Guerre au Moyen-Orient : les entreprises vont essayer "de s'ajuster pour minimiser les effets sur les prix", explique la directrice générale de la banque Santander
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« évidemment on est inquiet, on suit la situation avec beaucoup d'attention. »
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« elle s'occupe de ses clients comme ça et évidemment on suit quasiment en temps réel pour pouvoir adapter leurs conditions de travail et aussi la façon dont on accompagne les entreprises qui sont sur place. »
- 1:23Invité politiquePromesse
« En fait, je pense que la première chose qu'il faut prendre en compte, c'est que ce n'est pas la première crise que traversent ces entreprises. »
- 2:08Invité politiqueChiffre
« La durée de ce qui va se passer, c'est essentiel. »
- 2:43PrésentateurFait
« ça c'est quand même quelque chose qu'on ne voit pas très souvent. »
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France Info, l'invité éco, Fanny Guinachet. Bonsoir Laurence Boone, vous êtes économiste, ancienne ministre de l'Europe et aujourd'hui directrice de Santander France. Merci d'être avec nous ce soir.
Merci à vous Fanny Guinachet.
Alors Santander, c'est une banque espagnole qui est très vieille, 168 ans et qui ne cesse de grossir. Et ce que l'on ne sait pas toujours, c'est que c'est la plus grande banque européenne, 200 millions de clients dans le monde. Alors on voit, ça fait presque 15 jours que la guerre en Iran a démarré. Le régime iranien promet de cibler les banques, les centres d'affaires. La première question qu'on a envie de vous poser, c'est est-ce que vous êtes inquiète ?
Comme toutes les entreprises, qu'elles soient financières ou non, qui ont des équipes dans la région, évidemment on est inquiet, on suit la situation avec beaucoup d'attention. Plus particulièrement l'équipe que nous on a là-bas, elle travaille maintenant à distance. C'est-à-dire en télétravail ? Oui, elle s'occupe de ses clients comme ça et évidemment on suit quasiment en temps réel pour pouvoir adapter leurs conditions de travail et aussi la façon dont on accompagne les entreprises qui sont sur place. Alors justement, les entreprises, elles ont besoin de quoi ?
Elles vous appellent, vous, les banques parce qu'avec la déstabilisation des échanges commerciaux, elles ont besoin par exemple d'un peu plus d'argent ?
En fait, je pense que la première chose qu'il faut prendre en compte, c'est que ce n'est pas la première crise que traversent ces entreprises, puisque l'hiver 2022-2020, entre 2022 et 2024, on a déjà eu un choc énergétique avec l'agression de la Russie en Ukraine. Et ça, c'est venu juste quelques années après le Covid. Donc la plupart des entreprises, comme des institutions financières, ce n'est pas leur première crise. Donc elles sont prudentes, elles regardent comment les choses évoluent, elles évaluent en temps réel et elles ne se précipitent pas.
Elles prennent le temps d'évaluer et de contrôler ce qui se passe, puisqu'on a quand même beaucoup d'incertitude non seulement sur ce qui va se passer, mais aussi sur la durée de ce qui va se passer. La durée de ce qui va se passer, c'est essentiel ? Oui, c'est essentiel, parce que si c'est un choc très transitoire qui s'arrête, par exemple, le week-end prochain, même si ça ajoute à l'incertitude déjà ambiante qu'on connaît depuis maintenant un an sur les grandes incertitudes géopolitiques, ça restera quand même un choc transitoire et dont les effets passeront peut-être assez rapidement.
En revanche, si ça dure plusieurs semaines, voire plusieurs mois, là on rentre un petit peu dans un changement d'état d'esprit et il va falloir s'adapter.
Et quand même, on voit que le cours du pétrole s'envole, il est encore au-delà de 100 dollars le baril, ça c'est quand même quelque chose qu'on ne voit pas très souvent.
On ne le voit pas très souvent, mais on oublie qu'on l'a vu plusieurs fois, un grand nombre de fois tout au long du siècle dernier, vraiment si on essaye de remonter dans le temps. Mais c'est vrai, et on sait ça particulièrement depuis la crise en Ukraine, l'énergie c'est le socle de notre économie. C'est ce qui fait fonctionner aussi bien les individus avec leurs voitures que les entreprises qui ont besoin de pétrole ou de gaz pour avancer. Donc oui, c'est toujours une variable à laquelle tout le monde va prêter beaucoup d'attention et essayer de s'ajuster pour minimiser les effets sur son activité et sur les prix.
Quand même, alors justement sur les prix, vous en parliez, est-ce qu'il faut s'attendre que les consommateurs, qu'en rayon, que les prix augmentent ? À court terme, probablement pas. Enfin, il n'y a pas de raison, ce n'est pas instantané, à part, et on le voit dans les stations essence, sur les prix du pétrole et de l'essence. Après, plus ça va durer, plus effectivement chaque entreprise qui fait voyager ses biens va devoir faire un trajet plus long, puisqu'il va falloir contourner le détroit d'Hormuz, donc ça coûte plus cher. Donc effectivement, à terme, ça pèsera sur les prix.
Alors, est-ce que ça pèsera aussi sur les taux d'intérêt ? Parce qu'on voit qu'ils ont commencé à remonter un peu pour faire fonctionner l'économie, et vous êtes bien placé pour le savoir, en étant à la tête d'une banque en France. Il faut souvent de l'investissement, donc des prêts, des crédits, que ce soit une entreprise ou des particuliers. Est-ce qu'il faut s'attendre à une hausse des taux d'intérêt ?
Je pense qu'il faut regarder deux choses. La première, c'est que les taux d'intérêt dépendent à la fois de l'état de risque dans l'économie, donc de l'incertitude en fait, et là, elle augmente un peu, c'est clair, mais elle est aussi très volatile. Donc un jour, vous parliez des prix du pétrole, un jour ils augmentent, l'autre jour ils rebaissent, au gré des informations. Donc ça, ça rend les gens prudents, mais ça ne veut pas forcément dire qu'on augmente les taux. Et ensuite, il y a les prix, et ça, on vient d'en parler. Et si ça dure longtemps, si ça dépasse les plusieurs semaines, voire les mois, à ce moment-là, ça a un effet sur les prix.
Et effectivement, ça a un effet sur les taux, ultimement, puisque les prix augmentent. Et puisque les banques centrales vont regarder ça, et au début, de la même façon que les entreprises, elles vont être prudentes, elles vont évaluer les données, elles vont prendre le temps de voir si c'est temporaire ou pas. Et effectivement, si ça s'installe un peu, elles aussi vont essayer de ralentir la hausse des prix. Et pour ça, comme vous le savez, elles augmentent un peu leurs taux.
On sait que les Français sont de grands épargnants. Là aussi, côté épargne, dans le climat de confiance toute relative, ambiant, est-ce qu'il faut s'attendre à ce qu'il y ait encore plus de demandes du côté de l'épargne ? C'est-à-dire que les gens aient envie encore plus de mettre leur argent dans les banques pour laisser voir venir, consommer moins ?
Dans les périodes d'incertitude, c'est vrai qu'on voit les taux d'épargne augmenter. Après, si on s'inscrit un peu dans la durée et qu'on voit des effets sur les prix et donc sur le pouvoir d'achat, tout le monde ne peut pas épargner. Et il y a forcément une partie de la population qui, elle, commence à désépargner un petit peu pour essayer de maintenir son pouvoir d'achat, en tous les cas sur les produits de nécessité.
Alors, on voit quand même que les marchés financiers, même si vous nous dites, bon, tout le monde regarde ça avec sérénité, prudence, attentisme. Quand même, on voit un peu de fébrilité du côté des marchés financiers. On voit quand même qu'il y a des petits mouvements du côté de Wall Street suite à cette flambée du pétrole. Wall Street qui a fini dans le rouge hier. Est-ce que quand même, il ne faut pas s'attendre à une déstabilisation des marchés financiers et pourquoi pas un petit vent de panique, un krach ?
Je pense qu'on n'en est pas du tout là. À nouveau, on n'est pas... On est d'abord dans une phase, on était dans une phase de l'économie, puisqu'il faut quand même se remettre là-dessus, où les choses allaient plutôt bien. Même s'il y avait les incertitudes liées aux tarifs douaniers et aux échanges commerciaux, les entreprises étaient plutôt en bonne santé. L'économie fonctionnait plutôt bien. Donc, on a un socle de départ qui est plutôt porteur. Ensuite, comme on le disait, ce n'est pas la première crise en quelques années.
Donc, les entreprises, et ça touche aussi les entreprises financières et les investisseurs, elles ont compris qu'il ne fallait pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Donc, elles vont investir dans différents pays, dans différents types de produits. Ça, ça permet d'éviter... C'est ça. Si on peut prendre un petit choc quelque part, on va être résilient, parce qu'on est dans d'autres pays ou d'autres secteurs ailleurs.
Alors, vous êtes depuis presque deux ans à la tête de Santander France. Vous connaissez bien le milieu bancaire, puisque au cours de votre carrière, vous êtes passée par Bank of America, vous êtes passée par Barclays, vous êtes économiste de formation, diplômée d'un doctorat d'économie à la London Business School. Vous avez été aussi du côté de la politique, vous avez été conseillère de François Hollande, puis ministre de l'Europe au moment du déclenchement de la guerre, entre 2022 et 2024. Vous avez un parcours d'excellentes élèves, et en même temps, vous avez circulé dans tous ces domaines. Comment vous êtes multicarte, en fait ?
Quand on n'est pas prédestinée, parce qu'on ne fait pas un parcours classique en France, on essaye de se rattraper en travaillant beaucoup ailleurs et dans des domaines différents. Et puis, j'ai beaucoup aimé tout ce que j'ai fait. On apprend énormément de choses. Et aussi, je pense, avec mon grand âge maintenant, avoir un peu de recul quand ce type d'événement arrive et regarder à la fois avec les enseignements du passé et le calme que demandent toutes les réactions.
Vous avez vu plein de conflits, justement, et ce nouveau conflit est rebat les cartes. On voit quand même que, par exemple, pour les places financières, le Moyen-Orient perd de sa superbe, on va dire, que ce soit Dubaï, les Émirats. Est-ce que, du coup, l'Europe peut tirer profit ?
Oui, je pense. L'Europe, elle l'oublie souvent. C'est un marché de 450 millions de consommateurs. C'est plus grand. C'est 100 millions de plus que les États-Unis avec un pouvoir d'achat qui est en relatif assez élevé, en moyenne.
Mais est-ce que vous avez déjà des mouvements financiers avec des investisseurs qui disent finalement qu'on va quitter le Moyen-Orient et plutôt se placer en Europe ou ailleurs ?
Alors, ça, c'est un peu difficile à dire aujourd'hui. Ce qu'on peut dire, c'est qu'avec l'incertitude qui est là depuis à peu près janvier, depuis plus d'un an, en gros, on commence à avoir effectivement des mouvements où les investisseurs, comme les entreprises, comme les ménages, se disent je diversifie, donc je mets un peu plus d'investissement en Europe, je mets un peu plus d'investissement en Amérique latine et en fait, j'étale mes risques. Et ça peut être une opportunité.
Oui. Merci beaucoup, Laurence Boune, d'avoir été l'invité de France Info ce soir. Vous êtes directrice de S'entendeur en France.