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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 23 octobre 2023 9 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseJustice

Israël-Palestine : les mots de la guerre 11/18 · Assassinats ciblés : une pratique militaire, une question juridique

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:19OuverteRéponse directe

    Que signifie le terme d'assassinat ciblé dans le contexte du conflit israélo-palestinien ?

  • 3:29OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça pose un problème en droit ?

  • 4:49OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a une sorte de tribunal ? Que sait-on sur la manière dont sont définies ces cibles ?

  • 5:58OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est efficace ?

  • 7:31OuverteRéponse directe

    Pourquoi les organisations terroristes ont-elles une faculté à remplacer rapidement les personnes ciblées ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:34InvitéFait
    « Les dits assassinats ciblés ont une histoire qui date d'une vingtaine d'années. »
  • 0:39InvitéFait
    « Ils apparaissent en 2000 au moment de la deuxième intifada. »
  • 0:44InvitéFait
    « Le gouvernement israélien considère qu'il est nécessaire d'éliminer des personnes qui ont un rôle significatif dans un certain nombre de factions combattantes palestiniennes. »
  • 3:11InvitéFait
    « L'arme emblème de l'assassinat ciblé, c'est le drone. »
  • 4:00InvitéFait
    « Utiliser la force et cibler des ennemis à l'extérieur d'un conflit international n'est évidemment contraire au droit. »
  • 4:32InvitéFait
    « C'est comme s'il s'agissait d'appliquer une peine de mort sans procès. »
  • 5:03InvitéFait
    « Ces cibles sont définies au sein d'un comité assez restreint qui est, évidemment, à la tête de celui-ci, c'est le ou la première ministre. »
  • 6:14InvitéFait
    « Vous voyez bien que ces organisations sont toujours là. »
  • 6:44InvitéFait
    « Au moment de la deuxième intifada, il y avait tout le temps des attentats en Israël, et puis à un certain moment, il n'y en a plus. »

Temps de parole

  • Invité87 %
  • Présentateur11 %
  • Présentateur 23 %

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0:00
Présentateur

Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. Assassinat ciblé. Les mots du conflit israélo-palestinien. Ariel Colonomos, vous êtes directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po. Que signifie le terme d'assassinat ciblé dans le contexte du conflit israélo-palestinien ?

0:24
Invité

Les dits assassinats ciblés ont une histoire qui date d'une vingtaine d'années. Ils apparaissent en 2000 au moment de la deuxième intifada. Le gouvernement israélien considère qu'il est nécessaire d'éliminer des personnes qui ont un rôle significatif dans un certain nombre de factions combattantes palestiniennes. Alors pas nécessairement les dirigeants les plus haut placés. Cela peut arriver, dans le cas du chef Yassine par exemple. Mais en règle générale, les cibles, ce sont des personnes qui sont choisies de manière très spécifique. C'est-à-dire qu'elles ont souvent un rôle intermédiaire au sein de l'organisation.

Il s'agit finalement de briser de la manière la plus dure et définitive leur carrière. Il y a même un nom qui est utilisé en Israël qui laisse un peu rêveur, mais il s'agit de couper l'herbe quand elle pousse. Et ce qui explique d'ailleurs l'âge de ces personnes, relativement jeunes, souvent autour de la vingtaine. Et ce sont les dirigeants de demain. Finalement, l'idée qui se trouve derrière cette pratique, c'est que l'organisation a du mal à fonctionner. Elle ne peut pas se reproduire et à terme, elle pourrait même s'effondrer. Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Mais ça peut ralentir le fonctionnement de ces organisations. Et donc, ça se développe pendant les années 2010.

Et c'est une manière aussi de ne pas intervenir au sol. C'est une manière de conduire la guerre autrement. Qui va inspirer beaucoup d'états occidentaux. Ces mêmes états occidentaux qui, en 2000, avaient critiqué Israël, les Etats-Unis. Mais après le 11 septembre, les Etats-Unis adoptent une politique similaire. La France avait critiqué Israël et les Etats-Unis. Et la France, face justement à des questions du djihadisme aussi, va sinon cautionner. Mais même aussi se lancer dans des opérations similaires. Est-ce qu'on peut dire que ça a fait école, Ariel Coulonomous ? Ça a absolument fait école. C'est-à-dire que justement, ces états occidentaux ont emboîté le pas. La Grande-Bretagne.

Et aussi, ce qui est justement une des raisons de la diffusion de cette pratique, c'est l'arme qui est utilisée. Parce que les Israéliens ont utilisé toutes sortes de moyens pour atteindre cette fin. Aussi les moyens plus conventionnels. C'est-à-dire un sniper. Ou aussi beaucoup des infiltrés au sein des différents territoires palestiniens. Mais l'arme emblème de l'assassinat ciblé, c'est le drone. Et cette technologie se développe justement au cours des années 2000 et 2010. Et la plupart des états qui sont engagés dans des conflits ont maintenant des drones. Et le drone permet justement de conduire ces opérations. Question incongrue, Ariel Coulonomous.

Est-ce que ça pose un problème en droit ? Ça, ce n'est pas du tout une question incongrue. Elle est même au contraire au cœur du débat. Oui, les assassinats ciblés ont été finalement le cœur de la politique, de la dite guerre contre le terrorisme. Cette guerre contre le terrorisme n'est pas vraiment une guerre au sens classique. Elle pose de nombreuses questions en termes de droit. Alors, utiliser la force et cibler des ennemis à l'extérieur d'un conflit international n'est évidemment contraire au droit. Alors, le cas israélo-palestinien est le plus complexe parce qu'il peut y avoir des cas de figure où par exemple à Gaza, eh bien, les Israéliens n'ont pas autorité sur ce territoire.

Et on peut considérer, même d'un point de vue juridique, qu'il y a une sorte de conflit continu entre les deux parties. Dès lors, ce n'est pas un problème en droit. Mais, si Israël a l'autorité sur le territoire palestinien où a lieu l'assassinat ciblé, eh bien, évidemment, il y a une violation du droit. C'est comme s'il s'agissait d'appliquer une peine de mort sans procès. Puisque la peine de mort existe en Israël ? La peine de mort n'existe pas. Et puis, quand bien même, elle existerait, il faudrait un procès. C'est une exécution sans procès. Et ça, c'est contraire au droit.

4:49
Présentateur

Mais, est-ce qu'il y a une sorte de tribunal ? Que sait-on sur la manière dont sont définies ces cibles, Ariel Colonomos ?

4:57
Invité

Alors, autant que je sache, ces cibles sont définies au sein d'un comité assez restreint qui est, évidemment, à la tête de celui-ci, c'est le ou la première ministre. Et qui est entouré de généraux, mais également de juristes. On parle également de certains philosophes qui travaillent pour l'armée. Des philosophes, mais pourquoi donc ? Parce que c'est une doctrine qui a été élaborée aussi dans une discussion normative. Il s'agit vraiment de changer les règles de la guerre. Et donc, certaines personnes dont le métier, c'est de discuter du juste et du bien, aussi paradoxal que ça puisse paraître lorsqu'on parle d'assassinat.

Ce qui, d'ailleurs, pose la question, puisque vous vous intéressez aux mots de la guerre, l'assassinat ciblé est simplement une des manières d'appeler cette pratique. En hébreu, il en est tout autrement. Le terme en hébreu est prévention ciblée. C'est cool, mais mon cadre. Certaines personnes parlent, à l'inverse, de attentat ciblé. Est-ce que c'est efficace ? Il y a une discussion assez importante sur ce sujet. Il me semble que les arguments les plus intéressants que j'ai trouvés, et aussi en faisant des recherches statistiques, tout d'abord, vous voyez bien que ces organisations sont toujours là.

Alors, l'argument qui est donné pour justifier cette pratique, c'est de dire que dès lors que cette pratique s'est développée, le nombre d'attentats en Israël a chuté. Et c'est vrai. Et donc, vous pouvez établir une corrélation et trouver là la raison pour laquelle ces attentats n'ont plus eu lieu. Tout simplement. Au moment de la deuxième intifada, il y avait tout le temps des attentats en Israël, et puis à un certain moment, il n'y en a plus. Alors, puisque les assassinatismes sont développées à ce moment-là, les assassinatismes seraient l'origine de la disparition de ces attentats. Ça me semble très contestable.

Il me semble que la raison pour laquelle ces attentats n'ont plus eu lieu, c'est simplement parce que le mur a été érigé en séparant certaines parties des territoires palestiniens et d'Israël, rendant beaucoup plus difficile la venue de certaines personnes qui portent des bombes. C'est plutôt ça la raison de la disparition des attentats. Donc, les assassinats ciblés, bien sûr, ne font pas du bien aux personnes qui sont visées et à leur organisation. Est-ce qu'elles sont une solution pour Israël dans ce conflit ? Je ne sais pas. Je ne pense pas.

7:31
Présentateur

Pourquoi ? Parce que les organisations terroristes ont une faculté à remplacer rapidement les personnes qui ont été ainsi ciblées par des assassinats ?

7:42
Invité

Oui, c'est cette raison-là. Et les Israéliens ne sont pas dupes. Ils se disent, mais simplement, ça a ralenti le fonctionnement de cette organisation. Mais évidemment, ensuite, ces personnes sont remplacées par d'autres personnes au sein de cette organisation, Hamas ou d'autres.

7:56
Présentateur

Merci, Ariel Kolonomos.

7:58
Invité

Merci.

8:06
Présentateur

Pour comprendre le conflit israélo-palestinien, il est essentiel d'en maîtriser les mots. Guillaume Erner. C'est pourquoi Les Matins vous propose un hors-série, un podcast où les meilleurs spécialistes de la région donnent un sens plus précis aux mots de ce conflit. Hors-série, Les Matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. A écouter sur franceculture.fr et l'application Radio France.