Christophe Deloire : "Mortaza Behboudi n'aurait pas dû passer ces neuf mois en prison" en Afghanistan
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Comment va-t-il ?
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Quelles ont été ses conditions de détention ?
- 1:46OuverteRéponse directe
Où est-il en ce moment ?
- 1:56OuverteRéponse partielle
Pourquoi a-t-il été arrêté ? Quelle était la raison officielle ?
- 2:41RelanceÉludée
Et la vraie raison, c'est qu'est-ce que...
- 3:00OuverteRéponse directe
Comment se fait-il qu'il ait été libéré ? C'est le résultat de négociations ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Mortaza Beboudi, après une épreuve douloureuse, longue, inquiétante, il est évidemment fatigué. »
- 1:12Invité politiqueFait
« On a eu des phases d'optimisme. Et puis ces phases d'optimisme, à plusieurs reprises, elles se sont révélées malheureusement inexactes. »
- 1:23Invité politiqueFait
« il y a une épée de Damoclès qui pesait au-dessus de sa tête, et qui était inquiétante parce qu'on ne sait jamais comment ça va tourner. »
- 3:03Invité politiqueFait
« D'abord, il a été acquitté, de toutes les charges dont il était incriminé. »
- 3:20Invité politiqueFait
« Le magistrat dans la salle d'audience de la cour criminelle de Kaboul a même dit que neuf mois, ça suffisait. »
- 5:58Invité politiqueChiffre
« Il y a cinq journalistes aujourd'hui en détention en Afghanistan. »
- 6:01Invité politiqueChiffre
« Trois journalistes ont été tués dans le pays depuis le début de l'année. »
- 6:03Invité politiqueChiffre
« Le pays est 156ème sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse. »
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Il est 6h22, il a passé 284 jours, près de 10 mois donc, dans une prison de Kaboul. Le journaliste franco-afghan Mortaza Beboudi vient d'être libéré. Il a travaillé pour de nombreux médias français, dont Radio France. Il a collaboré avec nous comme fixeur et interprète. Bonjour Christophe Deloy. Bonjour. Vous êtes le directeur général de Reporters sans frontières, RSF, qui s'est battu pour obtenir sa libération. D'abord, comment va-t-il ?
Mortaza Beboudi, après une épreuve douloureuse, longue, inquiétante, il est évidemment fatigué. Et la première chose qu'il a faite quand il est sorti de prison, c'était de se reposer.
Quelles ont été ses conditions de détention ? Il a été bien traité, si j'ose dire, en prison. Est-ce que c'est possible d'être bien traité dans une prison de Kaboul ?
Lui-même le dira quand il reviendra sur le territoire national, en France. Mais ses conditions, elles ont évidemment été difficiles. Elles étaient d'autant plus difficiles qu'à plusieurs moments, on a eu le sentiment qu'une libération était possible. et même qu'elle était imminente. On a eu des phases d'optimisme. Et puis ces phases d'optimisme, à plusieurs reprises, elles se sont révélées malheureusement inexactes. Ça a fini par fonctionner.
Mais évidemment, pour un journaliste qui est en détention, qui est accusé de diverses infractions, y compris espionnage, assistance à étrangers, facilitation de franchissement de frontières vers l'étranger, il y a une épée de Damoclès qui pesait au-dessus de sa tête, et qui était inquiétante parce qu'on ne sait jamais comment ça va tourner. Donc, aux difficultés, aux conditions de détention éprouvantes, ça ajoute une inquiétude, une angoisse permanente.
Et là, il est où en ce moment ?
Il est aujourd'hui entre des mains sûres, si je puis dire, à Kaboul, toujours. Il lui reste à aller à l'aéroport, et à la frontière, et revenir en France dans les prochains jours, vraisemblablement d'ici la fin de la semaine.
Alors, il a été arrêté, on va refaire le film de l'histoire, il a été arrêté le 7 janvier, alors qu'il s'apprêtait à récupérer son accréditation de presse, pour partir en reportage. Pourquoi a-t-il été arrêté ? Quelle était la raison officielle ? Vous nous avez dit espionnage, c'est ça ?
Ça a été très difficile à déterminer au début, d'autant que le régime des talibans, pendant longtemps, a démenti le détenir. Et aucune infraction n'était officiellement invoquée, d'autant plus qu'il y avait une forme de secret sur sa détention. Nous-mêmes, on avait fait le choix pendant un mois de ne pas en parler publiquement, pour laisser la place à des discussions rapides, et à une libération, c'est parfois plus facile d'obtenir des libérations quand les cas ne sont pas publics. Et puis au bout d'un mois, les choses durant, il nous a semblé important de porter le cas sur la place publique, et de changer de stratégie.
Et la vraie raison, c'est qu'est-ce que...
Mais pourquoi avait-il été arrêté ? C'est difficile à dire. Nous, ce que nous avons fait valoir, c'est que Murtaza Beboudi était en Afghanistan comme journaliste, qu'il n'a fait qu'y travailler comme journaliste, et qu'à ce titre, il ne devait évidemment pas se trouver en prison.
Et comment se fait-il qu'il ait été libéré ? C'est le résultat de négociations ? C'est le résultat d'un procès ? C'est les deux ?
D'abord, il a été acquitté, de toutes les charges dont il était incriminé. Et c'est quelque chose de fort, qu'il ait été acquitté après neuf mois.
Donc ça veut dire que les talibans reconnaissent qu'ils se sont trompés ?
Le magistrat dans la salle d'audience de la cour criminelle de Kaboul a même dit que neuf mois, ça suffisait. Il y a peut-être là, effectivement, une forme de reconnaissance. En tout cas, c'est pour Murtaza, à la fois la reconnaissance que ces neuf mois, il n'aurait pas dû les passer en prison. Et puis, c'était le fait que sa liberté était ordonnée et qu'après être repassé par la prison hier matin pour des démarches administratives, il a pu retrouver la liberté.
Et quel rôle on joue quand on est patron de RSF comme vous pendant ces neuf mois ? Pendant neuf mois, vous avez négocié avec des talibans, vraiment directement ? Comment ça s'est passé ? Comment on fait ?
L'équipe de Reporters sans frontières, qui était largement mobilisée, elle a fait ce que chacun peut voir, des actions publiques, avec un comité de soutien, avec des centaines de personnes dans ce comité de soutien, parce que Murtaza Beboudi a bénéficié d'un soutien public très fort. Il y a même des villes qui ont été engagées pour lui, à Douarnenez, en Bretagne, qui est sa ville de cœur. Il y a eu beaucoup d'actions publiques et qui étaient importantes parce que, nous le savions, les talibans écoutaient les messages venus de Paris et martelaient le message par des actions publiques. Murtaza Beboudi est un journaliste.
C'était très utile pour d'autres types de démarches, elles plus discrètes. Reporters sans frontières a à la fois déposé des recours auprès des rapporteurs internationaux de l'ONU, a mandaté des avocats sur place et a discuté sur une base quasi hebdomadaire avec différentes personnes au sein du régime des talibans.
Voilà, donc aujourd'hui, il est libre, il va revenir en France dans quelques jours. Il a déjà fait pas mal d'allers-retours entre ces deux pays, puisque maintenant il est français, naturalisé français, depuis trois ans. Et ce qui est dingue, c'est qu'à chaque fois, il y retourne en Afghanistan. Il y est retourné plusieurs fois, alors qu'il a été menacé plusieurs fois dans son pays.
Ah, c'est une histoire tragique et belle, en même temps que celle de Murtaza Beboudi. Il avait deux ans lorsque les talibans ont pris le pouvoir pour la première fois. Ses parents étaient partis en exil en Iran. C'est en documentant les manifestations et ce qui se passe au moment de l'élection du président iranien Ahmadinejad qu'est née sa vocation de journaliste. Il est reparti en Afghanistan, il a utilisé son appareil photo, est devenu photo-reporter, est parti en exil à 15 ans en France. Et là, a beaucoup séduit, mais par ses qualités professionnelles, l'ensemble des rédactions dans lesquelles il a travaillé.
C'était très impressionnant de voir à quel point il fait l'objet d'une estime, d'une admiration dans la profession en France.
D'ailleurs, il a été récompensé de plusieurs prix, prix Varennes, prix Bayeux des correspondants de guerre. Dernière question, très rapidement, Christophe Deloire, il y a combien de journalistes encore détenus aujourd'hui en Afghanistan ?
Il y a cinq journalistes aujourd'hui en détention en Afghanistan. Trois journalistes ont été tués dans le pays depuis le début de l'année. Le pays est 156ème sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse.
Merci Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières.