Contre-Matinale #66 | Macron a-t-il le droit d'"emmerder" les français ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Cher Matino, bonjour. Quel plaisir de vous retrouver après un rendez-vous manqué mercredi dernier. Le Covid est hélas passé par là et continue de nuire à nos équipes. Et par là, notre public, en effet, il n'a pas été possible d'enregistrer de contre-matinale hier pour des raisons sanitaires. C'était un choix difficile que nous avons dû faire, mais la santé et la sécurité de nos camarades priment sur l'envie irrépressible de se réveiller à vos côtés. Je souhaite un bon rétablissement à Théophile, Nicolas, Jordan et Léo. Hâte de vous retrouver la semaine prochaine en forme, j'espère. Quant à vous, cher Matino, je vous souhaite une belle année 2022.
Je n'ai pas pu le faire avant, mais je tiens à vous présenter mes meilleurs voeux, santé et amour. On a besoin de douceur et de bienveillance pour mieux faire face à la violence des institutions. Mes camarades l'ont déjà fait, mais j'aimerais à mon tour vous remercier pour votre soutien et générosité. Vous nous avez offert un joli cadeau pour le 31 décembre, plus de 100 000 euros récoltés. C'est énorme. On continuera de travailler dur pour être à la hauteur de votre confiance et vous livrer une information de qualité. Votre soutien passe bien évidemment aussi par les abonnements, les likes, les partages et les commentaires qui mettent en valeur nos contenus sur les réseaux sociaux.
Sans plus attendre, le programme du jour. Macron a-t-il le droit d'emmerder les Français ? Entretien avec l'avocat Vincent Braingart, le débat parlementaire sur la loi relative au pass vaccinal a failli dérailler parce qu'Emmanuel Macron a, dans une interview au Parisien, assumé sa volonté d'emmerder les non-vaccinés. Selon lui, un irresponsable, c'est ainsi qu'il qualifie, le non-vacciné n'est plus un citoyen. Il avait déjà donné à l'avant-goût de ce type de raisonnement lors de ses voeux télévisés de fin d'année. Mais se faire vacciner est-il vraiment un devoir ?
Si l'on s'en tient aux normes, en l'état actuel du droit, nous avons posé la question à notre ami Vincent Braingart, avocat au barreau de Paris, spécialisé dans les questions de liberté fondamentale et co-auteur de l'essai « Revendiquons le droit à la désobéissance ». La minute citoyenne, bien sûr. Le média donne la parole aux sociaux. Et aujourd'hui, Serena reviendra sur l'article de reporter. En luttant contre les pirates, l'armée protège la surpêche. Les navires occidentaux sont régulièrement escortés par l'armée le long des côtes africaines, où la piraterie est fréquente.
Parmi ces bateaux, d'énormes bâtiments de pêche qui vitent ces eaux de leurs poissons contribuent ainsi à pousser des pêcheurs locaux vers cette guérilla maritime. Taha Bouhaf, c'est Arié Halimi. Nous retrouverons sur ce plateau plutôt Taha me retrouvera sur ce plateau. Ils nous auront Arié via Zoom pour revenir sur le délibéré qui fait suite à la plainte de Samir. Exilé égyptien, violenté et insulté par la police après une longue procédure judiciaire, les policiers ont été condamnés. Taha et Ari Halimi, qui est l'avocat de Samir, nous racontent tout. Les parents, élèves et enseignants des écoles en grève, 47 000 élèves positifs depuis la rentrée, 9 202 classes fermées.
Ce sont les chiffres communiqués par le ministère de l'Éducation nationale hier. Quatre jours après la rentrée, cette cinquième vague, qui intervient juste après les fêtes, frappe durement les écoles au protocole improvisé et inapplicable. Des écoles se sont d'ailleurs mis en grève pour dénoncer ces conditions. Ce sera une chronique de l'Isalap. Nous sommes le 7 janvier 2022. Il est 7h39. Et l'épisode 67 de la contre-matinale débute, comme toujours, avec la titrologie. Parce qu'on va beaucoup parler d'Emmanuel Macron et du pass vaccinal et parce que le monde continue de tourner en dehors de la Macronie.
Eh bien j'ai envie de commencer cette revue des Unes avec une actualité internationale au Kazakhstan. La révolte gronde. Le pouvoir a appelé à l'aide Moscou après la répression de la contestation de plusieurs dizaines de morts à Almaty, la capitale économique du pays où des manifestants ont protesté contre la hausse brutale des prix du carburant. Les communications se sont coupées avec le pays. Il se pourrait que le nombre de morts soit bien plus lourd qu'annoncé selon Le Monde. On poursuit avec Le Monde. L'actualité nationale qui s'intéresse presque exclusivement au pass vaccinal.
Après l'entretien avec le journal Le Parisien, Emmanuel Macron affirme sa volonté de diviser le pays entre les vaccinés et les non-vaccinés. Un ton qui fait grincer des dents son propre camp qui aurait peur de voir tomber dans un jeu dangereux populiste. Pas de stress. Pendant ce temps, le Premier ministre Jean Castex essuie les plâtres à l'Assemblée nationale afin de défendre le projet de loi sur le pass vaccinal et les propos du président qu'il partage. La Croix interroge le choix des non-vaccinés qui, selon le journal catholique, vivent en marge de la société. Les témoignages sont forts.
Isolement, montée des tensions entre les individus, une vie mise à l'arrêt et des contraintes toujours plus lourdes qui vont continuer de s'abattre sur eux avec les nouvelles mesures du gouvernement. Le Figaro s'intéresse également aux anti-vacs. Qui sont-ils ? Pourquoi n'ont-ils pas répondu présents en campagne de vaccination ? Il semblerait que les questions de ressources et de manque d'accès aux soins soient déterminantes. Selon le journal de droite, 22,8% de la population n'est pas vaccinée ou un schéma de vaccination incomplet. 76,8% au moins de 18 ans, il représenterait 80% des cas en réanimation.
Il resterait encore à convaincre, toujours selon le Figaro, 4 millions de personnes adultes pour pouvoir avoir, voire en tout cas une campagne de vaccination nationale totalement réussie. Encore des chiffres inquiétants pour Libération, qui titre Omicron, le vertige. Près de 200 000 nouveaux cas détectés chaque jour, des cas qui doublent tous les 5 à 6 jours. Le journal évoque le pari risqué du gouvernement de laisser filer l'épidémie afin de viser l'immunité collective. Face aux variants, le gouvernement cherche l'équilibre en gardant ouverts les services publics, tout en assurant la gestion de la crise sanitaire.
Une stratégie risquée qui peut voir surgir dans les prochaines semaines une explosion de cas Covid long. Omicron, l'école craque et les mensonges de Blanquer éclatent. Titre l'humain, de la maternelle au lycée, la situation est vite devenue explosive depuis la rentrée pour les élèves, les familles et les personnels. Une réalité que le ministre de l'Education nationale a de plus en plus de mal à masquer, fait remarquer le journal d'inspiration communiste. Une situation que notre consœur Lisa Lapp a choisi de mettre en lumière dans sa chronique que nous diffuserons en fin d'émission. Mediapart laisse à Emmanuel Macron les procès d'intention.
Le journal cofondé par Edoui Plenel est également allé à la rencontre des non-vaccinés pour recueillir leurs réactions suite aux propos choquants du président et tenté de comprendre leur réelle motivation, partagé entre les doutes et la peur ou convaincu de devoir lutter pour les libertés. Les personnes qui n'ont pas encore fait le choix du vaccin se sentent incomprises et regrettent d'être stigmatisées. Macron veut envenimer la situation et fait tout pour qu'on nous déteste. Ses propos m'ont choqué. Vouloir nous déchoir de la citoyenneté en nous taxant d'irresponsables est extrêmement grave.
Ce n'est pas la première fois qu'il méprise les gens avec des phrases inadmissibles, témoigne une non-vaccinée, un sentiment largement partagé par les personnes sondées dans ce reportage signé Nejma Brahim. Macron a-t-il droit d'emmerder les Français ? Eh bien, on vous propose cet entretien avec l'avocat Vincent Braingart. Le débat parlementaire sur la loi relative au pass vaccinal a failli dérailler parce qu'Emmanuel Macron a, dans une interview aux Parisiens, assumé sa volonté d'emmerder les non-vaccinés. Selon lui, un irresponsable, c'est ainsi qu'il qualifie le non-vacciné, n'est plus un citoyen.
Il avait déjà donné un avant-goût de ce type de raisonnement lors de ses voeux télévisés de fin d'année.
Tous ensemble, nous allons donc traverser cette nouvelle épreuve en suivant les mêmes principes que depuis le premier jour. D'abord, nous protéger. Protéger les plus vulnérables, protéger nos hôpitaux et nos soignants qui sont sous forte pression alors même qu'il faut soigner les autres maladies. Protéger aussi notre économie et nos emplois, comme nous l'avons fait avec le quoi qu'il en coûte. Ensuite, nous attacher, sur la base des faits, de la science, à prendre des mesures proportionnées.
C'est exactement ce que le Premier ministre, et les ministres ont fait ces derniers jours, tout faire pour éviter de prendre des restrictions qui pèsent sur nos libertés et veiller à respecter tous nos principes démocratiques. Enfin, nous appuyer sur la responsabilité de chacun, principalement en se faisant vacciner pour soi et pour les autres. Être un citoyen libre et toujours être un citoyen responsable pour soi et pour autrui. Les devoirs valent avant les droits.
Se faire vacciner est-il vraiment un devoir, si l'on s'en tient aux normes en l'état actuel du droit ? Nous avons posé la question à notre ami Vincent Braingart, avocat au Barreau de Paris, spécialisé dans les questions de liberté fondamentale et co-auteur de l'essai revendiquant le droit à l'obéissance.
On voit qu'il y a une difficulté de la part de ce gouvernement, c'est qu'il ne souhaite pas, aussi probablement pour des raisons techniques et juridiques, rendre la vaccination obligatoire. Il ne souhaite pas rendre la vaccination obligatoire, donc il oscille entre les deux. Il ne parle pas d'obligation vaccinale, mais il parle de devoirs citoyens qui devraient conduire à la vaccination. Et ça, ça conduit à un procès en irresponsabilité fait par le président de la République, en disant finalement que les personnes qui ne se prêteraient pas à la vaccination feraient preuve d'irresponsabilité.
Et il y aurait deux catégories de Français, ceux qui seraient respectueux d'une forme d'engagement social qui serait liée à la vaccination, et tous les autres, tous les autres d'ailleurs, dont on peut penser à travers la déclaration d'Emmanuel Macron, qu'on pourrait emmerder. Mais en tout cas, d'un point de vue purement technique et purement juridique, il n'y a strictement rien aujourd'hui dans la loi qui permette d'assurer et d'affirmer que la vaccination serait un devoir citoyen.
Le président de la République a parfaitement conscience du fait qu'il ne pourra pas revenir sur les déclarations qui ont été faites depuis le départ, à savoir que la vaccination n'allait pas être rendue obligatoire, et le fait qu'il fallait s'assurer qu'il y ait un consentement libre et éclairé des personnes faisant l'objet de la vaccination.
Et donc, par conséquent, il essaie de faire progresser le débat sur un autre terrain, et on ne parle plus d'obligation vaccinale, mais on parle d'une obligation qui serait liée à un devoir civique, de devoir se vacciner en vertu, on ne sait pas d'ailleurs de quel principe, peut-être celui de la solidarité, peut-être celui de la fraternité avec d'autres personnes, en tout cas de cause, il n'a pas été défini, mais surtout un devoir civique qui viendrait en opposition frontale avec d'autres droits, comme celui de la liberté individuelle qui est garantie constitutionnellement, et comme aussi le principe d'égalité, qui fait que rien ne justifie un traitement différencié selon qu'on est vacciné ou que l'on n'est pas vacciné.
Emmanuel Macron, en tant que chef de l'État, garant de l'unité nationale et clé de voûte des institutions républicaines, a-t-il le droit de se servir de la force publique pour satisfaire son désir d'emmerder, selon ses propres mots, une partie de ses concitoyens ? Nous avons posé la question à Vincent.
Les propos d'Emmanuel Macron sont d'une extraordinaire gravité. Extraordinaire gravité parce qu'il y a plusieurs mois, même plusieurs années, et on nous disait que cette République allait être la République de l'exemplarité. On a bien vu à travers les différentes mises en examen de ministres que la République de l'exemplarité s'était largement éloignée. Et non seulement cette République de l'exemplarité s'est éloignée, et désormais on retombe sur une République extrêmement basse, à savoir cette République des petites phrases, cette République des petits mots, et qui non seulement porte atteinte à la dignité des personnes, mais qui nous humilie collectivement.
Parce que d'avoir un chef de l'État qui use de l'injure pour essayer de convaincre une partie de la population de se vacciner, c'est désolant. Et non seulement c'est désolant, et on peut penser que c'est complètement contre-productif, parce que les personnes qui n'ont pas voulu être vaccinées, elles vont être encore moins convaincues par un propos qui est de l'ordre de l'invective. Et d'ailleurs, puisque ce propos est de l'ordre de l'invective, effectivement, ça peut poser une question par rapport à sa qualification pénale. Est-ce qu'on n'est pas face à une forme d'injure face aux personnes qui sont concernées ?
Mais pour le reste, je pense effectivement qu'on est plutôt dans une responsabilité politique de la part du chef de l'État, mais qui est d'autant plus grave qu'effectivement, il fait un rappel à ce que devraient être les droits et les devoirs du citoyen, mais il y a aussi des droits et des devoirs lorsqu'on incarne une fonction politique suprême. Et là, clairement, ces droits et ces devoirs ont été largement bafoués à travers ces termes de mépris qui ont été utilisés à l'encontre d'une population.
Et je veux dire que c'est d'ailleurs d'autant plus grave que c'est intervenu dans un contexte qui était un contexte de vote du pass sanitaire devant l'Assemblée nationale, et que là où on pouvait attendre, même si on voit qu'à travers le fait majoritaire, c'est de plus en plus difficile d'avoir un véritable démocratique, où on pouvait au moins attendre une discussion, j'allais dire, officielle. Eh bien, plutôt que d'avoir cette discussion, vous avez un débat parlementaire qui s'est polarisé sur cette question de l'injure du chef de l'État, alors même qu'il y avait des questions vraiment essentielles à pouvoir débattre.
Si finalement la polémique fabriquée par Emmanuel Macron avait aussi pour objectif d'empêcher le nécessaire débat sur la pertinence du tout vaccinal, notamment avec l'entrée en scène d'Omicron, contre lequel les vaccins seraient moins efficaces, selon les premières études, du moins en ce qui concerne la contamination.
Moi, je reste juriste, je ne suis pas scientifique, donc il y a des considérations sur lesquelles il m'est difficile de m'exprimer. Cela étant, je veux dire, par rapport à ce qu'on sait de l'épidémie, en tout cas, on voit qu'il y a eu une évolution, parce qu'au départ, notamment lorsque nous avons mis en place cette politique de vaccination, on savait qu'elle poursuivait principalement deux objectifs, c'était la limitation de la contamination et la limitation des cas graves.
Par conséquent, la balance de proportionnalité qui devait être examinée, notamment par le Conseil d'État et par le Conseil constitutionnel, pour juger de la légalité et de la constitutionnalité des mesures qui ont été prises, devait se faire au regard de ces deux objectifs et au regard de l'efficacité de la politique de vaccination.
Mais on voit que face aux variants Omicron, il y a aujourd'hui une reconnaissance du fait que l'effet de la vaccination n'est pas tant par rapport à la contamination, parce que manifestement, les données scientifiques dont on dispose mettent en évidence le fait que le vaccin n'est pas forcément efficace pour pouvoir limiter la contamination, mais qu'il le serait, au bout d'ailleurs d'une troisième, voire maintenant d'une quatrième injection, contre les cas graves.
Mais on voit que par conséquent, la question de la contrainte doit vraiment s'observer au regard de ces cas graves et pas au regard de la question de la contamination qui, encore une fois, pouvait éventuellement se discuter il y a quelques mois, mais qui ne se discute plus devant le variant Omicron. Et d'ailleurs, il suffit de regarder l'avis qui a encore été formulé par le défenseur des droits pour voir qu'il y a une alerte qui est faite aujourd'hui par rapport à la proportionnalité des outils qui sont proposés et par rapport, encore une fois, à l'efficacité de ce vaccin en lien avec le variant.
Et c'est pour ça que c'est assez spectaculaire dans la parole gouvernementale maintenant, en plus d'entendre parler d'une forme d'injonction civique à la vaccination, là où les variants montrent désormais aussi les limites de cette même politique de vaccination, en tout cas en lien avec cette question de la contagion et en lien avec cette question de la contamination.
Voilà, c'était, rappelons-le, un des propos qui sont extraits d'un échange entre Vincent Brengart, avocat spécialisé dans les questions de liberté fondamentale, et Théophile Coameau. On donne la parole aux sociaux. Vous savez, notre média est participatif et vous pouvez devenir sociétaire de notre média. Et vous pouvez aussi intervenir dans la matinale. Aujourd'hui, Serena revient sur l'article de reporter En luttant contre les pirates, l'armée protège la surpêche. Les navires occidentaux sont régulièrement escortés par l'armée le long des côtes africaines où la piraterie est fréquente.
Parmi ces bateaux, d'énormes bâtiments de pêche qui vident ces eaux de leurs poissons, contribuant à pousser des pêcheurs locaux vers cette guérilla maritime. Serena, est-ce que vous m'entendez ? Oui, allô, bonjour. Oui, bonjour, comment allez-vous Serena ?
Très très bien, merci de me recevoir. C'est super, je suis la machinelle avec beaucoup d'attention et je trouve que vous faites un super travail.
Merci, merci infiniment Serena pour votre soutien. Donc vous avez choisi de parler de la piraterie ?
Oui, un article qui m'a pas mal interpellée parce que, en partie, parce que je ne connais pas trop les actions de l'armée dans le monde à part ce qu'on en sait des grandes missions en Afrique et autres. Et du coup, c'était un article qui parlait de certaines fonctions de l'armée qui aident les bateaux industriels à mener à bien leurs déplacements, etc. et en fait, une mission qui étudie les causes de la piraterie et visiblement, ils ont établi un lien entre le développement de la piraterie notamment au large des côtes de la Somalie et la surpêche. Et paradoxalement, en fait, ils escortent des bateaux de pêche, des grands tonniers qui appartiennent...
Enfin, dans l'article, il donne l'exemple d'un tonnier de 1 200 tonnes qui appartient à la compagnie française du thon océanique de Concarneau, donc une entreprise bretonne. Et en fait, il se trouve que cette entreprise de thon va pêcher du thon au large de la côte somalienne. Donc, en fait, l'ordinaire de thon de ce côté-là, et il se trouve qu'une des causes de la surpêche est que, en fait, l'armée contribue à cette cause du coup. C'est assez incohérent. Et du coup, je vais le souligner ici. C'est-à-dire que, voilà, l'armée fait un constat et ensuite, ses actions contribuent à ce constat. Je pense que chaque citoyen devrait être au courant.
Non, mais c'est très bien, effectivement. Mais c'est aussi important, et c'est aussi pour ça qu'on donne la parole à nos sociaux et d'ailleurs à celles et ceux qui regardent et qui soutiennent le média, parce qu'on tient à ce que vous fassiez, en fait, finalement, l'actualité que vous mettiez à la une du média, des sujets qui vous touchent, dont on parle peu, malheureusement, dans des médias mainstream, et qui pourtant, comme vous l'avez fait remarquer, Serena, ont de grosses conséquences, puisque ça vide toutes les eaux.
Et en plus, la compagnie française du thon océanique de Concarneau, à mon avis, leur communication, elle n'est pas sur le thon vient de l'océan, au large de la Somalie. Quand on pense à une entreprise de pêche du Finistère, on se dit, bon, c'est des pêcheurs, avec leur petit bonnie noir et leur impère jaune, et ils vont pêcher sur une entreprise familiale. Donc, je pense qu'ils se servent aussi d'une certaine image qu'on a de l'entreprise de pêche pour nous vendre du thon. Voilà, quoi. Donc, ça poserait des questions aussi sur l'origine. Qui les ressources internationales.
Voilà, c'est ça, sur l'origine de ces poissons qui se retrouvent dans nos assiettes. Oui. D'accord, Serena. Est-ce que vous vouliez peut-être aussi ajouter quelque chose, enfin, commenter un autre fait, ou peut-être même réagir à... Je ne sais pas si vous avez suivi...
Il y a...
En fait, ça rebondit sur un autre affaire que j'ai lu dans le monde diplomatique, qui parle, en fait, du développement de la pêche, de la pêche dans un autre pays d'Afrique, de l'autre côté de l'Afrique, mais de la pêche qui permet de produire de la farine animale, comment dire, pour l'élevage de poissons en pisciculture, et qui a complètement détourné la pêche vivrière locale au profit, en fait, de piscicultures, de cultures en pisciculture qui sont plutôt occidentales, ce qui fait qu'on pêche des poissons sauvages, en fait, des poissons sauvages qui sont censés servir à la culture vivrière d'un pays entier, et on les utilise pour élever des poissons en pisciculture grâce à des farines animales, et on nous vende ça.
Donc, c'est pareil, ça interpelle beaucoup, quoi. C'est-à-dire, l'industrie agroalimentaire, en général, elle est à la manœuvre de grandes manipulations à l'échelle internationale, qui sont complètement absurdes, quoi, qui sont complètement aberrantes. Et les poissons sauvages... Avec les poissons sauvages, c'est toute une partie de la population qui est censée vivre de la pêche, du produit de cette pêche, quoi.
Donc, le poisson sauvage vient servir...
On voit, un peu au-larg de toutes les côtes africaines, il se trouve qu'en plus, les basses d'aujourd'hui, d'après le reporter, ils vont pêcher dans des zones qui sont interdites, c'est-à-dire les zones qui ne sont pas... Dans les zones internationales, ils se rapprochent très proches des pays, et dans les zones qui sont censées être réservées pour les pêcheurs locaux. Donc, c'est d'autant plus aberrant, quoi.
Oui, donc, pour résumer, on a un poisson sauvage qui vient nourrir un poisson d'élevage, et surtout, privé, les populations qui vivent auprès de ces eaux-là, de nourriture. Tout ça pour servir l'industrie agroalimentaire. Vous avez encore d'autres bonnes nouvelles, Serena, à partager avec nous ? Pour aujourd'hui. D'accord. Merci, merci vraiment d'avoir pris le temps de partager avec nous, justement, tout ce sentiment que vous avez sur cet article que vous avez lu, donc, que vous pouvez retrouver dans Reporters. Je vous rappelle le titre, « En luttant contre les pirates, l'armée protège la surpêche ». Alors, vous avez envie d'évoquer un sujet qui vous tient à cœur.
Vous pouvez intervenir et participer à la matinale en composant le 01 48 37 33 20 01 48 37 33 20. Vous vous souvenez de l'affaire de l'île Saint-Denis révélée par Taha Bouhafs pendant le premier confinement ? Samir, un exilé égyptien, avait subi des violences policières par plusieurs policiers qui l'ont aussi couvert d'injures racistes comme un bico. Ça nage pas, ça coule. Taha avait retrouvé Samir, qui avait décidé de déposer plainte contre les policiers. Après une longue procédure judiciaire, les policiers ont été condamnés.
Eh bien, alors, on a avec nous Arie Alimi, qui est donc l'avocat de Samir, qui va nous raconter, revenir sur cette histoire, nous rappeler les faits, revenir sur ce libéré, sur ce libéré, puisque, comme je le disais, les policiers ont été condamnés. Arie Alimi, est-ce que vous m'entendez ? Bonjour. Arie, est-ce que vous êtes là ? On va vous demander un petit instant, un peu de patience. Oui, est-ce que vous m'entendez ? Ah, parfait, oui. Bonjour, maître, comment allez-vous ?
Très bien, je vous remercie de votre invitation.
Mais merci de l'avoir accepté. Alors, Arie Alimi, est-ce que vous pourriez nous rappeler les faits ? Je l'ai fait de manière très succincte. Je rappelais, donc, Taha avait révélé cette affaire de violence policière, une fois de plus, une nouvelle affaire pour vous, qui avez l'habitude d'intervenir dans des affaires de violence policière.
Oui, c'est une affaire relativement grave. Rappelez-vous, c'était pendant le Covid. Taha retrouve effectivement des personnes qui ont filmé une scène de violence policière particulièrement grave qui concerne Samir, qui est exilé égyptien. Sur l'île Saint-Denis, il vient de traverser la Seine parce qu'il fuit un contrôle de papier, tout simplement. Et arrivé sur l'autre rive, il est tout simplement frappé, et insulté de bico par les policiers. Il se trouve, donc, que les voisins fîment la Seine et une enquête va être ouverte.
Alors, ça va devenir un feuilleton judiciaire malheureux puisque la police, le procureur de la République, le préfet et tous ceux qui auront vent de cette affaire vont tout faire pour empêcher Samir d'obtenir justice. Samir va même être emprisonné, il va aller en centre de rétention pendant 90 jours. Et finalement, le procureur de la République décide de poursuivre l'un des policiers pour un injure à caractère racial. En revanche, il décide de classer son suite sur les violences. Nous avons décidé, avec Samir, de poursuivre également cinq autres policiers, pardon, six autres policiers pour les violences qui avaient été commises et qu'on pouvait entendre sur la vidéo.
On a eu une audience au tribunal correctionnel de Bobigny après pas mal d'audience relée. Et puis finalement, ce délibéré est tombé hier, un délibéré assez important parce qu'il est assez singulier. Ce n'est pas souvent qu'on obtient la condamnation de fonctionnaires de police, autant de fonctionnaires de police pour des peines assez lourdes. On a eu six mois d'emprisonnement avec sursis pour les injures à caractère racial. On a eu également douze mois d'emprisonnement dont six mois fermes pour quatre des policiers s'agissant des violences en réunion et douze mois avec sursis pour une des policières qui était présente et qui a été condamnée pour non-empêchement d'un délit. Donc voilà.
Est-ce que les avocats ont interjeté appel ?
Alors, pour l'instant, j'ai cru voir une déclaration d'un de leurs avocats disant que quatre allaient faire appel. Pour les autres, je dois vous dire pour l'instant, je sais qu'il y a de grandes chances qu'il y ait un procès d'appel. Toujours est-il que cette décision en l'état est déjà très importante. Il y a, je rappelle, quatre ou cinq interdictions d'exercer pendant un an. C'est vraiment un verdict, pardon, un procès, un délibéré, une décision de justice qui est vraiment très symbolique et qui va nous permettre de faire avancer le combat sur les violences policières et le racisme dans la police.
Oui. Donc, des avocats, pardon, des avocats, pardonnez-moi, des policiers qui ont été condamnés à du sursis. Est-ce qu'on a déjà vu des policiers être condamnés à du ferme dans le cadre d'affaires policières ?
Alors là, il y a quatre policiers qui ont été condamnés à six mois ferme.
À six mois ferme.
Oui. Et puis, j'aurais tendance à vous dire que moi, je ne suis pas pour le carcéral, pour tout vous dire. Je suis même plutôt contre et donc, je ne vais pas me féliciter de voir des peines d'emprisonnement ferme. Ce qui est important, c'est la déclaration de culpabilité, le quantum de la peine, il est important, même s'il est en sursis, même si c'est des sursis ou quand même six mois ferme, c'est beaucoup, mais peu importe l'idée n'est pas que ces policiers fassent de la prison. L'idée, c'est que la justice reconnaisse ses propres travers et condamne les policiers qui commettent des violences et qui ont des propos ou des comportements racistes. C'est ça qui est important.
Et c'est en ce sens que la décision est vraiment emblématique.
Oui. Donc, elle présage, comme vous le disiez juste avant, un meilleur traitement, on l'espère, pour des affaires de violences policières qui sont encore qui sont en cours ?
Alors, pour tout dire, historiquement, c'est vrai que les violences policières étaient maltraitées, un peu comme les affaires de viol ou des affaires de violences conjugales ou d'agressions sexuelles sur les femmes. C'était un peu le parent pauvre de la justice. Et tout simplement parce que les violences policières, ce sont des policiers qui travaillent avec la justice et qui font partie de la justice.
et on sent que depuis le mouvement des Gilets jaunes, depuis le travail que font beaucoup d'avocats, beaucoup de familles, beaucoup de collectifs qui se sont de familles de victimes de violences policières, on sent qu'il y a quelque chose qui est en train de frémir au sein de la justice, que les juges commencent à vraiment prendre conscience du drame que cela représente pour les familles et du problème démocratique important que cela suscite. Et donc, on a des mises en examen de plus en plus importantes et des décisions de justice de plus en plus fermes. Celle d'hier est une vraie étape dans ce combat social fondamental.
Oui. Vous avez un peu anticipé la question que j'allais vous poser. Justement, est-ce que c'est cette mobilisation de la société civile qui contribue quelque part à ce revirement aujourd'hui, en tout cas dans cette affaire de violences policières ? Mobilisation citoyenne contribue à ce qu'un procureur décide finalement de poursuivre des policiers et que des juges tranchent et condamnent des fonctionnaires de police ?
J'en suis infiniment convaincu et je suis même plus convaincu d'une chose encore plus fondamentale, c'est qu'il n'y a pas de distinction entre la politique et le judiciaire et le droit. C'est la même chose quand on fait du droit, c'est une poursuite de la politique et inversement.
Et bien évidemment, quand on a des combats sociaux, quand on a des archaïsmes sociaux comme celui du traitement des violences policières, on est obligé d'avoir recours à toutes les armes, il faut que tout le monde, que ce soit la société civile avec les militants, que ce soit les associations, que ce soit les partis politiques, que ce soit les avocats, les juges aussi, les syndicats de magistrats, les syndicats de policiers qui ont conscience de cette problématique, que tous contribuent à la fois politiquement, judiciairement et médiatiquement à l'avancée sociale.
C'est ce qui est en train de se passer, je pense, notamment grâce à la loi sécurité globale puisque ça a permis aussi un sursaut citoyen avec l'affaire Zéclair, rappelons-nous. Donc voilà, je crois qu'on est sur la bonne voie mais il y a encore beaucoup, beaucoup de guerres à mener.
Et j'ai une dernière question, Ariel Nimi, qui aurait dû être la première. Comment va Samir ?
Il va beaucoup, beaucoup mieux. Ça a été vraiment un cauchemar pour lui. N'oublions pas que c'est une personne qui était déjà en situation encore plus précaire et fragile que n'importe quel autre puisqu'elle est loin de son pays. Elle est arrivée en France, il a commencé à travailler sur les chantiers, il avait la peur d'être en permanence contrôlé en raison de l'absence de situations régulières.
Et puis, il y a eu cette affaire, il s'est retrouvé sous le feu médiatique, sous le feu de l'administration policière également puisque le préfet et tous les services de police ont tout fait pour essayer de le décrédibiliser, d'interpeller, de le placer en centre de prévention, essayer de le renvoyer en Égypte. Ça a vraiment été un cauchemar. Et il va mieux aujourd'hui, beaucoup mieux. Il continue à travailler, il continue à vivre sa vie et il espère que ce ne sera à l'avenir qu'une mauvaise aventure.
Merci infiniment, Maître Harri Alimi, d'avoir répondu à nos questions, d'avoir accepté notre invitation.
Merci à vous.
Très bonne journée. À bientôt. À vous aussi. Au revoir. Merci. Au revoir. 47 000 élèves positifs depuis la rentrée, 9 202 classes fermées. Ce sont des chiffres communiqués par le ministère de l'Éducation nationale hier, quatre jours après la rentrée. Cette cinquième vague qui intervient juste après les fêtes frappe durement les écoles au protocole improvisé et inapplicable. Les écoles se sont d'ailleurs mis en grève pour dénoncer ces conditions. C'est une chronique de l'Isalap.
Les personnels, mais aussi élèves et parents de plusieurs écoles, collèges et lycées de la Seine-Saint-Denis sont en grève depuis lundi, dénonçant cette rentrée sous Covid et sans aucun moyen. Beaucoup d'éléments ont activé la colère. Un protocole insuffisant est annoncé la veille de la rentrée par Jean-Michel Blanquer à 17h dans un article payant. Un manque de moyens avec des conséquences directes juste après les fêtes. Un nombre de contaminations record et surtout énormément de professeurs non remplacés. Quelques chiffres et conséquences de cette rentrée improvisée en pleine crise sanitaire aux 300 000 contaminations par jour.
Les écoles de la Courneuve, plus de 60 profs absents sur 350 dans les maternelles et primaires. Au collège Triolet de Saint-Denis, 50 à 60 élèves absents sur 550. 6 ou 7 enseignants et une grande partie de la vie scolaire. Au lycée Jean-Zé d'Aulnay-Sous-Bois, 15 à 20% d'élèves absents et des exemples comme ça, je pourrais vous en dire encore beaucoup. Au lycée Blanqui de Saint-Ouen, un tiers des enseignants présents se sont mis en grève pour dénoncer ces conditions. Devant la grille du lycée, un élève cas contact ne savait pas comment faire un test. L'établissement lui répond d'aller à la pharmacie mais lui dit qu'il n'y en avait plus. Il demande comment faire.
Bref, une pagaille que cette grève dénonce. Cette grève qui est une réaction de colère envers les choix politiques et sanitaires. Donc dans le lycée, il y a 1100 élèves. Déjà, c'est un lycée qui est prévu pour moins que ça. Je ne sais plus exactement mais enfin 750, 800. Donc de toute façon, c'est le cas de tous les établissements scolaires. Ils sont au-delà de leur capacité. Donc les couloirs, ils font 1,50 m de large. On est entassé. La cantine, pareil, dans la queue de la cantine, ça explose. Il n'y a pas du tout comment dire des locaux adaptés. Ça aussi, ça ne date pas du Covid mais c'est une réalité. Voilà, on est bien entassé déjà en temps normal.
Les fenêtres sont bridées, l'aération est difficile. Les masques, évidemment qu'on nous a fourni quelques masques en tissu, deux depuis septembre. En réalité, de masques en tissu qui sont moins protecteurs que ne serait-ce que les masques chirurgicaux. Voilà, sinon rien, rien. Les capteurs de CO2, c'est une vaste blague. Il n'y en a pas un seul dans le lycée. Il n'y en aura pas, je pense. Et donc la situation, c'est que déjà avant les vacances, le nombre de collègues et d'élèves malades a explosé. Que là, on vient de commencer donc on n'a pas des chiffres très précis. Mais bien sûr que comme partout, ça va exploser.
Voilà, ça va être un mois de janvier en gruyère, quoi, avec plein d'élèves absents. On va tous l'attraper, c'est sûr. Le problème, c'est, oui, quand ça ne va pas être des cas graves, ça va passer. Mais forcément, qu'on va ramener ça à la maison, nous, les élèves, et que dans le tas, il y aura des cas graves. Et ça, ça fait mal au cœur. Quand même, des moyens supplémentaires aideraient. Vous imaginez bien, sans remplaçant déjà en temps habituel et sans remplaçant quand il y a 200 000 cas par jour et que la Seine-Saint-Denis notamment est beaucoup plus touchée, ça fait que les élèves ont des heures de cours qui sautent, ils sont moins préparés.
Il y a les épreuves de spécialité du nouveau bac en mars qui arrivent. Il n'y a aucune annonce à ce sujet, si ce n'est qu'elles auront lieu normalement. Les élèves s'inquiètent et les collègues aussi à juste titre. Et donc, on ne sait pas dans quelles conditions de choses décidées toujours au dernier moment qui font que ça pèse. Et les élèves nous le disent que ça pèse sur eux. Ils ne sont pas dans des conditions sereines pour préparer le bac. C'est stressant pour eux. Bien sûr qu'il va y avoir des enseignants malades et il y en a déjà beaucoup comme des élèves. Les remplaçants, les jeunes retraités, les vacataires, on n'y croit pas du tout. C'est de la blague.
Nous, ce qu'on veut, c'est des embauches de profs remplaçants titulaires. Et ça, on en manque, je veux dire, même en dehors de l'épidémie, on en manque. Voilà, depuis la rentrée de septembre, on réclame qu'un collègue qui a des gros soucis de santé, qui est prof de lettre histoire, soit remplacé. Il est absent depuis septembre pour de gros soucis de santé, pas liés au Covid. Il y a des élèves qui vont passer le bac français. Ça fait quatre mois qu'ils n'ont pas cours de français et qu'on nous dit qu'il n'y a pas les moyens de le remplacer, il n'y a pas les budgets pour. C'est une situation qui est chroniquement scandaleuse, le manque de moyens. Et avec le Covid, c'est encore plus grave.
La situation révèle tout ça. Et la grave. Les premières épreuves de bac sont dans sept semaines de cours. En tout cas, ce que point Delphine ici, c'est le problème structurel déjà présent dans les écoles. Parmi les dizaines d'établissements en grève, il y a le collège Auguste de Laune à Bobigny où je me suis rendue. Il n'y a pas classe depuis lundi car les professeurs, mais aussi les parents et les élèves, ils tiennent un piqué de grève devant le portail. On écoute Salma, elle a 12 ans et elle est en quatrième dans ce collège.
En fait, on nous laisse de côté. On est une génération de sacrifiés. Le ministre et l'État, ils créent des problèmes pour nous faire oublier les vrais problèmes. On a le droit à l'instruction comme tout le monde. On a le droit d'avoir des professeurs. Et en fait, ils nous ont... L'écart entre les classes sociales, ils s'agrandissent de plus en plus avec cette crise. Et nous, on subit ça de plein fouet. Par exemple, il y a les excès de violence. Il y a le fait que les gens, ils ne veulent plus porter le masque, ils sont à bout et ça commence à... Les élèves, ils commencent à disjonter. On a le personnel qui n'est pas remplacé, les professeurs qui ne sont pas remplacés.
Il y a ma professeure d'anglais, ça fait deux mois que je n'ai pas eu anglais. Et le personnel aussi qui n'est pas remplacé pour nettoyer les tables. Donc, ce n'est pas désinfecté et qu'on attrape la Covid. ça ne les dérange pas.
Comme le dit Salma, ici, les professeurs ne sont pas remplacés et c'est une grosse revendication pendant cette grève. Julie est enseignante. Elle est spécialisée en unité locale d'inclusion scolaire. ULIS, c'est un dispositif qui s'occupe des enfants en situation de handicap. Elle nous raconte le désordre dans lequel ils se trouvent actuellement.
On a une contractuelle qui a été recrutée ici en français pour remplacer une collègue et elle a dû forcer la main. Elle a dû utiliser des subterfuges pour être employée alors qu'elle était disponible et qu'elle était sans poste à la rentrée. Et elle a des amis, ils sont 60 enseignants contractuels avec de l'expérience, avec 5 ans d'expérience. On ne parle pas d'étudiants qui ont un bac plus 2 ou quoi que ce soit qui sont recrutés là, là, en janvier pour le Covid. On parle de gens qui ont de l'expérience qui n'ont pas de poste. Et là, ils ne sont pas recrutés en ce moment.
Donc je ne comprends pas pourquoi ils disent qu'ils vont chercher des étudiants alors qu'il y a des gens disponibles avec 5 ans d'expérience dans des collèges REP qui attendent d'avoir un poste et on leur répond qu'il n'y a pas de poste, qu'on ne peut pas les prendre. Et clairement, la collègue nous disait qu'elle avait eu des gens au niveau du rectorat et en fait, ils disaient les décisions viennent d'en haut. Même les secrétaires, etc., les gens qui prennent les appels disent qu'ils n'en peuvent plus, qu'ils ne comprennent pas les décisions.
Pourquoi on n'engage pas déjà ces gens qui sont disponibles, qui ont de l'expérience alors qu'on n'arrête pas de nous rabâcher et qu'on a des remplaçants partout ?
Ici, dans ce collège, sur les 4 niveaux de protocole sanitaire, rien que le niveau 2 n'est pas applicable techniquement.
Nous, on ne voulait pas mettre le Covid en avant seulement parce que le Covid, ça ne fait que révéler des problèmes qui sont là depuis des années en fait. Et en fait, ils se cachent derrière le Covid pour dire oui, mais bon, ça va, les remplaçants, etc. Sachant qu'on a des problèmes comme la violence qui sont juste révélés par les professeurs absents. Mais évidemment, la situation du Covid, ça ne va pas du tout. On ne peut pas errer correctement. là, on a un seul personnel qui est présent pour la désinfection. Autant vous dire que les salles, elles ne sont pas lavées. Moi, ma salle n'a pas été nettoyée depuis un mois.
Alors qu'on en est normalement à être désinfecté 3-4 fois par jour ou toutes les interclasses. Il y a des salles où les fenêtres ne s'ouvrent pas correctement. Autant vous dire que si on avait des détecteurs de CO2, on nous dirait qu'on ne peut pas faire court. C'est impossible de tenir la cantine correctement, impossible de faire le ménage correctement. On ne nous fournit même pas de masque. Je vous rappelais le problème qu'il y a eu avec les masques qu'on nous a donnés en tissu. Là, on n'en a même plus. Les autotests qu'on nous a donnés, ils périmaient mi-janvier. On nous les a donnés courant décembre, ils périmaient mi-janvier. Ils n'ont servi à rien.
Ils nous les ont donnés finalement puisque de toute façon comme ils allaient périmer, on ne pouvait pas s'en servir pour les élèves. Donc voilà, qu'est-ce que vous voulez
qui réunit tout le monde ? Les parents étaient présents aussi, forcément inquiets pour leurs enfants.
C'est toujours en fait les mêmes problèmes récurrents, manque de personnel, jamais remplacé, et les oubliés de la société. Voilà. Donc toujours, et c'est récurrent, et ce n'est pas que dans ce collège, c'est dans toutes les écoles de France. Donc nous aujourd'hui, on est là, présents, mais il faudrait que tous les parents prennent conscience de la réalité des problèmes qu'il y a dans les écoles de leurs enfants.
Et pourquoi à partir de cette rentrée-là ? Est-ce que les propos de Blanquer, par exemple, ça vous a fait réagir ?
Non, lui, il est à des années-lumières de la réalité. On ne réagit plus aux ministres parce qu'ils sont tout le temps sur les plateaux de télé, mais les réels problèmes que nous, on rencontre, il n'y a jamais de vraie solution. Pourquoi on a agi maintenant ? C'est parce qu'on a espéré, on a espéré qu'on nous envoie des remplaçants. Donc on a relancé plusieurs fois l'académie, on nous a dit oui, attendez la semaine prochaine, attendez la semaine prochaine, et en fait, ça ne vient jamais. Donc là, maintenant, on avait décidé avant les vacances que si, on avait dit à la rentrée, la vacances de la Toussaint, on nous a dit à la rentrée, vous allez la voir.
On a attendu la rentrée, il n'y avait pas, on a attendu, on a dit, s'il n'y a pas, on va se faire entendre. Et c'est la seule solution qu'on a trouvée. En fait, pour nous, que nos enfants manquent des heures de cours, bien sûr, on est tous handicapés par ça, mais on n'a plus le choix. C'est, on va dire, la dernière solution qui nous reste. En fait, le gouvernement choisit la crise sanitaire comme carte joker. Donc, à chaque fois qu'on demande, on nous sort cette carte à crise sanitaire, à crise sanitaire. Et on entend ça constamment, mais ça ne passe plus, crise sanitaire, ça ne marche pas.
On le sait qu'il y a de l'argent, on le sait qu'il y a les moyens pour certaines écoles, mais pour d'autres, les enfants des quartiers, on va dire, défavorisés, il n'y a pas. Ils sont déconnectés de la réalité. On est restés trois jours, c'est-à-dire tout le long du week-end, à créer une polémique sur un drapeau. On est restés en train de parler d'un chanteur pendant trois jours, mais est-ce qu'une seule fois on a parlé, on s'est dit, les vrais problèmes de la société, c'est-à-dire que là, aujourd'hui, on a des collèges, on a des élèves, mais on n'a pas de professeurs. Et ça, ça fait très, très, très longtemps que ça dure. Donc, allô, on veut des professeurs.
Il ne faut pas oublier qu'on a contacté l'inspection plusieurs mois. Ça fait plusieurs mois qu'on ne veut pas nous entendre. Oui, si, excusez-moi. On nous a dit, non, il n'y a pas de professeur. L'inspectrice nous a répondu textuellement, il n'y a pas de moyen.
Aman raconte que les professeurs peuvent aller jusqu'à culpabiliser quand ils sont malades car ils savent pertinemment qu'il n'y aura pas de remplacement. Les mères de famille présentes me racontent aussi qu'elles voient bien des différences entre établissements et c'est pourquoi le 93 étant mobilisé, Sonia me dit, nos enfants sont mis de côté, ce n'est pas admissible. On ne peut pas dire qu'il y a des élèves qui sont prioritaires et sans mettre les moyens derrière. On est en zone REF, on est censé être prioritaires, on est censé avoir les moyens, mais rien n'est mis en place. Et au contraire, on voit qu'on est les personnes les plus délaissées. Nos enfants sont les personnes
les plus délaissées
de la société. Regardez tout simplement les écoles où les enfants des ministres de telle ou telle personne, il n'y a jamais eu de problème. Pourquoi ? Parce que eux, c'est les établissements prioritaires. À un moment donné, il faut se mobiliser pour avoir les moyens qu'on demande. Et je trouve ça complètement inadmissible. Ce n'est pas normal d'arriver là pour demander une école normale finalement, avoir les moyens nécessaires pour que nos enfants puissent évoluer normalement. Aujourd'hui, les revendications sont claires.
Des masques FFP2, des capteurs de CO2 et purificateurs d'air dans les salles, des campagnes de tests et vaccins, une communication claire et directe de la part du ministère et bien sûr, vous l'aurez compris, du recrutement et des moyens. En tout cas, les familles et enseignants que j'ai rencontrés ne comptent pas lâcher le morceau. Tout cela révèle des soucis très bien ancrés dans notre système social. Je vous laisse avec Delphine. Ce n'est vraiment pas des problèmes que spécifiques à l'éducation. On subit tous ça. Je veux dire, on prend tous les transports complètement bondés tous les jours. Et pourquoi ?
S'il y avait des conducteurs remplaçant bien sûr que ce serait moins pire et que quand il manque des conducteurs parce qu'ils sont malades, on n'attendrait pas le métro dix minutes. Je veux dire, c'est évident. Et les hôpitaux ? Le gouvernement a supprimé 5000 postes d'hôpitaux en pleine pandémie l'année dernière. C'est un scandale. Donc dans toute la société, cette crise révèle que la société n'est absolument pas gérée pour le bien commun. Absolument pas, ni dans l'intérêt général.
Des écoles sans professeurs, un ministre de l'éducation certainement trop occupé à lutter contre un supposé islamo-gauchisme, indigénisme qui aurait infiltré l'éducation nationale. Eh bien, la matinale touche à sa fin. Merci d'être nombreux et nombreux à nous suivre. Je renouvelle également nos remerciements pour votre soutien qui est un soutien financier mais également un soutien par les likes, les partages. une fois de plus, le fait d'apprécier virtuellement nos contenus contribue à bousculer l'algorithme, à faire remonter nos contenus. Vous pouvez bien évidemment retrouver cette émission et toutes les autres en replay, sur la chaîne YouTube du Média ou bien en podcast.
Et quant à moi, on se retrouve mercredi et on espère que Théophile sera parmi nous lundi en forme. Merci beaucoup d'être présent une fois de plus et on vous souhaite un très bon week-end. Prenez soin de vous, de vos proches et encore bonne santé. À très bientôt.
Sous-titrage Société Radio-Canada
Emmanuel Macron