Jean-Pierre Mercier, ouvrier dans l'automobile
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« le groupe était soi-disant au bord de la faillite »
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« le groupe explose les bénéfices qui se compte en milliards »
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« augmenter tous les salaires et toutes les pensions de 300 € par mois »
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Vous venez d’entendre quelques exemples qui illustrent comment se construisent les fortunes colossales de ces grandes familles bourgeoises de ce pays. Que ce soit à la Snecma avec les salaires qui n’augmentent pas, la surexploitation des travailleurs détachés aux chantiers de Saint-Nazaire, les rythmes de travail des ouvriers en Guadeloupe ou bien la financiarisation de tout le secteur de la santé publique, tous ces exemples témoignent de la guerre sociale que mène le patronat contre les travailleurs. Ils montrent quelles contreparties sont payées par les travailleurs pour enrichir les nantis de ce pays.
S’il existe une entreprise emblématique de cette guerre sociale, c’est bien le groupe PSA dans lequel je travaille. Avec mes camarades de l’usine PSA à Aulnay, nous avons vécu ce que des dizaines, des centaines de milliers de travailleurs vivent à travers le pays : la fermeture brutale de leur usine. Lorsque ses intérêts l’ont exigé, la famille Peugeot n'a pas hésité à prendre la décision extrême de démolir une de ses usines, celle d'Aulnay, quitte à mettre sur le carreau des milliers de travailleurs avec leurs familles.
Ils avaient pourtant organisé leur vie autour de cette usine, comptant sur ce travail sur ce salaire pour tenter de faire vivre leur famille, certains prenant un crédit pour réaliser ce modeste projet d’acheter un logement. En quelques mois, la décision prise dans le secret du conseil d’administration de PSA a bouleversé toutes leurs vies. La direction a justifié cette démolition par un mensonge. Le groupe était soi-disant au bord de la faillite. Si Aulnay ne fermait pas, c'était toutes les usines du groupe qui risquaient de fermer. Ce mensonge patronal bien rodé a été relayé dans l’opinion par Montebourg, ministre du redressement industriel, par Hollande et par toute la presse.
Ce risque de faillite était bien un mensonge car à peine trois ans plus tard, non seulement le groupe explose les bénéfices qui se compte en milliards mais la direction vient d’annoncer en grande pompe, le rachat d'Opel, la branche européenne de l'Américain General Motor, 10 usines en Europe, 38 000 travailleurs qui produisent un million de véhicules par an. Alors oui, c'est d'abord avec la peau des travailleurs d'Aulnay que la famille Peugeot vient de s'offrir Opel mais c’est aussi avec la peau de tous les salariés de PSA, des 17 000 emplois supprimés en trois ans, des salaires bloqués et des primes supprimées ou diminuées.
En s’achetant Opel, la famille Peugeot ne va créer aucune richesse, elle ne va pas construire une seule usine, créer un seul emploi. Au contraire, elle va en détruire. La réalité est qu’en s’achetant Opel, Peugeot s'achète le droit d’exploiter 38 000 nouveaux travailleurs dans le seul but d’augmenter ses profits et de s’enrichir un peu plus. C’est ça qu’ils appellent investir.
Pour faire cette politique, la famille Peugeot n’a qu’à demander à son homme de main du moment, Carlos Tavares, le PDG du groupe pour appliquer ce qu'il a déjà fait dans les usines PSA : rentabiliser en supprimant des emplois et là encore, s’il le faut jusqu'à licencier voir fermer des usines pour surcharger de travail celles qui restent. Il utilisera le piège de la division avec la mise en concurrence des travailleurs en France contre ceux d'Allemagne, d'Espagne, de Pologne ou d'Angleterre. Mais il n’est pas joué d’avance que cette politique réussira. Car dans ce rachat, il y a une chose de positif. C’est que les 55 000 travailleurs de PSA ne sont plus seuls face à la famille Peugeot.
Ils viennent d’avoir le renfort des 38 000 travailleurs d’Opel. Les travailleurs de PSA et d’Opel ont désormais le même patron, le même actionnaire, le même ennemi. La seule perspective qui vaille le coup d’être défendue face aux attaques de la direction de PSA passera par la conscience que par-delà les frontières, les travailleurs ont les mêmes intérêts à défendre et qu’ils ne pourront les défendre que collectivement par leurs mobilisations. Alors, quand on entend les spécialistes en économie s’émerveiller devant le fantastique redressement de PSA sous la main de Carlos Tavares, c’est ridicule et surtout ils ne disent jamais à qui cela profite. Aux travailleurs de PSA ? Sûrement pas !
je l’ai dit, en quelques années, nous sommes 17 000 de moins pour sortir une production en augmentation tout en étant moins payés ! Par contre, les actionnaires et les principaux dirigeants du groupe eux, non seulement n’ont jamais connu le chômage ou la moindre baisse de revenu mais ils n’ont pas arrêté de se gaver. La seule différence, est qu’aujourd’hui ils ne peuvent plus le cacher. Voilà la vérité, celle que nous avons toujours affirmée : le groupe PSA n’a jamais été menacé de faillite ! Il a simplement mené sa propagande pour justifier la fermeture d’Aulnay, qui avait été décidée des années auparavant. C’était un plan cynique destiné à tailler à la hache dans la masse salariale.
Parler de redressement spectaculaire est une escroquerie. Qui peut croire à cette fable qu’une multinationale comme PSA a pu passer en quelques dizaines de mois de la quasi faillite à des bénéfices se comptant en milliards ? C’est ce genre d’escroquerie, de mensonge qui montrent la nécessité vitale pour les travailleurs, comme Nathalie le défend dans cette élection, de contrôler eux-mêmes les comptes des entreprises, de rendre publics tous les chiffres, toute la comptabilité, et pas seulement ceux, trafiqués que les directions publient ! Car les travailleurs ne doivent jamais croire les patrons, ils mentent comme ils respirent !
Face à cette décision injustifiée de fermer l’usine d’Aulnay, plusieurs centaines de travailleurs déterminés à ne pas se laisser faire sont entrés en lutte durant près de 18 mois pour finir par se mettre en grève totale pendant 4 mois, paralysant totalement la production. Quatre mois pendant lesquels, ces travailleurs ont démontré à seulement quelques centaines la force qu’ils peuvent représenter quand ils sont conscients de leurs intérêts, qu’ils s’organisent et qu’ils se battent avec détermination.
Oui, camarades, ce n’est pas par la négociation autour d’un tapis vert, ce n’est pas en remettant leur sort entre les mains des dirigeants syndicaux, ce n’est pas en faisant confiance à quelque gouvernement que ce soit, que les travailleurs peuvent changer les choses ! C’est uniquement en utilisant leurs armes de classe : la grève, les occupations d’entreprises, les manifestations de rue ! Pour une minorité des travailleurs de PSA Aulnay, nous avons pu retrouver un travail. Pour beaucoup encore moins bien payé, pour d’autres, comme moi-même, en choisissant le reclassement interne au groupe PSA.
Ce qui implique des temps de transports parfois multipliés par 3 ou 5 ou carrément une migration dans une autre région, en Alsace ou en Normandie. Mais pour la majorité des travailleurs, cela a été le pôle emploi, les Assedic, le RSA et la chute dans la pauvreté. La guerre sociale, concrètement ça veut dire ça.
Alors quand les politiciens qui se présentent dans cette élection tentent de la nier, parlent de « la démocratie dans l’entreprise », du « dialogue social nécessaire dans les entreprises », nous savons, nous, que dans une société d’exploitation où vous avez en face de vous un patronat qui n’a comme objectif que de tirer le maximum de votre travail pour ensuite vous faire la peau, il n’y a pas de dialogue social, il ne peut pas y avoir de dialogue social ! Il n’y a pas de démocratie dans les entreprises : c’est la dictature des patrons, et elle durera tant que les travailleurs ne se lèvent pas en masse.
Dans les entreprises, entre le capital et le travail, il n’y a que le rapport de force qui compte. C’est eux ou c’est nous ! ******** Il y a un point où les patrons nous mènent la guerre systématiquement dans tous les secteurs, dans toutes les entreprises : c’est sur ce qui nous permet de vivre ou de survivre chaque mois : les salaires. L’exemple de PSA l’illustre parfaitement – mais je sais qu’il en va de même dans la plupart des entreprises, il suffit de changer de nom. Depuis maintenant 5 ans, derrière quelques augmentations de salaires de 8 ou au mieux 13 € net par mois se cache en réalité une diminution réelle des salaires de l’ensemble des travailleurs du groupe.
Avec les suppressions ou les rabotages des différentes primes, ce sont plusieurs milliers d’euros qui ont été perdu. Mais ici comme partout, la direction pleurniche en disant qu’elle n’a pas d’argent pour augmenter les salaires… Pas d’argent ? Les 13 euros par mois qu’on vient de toucher représentent pour la direction une dépense de seulement 25 millions d’euros pour l’ensemble des travailleurs. C’est-à-dire… à peine plus de 1 % des 2,15 milliards de bénéfices de 2016. 55 000 salariés du groupe doivent se partager 25 millions euros… pendant que les 4 principaux dirigeants de PSA se sont, eux, partagés comme rémunération en 2015, 12 millions d’euros...
dont Carlos Tavares en tête qui tourne à 5,3 millions par an soit 14 500 € par jour. Et gageons que son salaire va très certainement doubler avec ce record historique de bénéfices. Et si les principaux directeurs de PSA, qui ne sont que les larbins de luxe des actionnaires, sont si bien payés, les actionnaires, la famille Peugeot en tête, vont ramasser plein plus. Les 140 membres de la famille Peugeot vont recevoir 55 millions € au titre des dividendes pour l’année 2016. 55 millions pour 140 nantis, 140 parasites qui ne doivent leur fortune, leur train de vie qu’à être nés avec une cuiller en argent dans la bouche. Il est impossible de connaître réellement la fortune personnelle des Peugeot.
On sait juste qu’entre le groupe PSA et ses autres propriétés, elle possède près de 4 milliards d’euros d’actifs. Mais cela n’inclut pas la fortune personnelle qui reste secrète : combien de propriétés, de châteaux, de domaines privés pour ces grands amateurs de chasse ? Combien de collections d’objets d’art ? Combien d’argent planqué dans les banques suisses et dans les autres paradis fiscaux ? Cela, la loi de la société bourgeoise interdit de le savoir. Et cela juge cette société. Oui, la famille Peugeot va toucher ses 55 millions € de dividendes entre autres par ce que chaque mois elle vole les travailleurs sur leur paye.
Et quand on entend parler les politiciens qui défendent les intérêts du patronat, qui reprennent le refrain des salaires trop élevés… mais de qui se moquent-ils ? Eux qui se goinfrent avec l’argent de nos impôts pour payer à leur famille des salaires de 5 000 € par mois à se tourner les pouces. Ils placent même leurs rejetons comme assistants parlementaires payer des dizaines de milliers d’euros à ne même pas y être.
Alors que, lorsqu’un enfant d’ouvrier à PSA a la chance – car cela devient un privilège – de pouvoir se faire un peu d’argent au mois de juillet durant les vacances scolaires, c’est pour travailler à la chaîne, risquer l’accident de travail et gagner péniblement 1 100 € dans le mois. Alors face à tous ces politiciens arrogants, à tous ces bourgeois avec leur coffre-fort bien remplis qui vivent aux quatre coins du monde, nous leur disons que nous n’acceptons pas ces bas salaires.
Oui, il est parfaitement légitime de réclamer, pour commencer à vivre correctement, un salaire à 1800 € net par mois, qu’il est légitime de revendiquer d’augmenter tous les salaires et toutes les pensions de 300 € par mois. Et comme ils ne seront pas d’accord, car ils ne seront jamais d’accord parce que ce serait autant de pris sur leurs bénéfices, eh bien nous leur arracherons par la force c’est-à-dire par la grève, par la lutte ! ********* Le patronat dispose de multiples moyens pour tirer constamment les salaires des ouvriers vers le bas. Un moyen parmi d’autre est l’emploi des travailleurs intérimaires.
Ces dernières années, à PSA, après avoir supprimé au moins 17 000 CDI dans ses usines, la direction a bien été obligé de faire appel à pas moins de 7 000 travailleurs intérimaires pour sortir ses voitures. Car il reste une vérité absolue, incontournable : sans les ouvriers, il n’y a pas de production de voitures. Il est courant de voir sur des chaines de production, l’intégralité des postes de travail tenus par des intérimaires. Ces travailleurs sont pris en otage dans des contrats qui peuvent s’arrêter du jour au lendemain. Ils ont les postes les plus durs, des droits aux rabais, ils ne touchent pas les primes d’intéressement et surtout ils ont les payes les plus basses.
Pour un intérimaire, le salaire c’est le minimum. Officiellement il est à peine supérieur au SMIC, environ 1200 € net par mois. C’est à dire parfois presque 300 à 400 € de moins qu’un embauché avec un peu d’ancienneté. Je précise « officiellement 1200 € » car régulièrement les agences d’intérim et la direction de PSA trouvent le moyen de gratter encore un peu sur ces salaires comme s’ils n’étaient pas assez bas. Tous les mois, les intérimaires constatent des vols sur leur paye. Une fois c’est le samedi en heure supplémentaire ensuite c’est le 13ème mois qui a été oublié ou une partie de la prime de nuit qui n’est pas payée.
Récemment, une trentaine d’intérimaires ont menacé de faire grève si leur prime de nuit n’était pas payée intégralement. Immédiatement, l’agence d’intérim a régularisé la paye, prétextant une erreur informatique. L’erreur informatique, c’est l’excuse miracle. Sauf que l’erreur est toujours dans le même sens : jamais l’agence d’intérim ne va payer deux samedis supplémentaires au lieu de un. Alors il n’est pas étonnant, que dans les entreprises, pour imposer cette condition d’exploité, d’esclave salarié, les patrons mettent en place des règlements répressifs. L’objectif est d’étouffer toute contestation.
C’est de tenter de faire baisser la tête, de démoraliser, pour qu’au final on accepte toutes les conditions que le patron voudrait nous imposer. La devise « Liberté égalité fraternité » au fronton des mairies c’est déjà pour la galerie. Mais dans les entreprises, là où se fabrique les bénéfices, là où s’organise l’exploitation, le patron ne prends même pas la peine de faire semblant. C’est sa loi et rien que sa loi. Bien sûr aucun journaliste ne s’y intéresse. Pour cela, il faudrait que la presse ait la volonté de dénoncer les brimades, les sanctions, les licenciements disciplinaires.
Elle le fait, rarement, quand un patron dépasse les bornes que la morale admet et surtout quand des militants le dénonce, comme cette caissière de Auchan dans le Nord qui a fait une fausse couche sur son poste de travail et qui a été menacée de licenciement. Mais dans 99 % du temps cela se passe dans l’indifférence générale. L’arbitraire patronal, chaque travailleur le vit quotidiennement. C’est une politique consciente du patronat car un système d’exploitation ne peut être accepté par plaisir, volontairement. Et là encore, il ne peut y avoir de dialogue social. C’est le rapport de force entre le patron et ses travailleurs qui fait la loi.
Dans toutes les entreprises, nous connaissons les règlements intérieurs stupides qui imposent des règles non moins stupides. En réalité, l’entreprise est une zone de non droit démocratique, c’est le patron qui concentre tous les pouvoirs : c’est lui qui écrit le règlement intérieur, c’est lui qui accuse le travailleur d’avoir commis une faute, c’est lui qui juge lors de l’entretien préalable, c’est lui qui décide de la sanction, c’est lui qui l’a fait appliquer. Mais les travailleurs ne sont pas dupes et régulièrement ils réagissent collectivement.
A l’usine de PSA à Poissy, comme cela arrive régulièrement dans toutes les entreprises, récemment, deux travailleurs se sont simplement pris le bec à cause du travail. Dans l’heure qui a suivie, ils étaient convoqués à la direction pour se voir notifier une mise à pieds conservatoire à effet immédiat pendant 15 jours. C’est-à-dire que pour une petite engueulade, ils ont été renvoyés chez eux sans paye et convoqués 15 jours après à un entretien préalable au licenciement. Vous voyez que la justice patronale contre les ouvriers est bien plus expéditive que la justice bourgeoise pour les Fillon et cie. Mais la direction est tombée sur un os.
Quand la nouvelle s’est répandue dans l’atelier, la totalité des salariés ont été unanimes et ont instantanément débrayé. Même les intérimaires ont arrêté de travailler. La direction a pris peur et a dû reculer. Les deux salariés ne sont pas licenciés même si pour le moment, les 15 jours de mise à pied n’ont pas encore été remboursé. Dans cette campagne électorale, Nathalie dénonce cette société d’exploitation. Nous dénonçons ce que vivent quotidiennement tous les travailleurs quelques soient l’entreprise où ils travaillent, quelques soit la dureté du travail. Oui, nous, les travailleurs, nous sommes à la base du fonctionnement de toute la société.
Sans nous, il n’y aurait rien qui pourrait se fabriquer, rien qui pourrait se construire, rien qui pourrait se déplacer, personne ne pourrait se soigner. C’est pour cette raison que ce qui est bon pour les travailleurs est bon pour toute la société. L’interdiction des licenciements, l’embauche massive dans les entreprises pour se répartir le travail entre tous, les augmentations de salaires, toutes ces exigences ne pourront être imposés que par un rapport de force. Oui aujourd’hui, le patronat nous fait la guerre sociale et il gagne certaines batailles. Mais gagner des batailles ne veut pas dire qu’il a gagné la guerre.
Oui il y a des patrons, et des patrons de combat, mais il y a aussi et surtout des millions de travailleurs qui représentent une force sociale gigantesque. Notre force en tant que travailleur, en tant qu’exploité réside justement dans notre nombre et dans notre conscience de la place incontournable que nous occupons dans l’économie. Alors nous ne savons pas quand les travailleurs, quand la classe ouvrière inversera le cours des choses, remportera à nouveau des victoires dans la guerre sociale. Mais nous sommes certains que tôt ou tard, cela arrivera.
Oui nous en sommes convaincus car nous gardons cette confiance inébranlable dans la capacité des travailleurs à se remettre debout, à relever la tête pour se jeter dans la bataille massivement avec détermination et à remporter la victoire !
Nathalie Arthaud