E. MACRON : 6 ANS D’ARNAQUES ET DE PIPEAU
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ce que je veux, c'est que vous, partout, vous alliez le faire gagner, parce que c'est notre projet! Les Français détestent les réformes. Dès qu'on peut éviter les réformes, on ne les fait pas.
C'est un peuple qui déteste cela. Une gare, c'est un lieu où on croise Les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Hôtel-café-restaurant ?
Je traverse la rue, je vous en trouve, il y a simplement des gens qui sont prêts à travailler. Très sincèrement, comme disait un de mes prédécesseurs, ça m'en touche l'une sans bouger l'autre. Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.
Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler. Nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs.
Ce n'est pas comme ça qu'on fait face aux crises ou qu'on avance. S'ils veulent un responsable, il est devant vous, qu'ils viennent le chercher. Vive la République!
Vive la France! La finale de la Coupe du monde de football nous a de nouveau donné l’occasion de le vérifier : 2022 aura encore une fois été, à l’Élysée, l’année du pipeau. Ce n’est pas exactement une surprise : ça fait maintenant plus de cinq ans, depuis qu’il a été pour la première fois élu président de la République française, que nous savons qu’Emmanuel Macron peut proférer d’énormes contre-vérités avec un aplomb phénoménal et que ses ministres peuvent également se comporter en fieffés menteurs.
Pour le vérifier, il suffit de se rappeler par exemple qu’en 2017, le candidat Macron avait promis que s’il était élu, il construirait un barrage contre l’extrême droite. Je veux enfin avoir un mot pour ceux qui ont voté aujourd'hui pour Mme Le Pen. Je ferai tout durant les 5 années qui viennent pour qu'ils n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes.
Il a effectivement été élu, pour la seule et unique raison qu’il s’est retrouvé face à la candidate du Front national au second tour de l’élection présidentielle. Est-ce qu’après son élection il a construit le barrage qu’il avait promis ? Pas du tout.
Bien au contraire, il n’a pas cessé, pendant les cinq années qui ont suivi, d’envoyer des signaux vers l’extrême droite en décidant notamment, quelques mois à peine après son élection, d’ « honorer » celui qu’il appelait alors le « grand soldat » Pétain, responsable de la déportation de dizaines de milliers de Juifs vers les camps de la mort nazis. Aucun raccourci, mais je n'occulte aucune page de l'histoire. Et le Maréchal Pétain a été pendant la Première Guerre mondiale aussi un grand soldat.
C'est une réalité de notre pays. Il n’a pas cessé non plus de prendre aux pauvres pour donner aux riches, en baissant, par exemple, dès les premiers mois de son premier mandat, le montant des aides personnalisées au logement et en diminuant le montant des allocations-chômage « en même temps » qu’il supprimait l’impôt de solidarité sur la fortune et qu’il distribuait des centaines de milliards d’euros au patronat. Mais bien sûr, il a expliqué, avec sa suffisance habituelle, qu’il n’était pas du tout « le président des riches », et qu’il fallait qu’on arrête de l’appeler comme ça, parce que c’était vraiment pas gentil.
On a le droit de ne pas être la caricature dans laquelle on veut vous enfermer. Et donc je pense que j'ai jamais été moi, j'ai jamais été ça. Je sais d'où je viens.
Je viens d'une famille à Amiens, justement de médecins hospitaliers, une grand-mère enseignante. Et donc je sais d'où je viens, quelles sont mes valeurs. Mes valeurs ne sont pas celles d'un président des riches.
Résultat : l’extrême droite a remporté, en 2022, à l’élection présidentielle puis aux élections législatives, les plus importantes victoires électorales de sa déjà longue histoire. Est-ce que Macron a tiré de cette rude leçon les conclusions qui s’imposaient ? Est-ce qu’il a décidé qu’il fallait qu’il revoie un peu son rapport discrètement distendu à la réalité ?
Absolument pas. Sa réélection, qu’il doit encore une fois au fait qu’il était confronté au second tour à Marine Le Pen, semble au contraire l’avoir complètement décomplexé : il donne maintenant l’impression de ne plus avoir aucun filtre, et son nouveau quinquennat est un nouveau festival de bobards, à un point jamais vu sous une Cinquième république qui nous avait pourtant donné Sarkozy et Manuel Valls parmi quelques autres. Il avait par exemple promis, l’an dernier cela figurait en toutes lettres dans son programme – que s’il était réélu, « la pension minimale » de retraite « à taux plein » serait portée à 1100 euros par mois.
Et comme il ose vraiment tout : il avait présenté cette promesse comme la garantie d’un extraordinaire progrès social, alors que cela maintenait le montant de ces retraites juste sous le seuil de pauvreté. Surtout : il avait précisé, sur TF1, le 13 avril 2022, comme l’a tout récemment rappelé Le Monde, que cette mesure ne concernerait pas seulement les « nouveaux retraités », mais aussi « toutes celles et tous ceux qui sont déjà à la retraite ». Je veux pouvoir passer la retraite minimale pour nos retraités qui ont une carrière complète.
Cette retraite minimum, elle est aujourd'hui d’un peu plus de 980 euros par mois. Est-ce qu'on vit avec 980 euros par mois après une vie de labeur ? Mais on vient d’apprendre, huit mois plus tard, que finalement, et contrairement à ce qu’il avait promis, cette petite revalorisation des petites retraites ne concernerait que « les nouveaux retraités ».
Car s’il tenait sa promesse, cela coûterait à la collectivité, expliquent ses collaborateurs, un à trois milliards d’euros supplémentaires par an. Coïncidence intéressante : cette somme correspond peu ou prou au montant des pertes fiscales annuelles de l’État depuis que Macron a supprimé l’impôt sur la fortune en certifiant qu’il n’était pas du tout le président des riches. Moi, je veux bien tous les jours me faire appeler président des riches.
Je ne le suis pas et je ne suis pas défenseur de qui que ce soit ou de quelques catégories. Je suis défenseur de l'intérêt de la nation, d'un intérêt général et d'une ambition que je veux pour notre pays. Autre exemple, dans un registre différent, mais tout aussi révélateur d’une relation extrêmement souple avec la vérité des faits.
Le 19 décembre dernier, Emmanuel Macron a poussé sur Twitter un long cocorico, pour célébrer, après la COP15, qui se tenait dans la capitale québécoise, ce qu'il a appelé « un accord historique pour la biodiversité à Montréal ». « Par leur mobilisation », a écrit le chef de l’État, « la France et l’Union européenne ont emporté l’adhésion de tous ». Sous-entendu : c’est grâce à moi, Emmanuel Macron, que la biodiversité a été sauvée.
Et pour le cas où tout le monde n’aurait pas compris ce message, il a précisé, dans un autre tweet, que « la France », c’est-à-dire lui-même, n’allait « rien lâcher pour restaurer la biodiversité ». C’est très beau : ça donne envie d’applaudir. Malheureusement : la réalité, là encore, est très différente de ce qu’il raconte et de ce qu’il promet.
Dans la vraie vie, par exemple : pendant que son président crie qu’il est le champion de la biodiversité, la France continue, comme l’a très utilement rappelé Le Monde le 30 novembre dernier, à exporter, principalement vers le Brésil, et en dépit du fait que ce commerce est formellement prohibé sur son propre territoire depuis le 1er janvier 2022, « des milliers de tonnes de pesticides ultratoxiques, malgré l’interdiction de cette pratique ». Plus près de nous, le ministre de l’agriculture d’Emmanuel Macron vient encore d’expliquer qu’il était favorable au renouvellement, pour la troisième année consécutive, de l’autorisation exceptionnelle qui permet aux producteurs français de betteraves d’utiliser des néonicotinoïdes, dont chacun sait pourtant qu’ils sont extraordinairement nocifs pour l’environnement. Mais c’est à la faveur si l’on ose dire de la coupe du monde de football qu’Emmanuel Macron a donné la pleine mesure de son talent de prestidigitateur.
On se rappelle qu’au mois de novembre dernier, des voix se sont élevées pour dénoncer le fait que cette compétition se déroulait au Qatar. Le Qatar est, comme on le sait, un pays où les droits humains n’entrent pas du tout dans les priorités du pouvoir en place, et où, comme l’a constaté Amnesty international dans un récent rapport, « les femmes et les personnes LGBTI étaient toujours victimes de discrimination, dans la législation et dans la pratique » en 2021. Dans ce même rapport, Amnesty relève aussi qu’ « en dépit de réformes gouvernementales, les travailleuses et travailleurs migrants étaient toujours en butte à des violations du droit du travail et il leur était difficile de changer librement d’emploi ».
D’autre part, et toujours selon Amnesty, « les restrictions de la liberté d’expression se sont accrues au Qatar à l’approche de la Coupe du monde de la FIFA de 2022 ». Et c’est vrai que ça fait beaucoup mais en France, Emmanuel Macron n’a pas du tout apprécié les appels au boycott de cet événement sportif. Il est vrai que le Qatar n’est pas seulement un pays où les droits humains sont malmenés, c’est aussi un excellent client de l’industrie française de l’armement, qui a par exemple acheté de nombreux exemplaires du Rafale, l’avion de chasse du groupe Dassault dont le développement a coûté plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’État français.
Résultat : le 17 novembre dernier, Emmanuel Macron a gravement décrété qu’il ne fallait pas « politiser le sport » en appelant au boycott d’une coupe du monde qui s’est traduite par un surcroît de souffrance pour des millions d’individus. Il faut reconnaître que le Qatar l'organise très bien cette Coupe du monde. L'organisation est bonne, la sécurité est bonne.
Donc ne mégotons pas sur notre plaisir, on est en finale, c'est formidable. Et donc sachons, nous Françaises et Français, avoir des joies simples et être fiers. Mais après ça, il n’a plus jamais cessé de politiser l’événement, en le récupérant de façon très moyennement subtile pour son profit personnel : c’est ce que nous avons toutes et tous constaté le dimanche 19 décembre 2022, immédiatement après la finale de cette coupe du monde, Quand Emmanuel Macron a envahi le terrain pour aller tripoter Kylian Mbappé dans ce qu’il faut bien appeler un moment de pur malaise.
En résumé, juste après avoir doctement expliqué qu’il ne fallait surtout pas politiser le sport, Macron s’est empressé de le politiser. Pour le dire autrement : lorsqu’il a soutenu qu’il ne fallait pas politiser le sport, il a encore une fois édicté une règle valable pour tout le monde, sauf pour lui. Pour le dire encore autrement, et plus simplement : il nous a encore une fois joué du pipeau.
Dans les époques agitées que nous vivons, il est de plus en plus hasardeux de formuler des vœux de nouvel an mais on peut toujours espérer qu’en 2023, le président de la République française change un peu ses habitudes musicales : après cinq ans de pipeau, il pourrait essayer la mandoline, par exemple. Ça nous changerait. Bonne année à toutes et à tous et rendez-vous en 2023.
Premier et champion olympique Tommy Smith, États-Unis, 19 secondes, 8 dixièmes.
Emmanuel Macron