François Bayrou rend hommage à Édouard Balladur : "Il avait l’amour et le sens de l’État"
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François et Bairou, vous êtes en direct avec nous pour nous parler de votre de votre prédécesseur. Comment réagissez-vous à cette à cette nouvelle ? On le dit depuis le début de cette émission spéciale.
Évidemment, Édouard Baladur a marqué la vie politique française. Oui. Alors, vous dites mon prédécesseur, c'était pas seulement mon prédécesseur puisque j'étais ministre de l'éducation nationale dans son gouvernement et je ne l'ai jamais oublié.
Qu'est-ce qui était marquant chez Édouard Baladur ? pour moi une chose centrale, c'est qu'il avait l'amour et le sens de l'État. Il était il était un homme de de respect de l'État et de connaissance de l'État.
Et pour lui, l'État était l'instrument euh de le plus le plus efficace et le plus honorable euh pour essayer de d'apporter des réponses au problèmes du pays. Et il avait choisi comme réponse la réforme. Il avait même écrit juste avant les élections de 93 dont il savait que si le résultat était favorable, ça le conduirait être lui au gouvernement puisque Chirac avait dit que il n'irait pas, il n'irait plus, il était déjà allé et donc il avait écrit le dictionnaire de la réforme et c'était comme ça qu'il voyait les choses.
Il y a un sentiment, je suis pas le seul à l'avoir éprouvé, j'en ai parlé très souvent à d'ancien membres du gouvernement Baladur. Très souvent, nous évoquons ensemble cette idée que c'était un gouvernement qui roulait incroyablement bien. On a une immense victoire législative de 93.
On forme un gouvernement dans lequel toutes les tendances de la majorité de la droite jusque au centre don dont j'étais un des représentants évidemment était représenté et on s'entendait incroyablement bien. Baladur a pris la précaution et c'est le seul à mon avis qui a fait ça. Il avait décidé qu'il y aurait pas cette hiérarchie qu'on connaît très bien entre les ministres, ministre d'État, ministre plein, ministre délégué, secrétaire d'État, ça fait au moins quatre étages hiérarchie. et lui avait décidé que tout le monde serait au même plan, que chacun serait maître de son dossier, que personne ne serait le supérieur de l'autre, même si dans un gouvernement il y a des il y a des euh il y a des ministres plus lourds que d'autres, mais tout le monde était à égalité et ça crée une ambiance, moi je m'en souviens, comme d'une ambiance quasiment idylique.
Justement, justement François Baou pour pour continuer sur ce que vous êtes en train de nous dire auparavant on a eu on a eu Pierre Chartan, on a eu Bris Sortefeu qui nous ont tous dit la j'allais dire la machine intellectuelle qui était Édouard Baladur qu'il fallait très très bien connaître ses dossiers qu'il avait cette allure technocratique parfois au mais que dans le privé il était nous dit-on il avait beaucoup plus d'humour mais parlez-nous de votre expérience vous de ministres de l'éducation nationale sous sous sous sous ses ordres dans son gouvernement quelle machine intellectuelle était Édouard Baladur. Oui. Alors, je je suis pas certain que l'éducation national était sa préoccupation première.
Il était évidemment extrêmement préoccupé par l'économie. il avait décidé d'une stratégie qu'on peut discuter après coup mais euh qui était de constituer des pôles très fort au sein de l'économie qu'on appelait des noyaux durs. Et donc c'était pas l'éducation qui était qui était son principal sujet mais c'était quelqu'un qui était attentif à tout, qui en effet connaissait très bien les dossiers et qui connaissait parfaitement bien les rouages de fonctionnement de l'État.
C'était un conseiller d'État lui-même et il connaissait, il appréhendait très bien les euh le la mécanique d'un état qui marche et c'était très rassurant. Alors François Baou, vous êtes toujours avec nous. Je rappelle à nos téléspectateurs qui nous rejoignent 21h21 sur France info.
Édouard Baladure est mort à l'âge de 97 ans. François Bairou, ancien premier ministre, ancien ministre de l'éducation nationale sous Édouard Baladur est avec nous en direct au téléphone. Gill Nathalie, vous aviez des vous aviez des questions pour François Baïou.
Est-ce que vous vous atteint, monsieur le premier ministre, quand vous-même avez-vous quand vous vous-même vous avez accédé à Maton, est-ce que vous vous êtes inspiré du premier ministre qu'il a été pour vous ? Oh, vous savez, [rires] les choses n'étaient pas du tout les mêmes et les temps n'étaient pas du tout les mêmes. Euh pour deux raisons principales.
La première est que quand Édouard Baladur euh prend la tête du gouvernement, euh la majorité représente 80 % des siè plus que ça plus de 80 % des sièges à l'Assemblée nationale. C'est une chance que vous n'avez pas eu. C'est exactement, [rires] je crois qu'on peut dire objectivement que c'est une chance que je n'ai pas eu parce que moi c'était plus près de allez euh euh 70 % d'opposants par rapport à la majorité.
Donc c'était exactement symétriquement le contraire. Ça c'est la première la première chose. Et la deuxième chose c'est que les habitudes politiques, les mœurs politiques, la pratique politique est devenue inimaginablement violente.
C'est-à-dire que vous voyez bien, on peut inventer des affaires, je essayer de détruire et de jeter à bas, non pas de combattre les idées ni même les personnes, mais de les détruire. Et cette cette violence là, cette sans pitié euh elle irrigue toute la politique. Donc il y a pas de majorité.
Les gouvernements sont minoritaires, gravement minoritaires. Et la et la et la violence des habitudes fait que c'est pas du tout la même chose. François, François Baou, vous vous avez vous-même vous avez vous-même participé, vous avez concouru à plusieurs élections présidentielles.
On en reparlait justement sur ce plateau 7 présidentiel fratricide de 1995. Est-ce que vous vous avez un enseignement en tiré ? Gillstein en en parlait il y a quelques minutes sur voilà le le favori du mois de du mois de de septembre.
On est le 1er septembre et rarement celui qui arrive en tête au mois de de mai. Édouard Baladur, il était complètement favori en 94. Ça se retourne, il y a ce fameux croisement des courbes.
C'est peut-être là qu'apparaî l'expression nous disait Gill Brornstein. Est-ce que c'est un enseignement que vous avez tiré vous-même l quand vous avez été candidat au présidentiel et aujourd'hui 2026 on est à l'aube d'une présidentielle 2027. Est-ce que il y a des enseignements à tirer de ce qui s'est passé il y a 30 ans ?
C'est alors là si on est observateur, c'est pas un enseignement, c'est une certitude. Faut pas oublier que en en la première émission de janvier 1995, c'est l'heure de vérité. C'est Nicolas Sarkozy qui était l'invité de l'heure de vérité et il déclare il faut que Jacques Chirac renonce à se présenter parce qu'il est tellement bas dans les sondages et s'il renonce Édouard Baladur sera élu au premier tour et les sondages unanimement annoncé non pas la victoire mais le mais l'écrasement par Edard Baladure des candidats.
Mais évidemment, une élection c'est pas des sondages et une élection présidentielle ça quelque chose d'une d'une dramaturgie. Euh c'est un scénario, il y a un début, il y a un milieu, il y a une fin, il y a des coups de théâtre et c'est très rare que c'est même presque jamais arrivé que la fin ressemble au début et donc les candidats doivent s'en souvenir. Pour avoir été outer et être arrivé presque aux portes du deuxème tour, je peux je peux l'assurer dans les deux sens.
Nathalie, vous aviez une question pour François Baou. Bonsoir François Baou. Est-ce que vous considérez que vous il a été c'est peut-être une de mes obsessions ce soir, mais un peu aussi victime de l'absence de communication, de la non maîtrise de l'image qu'on doit donner de soi-même pour pouvoir euh séduire les Français quit à le faire de façon un peu factice ?
Euh euh oui, c'est mais encore une fois, tout ça fait partie du fait partie du scénario euh du pitch comme vous dites. Euh je pensais que vous allez dire du cirque, non pas du scénario. Euh mais du pitch de cette élection, n'est-ce pas ?
Le c'est c'est très rare que les gens se satisfassent du favori. Il ils le ils leissent au stade de favori et puis lorsqu'il est au stade de favori, ils s'aperçoivent que c'est pas exactement ce qu'ils attendaient. Et en général ou souvent ou très souvent les favoris chutes et dans cette élection, il y a pas de doute que les Guignoles en dépignant Chirac comme étant traversé de poignard de toute part comme un Saint-Sébastien traversé de flèches étant le étant la victime de tous les méchants qui étaient du côté du pouvoir et de Balad. dur.
Euh c'est c'est évident mais il y a un deuxième facteur c'est que François Mitteran lui-même avait changer de camp. François Bairou restez rest vous vous restez avec nous François Bairou parce que juste je vous interromps pour donner justement la la réaction de Nicolas Sarkozi vous allez la voir tout à l'heure sur votre écran mais Nicolas Sarkozi qui parle d'un profond chagrin et parle d'Edouard Baladur comme un homme qui fut un exemple. On le voit d'ailleurs Nicolas Sarkozy sur l'image que vous voyez derrière moi sur sur ce sur ce plateau.
Gill, vous aviez une autre question pour pour François Bairou. Voilà, justement en parlant de Nicolas Sarkozy parce que donc des deux très proches que vous avez été Nicolas Sarkozy et vous, vous avez fini par vous opposer très fortement l'un à l'autre. Vous et Nicolas Sarkozy, vous avez fait un panagérique d'Edouard Balladur, mais quand on voit ce qu'il a fait, c'était quand même un homme beaucoup plus de droite que vous.
La loi passe quoi sur l'immigration pendant que vous étiez au gouvernement qui a euh retiré l'accès automatique de la nationalité française aux enfants euh de parents euh étrangers ? Bon, vous n'étiez quand même pas du tout d'accord sur tout. J'ai jamais dit que j'étais d'accord surtout avec Baladure, mais je crois que vous vous faites vous vous faites une relecture de de cette période.
Baladur était le candidat de tous les centristes, peut-être le candidat de tous mes collègues un peu plus encore que de moi-même. Parce que moi je pensais qu'il y avait une faille qui était une faille qui était sociale qui tenait au fait que Baladur Edard Baladur apparaissait souvent comme comme soutenu par la par la partie de la société qui était ce que pensait Philippe Segin aussi. Ah mais c'est j'étais sur ce point très proche de Philippe Segund bien que moi j'ai soutenu Bur parce que ma famille politique était était avec lui.
H donc le mais vous dites Édor Baladur était de droite euh je pense que ça se résume pas comme ça. Dobre balad était un modéré absolument sensible à tous les problèmes qui se posaient et qui n'hésitait pas à apporter des réponses tranchées. Si je devais le définir, je dirais qu'il était ardemment modéré.
Euh et c'était pas de ce point de vue-là euh vous souvenez peut-être on dirait un autoportrait. Non, pas du tout parce que je je crois pas du tout que que j'ai été un de ses plus proches. J'ai été quelqu'un qui a beaucoup apprécié de travailler avec lui.
Merci beaucoup. Merci beaucoup François Baou de nous avoir livré vos réflexions alors qu'on apprend donc la disparition édition spéciale sur la mort d'Edouard Baladur, ancien premier ministre français. Merci François Baou d'avoir témoigné en direct sur sur France info.
François Bayrou