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interviewLe Média — Podcasts· 15 septembre 2022 33 min

Guerre, inflation... Pourquoi Macron fait peur aux Français

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous. Je suis très contente de vous retrouver en compagnie de mes camarades Théophile Coameau et Thomas Dietrich. Ensemble, ils commenteront l'actualité politique de la semaine passée et, une fois n'est pas coutume, celle de la semaine à venir. En effet, on parlera de la visite d'Emmanuel Macron en Algérie du 25 au 27 août prochain. Le président de la République sera reçu par son homologue Abdel-Majid Tebboune. Après plusieurs mois de crise, ce déplacement doit contribuer, entre autres, à approfondir la relation bilatérale.

Une autre visite très remarquée du chef de l'État, celle qu'il a effectuée à Bormes-les-Mimosas, le 17 août dernier, à l'occasion du 78e anniversaire de la libération du village Varroa, Emmanuel Macron s'est montré soucieux face aux menaces de la guerre et du dérèglement climatique. Un épisode colanteste tourné dans la prison de Fresnes fait polémique et provoque la colère du ministre de la Justice. Éric Dupond-Moretti exige une enquête après la tenue des preuves inspirées du célèbre jeu télévisé au sein de l'établissement pénitentiaire. Des images jugées choquantes selon le garde des Sceaux. On est tous choqués ici, autour de ce plateau.

On discute de tous ces sujets croustillants pendant des dizaines de minutes. Place à l'épisode 10 du fond de l'info qui voit le jour grâce à votre soutien. On compte sur vous. On peut dire que ça a été un peu la rentrée médiatique d'Emmanuel Macron, le chef de l'État, à profiter de la commémoration de la libération de Borme-les-Mimosas qui a eu lieu le 17 août 1944 pour appeler les Français au sens des sacrifices de manière assez mystérieuse. D'ailleurs, on regarde un extrait de son allocution déjà très commentée.

1:38
Invité

Aujourd'hui, au milieu des périls de notre temps et cette guerre qui tonne à nos portes malgré les flammes et les périls, souvenons-nous. Souvenons-nous des combattants de l'été 44, des leçons de courage qu'ils nous ont léguées, de la soif de liberté et de l'esprit de fraternité qui les animait, de la concorde qu'ils ont fait prévaloir sur toutes les différences d'origine, de religion, de couleur de peau ou de classe sociale. Pas simplement pour le souvenir, mais pour l'exemple, pour raviver cette flamme et retrouver le sens profond de ces combats.

Il n'y aurait pas eu une victoire alliée sans l'alliance sacrée des volontés au sein des peuples de la liberté, soldats et civils, femmes et hommes, français et étrangers, résistants de la première heure comme simples habitants qui cachèrent un soldat le temps que l'ennemi passe son chemin, tous ceux qui se sont battus pour l'indépendance de notre pays et notre liberté. Alliance sacrée, c'est bien cela.

2:54
Présentateur

La guerre est à nos portes, accepter de payer le prix de notre liberté, Emmanuel Macron est à la fois très alarmiste et très vague et ça peut inquiéter.

3:05
Emmanuel Macron

Oui, parce qu'Emmanuel Macron, soit il en dit trop, soit il n'en dit pas assez. Déjà, il y a une ambiguïté, est-ce que nous allons au-devant d'un problème de nature militaire ? Est-ce que la France sera obligée ou bien faire le choix d'entrer en guerre dans le cadre des affrontements qui ont lieu aujourd'hui ? Ou alors il évoque uniquement la situation économique avec les privations qui pourraient arriver, notamment en raison de la géopolitique du gaz à laquelle la Russie de Vladimir Poutine soumet à peu près toute l'Europe. Donc c'est flou, on ne sait pas.

Il crée une ambiance volontairement dramatique au moment où en interne en France, il y a des problèmes comme la question du pouvoir d'achat, la question de l'inflation qui inquiètent et il rajoute de l'inquiétude à l'inquiétude. Et finalement, il dessaisit dans le même temps les Français de leur souveraineté parce que, de toute façon, que ce soit sur le terrain militaire que nous devions aller ou que ce soit juste sur le terrain d'un certain nombre de choix politiques qui nous amènent à certaines privations, normalement c'est le peuple qui est souverain. Donc il faut lui expliquer assez bien les enjeux pour qu'il puisse en décider.

Il faudrait, dans ce genre de circonstances, peut-être même demander une session extraordinaire de l'Assemblée nationale pour qu'on en parle et qu'on aille dans les détails. Et là, non, en fait, c'est comme une sorte de teasing de la peur. Je trouve ça assez ambigu et très inquiétant. Et alors, est-ce que l'avenir éclaircira ce type de propos ? J'espère.

4:43
Présentateur

Thomas, tu l'as trouvé très inquiétant, très alarmiste, le président de la République ?

4:46
Invité

Je ne sais pas si c'est inquiétant, mais en tout cas, on est quand même dans une situation dramatique en France. On est à 6,1% d'inflation, une inflation qui ne va que faire que s'accélérer jusqu'à la fin de l'année. Il y a des gens qui n'arrivent plus à se nourrir, il y a des gens qui n'arrivent plus à vivre. Et puis, de toute façon, c'est une situation qui est commune à toute l'Europe. Et puis, vous avez Emmanuel Macron qui vient, au milieu de tout ça, vous faire un beau discours rempli de plein de mots savants qu'on a l'impression d'avoir mis bout à bout. Il joue un peu le Malraux de Wish, le De Gaulle de foire Kermesse.

Et il va faire de grands discours, grandiloquents, pour vous dire qu'on est en guerre. C'est son rôle préféré, puisqu'il l'a fait. On se souvient qu'à l'époque de la Covid, de l'éruption, de l'épidémie, il avait déjà dit que la France était en guerre. Il a fait toute une mise en scène à la Netflix, quand il y a eu le déclenchement du conflit en Ukraine. Mais ça ne règle absolument rien aux problèmes de fonds des Français, qui continuent à être confrontés à des questions de pouvoir d'achat qui sont absolument dramatiques. La Macronie, avec le RN, ont voté contre l'augmentation du SMIC à 1 500 euros. Gérald Darmanin préfère occuper le terrain médiatique avec des polémiques sur la sécurité.

C'est un peu la jurisprudence, je ne sais pas si vous l'avez à l'époque papivoise, qui, juste avant l'élection présidentielle de 2002, c'était un vieux monsieur qui s'était fait agresser à Orléans. Et ça avait polarisé toute la fin de la campagne, et peut-être permis au fait que Jean-Marie Le Pen passe au second tour de l'élection présidentielle. Et on est en train de rééditer cette jurisprudence avec un Gérald Darmanin qui occupe le terrain avec des polémiques sécuritaires stériles, qui s'est encore rendu à Mayotte, dans le département le plus pauvre de France, là où il y a 77% des Mahorais qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Et la seule chose qu'ils trouvent à répondre au drame que vivent les Mahorais, au drame économique, au drame migratoire, c'est de leur dire qu'on va créer un centre d'enfermement pour les mineurs, pour les rééduquer. Alors la dernière personne qui a parlé de rééducation, c'était l'ambassadeur de Chine en France à propos des Taïwanais. Et au fond, c'est-à-dire que ces polémiques sécuritaires permettent de masquer le vide absolu, intersidéral, de la politique d'Emmanuel Macron pour résoudre les vrais problèmes des Français, qui sont le pouvoir d'achat et d'inflation.

6:55
Présentateur

D'ailleurs, Emmanuel Macron s'est exprimé le 19 août, et dans un entretien publié le dimanche 22 août, le ministre de l'Économie, Bruno Lomère, disait que nous sommes au pic de l'inflation et que l'objectif du gouvernement était de soulager les porte-monnaies des Français. Les deux déclarations semblent sinon coordonner, du moins liées, à quelques jours de la rentrée scolaire.

7:16
Emmanuel Macron

Alors certains plaisantins ont expliqué que le mot « soulager » voulait dire, dans le fond, s'utiliser, qu'il était possible que le vrai désir de Bruno Lomère soit d'arracher un peu de ce qui reste du portefeuille des Français.

Mais plus sérieusement, il ne faudrait justement pas que l'écran de fumée macronien soit une manière de fermer la bouche de ceux qui se rendent bien compte à cette période de rentrée scolaire, alors qu'il faut acheter les fournitures des enfants, alors qu'il faut, pendant la période de l'été, peut-être faire un peu plus à manger, puisque pour ceux qui ont leurs enfants à la cantine, il ne faudrait pas vouloir leur fermer la bouche en leur expliquant que « Oh, vos petits problèmes d'intendance passent derrière la grande affaire qui est la guerre » et que, voilà, « Fermez vos bouches ».

C'est vraiment ce que moi j'ai entendu, parce que quelque part, effectivement, quand il est question de guerre et de paix, de liberté et d'esclavage, les questions du prix de la baguette deviennent secondaires. Et je pense, effectivement, qu'il y a une sorte de causalité, il y a une sorte de lien entre les deux propos. Et surtout, il ne faudrait pas que, quelque part, l'opinion publique revienne à la question des super-profits que cet exécutif lui-même a refusé de taxer juste il y a quelques semaines sur un certain nombre de mesures qu'ils ont refusé de prendre, notamment le blocage des prix.

En réalité, toute leur loi pouvoir d'achat est incapable de faire face au tsunami d'augmentation des prix qui nous saisit. Et là, du coup, on utilise des grands mots dans l'impression de refaire la guerre de 1940. C'est comme si, en fait, ceux qui se plaignent trop de l'augmentation des prix, ce sont des municois. En plus, il y a vraiment la grosse incertitude de combien coûtera l'électricité et le gaz en hiver et qui va financer. C'est-à-dire, on imagine qu'il n'y aura pas une répercussion directe de toutes les fluctuations des prix sur nos factures. Alors, est-ce que ces fluctuations, on les paiera sur les factures pendant 3-4 ans qui seront plus élevées que le rapport strict au marché ?

Est-ce que, finalement, c'est la fiscalité qui prendra ça en charge ? Donc, l'ensemble des Français, y compris ceux qui, soi-disant, ne payent pas d'impôts, mais qui payent beaucoup de TVA. Toutes ces questions sont évacuées par ce type de communication. Et ce que je remarque, c'est que les médias mainstream suivent, en général, le doigt sur la couture du pantalon. Dès lors qu'on parle de guerre, de paix, ou de relations internationales, ils suivent l'exécutif. Ils ne discutent plus les choix d'Emmanuel Macron dans le Sahel, par exemple. Le fait que la France quitte le Mali en laissant une situation pire que celle qu'elle a trouvée. Nos choix sur le conflit en Ukraine.

Tout ça, en général, il y a très peu de critiques dans les médias mainstream. Et finalement, transformer la problématique économique en problématique militaire et géopolitique, c'est tout bénef. Parce que, du coup, le journalisme en uniforme suivra.

10:43
Présentateur

On peut imaginer que le style mélodramatique sera celui de la com' gouvernementale dans la période d'incertitude que nous vivrons encore pendant un certain temps. Thomas ?

10:53
Invité

Je trouve qu'il y a quand même un paradoxe qui est assez savouré et inquiétant. C'est qu'Emmanuel Macron est parti à Borne-les-Mimosas célébrer l'anniversaire du débarquement de Provence. Il faut quand même se souvenir que ce débarquement de Provence, qui a eu lieu le 15 août 1944, les soldats qui ont débarqué sur les plages de Provence et qui sont venus libérer la France étaient majoritairement des gens venus d'Afrique, qui se sont battus pour la France, pour la métropole à l'époque et qui ont été bien mal récompensés.

Et je trouve quand même assez osé, on va dire, pour ce gouvernement de se saisir de ce symbole qu'est le débarquement de Provence, alors qu'en fait, ça fait des mois et des mois qu'il ne parle que d'expulser les étrangers, qu'il accorde beaucoup moins de visas aux ressortissants algériens et marocains, on en parlera après, qu'il a une politique très dure vis-à-vis des migrants. Donc déjà, je trouve que le symbole est un peu difficile.

Et le ton mélodramatique, il a aussi un but, qui est de préparer les Français aux sacrifices qui vont venir et qui vont être demandés, déjà par les réformes qui vont être imposées, réformes de l'assurance chômage, la réforme des retraites, qui vont être très douloureuses et qui vont mettre encore plus la tête sous l'eau à des Français qui déjà sont asphyxiés. Et puis, Théophile l'a évoqué tout à l'heure, c'est-à-dire qu'il y a la question du prix de l'électricité et du gaz.

Pour l'instant, il y a un bouclier tarifaire qui a été mis en place et qui a été mis en place principalement dans le cadre de l'élection présidentielle, puisque évidemment, Emmanuel Macron, pour assurer sa réélection, ne voulait pas d'un gaz ou d'une électricité qui aurait augmenté de plus de 300 ou 400 %. Mais connaissant la politique libérale du gouvernement, c'est quelque chose qui ne va pas durer ad vitam aeternam. C'est-à-dire qu'à un moment, on va lever au moins partiellement ce bouclier tarifaire et il y a des milliers de Français qui ne vont plus pouvoir se chauffer, qui ne vont plus pouvoir s'éclairer.

Et donc, on rejoue le discours aux accents mélodramatiques, avait l'impression d'écouter Malraux au moment du transfert des centres de Jean Moulin en Panthéon, alors qu'en fait, on est juste en train de faire de la politique et de préparer les Français aux mesures d'austérité qui vont être terribles.

13:01
Emmanuel Macron

Eh bien, on va nous présenter le fait de prendre une douche froide comme un acte de résistance contre l'invasion poutinienne. Malgré le sang venir gros comme une maison. Alors bon, effectivement, la situation internationale, elle est complexe. La France ne peut pas la changer juste avec ses petits bras. Mais il y a des conditions internes qui devraient primer. C'est-à-dire que si on demande des sacrifices aux Français, on doit d'abord demander ces sacrifices aux plus riches des Français, aux grandes entreprises.

D'ailleurs, quand on regarde même l'histoire de la fiscalité, on se rend compte qu'un certain nombre de réformes ont été prises dans le cadre, justement, du partage de l'effort, soit de guerre, soit de sortie de guerre, si je ne me trompe pas.

13:47
Invité

Oui, par exemple, il y avait effectivement l'impôt sur le revenu qui a été instauré en 1913. C'était un président du conseil qui s'appelait Joseph Caillot. Et c'était, voilà, ça faisait davantage payer les plus riches en fonction de leurs revenus. Et ça a été fait jusqu'à l'aube de la Première Guerre mondiale, quand on sentait que le conflit avec l'Allemagne allait arriver et qu'il allait avoir besoin d'une mobilisation générale et d'une mobilisation des ressources. Donc, effectivement, ça s'est fait dans un contexte de guerre, de mobilisation patriotique.

14:15
Présentateur

Messieurs, je vous propose de quitter la France et d'aller en Algérie. De jeudi à samedi prochain, Emmanuel Macron asséjournera en Algérie dans le cas d'une visite officielle à l'invitation de son homologue Abdelmajid Tebboune. Dont l'objectif est de relancer les relations bilatérales. Alors, dans la presse, on entend beaucoup parler des questions mémorielles, de la question des visas. Mais peut-être un peu moins des enjeux énergétiques et des affaires de la France-Algérie.

14:41
Invité

Alors, cette visite d'Emmanuel Macron, elle est très attendue en Algérie. Parce que déjà, c'est la première qui intervient depuis 2017. On se souvient qu'Emmanuel Macron était parti en tant que président en décembre 2017 en Algérie. Mais il était aussi venu pendant la campagne présidentielle de 2017. Et il avait prononcé cette phrase qui avait été saluée d'ailleurs par beaucoup de monde. Qui était que la colonisation, notamment en Algérie, était un crime contre l'humanité. D'ailleurs, une déclaration qui n'avait pas été vraiment suivie des faits. Puisqu'il n'y avait pas eu d'excuses officielles pour la présence française en Algérie.

Et notamment les atrocités qui avaient été commises pendant la guerre d'Algérie.

15:14
Présentateur

Et ça, c'est quand il était candidat ?

15:16
Invité

Quand il était candidat.

15:16
Présentateur

D'accord. Mais quand il est devenu président, qu'est-ce qu'il a dit ?

15:19
Invité

Il a renié. Il a dit que finalement, l'Algérie n'existait pas avant la colonisation française.

15:25
Emmanuel Macron

C'est la France qui a fabriqué l'Algérie.

15:27
Invité

Voilà. Et que le pouvoir algérien vivait sur une rente mémorielle dont il devait se débarrasser. Et finalement, il n'y a eu aucune excuse pour ce qui s'est passé pendant cette terrible guerre d'Algérie. qui a fait au moins 250 000 morts parmi les civils algériens. Donc effectivement, il y a cette question de la mémoire qui est importante, qui n'est toujours pas tranchée. Aucun président français sous la Ve République n'a réussi à trancher, n'a réussi à faire finalement ce qu'a fait Jacques Chirac avec le Veldiv. C'est-à-dire reconnaître la responsabilité de l'État français dans les atrocités, dans les crimes qui ont été commis.

Mais au-delà de ça, il y a plein de questions qui se posent entre la France et l'Algérie. Notamment la question de la réduction des visas, puisque la France, pour punir l'Algérie du fait que l'Algérie ne réadmet pas systématiquement ses ressortissants en situation irrégulière en France, a réduit drastiquement le nombre de visas. L'Algérie avait répondu en interdisant le survol des avions français, le survol du territoire algérien par les avions français, ce qui avait quand même beaucoup embêté l'armée française, qui fait passer des avions pour aller combattre et être positionné au Sahel dans le cadre de l'opération antiterroriste Barkhane.

Et puis, évidemment, la question du gaz, puisque l'Algérie est très riche en gaz. L'Europe a plus que jamais besoin du gaz avec ce qui se passe entre l'Ukraine et la Russie. Il y a la question de prolonger le gazoduc, de faire un gazoduc qui irait jusqu'en Espagne et qui irait jusqu'en France. La France n'a jamais été très ouverte à ça. Est-ce que la situation géopolitique et le fait que les vannes soient régulièrement coupées pour le gaz qui vient de la Russie va contraindre la France à se rapprocher de l'Algérie sur cette question ? En tout cas, c'est autant de questions qui vont être mises sur la table.

Et puis, il y a quand même une ombre qui pèse, autre que la question de la colonisation et de la guerre d'Algérie, qui pèse sur cette visite d'Emmanuel Macron en Algérie. C'est quand même la question du financement de sa campagne en 2017. C'est-à-dire qu'il y a eu un certain nombre d'enquêtes journalistiques qui ont été faites en disant qu'Emmanuel Macron s'est rendu en Algérie pendant sa campagne, au moment où il a fait cette fameuse déclaration en disant que la colonisation est un crime contre l'humanité. Et on a suspecté des oligarques algériens d'avoir financé la campagne d'Emmanuel Macron.

Puisque le problème d'Emmanuel Macron, pendant qu'il était en campagne, c'est que les banques françaises ne voulaient pas lui prêter de l'argent parce qu'il n'était pas le favori de l'élection présidentielle. François Fillon était le successeur désigné de François Hollande. Emmanuel Macron pouvait très bien s'effondrer dans le sondage et finir à moins de 5%. Donc les banques françaises étaient très frilieuses à lui prêter de l'argent. Alors Emmanuel Macron a sans doute ou a peut-être fait ce que tous les candidats, la quasi-totalité des candidats ont fait dans le cadre d'une élection présidentielle en France.

18:05
Emmanuel Macron

Des gros candidats soutenus par le système.

18:07
Invité

C'est d'aller prendre de l'argent liquide, des belles mallettes de cash dans des pays étrangers où en général les peuples sont très pauvres et les dirigeants sont très riches. Ce qui aurait expliqué finalement cette déclaration très osée de la part d'un candidat, c'est-à-dire sur la colonisation comme crime de contrôle humaineté, qui avait même été critiqué à l'époque par Jean-Luc Mélenchon, qui est quand même un candidat plus progressiste. Et ça, il n'y a jamais eu d'enquête, la justice. Alors qu'il y a quand même beaucoup d'argent liquide qui a circulé au début de sa campagne. Benalla est allé plusieurs fois en Algérie. Emmanuel Macron a rencontré des oligarques comme Ali Haddad.

Il y a des témoins qui parlent de mallettes d'argent qui ont circulé, de cotisations entre les grands chefs d'entreprise algériens. Il y a un homme clé qui était très proche de Nicolas Sarkozy, qui s'appelle Alexandre Jury, qui a été mêlé dans ce possible financement occulte. Donc est-ce que finalement cette visite d'Emmanuel Macron aurait aussi pour objectif caché de mettre la poussière sur le tapis, de faire en sorte que plus jamais on ne parle de cette affaire de financement ? C'est possible.

En tout cas, Emmanuel Macron n'a jamais eu ou quasiment jamais eu un mot pour les dizaines de milliers de personnes qui ont été arrêtées, emprisonnées dans le cadre du Irak, dans le cadre des manifestations qui se sont tenues en Algérie depuis 2019. Tu pourras en parler mieux que moi. La France n'a jamais condamné les violations des droits de l'homme et la répression qui a été à l'œuvre en Algérie. Est-ce que c'est lié à cette affaire de financement occulte ? Peut-être que la justice le dira dans quelques années, comme pour la Libye et Sarkozy.

19:43
Présentateur

Thomas, tu as parlé de la campagne de 2017. On aurait pu aussi parler de celle de 2022. On se souvient que la grande mosquée de Paris, qui est rattachée à l'Algérie, a organisé un repas de rupture du jeûne pour soutenir l'élection du chef de l'État.

19:57
Emmanuel Macron

Attention, c'était un iftar républicain.

19:58
Présentateur

Bien sûr, républicain et laïc. Théophile, est-ce qu'une visite en Algérie d'un président français n'est pas forcément une affaire de politique intérieure ? Tant le rapport à ce pays et à son indépendance a structuré la Vème République depuis sa naissance ?

20:14
Emmanuel Macron

Parce qu'Emmanuel Macron, effectivement, quand il voulait donner des gages à l'extrême droite, il a dit que le pouvoir algérien vivait d'une rente mémorielle après avoir lui-même utilisé la fameuse rente mémorielle quand il voulait se faire élire quelques années plus tôt. Mais ce qu'il oublie de dire, c'est qu'en France aussi... Parce qu'effectivement, on peut dire que le pouvoir algérien, FLN plus armé, qui historiquement tire sa légitimité de ces années-là, veut en profiter, notamment vu qu'il est mis en cause par une rue qui demande la démocratie, le partage des richesses, etc. Donc oui, on peut parler de rente mémorielle. Ce n'est pas l'Algérie qui vit d'une rente mémorielle.

Ce sont un certain nombre d'oligarques algériens très liés à des oligarques français qui prospèrent là-dessus. Parce que le citoyen algérien ordinaire, ce qui l'intéresse, ce n'est pas d'accuser la France le matin, le midi et le soir, c'est juste de manger, d'être soigné et puis d'espérer en des lendemains meilleurs. En revanche, en France aussi, il y a une rente mémorielle sur l'Algérie, parce que finalement, quelque part, la Ve République naît, avec la fin, la liquidation du contentieux algérien par De Gaulle qui a mécontenté un certain nombre de personnes, notamment tous les pieds noirs qui aujourd'hui structurent une partie du vote du Rassemblement national.

Et ce Rassemblement national, qui est lui-même une sorte d'airbag de protection du bloc bourgeois contre la gauche et le progressisme, alors donc, effectivement, il est toujours question de donner des gaz à cette extrême droite pour finalement la légitimer elle-même et la rassurer et l'aider dans son travail qui consiste finalement à saper les bases de la structuration d'un bloc populaire en France.

Et oui, il y a aussi en France, d'ailleurs, si vous regardez les commentaires d'extrême droite, y compris sur les réseaux sociaux, ça y va, du dolorisme sur, oui, voilà, la génuflexion, l'autoflagellation, en fait, toute cette thématique de l'extrême droite qui s'impose dans les médias à large spectre. Et oui, aussi en France, les gens instrumentalisent ça, ils instrumentalisent la figure de l'algérien ou du franco-algérien comme une sorte d'altérité radicale contre laquelle il faudrait se protéger.

Et cette visite d'Emmanuel Macron en Algérie sera également l'occasion pour ces gens-là qui n'ont jamais fait leur deuil d'une sorte de cohabitation où ils dominaient outrageusement les personnes qui les avaient accueillies chez eux, ils n'ont jamais fait le deuil de cela. Et effectivement, c'est aussi quelque chose qui est entré dans la tradition politique française. C'est toujours facile d'accuser les autres de faire des fixettes sur le passé alors que nous, on en fait aussi ici et pour le pire, dans le cadre d'une sorte de politique de division nationale.

23:12
Présentateur

Oui, on l'a vu d'ailleurs, cette guerre d'Algérie qui se rejoue au sein même de l'Assemblée nationale. Et tu parlais de cette nostalgie de l'Algérie qui était, on le rappelle, le grenier de la France. Une visite qui va être très commentée ces prochains jours et peut-être qui va occulter enfin cette polémique à la fois stérile et éclairante de la semaine dernière. une polémique nourrie par le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, qui en quelque sorte a réagi à un bad buzz venu de Twitter au sujet d'un karting organisé à la prison de Fresnes en désavance en administration. Regardons un extrait vidéo de Huffington Post qui résume l'initiative.

23:49
Invité

La team jeûne est en tête. La team jeûne est en tête. La team jeûne est en tête. La team jeûne est en tête, les gars, c'est une gangrie. La team jeûne, c'est une gangrie. Pour cet épisode, nous sommes à l'intérieur de la prison de Fresnes. Et les équipes qui participent aux épreuves sont celles des surveillants de prison, celles des personnes détenues et la team Colantes. Vous êtes prêts, les gars ?

24:35
Locuteur

Oui, prêts.

24:36
Invité

Ils sont pour une bonne raison. Et la voie de la réinsertion passe par le travail en prison. Mais nous avons aussi un devoir de ne pas les mettre de côté et de ne surtout pas oublier qu'ils sont des humains comme vous et comme moi.

25:03
Présentateur

Suite à la diffusion des images de ce moment à Fresnes, Éric Dupond-Moretti a tweeté en ces termes après les images choquantes de la prison de Fresnes. J'ai immédiatement ordonné une enquête pour que toute la lumière soit faite. La lutte contre la récidive passe par la réinsertion, mais certainement pas par le karting. Et pourtant, cette initiative était connue de l'administration pénitentiaire et du cabinet du ministre.

25:27
Invité

Oui, elle est assez extraordinaire cette polémique. Et je pense qu'on est arrivé un peu au bout des polémiques stériles. C'est-à-dire qu'un événement qui est organisé avec le concours de l'administration pénitentiaire, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, si vous voulez organiser une simple exposition de photos dans un lycée, il faut mille autorisations. Alors vous imaginez bien que pour organiser un karting ou des épreuves de cordes à sauter au sein d'une prison comme Fresnes, je pense qu'il faut la validisation de toute l'administration pénitentiaire et effectivement du cabinet du ministre. Donc Dupond-Muradier s'insurge contre la décision qu'il a lui-même prise.

Bon, tout ça est tout à fait cohérent. Mais au-delà de ça, comme d'habitude, ça permet de ne pas parler du fond. C'est-à-dire qu'il y a une réalité, c'est que les populations, les prisons françaises sont surpeuplées. On a 117% d'occupation. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France en 2020 pour l'état indigne dans lequel se trouvent ces prisons. il y a effectivement des problèmes de réinsertion, de récidive. C'est-à-dire qu'il y a 31% des gens qui sont libérés, des prisonniers qui sont libérés, qui récidivent dans l'année qu'ils fuient leur libération.

26:28
Emmanuel Macron

Mais c'est parce qu'ils ont le droit de faire du karting en prison

26:30
Invité

qu'ils récidivent demain. Oui, ça doit être ça parce qu'ils ont le droit de se prendre pour...

26:33
Présentateur

Des condamnations multiples de la Cour européenne des droits de l'homme bien avant 2020.

26:37
Invité

Oui, bien sûr. Et en plus, la personne qui porte ces critiques, qui relaie finalement la polémique de l'extrême droite puisque cette polémique de karting est née quand même à l'extrême droite sur la fachosphère a été reprise à son compte par Éric Dupond-Moretti qui, faut-il le rappeler, est mise en examen pour prise illégale d'intérêt et corruption parce que ce charmant monsieur dans une autre vie était avocat, a défendu plein de clients, notamment des oligarques russes à Monaco et quand il est arrivé au ministère de la Justice, il a décidé de se venger des magistrats contre lesquels il avait eu maille à partir quand il était avocat.

Et donc il a diligenté des enquêtes administratives contre des magistrats qui avaient un peu trop embêté ses clients et notamment le fameux oligarque Dimitri Ribioblev qui est le président du club de foot de Monaco et qui est un oligarque connu quand même pour son argent pas très propre.

Et donc moi je trouve quand même assez scandaleux et fort de café qu'on maintienne en poste un ministre de la Justice qui est quand même mis en examen pour une affaire de corruption et de prise d'égal intérêt et qui se permet de juger des délinquants qui vivent dans des conditions très dures qui ont passé l'été alors quoi qu'ils aient commis quoi qu'ils aient commis ça reste des êtres humains qui ont vécu sous la canicule à trois dans neuf mètres carrés dans des conditions d'insalibrité d'inconfort patente indigne de ce que devrait être une prison dans le soi-disant pays des droits de l'homme et on attendrait qu'Éric Dupond-Moretti soit aussi sévère avec par exemple un Patrick Balkany qui lui a bénéficié d'une remise de peine et d'une libération conditionnelle alors qu'il avait été condamné quand même à une peine très lourde pour fraude fiscale il avait violé à de multiples reprises le port de son bracelet électronique en fait c'est toujours la question du deux poids deux mesures c'est-à-dire fort avec les faibles ou faibles avec les forts que vous soyez puissant ou misérable les jugements de la Cour vous rendront noir ou blanc c'était ce que disait La Fontaine et c'est vraiment vrai donc Éric Dupond-Moretti oublie d'être dur avec Balkany avec Nicolas Sarkozy qui passe tranquillement les T.O.

en Crète et condamne des prisonniers parce qu'ils ont eu le malheur de jouer aux cartes à une activité organisée par la prison finalement et qui a été validée par le cabinet du ministre donc évidemment on arrive au bout de ces polémiques stériles d'été qui masquent le vide intersidéral de la politique du gouvernement et notamment en matière carcérale

29:02
Emmanuel Macron

je pense que toute cette polémique un peu stupide doit nous poser à nous poser nous pousser à nous poser les questions de fond à quoi sert la prison c'est un mystère est-ce que la prison ça sert à dissuader ceux qui sont d'y revenir jamais ou alors ceux qui pourraient y aller de faire ce qui pourrait les amener en prison est-ce que la prison ça sert c'est un temps de méditation sur ce qu'on a fait de mal à la société et un temps de réinsertion aussi dans la société est-ce que la prison c'est juste une sorte d'instrument de coercition qui permet de faire de réguler la société capitaliste qui est traversée par des inégalités et qui est criminogène en elle-même en ce qu'elle surévalue elle surévalue dans toutes les formes culturelles qu'elle promeut l'argent et l'argent facile on ne sait pas à quoi ça sert et c'est pour cela que finalement on est toujours embêté parce qu'effectivement si vous isolez toute la réalité carcérale et que vous ne prenez que cette vidéo que ce moment-là les personnes qui sont en liberté qui vivent durement difficilement et qui n'ont pas l'occasion de faire du karting ou même d'aller à la piscine municipale peuvent se dire ah là là mais quand même vous voyez c'est humain de se dire ça mais parce qu'on a isolé un moment et parce que finalement on a réussi à transformer un débat de fond en une sorte de petite mini-polémique ridicule et insignifiante et détachée de tous les autres de tous les éléments qui devraient l'accompagner à quoi ça sert la prison et pourquoi ce sont toujours les mêmes qui sont en prison parce que effectivement Gérald Darmanin suivi par l'extrême droite n'a pas arrêté pendant cet été de dire qu'il y a une majorité d'étrangers en prison pourquoi ?

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Présentateur

ce que Zemmour disait qui choquait à l'époque

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Emmanuel Macron

pourquoi ? parce qu'on a une justice qui est beaucoup plus durée que les étrangers sont des délinquants est-ce que ça veut dire que quand vous avez commis un délit ou un crime et que vous avez de la famille un avocat des ressources sociales un boulot aussi parce que ça compte dans le fait d'éviter une peine carcérale quand vous avez un travail et une insertion sociale le juge vous remet souvent en liberté en liberté peut-être en prison avec sursis qu'est-ce que ça veut dire ? on peut effectivement considérer que de toute façon oui les étrangers sont des délinquants et c'est pour ça qu'ils sont en prison on peut le faire

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Présentateur

dire que les juges sont beaucoup moins cléments avec certaines populations plutôt que d'autres

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Emmanuel Macron

et on peut aussi se dire que le système carcéral est une sorte de miroir de notre société et ce que Dupont-Mouretti

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Présentateur

disait avant lorsqu'il était avocat de ces délinquants

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Invité

et tout à fait et Dupont il y a plein de grands philosophes qui ont écrit sur l'enformement Beccaria Foucault Dostoyevsky qui avait été au bagne avait écrit des pages sublimes sur la justice et l'injustice est-ce que la prison pouvait détruire un homme mais le gouvernement et notamment Éric Dupont-Mouretti préfère lire visiblement le programme du Front National et le faire leur finalement puisqu'ils reprennent petit à petit à leur compte toutes les thèses du Front National ce qui montre bien ce qui montre bien qu'il y a une sorte d'entrisme à l'époque on parlait de l'entrisme des trotskistes ou partis socialistes mais là il y a un vrai intrisme idéologique des idées d'extrême droite dans la Macronie et c'est vraiment quelque chose qui est frappant depuis le début de ce quinquennat on a élu Emmanuel Macron sur l'illusion d'un barrage contre Marine Le Pen et au-delà de ça on a l'impression que la Macronie ouvre une autoroute aux idées d'extrême droite et au racisme le plus trash

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Présentateur

Thomas Théophile merci merci à vous également de nous suivre d'être toujours aussi nombreuses et nombreux on compte sur votre soutien vous pouvez donner vous pouvez partager tous les contenus d'ailleurs du média et on se donne rendez-vous très vite la semaine prochaine pour un nouvel épisode du fond de l'info à très bientôt