La grande interview de Laurence Ferrari avec Jean-Philippe Tanguy
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Europe 1. La grande interview Europe 1 C News, Laurence Ferrari. Et notre invité dans la grande interview sur C News et sur Europe 1, c'est Jean-Philippe Tanguy. Bonjour à vous, député RN de la Somme. Parlons d'abord du pouvoir d'achat, préoccupation principale des Français. Sébastien Lecornu affirme que la crise va durer, il faut dire la vérité aux Français, dit le chef du gouvernement. Il dit envisager plus d'économies budgétaires au-delà des 6 milliards d'euros prévus. Et il annoncera demain les aides ciblées qui seront versées à ceux qui en ont le plus besoin face à la crise des carburants. Que demandez-vous ?
Et est-ce que le Premier ministre dit la vérité aux Français selon vous, Jean-Philippe Tanguy ?
Que la crise va durer, oui, mais c'est pour ça qu'il faut des mesures durables. C'est pour ça que la baisse de TVA que Marine Le Pen et Jordan Bardella demandent sur toutes les énergies passées de 20 à 5,5. Nous nous y accrochons jusqu'au bout et on la défendra jusqu'au bout car l'énergie est un bien de première nécessité. On le voit avec cette crise et il faut cette baisse durable. 12 milliards d'euros. Oui, c'est 12 milliards d'euros. Il faut l'assumer, 12 milliards d'euros. Vous voyez que le Premier ministre va réussir à faire 6 milliards d'économies. En tout cas, elles sont annoncées.
Il faut évidemment faire plus, mais ce n'est pas du tout impossible puisque 12 milliards et même, on l'assume, 16 milliards avec la deuxième mesure que nous demandons, à savoir la suspension temporaire de 16 centimes en plus sur le carburant, ce qui fait une baisse globale avec la TVA de 40 centimes.
Pour la transition énergétique ?
Ça peut être les certificats d'économie d'énergie, mais nous, on sise l'assise, effectivement. L'ancienne TICPE, ça fait un total de 40 centimes par litre de baisse. Ça coûte 16 milliards en tout. C'est 1% des dépenses publiques. Et il est évidemment très facile de faire 1% de baisse des dépenses publiques. C'est un manque de courage politique de la part de ce gouvernement. Donc, on va voir les mesures que M. Lecornu propose. Mais je suis assez inquiet parce que M. Lecornu semble vouloir encore piocher dans les allègements de charges sur les salaires. Ça veut dire qu'il va alourdir le coût du travail.
Or, vous avez vu que nous avons repassé malheureusement avec ce gouvernement au-dessus de 8% du taux de chômage. Et la politique de ce gouvernement, qui consistait essentiellement, non pas à créer des vrais emplois salariés, mais à subventionner massivement la baisse du chômage, est en train de s'effacer. Et la réalité, c'est comme quand la marée, vous savez, quand la marée se retire, on voit les dégâts. Et en fait, nous avons continué malheureusement à perdre des usines, à perdre des emplois réels sur le territoire. Et quand il n'y a plus d'argent, quand il n'y a plus de moyens de subventionner pour cacher le chômage, malheureusement, nos concitoyens sont en grande souffrance.
Bruno Retailleau précise quand même que les 12, 15, 16 milliards que vous proposez de baisse, c'est le budget de la justice et que ce n'est pas raisonnable en réalité. Votre proposition, pas tenable.
Oui, mais si vous voulez, le budget de la justice, malheureusement, dans notre pays, il n'est pas très élevé. C'est vrai qu'il y a eu des efforts qui sont faits, mais la réalité, c'est que ce n'est pas un budget qui est très élevé. On le voit d'ailleurs avec, comment dire, le temps de les grands délais, les délais très lourds de traitement de la justice. On voit dans l'état de nos prisons, j'ai une pensée pour les agents pénitentiaires qui sont régulièrement en conflits sociaux. Et ils ont raison parce que leurs heures supplémentaires ne sont pas payées. Il manque entre 20 et 30% des postes dans la pénitentiaire.
Donc, ce n'est pas un très bon exemple puisque la justice, c'est une justice pauvre en France. Donc, il faut augmenter le budget. De la justice, oui, mais il faut faire beaucoup d'économies. Une fois plus, vous savez, nous avons entre 53 et 57% de la richesse nationale qui est dans la dépense publique. Les Français n'en ont pas pour leur argent. Il y a beaucoup de guelchis, il y a beaucoup de guespillages. Il y a beaucoup, comment dire, de lobbies qui s'empiffrent sur l'argent des Français. Les lobbies des renouvelables, des énergies intermittentes. Vous avez parlé tout à l'heure des certificats d'économie d'énergie.
8 milliards d'euros qui sont détournés par ce qu'il faut bien appeler une mafia avec des résultats très misérables. C'est la Cour des comptes qui l'a prouvé dans un rapport que personne n'a contesté mais que personne au gouvernement n'a appliqué. Donc, il faut faire un grand ménage dans notre pays. Ça demande du courage politique comme l'ont eu d'autres gouvernements. Regardez le Portugal, après des périodes très difficiles, a réussi à se redresser. Mais ça a demandé beaucoup de courage.
Encore un mot, Jean-Philippe Tanguy, à propos de l'énergie. Est-ce que vous êtes d'accord avec Manuel Bompard et la France Insoumise qu'il estime qu'il faudrait nationaliser Total ? Vous, vous êtes pour la taxation des super-profits Total ? Quelle est votre différence avec la France Insoumise ?
Elle est Total, sans mauvais jeu de mots. Parce que la nationalisation de Total Énergie, c'est entre 100 et 200 milliards d'euros selon le cours de bourse. Je ne sais pas où M. Bompard va trouver cet argent. Vous imaginez, ça veut dire qu'il dit qu'on n'a qu'à emprunter. Mais juste pour que les gens se rendent compte, parce qu'on en a des montants faramineux, nationaliser Total, ça demanderait d'emprunter presque autant pour nationaliser Total que tout ce que la France emprunte dans une année entière qui est de 300 milliards. Donc ce serait les deux tiers de ce que la France emprunte en plus.
Donc ce serait une augmentation considérable, ce qui fait que les taux d'emprunt de la France exploseraient. Vous avez vu que les taux d'emprunt de la France, on est presque à 4%. Nous sommes pire que la Grèce aujourd'hui. La Grèce emprunte entre 3,7 et 3,8%. On en prend un à 4%. Ça veut dire que la Grèce qui était le mauvais élève, le vilain petit canard de la zone euro aujourd'hui, c'est la France qui est dans cette situation. C'est extrêmement grave et c'est les Français malheureusement qui paient la facture. Et sur la taxation des surprofits, cette année, la position du Rassemblement National est très claire.
Il y a déjà un impôt sur les sociétés exceptionnel de 6 milliards d'euros en plus. C'est important parce qu'au-delà de la mesure elle-même, c'est un mensonge que fait la gauche sur cette taxation parce qu'on ne peut pas taxer deux fois des surprofits. Ça n'existe pas, c'est illégal. Donc on peut faire des belles promesses. Si c'est une belle promesse, ce n'est pas forcément une belle promesse d'ailleurs. On peut faire une promesse aux Françaises et aux Français. En l'occurrence, elle est illégale et elle ne marcherait pas devant le Conseil constitutionnel. Donc c'est quand même très étrange aussi que la gauche perde son temps et perde son temps de parole à faire des vaines promesses.
C'est-à-dire qu'en fait, ils ne veulent pas vraiment gouverner. Ils sont dans une position de commentaire. Nous, ils ont une position de gouvernement. On veut remplacer ce gouvernement. On fait des propositions concrètes.
En parlant de l'immigration, les chiffres ont été publiés ce matin dans le Figaro. Jamais la France n'a accueilli autant d'étrangers sur son sol. On parle d'environ un million de clandestins. Tous n'arrivent pas de façon illégale. Certains via les visas touristiques ou étudiants. Les étrangers en France représentent plus de 1,1% de la population. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, un tiers de la population française a un lien familial direct avec l'immigration. Ce sont des chiffres. C'est une réalité à laquelle nous nous sommes confrontés.
Qu'est-ce que vous proposez, vous, au Rassemblement national, qui soit réalisable, encore une fois, qui soit facilement mis en œuvre concrètement à l'échelon national ?
Mais nous avons effectivement une série de mesures. Parce qu'une mesure réalisable, elle doit s'adresser au type d'immigration. Il n'y a pas les mêmes mesures sur l'immigration clandestine, par exemple, que sur la réduction de l'immigration classique. Donc, l'immigration clandestine, il faut évidemment des renvois dans leur pays d'origine, avec des mesures extrêmement sévères contre les pays qui ne le reprennent pas. Évidemment, la suspension de tous les visas, mais sans durée limitée. Parce que la dernière fois que M. Darmanin, que vous avez reçu hier, a essayé de suspendre les visas, c'était pour quelques semaines, au pire, des promesses de quelques mois.
Évidemment, les gouvernements en face anticipaient la fin de cette mesure. Donc, il faut que ce soit une mesure sans s'inédier, sans date limite. Il n'y aura aucun visa pour les pays qui n'appliquent pas le droit international et qui ne reprennent pas les étrangers clandestins, mais aussi la suspension.
Donc, ils ne reprendront pas leurs clandestins, on est d'accord. Si on prend les visas, ils ne nous donnent pas de laissé-passer considérable. Mais là, pour ceux qui veulent venir, évidemment.
Mais si nous qui sommes en position de force, Mme Ferrari, dans l'essentiel de ces pays, ce sont des pays qui ont besoin d'envoyer leurs ressortissants légaux en France, et ils reprendront leurs clandestins. Mais s'ils ne reprennent pas, la mesure la plus dure qui n'a jamais été appliquée par la France, ce sera évidemment la suspension de tous les mouvements monétaires de la diaspora. C'est-à-dire, tous les transferts d'argent qui partent de la France vers les pays africains et les pays du Maghreb seront, en particulier parce que c'est là où on a l'essentiel des contentieux, seront suspendus.
Et donc, il n'y aura plus ces mouvements financiers, et ils seront dans une grande difficulté et ils céderont. Il faut que la France arrête de se comporter comme un État en période de soumission. Mais on l'a bien vu avec les différents voyages des personnalités politiques françaises, macronistes, en Algérie, ils ont une soumission mentale à ce régime. Il ne fallait pas y aller, Jean-Philippe Tanguy ?
Il ne fallait pas reprendre le dialogue, la coopération judiciaire ?
Une chose de dialoguer, on est parfaitement d'accord, et vous avez raison de le souligner, mais ça n'impose pas de se mettre à plat ventre sur la repentance, et notamment envers la mémoire du FLN, qui était un mouvement qui a tué, assassiné des Français, menacé des honnêtes gens, y compris d'ailleurs des Algériens, qui n'étaient pas liés au FLN. Et il n'y a aucune raison de se soumettre. La présence de Mme Bruffaut dans cette manifestation officielle du gouvernement anti-française, officiellement anti-française, frontalement anti-française, n'était pas acceptable. Et moi, je ne crois pas d'ailleurs que le peuple algérien ait envie que la France s'humilie de cette façon.
Mais vous faites la différence avec le voyage de Gérald Darmanin, sur fond de coopération judiciaire, sur fond de libération éventuelle de notre compatriote Christophe Glez. Là, il faut quand même avoir un dialogue, évidemment, avec les autorités et le régime algérien.
On souhaite cette libération, évidemment, de Christophe Glez. Je ne vais pas commenter ce qu'a dit M. Darmanin aujourd'hui, car je ne veux pas, et nous ne voulons pas, évidemment, mettre en difficulté le rapatriement de notre compatriote et mettre en difficulté sa famille. Mais il y a des propos qui ont été tenus qui sont problématiques. Mais on verra ça plus tard. Mais... Sur la façon dont M. Darmanin, hier, a présenté le cas, mais une fois plus, moi, je ne veux pas mettre en difficulté le dossier et le rapatriement de notre compatriote. Mais M.
Darmanin, précédemment, par exemple, est allé fleurir un monument d'hommage au FLN et donc aux terroristes du FLN, du point de vue, évidemment, de notre point de vue, puisque c'est le point de vue historique, c'est la réalité. Le FLN est un mouvement qui a assassiné, qui a attaqué des Français, des Donnésiens, des civils, et qui n'était pas seulement, en théorie, en lutte pour sa libération. Mais une fois plus, le FLN est aussi un mouvement qui, après, a tenu l'Algérie, l'a tenu dans un régime tyrannique, un régime qui oppresse sa population, en particulier sa jeunesse.
Rappelons-nous quand même des Algériens, des Algériennes courageux, qui étaient descendus dans la rue pour l'Irak et qui avaient subi une répression et, en tout cas, qui n'ont pas été entendus. Et donc, ce régime est très problématique.
Donc, vous, vous couperiez complètement les relations diplomatiques entre la France et l'Algérie si d'avant tout le monde était en 2027 ?
Non, il ne faut pas les couper. Il ne faut pas les couper, mais avoir des relations avec l'Algérie ne nécessite pas d'aller rendre hommage à un mouvement, le FLN, qui a assassiné les Français. Donc, vous iriez en Algérie ? Oui, mais on n'irait pas sur le mouvement du FLN. On n'irait pas à une manifestation, comment dire, qui rend hommage au FLN.
Narcotrafic, parce que c'était aussi l'objet de ce voyage, le trafic de drogue n'est pas une fatalité. Il recule, dit Laurent Nouniez, cette fois, ministre de l'Intérieur. Est-ce que vous estimez que cette bataille, elle est en passe d'être remportée sur le territoire français, Jean-Philippe Tanguy ?
On aimerait qu'elle soit remportée, évidemment. On n'est pas pour la politique du pire, mais on voit bien que la violence est de plus en plus insupportable. On l'a vu à Nantes, avec, comment dire, des assassinats qui ont choqué les Françaises et les Français par l'âge des victimes. On verra ce que dit l'enquête sur l'implication de ces jeunes dans le narcotrafic. Mais même s'ils étaient impliqués dans le narcotrafic, ça ne justifie pas, évidemment, qu'ils soient assassinés, qu'ils subissent cette violence. On parle d'un enfant, enfin d'un jeune de 13 ans, à 13 ans, je suis désolé, on ne peut pas l'accepter, il ne faut pas le banaliser.
On est d'accord sur le constat. Vous proposez quoi, en fait ?
Notamment, par exemple, la saisie des avoirs. Aujourd'hui, la lutte contre la saisie des avoirs, les forces de l'ordre, elles-mêmes, insistent sur le fait que la saisie des avoirs n'est pas assez directe, n'est pas assez systématique, qu'on ne lutte pas assez contre l'argent de la drogue. Si, dans les procédures pénales et procédures judiciaires, ceux qui s'enrichissent sur la drogue pensent que même, au terme de leur séjour en prison, ils retrouveront leur magot et qu'ils peuvent continuer leur trafic en prison, ça ne les dissuade pas. Donc, en fait, nous n'avons pas mis à jour l'outil judiciaire pour combattre le trafic de drogue, le trafic de suspicions comme une mafia.
Voilà, comme les Italiens ou d'autres pays l'ont fait, en les caractérisant comme une mafia avec les moyens qu'il faut se donner. Et le Rassemblement National a fait des propositions extrêmement fortes pour lutter contre le narcotrafic comme un phénomène à part entière, avec une législation à part entière et un état d'esprit à part entière. Et on en revient au budget de la justice, madame Ferrari.
À partir du moment où nos prisons et nos agentes de la pénitentiaire n'ont pas les moyens d'isoler, de traiter, d'empêcher les contacts téléphoniques, d'empêcher les moyens, les contacts humains, que les réseaux se recréent au sein même des prisons, vous ne pouvez pas démanteler les trafics dans la durée. Donc, une justice pauvre n'a pas les moyens de s'attaquer à la criminalité. C'est même dangereux. Je rappelle, il faut rendre hommage aux agents de la pénitentiaire qui avaient été assassinés en transportant un dangereux criminel, parce qu'il avait pu continuer, en fait, à gérer son réseau et organiser sa libération dans les pires conditions possibles depuis la prison.
Et on voit bien que c'était bien un manque de moyens et un manque de législation adapté à une criminalité qui est une mafia. Et la mafia, ce n'est pas dans les films hollywoodiens. Malheureusement, c'est dans la réalité.
Jean-Philippe Tanguil, il y a aussi un problème de protection des mineurs et des enfants de la violence, et notamment des agressions sexuelles. Il y a beaucoup d'affaires autour du périscolaire, pas seulement à Paris, dans de nombreuses grandes villes. Est-ce que vous estimez que l'État, les mairies, les communes ont une responsabilité particulière, qu'elle doit être mise en cause dans le cadre d'agressions ou de viols d'enfants mineurs ?
Bien sûr, nous avons découvert hier par des enquêtes de vos confrères dans la presse qu'une personne qui travaillait dans le périscolaire à Paris, qui avait été identifiée en 2024 très clairement, avait été recrutée de nouvelles fois en 2025 dans la même ville de Paris. Donc on voit bien qu'il y a des défaillances extrêmement graves, avec les conséquences qui sont les pires délits possibles, les pires crimes possibles, à savoir des crimes sexuels contre des enfants, contre des adolescents. Et ce qui s'est passé à Paris est extrêmement grave. Pourquoi ?
Parce que la municipalité sortante, qui a évidemment la responsabilité directe de ce qui s'est passé à Paris, a pu faire sa petite campagne, malgré un certain nombre de journalistes courageux, de manière totalement normale, comme si c'était un scandale parmi d'autres. Ce qui s'est passé à Paris dans le périscolaire avec M. Grégoire et toute la municipalité sortante de gauche, n'est pas un scandale comme un autre. C'est un scandale qui aurait dû...
Vous étiez directement en cause de la responsabilité d'Emmanuel Lefort ?
Totalement, je les mets directement en cause de la responsabilité d'Emmanuel de Grégoire et de tous les élus parisiens socialistes et de gauche qui étaient aux responsabilités à l'époque et qui le sont encore et qui n'auraient jamais dû pouvoir se présenter. Et là, on a un problème démocratique en France. C'est que quand vous avez une municipalité sortante...
Il n'y a aucune poursuite judiciaire contre M. Grégoire, on est bien d'accord.
Mais nous verrons. On pourrait d'avoir eu le droit de se présenter. Mais nous verrons. Mais parce que vous avez la responsabilité pénale, vous avez la responsabilité morale. Quand vous êtes un responsable politique... La responsabilité morale ? Oui, oui, la responsabilité morale. Il n'y aurait pas grand monde qui pourrait se présenter. Eh bien, écoutez, ça ferait peut-être un grand ménage en France. Mais là, on ne parle pas, si vous voulez... Mais dans tous les partis. Oui, mais non.
Tous les partis, Mme Ferrari, ne sont pas liés à des scandales du périscolaire, à des scandales de pédocriminalité ou d'agression sexuelle sur les enfants ou du dysfonctionnement de l'aide sociale à l'enfance où vous avez presque la moitié des jeunes filles qui se retrouvent dans la prostitution. Là, c'est une responsabilité morale extrêmement grave. Mais en France, la morale, le mot même de morale, est devenu un peu un tabou de vieux con. Ce n'est pas un tabou de vieux con. C'est de responsabilité première.
Et vous savez, la crise de la démocratie aussi, elle vient de cette irresponsabilité morale, de responsables politiques qui ne se sentent jamais responsables de rien, qui ont toujours une bonne excuse. Alors, quand il y a des problèmes financiers, on va dire, il n'y a pas mort d'homme, même si moi, c'est des sujets qui m'intéressent. Mais quand ça touche les enfants, ça devrait juste être une ligne écarlate, une ligne rouge, infranchissable. Ça ne l'est pas. Et de toute façon, en France, malheureusement, il n'y a pas de mobilisation des acteurs publics contre la pédocriminalité.
Donc, vous allez proposer un grand plan de lutte contre la pédocriminalité. Mais Marine Le Pen l'avait déjà fait.
Avec le Rassemblement National. Et on le refera. Notre collègue Marine Hamelet et d'autres, Christine Noir, nous avons des députés courageuses. Je constate d'ailleurs que c'est souvent des femmes qui s'occupent de ce sujet, parce que visiblement, les hommes considèrent que c'est un sous-sujet. Et ça a aussi une responsabilité. Dans le fait que c'est mis de côté, c'est que vous avez beaucoup de responsables politiques qui ne voient pas trop le problème, visiblement, de la pédocriminalité. Mais vous savez, Madame Ferrari, et vous avez beaucoup d'expérience, et vous avez suivi beaucoup de campagnes pendant très longtemps en France.
Vous savez qu'il y avait des intellectuels, des écrivains, des hommes politiques qui étaient directement liés à la pédocriminalité ou à la relativisation de la pédocriminalité qui était ravitée. Et ça ne posait pas trop de problèmes. En dehors d'ailleurs de journalistes. Et encore, il faut le dire, comme par hasard, de journalistes femmes qui avaient le courage de dire que ce n'était pas normal de recevoir M. Mazneff, de recevoir M. Combe-Bendit, et de trouver que tout ce petit monde pouvait vivre leur petite vie et ricaner sur le sort des victimes de la pédocriminalité parce que ça faisait bien Saint-Germain-des-Prés.
Donc il y a quand même en France un poison qui s'est répandu sur la banalisation des violences et des crimes contre les enfants ou les adolescents d'ailleurs, parce que ça touche aussi les adolescents.
Par exemple, en 2027, hier, Éric Zemmour était notre invité dans la France en face. Il y espérait encore une primaire de la droite. Il estime que Marine Le Pen n'est pas sa principale adversaire, qu'il s'agit de Jean-Luc Mélenchon. Est-ce qu'il y a un changement de ton, trouvez-vous, du côté de Reconquête ? Est-ce que vous pouvez envisager de faire une alliance, une union des droites avec lui ?
M. Zemmour, j'ai écouté quelques extraits hier, quand même essentiellement insulter les éventuels partenaires de sa propre coalition. Il a encore traité la Ration nationale de socialiste sans aucun argument. Sur le programme économique, la retraite. Oui, mais c'est des lieux communs. Il faut que M. Zemmour arrête de tourner en toupie sur lui-même et à se parler à lui-même. Tout ça n'a pas de sens. Je veux dire, 90% des propositions de Mme Knafow viennent directement du programme que j'ai construit avec d'autres députés pour le contre-budget. Donc, visiblement, si on était socialiste, Mme Knafow ne viendrait pas piquer dans notre programme. Et il a traité M. Ciotti de vassal.
Je veux dire, tout ça est lamentable. M. Ciotti, par exemple, vient de gagner la ville de Nice. Donc, que M. Zemmour reprenne à la gauche ou au macroniste l'équivalent de la ville de Nice, ce n'est pas près d'arriver, puisqu'à part se regarder dans un miroir, il va rarement quand même au front, sur le terrain, pour reprendre des territoires perdus.
Est-ce que la question des alliances se pose, évidemment, et qu'elle se pose au Rassemblement National comme à tous les partis ? On ne peut pas gagner une élection seule. Est-ce qu'il ne faut pas élargir, en dehors de l'UDR d'Éric Ciotti, pour récupérer le maximum de voix ?
Mais il faut absolument élargir, et c'est ce que Marine Le Pen a toujours fait. Elle a élargi, par exemple, aux anciens de boules à France, comme moi. D'ailleurs, il y avait eu deux fois un accord avec Nicolas Dupont-Aignan. Elle a élargi à l'UDR avec Éric Ciotti. Elle a accueilli des gens de LR. Franck Alizio, Sébastien Chenu viennent de LR. La tête de liste qu'on va présenter pour les sénatoriales dans les boules du Rhône, elle vient de LR. L'ARN est désormais la force motrice de la droite, aujourd'hui, en France ?
Mais c'est la force motrice des amoureux de la France, des patriotes, et évidemment, là-dedans, il y a beaucoup de gens de droite qui ont une ethos de droite, qui ont des valeurs de droite, mais il y a aussi des personnalités qui peuvent venir d'une gauche républicaine. Et puis, vous avez beaucoup de gens qui viennent juste parce qu'ils aiment la France et qu'ils n'ont pas d'étiquette politique. Mais c'est drôle, parce que M. Zemmour parle depuis 20 ans de l'union des droites, et il est de plus en plus seul. Et Marine Le Pen parle de l'union de la France. Elle a de plus en plus de gens de droite et de gauche autour d'elle.
Donc voilà, il y a des gens qui en parlent, il y a des gens qui critiquent, qu'il y a des gens qui la font, tout ça n'est pas très grave. Et Éric Zemmour a aussi mené des combats intellectuels qu'il faut quand même saluer, parce que même si je le trouve très dur et injuste avec nous et avec d'autres personnalités de la droite, moi, je sais reconnaître la valeur intellectuelle et morale de mes adversaires, enfin, c'est pas un adversaire, mais de gens qui nous tapent dessus toute la journée. Donc, Éric, je ne suis pas socialiste, je ne suis pas cheminementiste, je suis gaulliste, patriote, et je suis pour le rétablissement des comptes publics, ce qui n'a jamais beaucoup intéressé M.
Zemmour, jusqu'à une période récente.
Jean-Philippe Tanguy, il y a un vote qui va se tenir à propos de la nomination d'Emmanuel Moulin, l'ancien secrétaire général de l'Elysée au poste de gouverneur de la Banque de France. Est-ce que vous allez valider cette nomination ? Emmanuel Macron place ses proches à tous les postes stratégiques. Ou est-ce que vous allez voter contre, comme les socialistes, comme la gauche ?
Non, mais c'est surtout la gauche qui va voter contre nous, parce que pour le coup, on a été précurseur contre M. Moulin. M. Moulin, il était directeur du Trésor. Alors, qu'est-ce que c'est la direction du Trésor ? C'est un service de Bercy qui gère les prévisions, l'absurde révélateur économique et financière. Et M. Moulin, il a perdu 40 à 60 milliards d'euros de recettes. Et vous savez, entre 2022 et 2024, c'est les deux budgets où on a eu un déficit record monstrueux de plus de 5%. Donc, M. Moulin est directement responsable de cela.
Donc, il est inapte à occuper le poste de gouverneur ?
Complètement inapte, à compétence professionnelle. J'en reviens, à compétence morale. Parce que, vous savez, en France, on a souvent des mésaventures. Par exemple, des caissières qui sont licenciées parce qu'elles ont utilisé un bon d'achat ou qu'elles ont mangé un pain au chocolat. Elles sont virées. Par contre, quand vous êtes, M. Moulin, directeur du Trésor, payé 15 000 euros par mois, vous perdez 60 milliards d'euros de recettes. Vous êtes promu à la Banque de France. Donc, tout ça est insupportable. Tout ça est scandaleux. Donc, j'espère qu'on va réussir à leur faire barrage.
Je me permets de lancer un appel à votre antenne aux sénateurs de LR, aux sénateurs du centre qui doivent faire barrage à M. Moulin ce matin à 9h. Je fais appel à mes collègues LR pour qu'ils ne laissent pas passer M. Moulin. Parce qu'aujourd'hui, le fait qu'on fasse barrage au macroniste Moulin, ça dépend de LR. Donc, est-ce qu'une fois plus LR va cautionner le verrouillage des institutions par des incompétents avec M. Moulin ? Ou est-ce qu'ils vont avoir le courage de leurs opinions et faire barrage à M. Moulin ? Écoutez, je ne désespère pas. Je ne désespère pas de convaincre les LR. Merci Jean-Philippe Tanguy. Merci à vous.
C'était votre grande interview sur CNews et sur Europe 1. Bonne journée.
Merci Jean-Philippe Tanguy. Merci Laurence Ferrari.
Dans un instant, vos signatures Europe 1 du mercredi à commencer par Eugénie Bastier. A tout de suite.
Jean-Philippe Tanguy