures du passé qui peuvent vous permettre d'éclairer cela ? Dans votre dernier livre, Il nous fallait des mythes, le livre que vous avez publié chez Talendier, vous revisitiez les mythes de la Révolution et la manière dont ceux-ci survivaient entre la Révolution et ses conséquences, disons, en passant par Napoléon le Grand et l'autre plus petit. Que voyez-vous en la matière, Emmanuel de Varesquiel ?

4:18
Invité

Un certain nombre de choses. D'abord, l'apprentissage démocratique passe par les communes. Les lois municipales sont pléthores en France depuis la Révolution, à commencer par la grande loi de décembre 1789, avec, au fond, deux principes. Un premier qui est celui de l'égalité communale. Ça, c'est intéressant. Au fond, on applique aux communes le principe d'égalité citoyenne autour de la notion des droits de l'homme et, en même temps, le maintien, en transformant les anciennes paroisses en communes, d'un morcellement communal. Enfin, il y a 37 000 communes en 1789. On en a maintenant 35 000. Ce n'est pas beaucoup moins.

Et probablement, pour une raison qui tient au centralisme révolutionnaire, puis jacobin, et qui fait qu'on maîtrise mieux la situation quand elle est éparpillée que si on a affaire à des unités beaucoup plus importantes.

5:22
Présentateur

Ce qui veut dire que c'est la révolution qui fige les communes françaises, selon vous, donc, à 2 000 communes près. Ce n'est pas ce qui précédait cette révolution, Emmanuel de Varisquiel ?

5:33
Invité

Non, c'est la révolution et les interventions de l'abbé CIS au cours des discussions sur cette loi municipale de décembre 1989, avec, en même temps, une tradition révolutionnaire du mouvement communal. Enfin, pensez tout de même à la commune insurrectionnelle de Paris en août 1792 et puis en 1793, sans parler, qui tout de même prépare et organise la prise des tuileries le 10 août, sans parler de la commune de Paris de mars 1871. Et à chaque fois que vous avez une transition, c'est une litote politique en France, c'est-à-dire, au fond, un mouvement révolutionnaire parisien, vous avez une tentation ou des tentatives de petites républiques communales.

On le voit très bien à l'occasion des Trois Glorieuses des barricades parisiennes de juillet 1830. Vous avez un certain nombre de petites républiques communales qui s'organisent sur l'ensemble du territoire du royaume.

6:36
Présentateur

Julia Cagé, une chose qui frappe Jérôme Fourquet, il n'est pas le seul, je le lis dans Le Figaro, c'est que la droite classique est en grande difficulté. Alors, ici, par exemple, Marseille. Marseille, c'était donc la ville de Jean-Claude Godin. Martine Vassal fait 12%. Lille, elle fait 8%. On pourrait prendre aussi l'exemple de Paris. Je crois qu'il y a eu des maires de Paris qui étaient à droite, il me semble, il y a longtemps.

7:03
Éric Ciotti

C'est trois exemples qui sont quand même très différents. Lille, historiquement, et depuis plusieurs décennies, est une ville qui est extrêmement marquée à gauche. 8%, ce n'est pas beaucoup. Non, ce n'est pas beaucoup, mais ce n'est pas très étonnant. Le score de Rachida Dattil est sans doute un peu plus. En même temps, on avait trois candidats de droite, même quatre, jusqu'à Thierry Mariani à Paris. Sarah Knafot a fait un score extrêmement élevé, mais qui n'est pas si surprenant si on fait une analyse électorale en comparant les élections municipales à ce qu'on a eu aux élections présidentielles.

Éric Zemmour était extrêmement fort dans un certain nombre d'arrondissements de la capitale qui sont exactement les mêmes arrondissements. On retrouve aujourd'hui Sarah Knafot en position de force et derrière, en fait, vous avez toujours eu un bloc central qui s'en est sorti extrêmement bien également à Paris. Au final, si vous additionnez aujourd'hui Sarah Knafot le score de Bournazel et celui de Rachida Dattil, en fait, on n'en est pas très loin de ce qu'on avait à Paris pour la droite en 2020, mais on a un bloc central qui s'est aussi à nouveau un peu effrité ici. Alors, c'est un peu plus étonnant à Marseille d'une certaine manière. Il y a toujours des facteurs personnels.

Il y a quand même eu un certain nombre de propos problématiques, notamment lors du débat sur BFM TV tenu par Martine Vassal et je pense qu'elle en a souffert, ce qui est tout à fait légitime. Et ensuite, c'est vrai qu'on a un rassemblement national qui est extrêmement fort à Marseille. En fait, la droite marseillaise s'est recomposée essentiellement autour du rassemblement national.

Là, encore une fois, ce n'est pas très étonnant si vous regardez les scores, alors pas tant aux présidentielles où Jean-Luc Mélenchon était extrêmement fort à Marseille qu'aux législatives où on voyait déjà à la fois une France insoumise extrêmement forte et en face d'elle, des quartiers qui votaient beaucoup pour le rassemblement national. Ce qui est frappant à Marseille, en fait, c'est cette polarisation de la vie politique. Mais ce qu'il faut quand même souligner dans le cas de Marseille, c'est que c'est le maire sortant, Benoît Payan, qui marque l'union de la gauche hors LFI, qui est arrivée en tête de cette élection qui n'a pas toujours aujourd'hui favorisé les sortants.

Donc voilà, ce sont différents équilibres. Si vous prenez dans l'ensemble, en fait, les Républicains ne s'en sortent pas si mal dans les villes au-delà de 3500 habitants. Ils sont arrivés en tête dans un certain nombre de villes. Comme vous le rappeliez tout à l'heure, en fait, les partis de droite et de gauche traditionnels, le Parti Socialiste, les Républicains, s'en sortent toujours relativement bien aux élections municipales. celles de dimanche n'ont pas marqué un démenti.

Mais non, ce qui est inquiétant, je pense, pour la suite, c'est de voir que ce retour de la bipartition, de la bipolarisation du débat politique aujourd'hui en France entre la droite et la gauche est dominé du côté de la droite par la droite qui est l'extrême droite, qui est la droite du Rassemblement National. Et finalement, c'est la stratégie d'Éric Ciotti, qui était encore président des Républicains il y a deux ans, il faut quand même le rappeler, qui est en train de l'emporter aujourd'hui dans le débat politique à droite en France.

10:01
Présentateur

Ce qui est étrange d'ailleurs dans le débat politique aujourd'hui, Emmanuel Devaresquiel, c'est que les références, Martine Vassal dont parlait Julia Cagé, un certain nombre d'autres polémiques tournent autour, je vais aller vite, de la Seconde Guerre mondiale. Or, vous écriviez dans votre dernier livre sur les mythes que la Troisième République s'était inscrite sur la légitimité de la Révolution. Est-ce que vous trouvez, Emmanuel Devaresquiel, que justement les traces de la Révolution qui seraient normalement structurantes dans la vie politique s'effacent progressivement en France ?

10:36
Invité

Oui, je peux vous répondre sur plusieurs plans. La Révolution est marquée par Marc ou introduit une culture politique qui est plutôt une culture de l'affrontement qu'une culture du compromis. C'est au nom de l'indivisibilité de la nation et de l'incapacité à considérer son adversaire comme un opposant mais plutôt comme un ennemi. Enfin, toute l'histoire parlementaire de la Révolution française est une histoire d'exclusion. Je pense par exemple à la lutte que se mènent les montagnards et les girondins et à l'exclusion des girondins en mai-juin 1793. Alors ça, c'est un bon exemple parce que c'est une matrice de l'affrontement jusqu'au boutiste.

Oui, alors elle a connu des évolutions et il y a eu tout de même une culture du compromis. Je pense par exemple à l'accession au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958 qui se fait sur un accord avec la gauche quand même. Oui, après

11:37
Éric Ciotti

des événements militaires On est d'accord

11:39
Invité

mais il n'empêche qu'une partie de la gauche va voter en faveur de De Gaulle en juin 1958. C'est un fait. Et donc ce compromis il existe mais la culture française issue de la Révolution fait qu'on a du mal à la pratiquer. Et puis

12:01
Présentateur

l'autre visage de la France que vous avez étudié c'est le visage de l'alliance quoi qu'il en coûte au gré des vents politiques c'est Talleyrand.

12:13
Invité

Oui, alors Talleyrand a toujours mis en avant l'intérêt de l'État parfois les siens propres d'ailleurs. Oui, je pensais plutôt aux siens

12:22
Présentateur

qu'à ceux de l'État d'ailleurs mais c'est vous qui m'avez renseigné Talleyrand.

12:26
Invité

Ce sont les gouvernements qui me négligent disait Talleyrand et il est un bel exemple de continuité de l'État alors on peut le prendre de continuité de Talleyrand surtout. Oui, enfin les deux on peut le prendre du côté de la trahison ou du côté de la continuité et du maintien du principe de l'État quels que soient les régimes qu'il incarne en effet. L'autre question

12:50
Présentateur

qui se pose donc pour la droite je continue c'est l'élection de Nice qui elle marque donc une avance d'Éric Ciotti qui je vais vous laisser le qualifier mais qui est probablement un modèle de rapprochement entre la droite et l'extrême droite tandis que Christian Estrosi qui peut faire figure de centriste dans cette élection lui est largement derrière. Qu'est-ce que ça signifie pour vous Julia Cagé ?

13:19
Éric Ciotti

Que la re-bipolarisation de la vie politique française est en train de se faire avec un bloc de droite aujourd'hui dominé par le Rassemblement national encore une fois il faut prendre un tout petit peu de recul alors celui-là il ne sera pas historique il est très contemporain mais Éric Ciotti il y a encore deux ans il était à la tête du parti Le Républicain il poussait pour une alliance avec le parti Reconquête il poussait aussi pour des alliances avec le Rassemblement du point de vue stratégique c'est la question qui se pose

13:47
Présentateur

Je ne parle que de stratégie politique

13:48
Éric Ciotti

Pour Éric Ciotti sa personne et lui sans doute dimanche futur maire de Nice il a fait un calcul politique qui était un calcul intelligent ça c'est évident mais voilà il faut voir ce qui s'est joué au cours des dernières années et tout l'équilibre qui s'est redessiné depuis 2007 on avait beaucoup souligné en 2007 que le macronisme Emmanuel Macron s'était construit sur une partie du parti socialiste Emmanuel Macron lui-même avait été ministre de François Hollande mais ce qui s'est passé depuis 2017 pardon ce qui s'est passé en fait au cours des deux derniers quinquennats c'est surtout que la vie politique du bloc central et les gouvernements successifs et les majorités successives sur lesquelles s'est appuyé Emmanuel Macron se sont en fait entièrement articulés autour des républicains donc la partie la plus républicaine des républicains si vous voulez d'une certaine manière s'est alliée au bloc central et ça ça a été un échec politique on le voit aujourd'hui et puis la partie la plus à droite a rejoint le rassemblement national et ce qui est frappant aujourd'hui c'est ça qui va être intéressant à voir électoralement en 2027 c'est que si moi je regarde ce qu'on a fait avec Thomas Piketty dans une histoire du conflit politique les caractéristiques des électeurs rassemblement national là je parle pas de l'électorat de Reconquête ou de Xaraknafo mais si on regarde les caractéristiques des électeurs rassemblement national ce sont des classes populaires rurales pour l'essentiel et c'est pas évident du tout que ces électeurs rassemblement national se retrouvent demain dans le programme et dans la ligne économique que défendait Éric Ciotti quand il était à la tête des républicains

15:16
Invité

Emmanuel Devaresquiel toute la vie politique d'abord la révolution c'est l'invention de la politique et puis toute la vie politique française s'est construite sur une bipolarisation d'une droite et d'une gauche je ne vois pas que la France ait des traditions centristes à commencer par l'échec du libéralisme au cours des grandes discussions parlementaires de septembre 1789 à l'Assemblée nationale et au fond

15:41
Éric Ciotti

On a eu deux moments de tripartition les années 1870 1880 1890 1900 autour du bloc progressiste c'était un gros moment de tripartition ensuite elle a disparu jusqu'au début des années 1990 et ça a réapparu au cours des dernières décennies

15:56
Invité

Mais ce qui se passe depuis l'élection du président de la république d'Emmanuel Macron c'est tout de même au fond Macron a fait avec les anciens partis de gouvernement ce que Mitterrand a fait avec le parti communiste dans les années 1980

16:10
Présentateur

On va en reparler et vous évoquerez peut-être la restauration une autre époque sur laquelle vous avez beaucoup travaillé Emmanuel de Varesquiel je ne sais pas les commentaires d'Hugo dans Choses vues où il explique que les maires sont impuissants face à la misère de France qui est peut-être là aussi quelque chose à ressusciter on en parle dans quelques instants Emmanuel de Varesquiel on retrouve Il nous fallait des mythes la révolution et ses imaginaires de 1789 à nos jours chez Talendier puis votre biographie de Talleyrand qui fait référence Julia Cagé une histoire du conflit politique en point histoire votre livre co-écrit avec Thomas Piketty 8h sur France Culture 6h30 9h les matins de France Culture Guillaume Erner nous sommes en compagnie de l'historien Emmanuel de Varesquiel on vous doit notamment Emmanuel il nous fallait des mythes la révolution et ses imaginaires de 1789 à nos jours c'est chez Talendier Julia Cagé vous êtes professeur d'économie à Sciences Po Paris et vous co-signez avec Thomas Piketty une histoire de conflit politique celle-ci est disponible en poche un commentaire par rapport à ce que vient de dire mon camarade Jean Lémarie

17:21
Éric Ciotti

non mais je pense qu'il a raison sur le cas de Marseille comme le cas de Paris vont être deux cas extrêmement intéressants à regarder moi je pense qu'il faut regarder ce qui se passe à Marseille et Paris par rapport à l'union qui se fait dans le reste de la France et pas sous-estimer finalement le facteur local pourquoi on peut avoir de l'union à Toulouse pourquoi on peut avoir de l'union à Lyon dans plusieurs grandes villes et pas à Marseille et Paris figurez-vous que je vous pose la question parce qu'on a eu beaucoup plus de violence finalement dans la campagne si vous prenez des propos qu'a pu avoir Sophia Chikirou par exemple contre Emmanuel Grégoire on a dépassé finalement l'affrontement politique tel qu'il se fait normalement dans des termes républicains et démocratiques mais sur le fond des programmes et c'est là ce qui va être important selon moi je pense est l'intelligence de la part de la France Insoumise à partir du moment où Benoît Payan a dit que de toute façon il ne fusionnerait pas les listes ça serait de se retirer à Marseille en disant écoutez dans ce cas là nous on prend notre responsabilité politique et on ne laissera pas le Rassemblement National l'emporter et pourquoi c'est intelligent parce que si vous regardez le programme de Benoît Payan et de la France Insoumise à Marseille et que vous l'opposez à celui de Franck Alizio et du Rassemblement National il n'y a pas l'écart d'une petite feuille il n'y a rien ce sont les mêmes programmes en termes d'école de cantine de transport de service public en fait il y a une logique à avoir cette union de la gauche elle ne peut pas se faire je pense essentiellement dans ce cas sur des histoires de personnes donc j'espère qu'il y aura cette intelligence dans ce cas précis de la part de la France Insoumise de se désister afin d'éviter quand même que la deuxième ville de France tombe du côté du Rassemblement National ce qui serait un choc sans précédent dans la vie politique française

18:57
Auditeur

Jean Lémarie c'est le clin d'oeil ou le conseil ironique figurez-vous que Benoît Payan a donné à Sébastien Delogu hier il a dit en passant si j'étais lui je me désisterais comme ça j'adopterais une posture de responsabilité de la gauche face à la possibilité que le Rassemblement National emporte la vie le dimanche prochain

19:15
Présentateur

mais alors parce que Jean Lémarie je parle à sa place je suis son porte-parole Jean Lémarie dans son billet politique expliqua aussi qu'il y avait un résultat décevant pour la France insoumise à Marseille comment l'expliquez-vous Julia Cagé ?

19:31
Éric Ciotti

Ce qui est frappant du côté de Marseille c'est la faiblesse de la participation électorale et politique là où la France insoumise a des résultats extrêmement forts dimanche par exemple dans des villes comme Roubaix c'est aussi le cas à Saint-Denis c'est là où elle a été capable de mobiliser très fortement politiquement ça c'est la stratégie qui a été suivie par Jean-Luc Mélenchon et par la France insoumise au cours des dernières années c'est de se dire que finalement là où était cherché c'est du côté des abstentionnistes dans les villes comme Roubaix où ils ont réussi à le faire aller chercher les abstentionnistes les mobiliser ils ont fait des excellents scores ça arrive largement en tête à Roubaix et dans les villes comme Marseille où ils n'ont pas finalement réussi à aller chercher ces abstentionnistes ils ont des scores qui sont beaucoup plus décevants et de ce point de vue là je pense que personne ne peut se satisfaire de ce déficit de participation politique dans tous les cas il faut essayer de mobiliser cet électorat juste un mot quand même sur ce déficit de participation il faut noter qu'en termes d'abstention le gradient social n'a jamais été aussi fort donc c'est vraiment les plus modestes aujourd'hui qui ne votent pas et ça ça inquiète aussi sur la bonne santé de la démocratie

20:31
Présentateur

et alors ça rappelle aussi Emmanuel de Varesquiel que les municipales en France ont été un apprentissage de la démocratie historiquement

20:38
Invité

c'est vraiment le lieu c'est vraiment le lieu principal d'apprentissage de la démocratie en France toute histoire municipale française depuis la révolution c'est l'histoire d'une lente descente du politique vers les mairies et si on prend dans le détail les différentes lois municipales je pense par exemple à celle qui est initiée par Guizot en 1831 après la révolution de 1830 le corps électoral municipal sur une population d'environ 30 millions d'habitants en France le corps électoral sur un principe de suffrage censitaire c'est-à-dire que les plus aisés votent le corps électoral municipal c'est 3 millions de personnes le corps électoral national aux élections législatives aux élections des députés c'est 300 000 personnes donc l'apprentissage démocratique se fait par les communes et quand vous regardez la littérature du 19ème siècle la figure du maire est une figure essentielle et jusqu'au jusqu'au 20ème siècle je pense à Mon village à l'heure allemande de Jean-Louis Bory où les deux personnages principaux qui résistent à l'occupation allemande c'est l'instituteur et le maire et toute la littérature du 19ème de Stendhal de Lucien Leven en passant par Balzac et Zola également met le maire en évidence le maire est la figure d'incarnation politique sans doute et pendant très longtemps beaucoup plus importante que le député et ça se mesure aussi au taux d'abstention entre les élections municipales et les élections il y a une appétence pour les élections municipales les taux d'abstention au 19ème siècle sur les élections municipales sont minimes moins de 20%

22:19
Éric Ciotti

il y a beaucoup moins d'abstention municipale qu'aux législatives en France sous la révolution française

22:24
Présentateur

c'est extrêmement frappant mais alors c'est quand même paradoxal ce que vous racontez Emmanuel de Variskel parce que si on prend dans la littérature le maire est généralement dépeint de manière assez caricaturale

22:35
Invité

et le maire de Nancy ben voilà oui oui c'est le maire juste milieu c'est le ventreux dans Lucien Leven absolument

22:43
Présentateur

et c'est quelqu'un qui cumule à peu près tous les défauts que l'on peut prêter aux politiques magouilleurs comploteurs ou complotistes enfin bref très mauvaise peinture chez Flaubert aussi il y a chez Hugo où il s'en sort chez Zola aussi dans la conquête de Plaçant c'est absolument atroce

23:07
Invité

oui oui mais dans certains autres romans je pense à Balzac en tout cas la figure du maire est mise en avant c'est un c'est un acteur de la vie politique et de la montée en puissance de la démocratie au 19ème siècle il est incontournable le maire et l'instituteur le préfet je pense au sous-préfet au champ d'Alphonse Daudet et de même que le député les trois et l'instituteur voilà les quatre grandes figures de la vie politique française au 19ème et au 20ème

23:39
Présentateur

je voulais vous entraîner après avec Jean-Louis Bory et mon village à l'heure allemande avec deux personnages le maire et l'instituteur vous voulez que je réagisse là-dessus ? exactement alors

23:52
Invité

dans cette peinture dans cette peinture l'instituteur s'en sort un peu mieux que le maire parce qu'il a un peu moins peur d'être fusillé par les allemands mais donc c'était pour dire que c'était et il dit à l'instituteur à un moment donné du roman c'est pas vous qui serez pris en otage en cas de coup dur c'est le maire c'est pas l'instituteur

24:13
Éric Ciotti

d'ailleurs ce qui est intéressant c'est que souvent pour le coup pas forcément dans la littérature mais dans la vie politique française c'est la même figure l'instituteur a souvent été maire là c'est vrai qu'on parle des grandes villes et de tous les maires qui n'ont pas été élus dimanche dernier et qui vont être élus dimanche prochain la plupart des maires ont déjà été élus sur des listes diverses avec des maires acteurs de la société civile donc faut quand même vraiment pas oublier ça je voudrais revenir au point sur la participation parce que c'est intéressant cet écart de participation sous la révolution française entre les municipales et les législatives donc la participation était beaucoup plus importante pour les municipales en fait ça converge à peu près autour de 1848 où les gens se mettent à se mobiliser beaucoup plus pour les législatives et ce qui me frappe surtout à cette époque là

24:51
Invité

l'élection de juillet à 1848

24:52
Éric Ciotti

tout au long du 19ème siècle et même dans la première moitié du 20ème siècle c'est qu'on n'a pas d'écart de participation notamment pour les municipales c'est un peu plus marqué pour les législatives mais on n'a pas d'écart de participation entre les catégories populaires et les catégories les plus favorisées donc à la fois les plus riches les plus modestes vont voter pour l'élection municipale et en fait ce qu'on voit aujourd'hui d'une certaine manière c'est que ce sentiment des classes populaires de ne plus être suffisamment représentées par le politique ce désamour entre les catégories populaires et le politique qui s'explique par plusieurs facteurs que j'ai pu étudier par ailleurs par exemple dans le prix de la démocratie sur la capture d'une partie de la vie politique par les plus aisées c'est retombé finalement aujourd'hui aussi sur une défiance par rapport aux maires au niveau de la municipalité où les catégories populaires aujourd'hui également vont moins voter et ça je pense qu'il y aura un véritable travail de reconquête finalement de l'électorat qui recommencera peut-être finalement ce gain de reparticipation électorale par les municipales parce que si on ne va pas voter pour son maire alors c'est encore plus difficile d'une certaine manière d'aller voter aux présidents

25:51
Présentateur

ça c'est intéressant parce que dans chose vue Hugo parle donc de la misère et de la manière dont les maires sont impuissants vis-à-vis de cette misère-là

26:02
Invité

oui toute l'histoire littéraire de la figure du maire c'est une histoire aussi de la suggestion du pouvoir municipal par le pouvoir national et par le préfet incarné par le préfet et toute l'histoire des différentes lois municipales au 19ème et au 20ème c'est l'histoire d'une libération du pouvoir municipal qui a par exemple une stature juridique autonome très tardivement par la loi la grande loi de la 3ème république qui est la loi de 1884 donc c'est vraiment une histoire longue et lente si j'ose dire et alors justement il y a aujourd'hui parce que les maires peuvent être évoqués au 19ème siècle d'abord ils sont nommés au-delà de 3 000 habitants les maires et les adjoints sont désignés soit par le préfet soit par le pouvoir central et alors justement

27:04
Présentateur

aujourd'hui il y a quelque chose de nouveau c'est cette loi donc qui interdit le panachage et qui a modifié beaucoup de choses

27:13
Invité

elle est très récente c'est une loi de mai 2025 si mes souvenirs sont bons et pour moi elle est une sorte de recul démocratique par rapport à la liberté qui est donnée il faut voir quand même que les communes de moins de 1 000 habitants c'est 60% des 35 000 communes françaises donc c'est très important et cette impossibilité il y a eu énormément de listes uniques dans les petites communes de moins de 1 000 habitants ce qui évidemment ne crée pas un désir et une forte envie d'aller voter Julia Cagé

27:46
Éric Ciotti

non moi je pense que les municipales en France il y a deux manières de les étudier il y a ce qui se passe dans les petites communes qui ont toujours eu des législations relativement différentes de loi électorale en dessous de 9 000 habitants même vous avez des règles différentes pour ce qui est du financement des élections des contraintes qui s'imposent et puis les plus grandes villes en France c'est ça qui est extraordinaire c'est ça qu'on a utilisé avec Thomas Piketty dans l'histoire du conflit politique c'est qu'on a 35 000 communes et en fait 35 000 communes ça veut dire qu'on a des très grosses communes et aussi des communes de 100, 200, 500, 1000 habitants et là on fait de la politique différemment il faut une liste unique il faut se mettre d'accord en amont des élections en fait c'est quasiment de la démocratie locale c'est vraiment de la démocratie participative de ce point de vue là quand il y a une liste unique je pense qu'il ne faut pas surestimer le poids ou non de la participation électorale parce que l'enjeu est limité donc en fait on peut être soutien du maire de la liste électorale et finalement ne pas prendre la peine entre guillemets d'aller voter puisque de toute façon il n'y a pas il n'y a pas d'enjeu électoral ce qui est plus triste et plus frappant c'est quand on voit un certain nombre de communes où il y a un véritable enjeu cette bipartition entre la droite et la gauche deux modèles de sociétés extrêmement différents et où les gens ne vont pas voter et encore une fois je pense qu'il ne faut pas sous-estimer tout ce qui se joue aujourd'hui avec des élections municipales le niveau d'impôt il y a un facteur municipal extrêmement important l'accès au logement il y a un facteur municipal extrêmement important les écoles la cantine les transports en fait tout ce qui fait ou beaucoup de ce qui fait le quotidien des citoyennes et des citoyens français se joue aujourd'hui au niveau des élections municipales

29:22
Auditeur

Jean Lémarie j'ajouterai encore un autre exemple mais j'irai là dans votre sens c'est la question de la santé les maires tout au long de cette campagne ont été plus que jamais interpellés sur les questions de santé de l'accès aux soins l'installation de médecins vous savez toutes ces maisons de santé créées par des maires très nombreux et qui restent vides faute de praticiens aujourd'hui et là quand vous discutez avec les candidats les candidats de droite ou de gauche mais vraiment de la France insoumise jusqu'au Rassemblement national tous et toutes assez vite vous avouent leur impuissance dans une certaine limite ils peuvent mettre en place des solutions mais grosso modo d'ailleurs ce sont les mêmes et elles ne suffisent pas aujourd'hui

29:58
Présentateur

Emmanuel Devaresquiel vous qui avez travaillé sur la restauration où la question qui se posait était la question de la légitimité politique l'une des questions qui se posait aujourd'hui l'abstention c'est aussi à nouveau la question de la légitimité politique

30:12
Invité

oui bien sûr vous me faites penser à la restauration et je vous répondrai par un paradoxe du point de vue des positions des uns et des autres sur le spectre politique vous savez que le principe communaliste et de décentralisation est un principe qui est conduit par l'extrême droite par l'ultra-royalisme sous la restauration et qui progressivement passe à gauche il y a beaucoup comme ça de chasser-croiser politique je pense à l'écologie qui est plutôt prônée par la droite avec toutes les compromissions qu'on connaisse sous Vichy et qui passe à gauche dans les années 1950 1960 ça vaut pour la décentralisation c'est très intéressant de ce point de vue et du point de vue de la question de la légitimité elle ne se pose pas tant en termes électorales et de participation elle se pose en termes de souveraineté et d'incarnation dans la mesure où l'organisation des pouvoirs d'état tourne autour d'un exécutif héréditaire donc on n'est pas tout à fait dans la même situation

31:14
Présentateur

mais alors justement ça c'est quelque chose d'intéressant parce qu'on pourrait lire de cette manière-là le résultat des élections en disant qu'il y a un véritable écrasement de la droite classique sauf dans quelques lieux je pense au Havre je parle de la droite classique de la droite libérale de la droite disons de Valéry Giscard d'Estaing à Balladur et de la droite orléaniste auparavant évidemment ce qui est un signe c'est une sorte de bilan du macronisme qui est un bilan disons contrasté peut-être

31:46
Éric Ciotti

d'un point de vue électoral aujourd'hui le bilan du macronisme est plus que contrasté puisque vous avez aujourd'hui une défaite ou une déroute électorale absolument totale du parti central et si on prend la seule exception peut-être d'Edouard Philippe au Havre qui n'est pas encore sûr de l'emporter dimanche prochain et Sébastien Lecornu dont la liste a été élue c'est une véritable bérésina par contre ce qui est intéressant en fait c'est de voir que le parti socialiste lui se porte au final plutôt extrêmement bien il arrive en tête dans un certain nombre de villes il a des maires élus dès le premier tour dans un certain nombre de villes

32:24
Présentateur

même à Cré par exemple où Athénaïs Couidry a été élu sur une liste d'hiver gauche après de longues années donc d'une ville dirigée à droite par Hervé Mariton ce qui est le signe d'une alternance y compris en milieu rural pour l'exemple de Cré dans la Drôme

32:43
Éric Ciotti

oui et le rapport de force à gauche est très différent de ce qu'on a pu voir par exemple lors des dernières présidentielles alors ça ressemble peut-être un peu plus aux législatives mais finalement où le bloc du parti socialiste est devant le bloc et les filles quand même par rapport à l'exemple que vous venez de citer en ruralité moi il y a un point que je veux souligner qui est extrêmement frappant dans le résultat qu'on a eu dimanche c'est à quel point le clivage territorial et géographique est marqué c'est quelque chose qui s'est renforcé très fortement au cours des dernières années et on le voyait aussi très bien lors des dernières élections européennes de 2024 alors on n'a jamais pris le temps d'analyser ces élections européennes parce qu'on a eu deux semaines avant d'avoir eu des législatives mais on voyait ce clivage territorial se renforcer et là c'est extrêmement frappant le gradient des grandes villes pour la gauche et le gradient des petites villes pour la droite et regardez la carte de Paris voilà pour le coup c'est un clivage territorial qui est un clivage en termes de revenus et de richesses mais c'est quand même extrêmement tranché et on voit cette polarisation politique finalement qui se reflète aujourd'hui dans une polarisation de la population à l'intérieur

33:43
Invité

Emmanuel Devaris-Kiel il ne faut pas sous-estimer aussi on analyse ces élections municipales en termes national presque il ne faut pas sous-estimer les personnalités locales et on revient à cette mosaïque française enfin tout de même les scores quasi bananiers d'Isnard à Cannes de Ménard à Béziers et même à Hénin-Beaumont qui frisent les 70 ou 80% ça va à l'encontre de ce qu'on était en train de dire sur l'effondrement du bloc central c'est tout à fait étonnant donc il faut analyser ces élections en termes en détail

34:21
Présentateur

et sur le macronisme et sur le personnage d'Emmanuel Macron parce que là aussi dans vos mythes Emmanuel Devaris-Kiel il y a des réminiscences

34:31
Invité

du point de vue du point de vue de la politique de l'actuel président de la république il y a cette espèce de qui relève peut-être de l'imaginaire d'obsession au fond d'en finir avec la politique à travers ce sont les deux français sur trois de Giscard au fond à travers une sorte de par l'éclatement des partis traditionnels à travers une sorte de grand parti du centre mais apparemment ça relève plutôt d'un échec politique que d'une réussite Qu'est-ce qui va se passer maintenant

35:10
Présentateur

Julia Cagé sur les 50 prochaines années ? Non, plus précisément et en quoi ces municipales sont selon vous annonciatrices ou peuvent permettre d'infléchir la politique en prévision de 2027 ?

35:26
Éric Ciotti

Ce qui va être intéressant c'est de voir dans quelle mesure finalement cette union de la gauche qui est en train de se faire dans un certain nombre de communes aujourd'hui en France et en fait dans la majorité des cas si on enlève pour l'instant Paris et Marseille devraient refléter finalement une union de la gauche pour 2027 c'est-à-dire qu'on a eu le nouveau front populaire en 2024 là de fait on va vers une stratégie d'alliance pourquoi ?

Pour un calcul politique qui est quand même assez simple et je ne dis pas calcul politique d'un point de vue négatif ici vraiment du point de vue mathématique du terme c'est que quand vous avez un bloc de gauche un total gauche qui est autour de 33% s'il part divisé à une élection il ne peut pas l'emporter donc ce qui serait intéressant c'est de voir dans quelle mesure aujourd'hui la France insoumise va accepter de ne pas faire de politique à géométrie variable et notamment d'arrêter de dire d'une certaine manière il faut absolument faire l'union pour les municipales mais on ne peut pas du tout participer à une primaire ou à une union de la gauche pour les présidentielles et essayer un peu de reconcilier finalement les deux hémisphères de la France insoumise

36:24
Invité

Emmanuel de Marseille vous nous demandiez vous nous demandiez au début un avis général sur ces élections il y a une forme de radicalisation du spectre politique du jeu politique qui n'est pas qui n'est pas nouvelle je pense à une caricature qui a eu beaucoup de succès en 1815 tout de suite après les 100 jours et Waterloo qui représente deux personnages un jacobin d'un côté à cocard tricolore et un ultra-royaliste de l'autre à cocard de blanche qui se battent et la légende était la suivante les extrêmes se touchent et on retrouve un peu la même situation lorsque les uns et les autres s'en voient des noms d'oiseaux antisémitisme d'un côté fascisme de l'autre on retrouve ces clivages au fond qui traversent quasiment deux siècles d'histoire politique française depuis la révolution française c'est pas nouveau on a toujours l'impression qu'on vit une situation tout à fait nouvelle mais quand on regarde les choses sur le long terme et sur les deux siècles de notre histoire entre guillemets démocratique au fond il y a des il y a des constantes

37:29
Éric Ciotti

oui surtout si vous regardez d'un point de vue programmatique quand on parle à propos de la France insoumise d'un programme de rupture et d'une gauche radicale d'un point de vue purement économique et des mesures sociales qui sont dans le programme aujourd'hui de la France insoumise il est beaucoup plus social-démocrate que l'était le programme de François Mitterrand d'Union de la gauche en 1981 donc il faut quand même aussi regarder les faits les mesures qui sont proposées en termes de réduction des inégalités de redistribution et ne pas se jouer de mots et d'ailleurs je pense que c'est là où pour le coup les électeurs ne sont pour la plupart du temps pas dupes les noms d'oiseaux s'appelaient beaucoup aux médias parce que c'est ça aussi qui permet de faire l'actualité mais les électeurs regardent les programmes

38:07
Invité

d'ailleurs c'est important une appétence française pour les imaginaires les symboles enfin on en revient il faut regarder encore aujourd'hui l'importance des professions de foi une véritable réalité historique

38:16
Présentateur

merci à tous les deux d'avoir été avec nous Emmanuel Devaresquiel historien il nous fallait des mythes la révolution et ses imaginaires de 1789 à nos jours aux éditions Talendier Julia Cagé une histoire du conflit politique vous l'avez co-écrit avec Thomas Piketty et c'est réédité chez Point Histoire dans quelques instants mes camarades Saltya Lecomo et le journal 8h45 d'Anne-Laure Chouin