LONG FORMAT - Procès de Frédéric Péchier : l'affaire de l'anesthésiste de Besançon
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est un dossier titanesque comme la justice en connaît peu, le genre d'affaires où les personnages principaux se regardent en se disant que tout ça était impensable. Et pourtant 30 empoisonnements en plein bloc opératoire dont 12 qui seront mortels pendant une dizaine d'années et sans que rien ou presque n'éveille les soupçons. La mort donnée rapidement par une main experte dans un endroit où d'habitude il s'agit de sauver des vies.
Il aura fallu 8 ans pour parvenir à un procès au terme d'une enquête hors norme qui désigne un seul homme. Frédéric Péchier, médecin, anesthésiste, réanimateur, soupçonné d'être la main criminelle qui a empoisonné 30 personnes dans deux cliniques différentes, lui a toujours nié les faits. Le point de départ de cette affaire, c'est Besançon en Franche Compté.
Nous sommes en 2008 et Frédéric Péchier, médecin, anesthésiste de 35 ans, reconnu par ses confrères comme étant l'un des meilleurs de la clinique Saint-Vincent, là où il exerce, c'est lui qui est régulièrement appelé en renfort lorsqu'il faut entamer une réanimation difficile. Le 9 octobre 2008, il est d'ailleurs sollicité lorsque Damien Yellen, 53 ans, fait un arrêt cardiaque sur la table d'opération dans les secondes qui suivent l'anesthésie. Ce jour-là, malgré les efforts du personnel médical, son cœur ne repartira pas.
Sa fille Amandine n'a rien oublié de ce jour dramatique. Aujourd'hui, j'ai 41 ans et j'en avais 23 quand on m'a arraché mon père. Mon papa est rentré à la clinique la veille au soir, à 8h aux alentours de cet horaire là, mon téléphone portable a sonné avec je ne sais pas pourquoi le numéro de mon papa affiché.
C'était l'anesthésiste qui m'annonçait qu'il avait eu un problème et que du coup il allait faire un arrêt cardiaque. J'ai jeté le téléphone, je me suis je suis tombée au sol et c'est tout ce que je me je peux vous dire où j'étais, je peux vous dire comment j'étais habillé. Je peux vous dire qui était à côté de moi.
Et puis ensuite oui, là on se pose puis on se dit mais qu'est-ce qui s'est passé quoi ? Mon papa était en pleine forme. Il avait 53 ans, il était sportif, il faisait la course à pied, du vélo, il aimait la nature.
Il avait déjà subi la même opération quelques années auparavant et tout s'était très bien passé. quand il est parti se faire opérer, pour nous c'était une banalité entre guillemets. Donc c'est même pas moi qui l'ai emmené à la clinique.
Je l'ai eu au téléphone, je lu dit "Ben ça va aller papa, je t'aime fort, à demain." Et en fait il y a plus jamais de demain quoi. Une enquête est ouverte mais elle piétine et dans le même temps, les arrêts cardiaques appelés événement indésirable grave par les professionnels de santé se multiplient dans la clinique mais rien ne semble éveiller les soupçons.
Après le décès de mon papa, on a vu, on a été reçu par la clinique Saint-Vincent et là, on était les trois avec ma mère et ma sœur et là ils nous ont dit "Mais votre papa, il est décédé comme un joueur de foot qui fait un arrêt cardiaque sur internet de foot quoi." Point final. Et on est ressorti de Saint-Vincent avec cette explication là.
En parallèle, et c'est ce que révélera l'enquête, les relations entre Frédéric Pêchier et ses collègues se tendent au point que l'anesthésiste quitte la clinique Saint-Vincent pour la policlinique de Franchecté, un établissement voisin. Mais là-bas non plus, Frédéric Péchier ne s'entend pas avec ses nouveaux collègues. Au cœur des conflits, souvent il y a un problème d'argent ou un problème d'ego.
Et à son tour, la policlinique de Franchecté connaît trois événements indésirables graves, trois arrêts cardiaques au moment de l'anesthésie que les soignants ne parviennent pas à expliquer, d'autant que ce n'est jamais arrivé dans un temps aussi réduit avant la présence du docteur pêcher. Entre les médecins et l'anesthésiste, le torchon continue de brûler au point que Frédéric Péchier fait demi-tour et retourne à la clinique Saint-Vincent 6 mois après son départ. L'établissement qui avait connu une courte academie fait de nouveau face à des arrêts cardiaques suspects au sein des blocs opératoires.
Et puis en 2017, un nouvel arrêt cardiaque inexpliqué survient. Cette fois-ci, il est signalé à la justice. Alors, le 6 mars 2017, justement, je je rentre chez moi du travail, je garde ma voiture et j'ai un appel donc du commissariat de police de Besançon qui me dit "Amandine, madame Hélène, il faut vous asseoir, je dois vous parler." Et donc là, il m'annonce queils ont mis en examen donc le docteur Péchier qui euh potentiellement pouvait être à l'origine de du décès de mon papa.
Donc il était mis en examen et que le décès de mon papa était une personne parmi donc 7 cas à l'époque et là il croit m'anéantir et en fait je lui dis mais merci quoi. Merci enfin merci de vous me je dis c'est un soulagement quoi. C'est un soulagement que enfin il y a une une raison que enfin il y a une explication et que mon père soit pas mort par enchantement quoi.
Cette histoire m'a quand même amené une séparation avec le père de ma fille. Euh j'ai très mal vécu euh le mon début de mission de maman euh du fait d'avoir perdu mon papa. Euh oui, ça ça a vraiment euh cassé beaucoup de choses.
Donc euh ensuite ben de nouveau de la colère parce que ben on vous promet que ça va avancer. Vous découvrez que du coup c'est plus 7 victimes et que c'est 30 et puis que ben du coup rien n'avance et puis que tout le monde est toujours en liberté, bien chez soi et et ça n'avance pas quoi. Une information judiciaire est alors ouverte.
Étant le procureur de la République de Besançon de l'époque fait alors le point sur l'enquête. Ce qui est reproché dans ce dossier à Frédéric Péchier, c'est d'avoir empoisonné des patients le plus souvent en bonne santé pour atteindre un de ses collègues avec lequel il avait un différent. Ses confrères et les infirmières anesthésistes ont confié aux enquêteurs, je les cite, que Frédéric Péchier avait toujours la solution, qu'il se prenait pour le meilleur, qu'il était devenu incontournable.
Certains le désignant même comme la star des anesthésistes de Besançon. Beaucoup d'infirmières anesthésistes confiant aux enquêteurs leur grande admiration pour ces talents de réanimateur. Et tous ces témoins précisent qu'il s'était créé, je cite, un vrai personnage charismatique de sauveur.
Et effectivement, dans nombre d'événements indésirables graves, Frédéric Péch a contribué à sauver des patients en préconisant l'injection d'antidote. Notre élément à charge, il a été démontré lors des perquisitions réalisées dans le bureau, dans le véhicule et dans le domicile de Frédéric Péch prélevait en toute illégalité à la clinique des produits anesthésiques, des produits morphiniques et des poches d'hydratation. Frédéric Péchier est même accusé d'avoir empoisonné l'un de ses propres patients pour se fournir un alibi, un stratagème qu'il aurait imaginé pour détourner l'attention.
La victime s'appelle Jean-Claude Gandon, 70 ans au moment des faits. Il est le dernier patient à avoir été empoisonné selon les enquêteurs. Contrairement aux autres victimes, Jean-Claude Gandon est donc le seul patient pris en charge par le docteur Pécher.
Mais ce jour-là, dans la clinique, l'ambiance est différente. Un nouvel arrêt cardiaque 9 jours avant l'opération de Jean-Claude Gandon, a éveillé les soupçons. Alors, des policiers en civil arpent les couloirs de la clinique pour saisir des preuves.
Au moment où les enquêteurs perquisitionnent, le cœur de Jean-Claude Gandon s'arrête. Et Frédéric Péch répète à qui veut l'entendre qu'il est lui aussi victime d'un acte malveillant. Alors, on se met tout de suite des idées en tête quoi.
Euh moi le soir euh je regardais la tête à point d'heure de peur je vais pas me réveiller le lendemain. Bon, c'est c'est idiot mais c'est c'est c'est vrai que c'est comme ça pour un long moment quoi. La peur déjà ça c'est sûr que quand on vous dit que votre marifactus, on l'a choqué trois fois et puis quand on va le voir qu'il était vert de gris, qu'il était pas de beau du tout, qu'on attendait on attendait l'issue fatal hein.
C'est c'est c'est pas c'est pas évident. Il a jamais été malade. Donc il y avait pas d'antécédent chez lui de de cardiaque, rien du tout, rien.
On savait pas. Puis au mois de mars, début mars, ben on a eu un coup de téléphone, la gendarmerie de Besançon qui nous téléphonait pour nous dire qu'ils avaient trouvé ce qu'il avait eu, c'est qu'il avait été empoisonné. On n'y croyait pas du tout.
Et encore aujourd'hui, on dit c'est pas possible de faire des des des choses comme ça. Moi autant pour quand on me dit le cœur est lâché, OK mais là c'était vraiment impensable quoi. Annie Gandon se souviendra toujours de sa première rencontre avec Frédéric Pécher.
À ce moment-là, son mari lutte encore pour survivre et les mots prononcés par l'anesthésiste raisonnent encore dans sa tête. Faites pas de souci madame Gandon. Faites pas de souci madame Gandon.
Il boit pas, il fume pas, il a pas de mauvaise graisse, il va s'en sortir. Ça m'a dit ça le samedi après-midi. Si c'est pas lui, bon bah peut-être, je vais pas l'accuser, je sais pas.
Mais si c'est lui, il souten de ma gueule. Mais je vis avec ça, ça fait 8 ans. Ça sera jusqu'à la fin.
Ça nous bouffe la vie parce qu'il y a des jours il est bien, il y a des jours il est pas bien. Ça fait 8 ans qu'on dort avec la télé. Il a peur de pas se réveiller.
Alors, on a la télé toute la nuit qui marche, voyez, au point que quand il est rentré, la première chose que 2 3 mois après quand on a su, il a été chché sa place au cimetière. Pour aller au cimetière, il y a une tombe, c'est à nous. Voilà.
Ah oui, moi je ne peux pas oublier, c'est pas possible. Depuis le début de l'affaire, il y a 8 ans, Frédéric Péchier ni les fait, son avocat, maître Randal Scherdorfer parle même d'un complot. Je ne vous cache pas que ça fait 8 ans que cette affaire dure, qu'il y a une usure euh qu'il y a du temps euh qu'elle soit psychologique, qu'elle soit physique, qu'elle soit aussi économique et financière puisque Frédéric Péchier ne travaille plus depuis plus de 7 ans maintenant euh et que c'est euh c'est un homme à bout euh épuisé qui va arriver euh à la cour d'assis mais qui reste quand même, il m'impressionne parce qu'il reste quand même combatif.
Quand la justice passe, la justice détruit tout. Lorsque elle passe, elle lui a supprimé son travail. Ça fait plus de 7 ans que Frédéric Péch ne perçoit plus aucun revenu.
Il est maintenant au RSA pour quelqu'un qui gagnait effectivement beaucoup d'argent, qui avait un statut, qui avait une vie sociale. Il n'a plus de vie sociale depuis 7 ans. Il il a divorcé, il s'est séparé.
Est-ce qu'on peut comprendre au bout de d'un certain nombre d'années, il vit loin de ses enfants puisqu'il vit maintenant chez ses parents. Donc Frédéric Péchier a tout perdu. Absolument tout perdu.
Sa notoriété. Les gens aujourd'hui font l'amalgame entre lui et un meurtrier. Physiquement, il a beaucoup changé.
Il y a eu la tentative de suicide. Donc c'est quelqu'un qui a, je dirais, qui a énormément souffert de cette procédure, qui va alors certains diront c'est normal après ce qu'il a fait. Non, Frédéric Pécher a toujours dit qu'il était innocent, toujours revendiqué cette innocence depuis depuis 8 ans et a toujours dit qu'il n'avait jamais empoisonner personne.
Et je pense que c'est aussi pour ça qu'on ne le lâchera pas parce que on ne lâche pas quelqu'un qui se retrouve dans cette situation là. Au moment où le procès va s'ouvrir, une chose compte principalement pour les victimes et leurs proches, obtenir des réponses à leurs questions et puis pour en sortir définitivement, il faut qu'on sache quoi. Voilà le pourquoi.
Après le jugement, c'est une autre affaire. La peine ne vous intéresse pas ? Non.
Non. Pourquoi ? Bah il faut que quelque chose se passe quoi.
Faut que faut qu'on en finisse quoi. Qu'on sache au moins le pourquoi. Qu'est-ce qui s'est passé pour tout le monde quoi.
Ben moi, j'attends d'entendre sa voix. Si vraiment il est innocent, qu'il nous démontre le contraire de ce que montre le dossier quoi. Comment on peut se dire le matin on se lève puis on va décimer des des vies quoi.
On va décimer des familles, on va on va assassiner des gens. à un moment donné, il faut répondre de ces actes. La personne qui a bouleversé toutes ses vies doit payer ses actes.
Pour les faits qui lui sont reprochés, 30 empoisonnements dont 12 mortels. Frédéric Péchier risque la réclusion criminelle à perpétuité. Jusqu'au verdict, il est présumé innocent.
Son procès doit durer 3 mois et demi devant la cour d'assise du doux. [Musique]
Arnaud Bazin