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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 12 juin 2026 3 min

Voile : hommage à Charlie Dalin

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Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

6h56 sur France Culture, c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume, et ce matin, hommage à Charlie Dalin. Oui, même si la voile ne vous dit rien, même si vous considérez avec une certaine méfiance le fait de prendre la mer, de regarder la mer, il est impossible de ne pas être ému à l'idée de la disparition de Charlie Dalin. Le dernier vainqueur du Vendée Globe est mort à l'âge de 42 ans, emporté par le cancer. Il avait gagné cette course incroyable en 64 jours, 19h22, un exploit, et avec le recul, ce chiffre pourtant inouï, apparaît presque secondaire. Car ce que Charlie Dalin a véritablement accompli, c'est une autre traversée.

Ce que l'on savait, c'est qu'il avait embarqué seul autour du monde. En réalité, il n'était pas seul, il a embarqué avec le crabe, avec cette présence invisible qui s'invite dans une existence et modifie le rapport au temps, au corps, à l'avenir. Comment navigue-t-on avec le crabe ? Comment affronte-t-on les cinquantièmes hurlants lorsque l'ennemi le plus redoutable n'est peut-être pas la vague de 10 mètres, mais quelques cellules qui se multiplient en silence ? Toute personne qui cohabite avec le crabe ou une autre maladie connaît cette tentation, partir très loin, s'éloigner, laisser le crabe sur le quai, courir, pédaler, naviguer, travailler davantage.

Comme si l'intensité de la vie pouvait distancier ce qui la menace. Bien sûr, les choses, hélas, ne se passent pas ainsi. Le crabe embarque toujours, il est là, il est sur le voilier, il est sur le vélo. Il arrive qu'en prenant l'âge, on lui retire une partie de son pouvoir. Mais la maladie est d'abord une prison du temps. C'est peut-être pour cela aussi qu'il faut regarder la mer. C'est peut-être pour cela que tant de marins sont poètes et tant de poètes marins. Je songe évidemment à Valérie. Valérie, dans le cimetière marin, ce toit tranquille où marchent des colombes, entre les pins palpite entre les tombes. Midi, le juste y compose de feu, la mer, la mer toujours recommencée.

Ô récompense après une pensée qu'un long regard sur le calme des lieux, des dieux. Victor Hugo, également exilé face à l'océan. Il savait également que la mer était une leçon d'humilité. Saint John Perse dans Amher, qui célèbre la mer fidèle entre toutes les mers. Chez lui, comme chez les grands navigateurs, la mer n'est pas seulement un paysage. C'est d'abord une manière d'habiter le monde, d'accepter le mouvement, l'incertitude, le départ. Les marins savent que la liberté n'est pas exactement une absence de contrainte. La liberté n'est pas de choisir les vents. Elle consiste à accepter le vent qui souffle. Et c'est peut-être cela qui rend l'histoire de Charlie Dalin si bouleversante.

Il n'a pas vaincu la maladie, personne ne vint la maladie. Mais il a refusé de lui abandonner le monopole du récit. Il a continué à regarder l'horizon, à préparer son bateau, à prendre le départ. J'ai lu ce matin qu'il avait organisé son coin, sa kitchenette, sa bannette, justement pour pouvoir naviguer en étant malade. Mais c'est pourquoi aujourd'hui, en pensant à Charlie Dalin, on pense moins à un champion qu'à un marin. Un marin qui, depuis Homère jusqu'à Saint-Jeune-Perses, n'est jamais seulement quelqu'un qui traverse les mers. Un marin, c'est toujours beaucoup plus que cela. Croire jusqu'au bout que la mer sera toujours recommencée.