François-Xavier Bellamy, invité de RTL
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Vous êtes sur RTL. 7h45, excellente journée à vous tous qui écoutez RTL. Elisabeth Martichoux, vous recevez donc ce matin François-Xavier Bellamy, tête de liste du mouvement Les Républicains aux élections européennes. Merci beaucoup d'être ce matin sur RTL. Bonjour François-Xavier Bellamy, 33 ans, philosophe. Vous êtes lancé dans cette élection où il est à peu près écrit, M. Bellamy, que ça se jouera entre le parti En Marche pro-européen et le RN anti-européen. Pardon, mais qu'est-ce qui vous reste ? Pourquoi voter pour vous le 26 mai ?
Parce que je crois à la démocratie et qu'en démocratie, d'abord, rien n'est écrit. Qu'en démocratie, ensuite, il faut proposer un vrai choix aux Français. Or, aujourd'hui, le choix n'est pas entre le fait d'être pour ou contre l'Europe. Le vrai choix, c'est la question de savoir quelle Europe nous voulons construire. Moi, je ne me résous pas à ce qu'il n'y ait pas d'alternative. L'Europe que propose Emmanuel Macron, ça n'est pas l'Europe que je veux, ça n'est pas l'Europe que nous voulons.
Une Europe qui consisterait dans une forme de fuite en avant fédéraliste, celle qui transférerait la souveraineté de notre pays vers l'Union européenne, ce n'est pas l'Europe qui, au contraire, constitue l'occasion d'une alliance qui se met au service efficacement de nos démocraties et des peuples européens.
On va développer ça, vous nous direz concrètement par quoi ça passe. Mais permettez-moi de rappeler que, par exemple, hier, dans l'Opinion, Laurent Wauquiez, votre chef, disait à propos de la crise des Gilets jaunes. Au RN, ils étaient cet hiver à 100% pour les Gilets jaunes. À La République En Marche, ils étaient à 100% contre. Notre électorat, disait-il, était partagé, c'était la situation du pire. On a envie de lui dire, bien vu Laurent Wauquiez. Mais pour l'Europe, François-Xavier Bellamy, vous pourriez dire pareil. Au RN, il déteste l'Europe, à 100%. À La République En Marche, il l'aime. Et vous, vous êtes partagé dans la situation du pire.
Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas évident dans le monde dans lequel on vit de faire exister un peu de complexité. Je l'ai vu encore récemment. On cherche à nous enfermer dans des cases. Et il faudrait être soit, effectivement, pro ou anti-européen. Mais ça ne permet pas de répondre aux questions telles qu'elles se posent aujourd'hui.
Ce n'est pas sombré dans le simplisme que de dire que votre électorat pro-européen a rejoint les rangs macronistes. Et que la droite souverainiste a rejoint ou est tentée de rejoindre les rangs RN ou Dupont-Aignan.
Je pense que nous sommes du côté de la majorité des Français qui disent dans les sondages qu'ils tiennent à l'Europe, mais qu'ils veulent qu'on change la manière dont elle se construit. Et nous sommes là exactement pour porter ce message-là. Nous ne voulons pas persévérer dans le déni de cet éloignement que l'Europe incarne aujourd'hui et qui fait la défiance qui, malheureusement, nourrit aujourd'hui le rang des eurosceptiques. Nous voulons, au contraire, encore une fois, transformer la manière dont l'Europe se construit pour la rendre plus efficace. On peut parler de sujets concrets.
Alors justement, quel est le dysfonctionnement, vous, pour vous, quel est le dysfonctionnement majeur de l'Europe ? Par exemple, France Insoumise, c'est les traités. Le Rassemblement National, c'est l'immigration. Qu'est-ce que vous changeriez en premier ?
Ce qu'il faut changer en premier, c'est la manière dont notre droit européen définit la place de l'Europe dans la mondialisation. Prenons un exemple très concret. On l'a vu avec le dossier de la fusion Alstom-Symens. Aujourd'hui, on voit que notre droit européen, il est écrit, nos manières de décider, nos manières de travailler ensemble, ils ont été conçus dans un moment où la concurrence était essentiellement occidentale et dans lequel on pouvait croire que toutes les barrières allaient s'abaisser. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Le monde a changé. Il faudrait être naïf pour ne pas le voir.
Le monde a changé et il faut donc que nous révisions en profondeur notre manière de penser l'avenir. Je pense à la question écologique, par exemple, qui recoupe la question industrielle et la question sociale. Nous ne pouvons plus concevoir le monde de demain comme un monde dans lequel on va produire en Chine et dans lequel on fera en Europe simplement des services. Nous devons constituer l'Europe comme ce nouveau poumon d'équilibre dans la mondialisation. Ce serait vrai aussi sur la question migratoire.
On a besoin de plus d'Europe. On a besoin de plus d'Europe, c'est ce que vous le dites.
Mais justement, c'est là où ce n'est pas binaire. C'est-à-dire qu'on a besoin que l'Europe soit là où elle est nécessaire et on a besoin parfois qu'elle se retire de là où elle ne l'est pas. Une Europe qui vient déterminer des normes sur la taille des étiquettes de soutien-gorge ou la taille des concombres, c'est une Europe qui ne nous aide pas à trouver notre place dans la mondialisation.
En revanche, on a besoin effectivement d'une Europe qui soit plus efficace, par exemple dans la coopération entre les États sur la question migratoire pour défendre les frontières extérieures de l'Europe et qui ne nous empêche pas pour autant de garder notre souveraineté quant à la manière dont nous voulons penser nos politiques migratoires.
Donc, à la question, quel est le dysfonctionnement majeur ? Qu'est-ce que vous changeriez en premier ? Vous dites des textes de droit.
Non, je crois que c'est une vision qu'il faut changer. C'est une nouvelle vision qu'il faut apporter. C'est ce que je vais essayer de faire avec l'équipe qui m'accompagne, avec Agnès Séverin, avec Arnaud Dangean, avec tous ceux qui rejoindront cette liste. Nous voulons partager une vision nouvelle pour la place de l'Europe dans la mondialisation.
Vous êtes pour plus ou moins d'intégration, pour comprendre aussi les choses ?
Mais sur certains sujets, il faut évidemment aller plus loin. Je pense à la question migratoire. On voit bien qu'on n'a pas su se défendre ensemble et qu'on a fragilisé, du coup, à travers cette fragilité des frontières extérieures de l'Europe, on a fragilisé des peuples, je pense à l'Italie, je pense à la Grèce, qui aujourd'hui traversent des difficultés profondes. Il faut qu'on travaille ensemble sur ces questions.
Dans plus de solidarité sur la migration ? Bien sûr. Est-ce que c'est un lieu partagé ? La flux des réfugiés ? Vous êtes sur une ligne, finalement, française, saluignée aussi, et pas urbaine.
Il faut au contraire défendre de façon plus efficace les frontières extérieures de l'Europe. Une coopération plus efficace, en effet, par exemple, en Méditerranée, pour permettre de reconduire systématiquement les bateaux de passeurs vers leur port d'origine, plutôt que de subir ces flux migratoires qui entretiennent leur business et la traite des êtres humains. Effectivement, plus de solidarité sur ce point. Et puis, sur d'autres sujets, bien sûr, il faut que l'Europe se reconstruise pour pouvoir ne plus nous fragiliser. J'étais au Salon de l'Agriculture, vous l'avez dit, toute la journée de dimanche.
Beaucoup d'agriculteurs nous parlent de cette concurrence déloyale qui s'organise parfois à l'intérieur de l'Europe. Sur ces questions-là, nous avons besoin que l'Europe se reconstruise et qu'elle repense son action.
Donc, plus d'Europe. Vous voulez une PAC qui ne baisse pas. Les jeux ne sont pas faits, d'ailleurs. Les vraies négociations auront lieu après les européennes. Vous avez dit, François-Xavier Bellamy, c'est cité par une dépêche Reuters devant un groupe de journalistes. Entre Macron et Le Pen, si je devais choisir, je serais plus Macron. Sous-entendu, à tout prendre. Vous confirmez ?
Et c'est là où vous voyez le sens de la complexité. Il est difficile à faire exister. Je n'ai pas du tout reconnu mes propos dans cette dépêche. Ce que je veux dire, ce que nous voulons dire avec les Républicains, c'est qu'il y a une autre voie qui consiste ni dans le déni entretenu par Emmanuel Macron qui voudrait toujours plus de fédéralisme et donc un éloignement de la décision politique du citoyen, ce qui provoque la défiance que nous voyons aujourd'hui. Je ne me reconnais pas du tout, et je l'ai dit à ce groupe de journalistes, dans la vision de l'Europe que propose Emmanuel Macron.
Mais je ne crois pas, contrairement à Marine Le Pen ou à Nicolas Dupont-Aignan, qu'il y ait un avenir pour la France dans la déconstruction du projet européen. Et c'est cette voie nouvelle qui fait d'ailleurs la possibilité d'une alternative intelligente, sérieuse et crédible que nous voulons défendre. Pour ma part, je ne me suis jamais reconnu dans la vision européenne d'Emmanuel Macron. Je lui reconnais les mérites de développer un propos cohérent et clair sur le sujet.
Vous avez été tenté par le macronisme, quand il a émergé dans le débat dans les années 2016.
J'ai trouvé très stimulant le projet d'Emmanuel Macron qui nous oblige à réviser en profondeur le débat démocratique. Et je fais partie d'une génération qui ne se reconnaissait pas tout à fait dans l'alternative telle qu'elle était proposée. Mais je ne me suis jamais senti macroniste. Et tous mes choix, tous mes engagements le montrent. Parce qu'au fond, il y a dans cette vision d'une ouverture absolue, dans cette vision d'un monde de circulation, d'un monde de flux, il y a dans cette vision progressiste, au sens où Emmanuel Macron l'a définie, toute autre chose que le progrès que je veux pour mon pays.
Mais puisque vous parlez de vous, c'est important, vous dites je veux développer une complexité, mais c'est important aussi de savoir quelles convictions vous portez. Vous avez conscience d'incarner une droite conservatrice ?
J'ai dit à plusieurs reprises, j'ai même écrit un livre sur le sujet, que le conservatisme ne me paraissait pas une option politique valable dans un monde en crise. Prenez la question écologique. La préoccupation écologique qui m'habite profondément comme tant de jeunes, c'est une préoccupation conservatrice en un sens, parce que nous voulons préserver l'environnement qu'il faut transmettre. Mais on ne peut pas se contenter d'une forme d'immobilisme. Devant le défi écologique, nous devons être intelligents, inventifs, imaginatifs,
et il faudra beaucoup plus de progrès techniques encore pour pouvoir résoudre ce problème. La branche européenne, libérale, les centristes, jupéistes, raffarinistes, ils se portent sur Macron. Vous vous incarnez, et Laurent Wauquiez vous a choisi pour ça, vous incarnez une autre droite que celle-là.
Eh bien c'est vrai que j'incarne peut-être une Europe qui croit...
Qui est plus à droite, plus tradit comme on dit.
Une Europe qui croit que le plus important c'est non pas de transformer, mais de transmettre. Une Europe qui croit que le plus important c'est de nous défendre face à ce grand vent de la mondialisation qui pourrait tout emporter. Que chacun assume ses convictions, encore une fois, ne me pose aucun problème. La vision d'Emmanuel Macron n'est simplement pas la mienne. Que certains à droite s'y reconnaissent n'est pas du tout une difficulté. Je ne les jugerai pas pour cela. Ce que je demande simplement c'est qu'on nous laisse défendre la vision qui est la nôtre sans subir la caricature ou devoir se contenter d'un débat extrêmement simplifié qui ne correspond pas à la complexité des enjeux.
Mais c'est vrai que c'est important à ce stade de la campagne qu'on vous sache plus de quoi vous êtes constitué. Vous avez voté par exemple, nous, au référendum de 2005, quand votre famille, celle d'aujourd'hui, était majoritairement pure. Pour, pardon. Comme disait Bayrou au grand jury dimanche, vous êtes un peu décalé par rapport à une boussole décalée. Vous êtes contre l'IVG à titre personnel, mais vous ne voulez pas en parler. Là, vous êtes décalé. Vous êtes contre le mariage pour tous, mais vous estimez que maintenant, ce n'est plus à peine d'en parler. Vous êtes où, monsieur Bellamy ?
D'abord, on va parler d'Europe. C'est ça qui compte. Et ça fait maintenant quelques semaines qu'on me parle de ces sujets de société. J'assume les engagements que j'ai pris. Je n'ai jamais dit sur la question de l'IVG. Il ne s'agit en aucun cas de... Vous avez tout à fait raison. Il ne s'agit en aucun cas de remettre en cause la loi Veil. Il ne s'agissait pas en mode parler de la question de la prévention que j'estimais nécessaire. On a fait de moi une caricature incroyable. Et je crois que sur ces questions de convictions personnelles, justement, je m'étonne qu'elles aient été au cœur du débat.
Est-ce qu'on demande à Nathalie Loiseau, quand elle vient parler d'Europe, quelles sont ses convictions personnelles, qu'est-ce qui la pousse à défendre la gestation pour autrui ? On est dans un débat qui est différent. On va parler ici d'Europe et c'est ça qui compte le plus. Je ne crois pas être décalé par rapport à la droite, puisque c'était votre question, à la droite d'aujourd'hui. Je ne crois pas du tout être décalé. D'ailleurs, je le vois avec Arnaud Dangean, qui est parlementaire européen sortant, qui vient plutôt de la famille politique juppéiste, sur la vision que nous avons pour l'avenir de l'Europe. Il n'y a pas entre nous le moindre désaccord ni la moindre divergence.
Je ne crois pas être en dissonance avec la droite. Le référendum de 2005, parlons-en, c'est je crois sans doute le moment où nous avons vu l'Europe basculer dans la défiance. Et toutes les familles politiques traditionnelles, vous le savez, se sont divisées sur ce référendum. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est de se tourner vers l'avenir, pour reconstruire ensemble une Europe qui fasse la preuve de son efficacité au service des citoyens.
Laurent Wauquiez vous a choisi. Et puis, vous l'avez assez peu vu, semble-t-il, comme d'autres d'ailleurs. Il y a d'autres cadres de LR qui estiment qu'ils ne le voient pas beaucoup. Ça vous a surpris un peu, d'être un peu abandonné en race campagne, comme ça, par celui qui vous avait choisi ?
Non, pas du tout. Je n'ai pas du tout été abandonné en race campagne par Laurent Wauquiez. Je suis très touché de la confiance qui m'a été faite par Laurent Wauquiez, par le mouvement pour porter cette liste. Et je suis très touché de voir à quel point il nous pousse aujourd'hui à aller sur le terrain, à faire campagne. Nous ne sommes pas une liste fictive qui serait asphyxiée par le président du parti. Nous allons vraiment mener cette campagne et nous allons bien sûr la mener avec lui. Et je suis en contact très régulier, bien sûr, avec Laurent Wauquiez. On se voit, on s'appelle. Ne vous inquiétez pas, nos relations sont au meilleur.
Vous avez vu Nicolas Sarkozy aussi ? C'est vrai qu'il vous a dit que ça va être dur comme campagne ?
Bien sûr, mais qui ne le voit en m'engageant dans ce défi ? Je savais qu'il serait rude et difficile parce que la droite a besoin de reconstruire la confiance.
Il vous a rappelé son score en 2007 ?
Non, on n'a pas eu l'occasion d'échanger sur ce point.
Alors, vous le connaissez ?
Bien sûr.
Un 31%, un peu plus, je crois. Et vous, on vous donne entre 10 et 12%.
Oui, c'est tout à fait l'occasion de voir à quel point nous avons besoin de reconstruire. Et je crois que ce que Nicolas Sarkozy a su incarner dans le Conseil européen, c'était justement au moment où il a présidé le Conseil européen, une Europe qui avance, une Europe qui décide, une Europe politique, une Europe qui est faite justement de l'initiative des États plus que d'entités qu'on rêve fédérales et qui se révèlent inefficaces.
En un mot, quel est votre philosophe préféré ?
Mon philosophe préféré. Moi, j'aime toute la philosophie, vous savez. J'aime me confronter à la diversité des points de vue. Mais disons, peut-être qu'Aristote nous sera très utile dans ce débat parce qu'Aristote nous parle justement de la nécessité de faire coller l'idéal à la réalité. C'est ce qu'il appelle la prudence et c'est sans doute un élément fondamental.
Et votre modèle en politique ?
Et mon modèle en politique serait sans aucun doute Winston Churchill, un grand Européen et qui a su justement faire face au vent contraire pendant des années, affronter parfois la solitude et parfois l'impopularité pour tenir à ce qu'il avait à proposer. Et c'est lui sans doute par son courage qui a sauvé l'Europe que nous connaissons aujourd'hui.
On ne sait pas s'il aurait voulu un deuxième référendum ou pas, Churchill. Merci beaucoup François-Xavier Bélin d'avoir été ce matin avec nous sur RTL. Et l'intégralité de cet entretien est à retrouver sur le site rtl.fr. Merci à tous les deux. Bonne journée. Dans un instant, notre météo signée Marina Giraudot. 7h58 5.
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François-Xavier Bellamy