LR/RN : "C'est triste de voir un parti renier ses valeurs pour un siège", regrette Loïc Kervran
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France Inter, le 5-7.
Il est 6h21, les téléphones portables ont dû bien chauffer à droite hier. Et ce n'est pas fini avec cet accord entre le RN et une petite partie des LR emmenée par leur chef, Éric Ciotti. Une alliance condamnée par la plupart des ténors républicains. Bonjour Loïc Carvran. Bonjour. Vous êtes député du Cher, membre du parti Horizon qui fait partie de la majorité. La formation d'Edouard Philippe, l'ancien Premier ministre, tend la main au LR anti-RN. Vous, à votre niveau, vous avez eu des échanges avec des députés LR en vue des législatives ?
Non, absolument aucun. Et je n'oublie pas que dans ce moment particulier, il y a beaucoup de députés LR qui ne sont pas dans cette compromission. Mais c'est par contre tellement triste de voir un parti politique via son président renier son histoire et ses valeurs pour un siège ou un portefeuille ministériel.
Mais comment allez-vous faire pour convaincre des candidats LR de rejoindre la majorité présidentielle ? Quels sont vos points communs avec eux ?
Mais d'abord, je crois que finalement, les enjeux des Français sont tellement énormes que personne n'y arrivera seul. Et donc je crois, moi, qu'on peut se retrouver autour de quelques petits points. L'ordre dans la rue, l'ordre dans les comptes, remettre un peu d'ordre dans les têtes, aussi éviter ces outrances que l'on a vues à l'Assemblée, cette tentation des extrêmes. Ça, ce sont des points communs qu'on peut avoir avec beaucoup de républicains.
Alors, ce n'est pas gagné quand même au vu des premières réactions. Je ne sais pas si vous avez entendu Xavier Bertrand hier sur France Info, président de la région des Hauts-de-France. Il a critiqué votre politique, dur avec les plus fragiles. Edouard Philippe est le responsable de la crise des Gilets jaunes. Il y a aussi Bruno Retailleau qui, lui, refuse que le paysage français soit divisé en trois blocs. Le tripartisme est un poison pour la démocratie, dit-il. Vous le pensez aussi ? Il faut une plus grande diversité ?
Oui, moi je crois qu'il ne s'agit pas de mettre tout le monde dans le même parti. Il s'agit de pouvoir travailler avec des gens qui gardent leur identité, mais qui arrivent à se retrouver sur les principaux problèmes des Français.
Mais ça, ce n'est pas de l'opportunisme ?
Ce n'est pas de l'opportunisme. C'est une façon, une nécessité absolue de construire une nouvelle majorité pour régler l'insécurité, pour régler la capacité des Français à payer leurs factures d'énergie, pour trouver les moyens de favoriser l'accès aux soins partout en France et en ruralité en particulier.
Construire une nouvelle majorité qui irait d'où à où ?
Ça, c'est à définir. Je pense qu'il ne s'agit pas de se calquer sur des parties. Il s'agit d'être d'accord sur des idées et sur des grands objectifs pour résoudre encore une fois les problèmes que nos concitoyens y rencontrent.
Mais pourquoi Edouard Philippe réussirait là où Emmanuel Macron a échoué ?
Je crois qu'Edouard Philippe incarne quelque chose dans le moment que nous traversons. C'est une figure d'homme d'État qui rassure, qui est beaucoup plus consensuelle aujourd'hui que le président de la République. Il a cette expérience, ce calme des vieilles troupes et cette hauteur de vue dans laquelle beaucoup peuvent se retrouver.
Le président aujourd'hui, c'est devenu presque un poids quand il s'exprime. On entend maintenant, il y a quand même énormément de confidence dans la majorité. On n'hésite plus à dire que c'est presque contre-productif quand le président prend de la parole et il va le refaire encore tout à l'heure à 11h. Vous, vous trouvez que c'est bien qu'il s'implique dans cette campagne ou pas ?
Moi, je crois que le président de la République, il doit présider. C'est un moment en plus qui est difficile pour notre pays, qui est difficile à l'international et il est aussi le garant de la cohésion des Français. Alors bien sûr, il reste le chef de la majorité, mais dans ce contexte-là, je crois que l'essentiel pour lui, c'est de présider le pays.
Et vous avez compris cette décision de dissoudre ou toujours pas ?
Écoutez, en tout cas, moi, ce que je vois, pour avoir fait du porte-à-porte hier, c'est que les gens ne la comprennent pas. Ils ont été surpris, comme nous, les députés, et ils ne comprennent toujours pas cette décision.
Et alors, comment vous leur expliquez, vous ? Quand ils vous disent « je ne comprends pas », vous leur dites quoi ?
Mais moi, je n'ai pas à la comprendre. C'est dans la Constitution, c'est le droit du président de la République et à la fin des fins, c'est jamais mauvais de redonner la parole aux Français, de leur permettre de faire un choix très clair dans deux semaines et demie. Donc, c'est ça qui est important. Et puis, on ne peut pas être dans le commentaire permanent. Cette décision, elle a été prise. Le président de la République avait le droit de la prendre. Maintenant, nous sommes en campagne.
Oui, c'est d'autant qu'il ne reste que deux semaines et demie de campagne. Aujourd'hui, votre parti Horizon, enfin, dans la dernière mandature, votre parti Horizon comptait 30 députés. Vous en espérez combien dans trois semaines ?
Je ne me risquerai pas des pronostics. On voit à quel point la scène politique est mouvante. Je ne sais pas quelle sera la teneur de la campagne nationale. Et puis, ce sont beaucoup aussi de logiques individuelles. Une élection législative, ce sont 577 mini-élections avec des logiques très locales, avec des personnalités locales. Extrêmement compliqué à dire, d'autant que nous n'avons pas encore les investitures des uns et des autres.
Mais vous craignez quand même la catastrophe pour votre camp, pour dire les choses très clairement quand même, avec le résultat que vous avez eu aux Européennes ?
Moi, je crois que pour Horizon, qui est un parti d'élus locaux, de personnes très ancrées, je ne crains pas la catastrophe. Et je ne crois pas du tout au caractère inéluctable de la victoire du RN partout en France.
Et vous êtes toujours dans le camp de la majorité présidentielle. Horizon ne divorce pas, avec Renaissance.
Horizon ne divorce pas. Je crois que ce n'est pas un moment où il faut divorcer. On voit à quel point nous avons commencé comme cela, avec l'éclatement des LR. On voit ce que ça va amener. Et à l'inverse, on voit l'alliance des partis de gauche avec la France insoumise. Donc ce n'est pas le moment de divorcer. C'est le moment d'élargir plutôt.
Merci Loïc Carvran, député du Cher, et donc membre du parti Horizon. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci.
Loïc Kervran