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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 9 juin 2026 24 min

Affaire Lyhanna, loi intégrale, minute de silence... Le "8h30 franceinfo" de Yaël Braun-Pivet

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info. Bonjour Yael Brunpivet. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour Madame la Présidente, bonjour à tous. L'affaire Liana aurait-elle pu être évitée ? Vous allez nous dire ce que vous pouvez faire vous à votre échelle en tant que présidente de l'Assemblée Nationale. Mais d'abord alors que le suspect avait été visé par plusieurs procédures avant la disparition de la fillette de 11 ans sans jamais avoir été inquiétée. Gérald Darmanin exclut fermement de démissionner bien que certains le réclament. Le garde des Sceaux estime que les défaillances dans cette affaire ne tiennent pas à ces instructions.

Yael Brunpivet, est-ce que Gérald Darmanin se défausse sur les magistrats, sur les enquêteurs ?

0:41
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, je crois qu'il n'y a pas à rechercher un bouc émissaire quel qu'il soit. Que ce soit un ministre, que ce soit un magistrat, un procureur, des forces de l'ordre, le problème il n'est pas là. Et si on passe et on consacre nos jours aujourd'hui à rechercher un bouc émissaire, je pense qu'on est à côté de la plaque. Parce que le problème, il est beaucoup plus grand que cela. Il est systémique. On le sait tous, vous savez, moi je suis parlementaire. Je rencontre des victimes, je rencontre des gens qui viennent à ma permanence et qui m'expliquent ce que c'est le quotidien de cette justice de proximité.

1:19
Invité

Il n'y a pas une question de responsabilité quand même, on sait que le garde des Sceaux va être sur le grill lors des questions au gouvernement cet après-midi.

1:24
Yaël Braun-Pivet

Oui, c'est le rôle du Parlement de contrôler l'action du gouvernement.

1:28
Invité

Il n'a pas de responsabilité.

1:30
Yaël Braun-Pivet

Il va pouvoir répondre aux questions, il est garde des Sceaux, donc il a en charge le système judiciaire. Mais il hérite aussi d'un système qui a été sous-investi par des hommes et des femmes politiques depuis des dizaines d'années. Nous avons essayé de rattraper la hausse du budget de la justice qu'a défendu, notamment Éric Dupond-Moretti, son prédécesseur, n'a jamais été aussi importante. Plus 55%, ça n'est pas rien. Pour autant, on est toujours en dessous de ce que l'on devrait faire. On est très à la traîne.

2:04
Présentateur

On est à la traîne. Par rapport aux autres pays européens aussi, quatre fois moins de procureurs en moyenne en France. Vous disiez, Gérald Darmanin, garde des Sceaux, il a aussi été ministre de l'Intérieur. Et dans cette affaire, ce qui est mis en cause, c'est la responsabilité des magistrats et aussi des enquêteurs. Aujourd'hui, Gérald Darmanin, il dit, moi, j'ai passé les consignes. En revanche, il y a sans doute eu des défaillances. Et si c'est confirmé, il y aura des sanctions qui auront du blâme jusqu'à la révocation. Quand même, est-ce que les juges ne sont pas des boucs émissaires aujourd'hui ?

2:34
Yaël Braun-Pivet

Justement, il ne faut pas que les juges soient des boucs émissaires parce qu'ils font le maximum. Je les connais, je suis avocate, je vais souvent dans des juridictions. J'ai été présidente de la commission des lois à l'Assemblée nationale pendant cinq ans. Est-ce qu'il faut des sanctions ? Est-ce qu'il faut des sanctions ? Ce sont des hommes et des femmes qui se dévouent corps et âme à leur mission. Donc, il ne faut pas les mettre en accusation. Ce serait une grave erreur parce que la difficulté, le problème, il est beaucoup plus large que cela.

3:01
Présentateur

C'est toute la chaîne pénale qui peut, bien sûr. Vous avez vu la colère de la foule qui était rassemblée hier devant le ministère de la Justice ? C'est un rassemblement interdit, d'ailleurs. D'ailleurs, ça, je n'ai pas bien compris pourquoi.

3:12
Invité

Vous n'avez pas compris pourquoi ce n'était pas place en d'un ?

3:13
Yaël Braun-Pivet

Alors, je n'ai pas compris pourquoi ce rassemblement était interdit. Ce sont des femmes, ce sont des collectifs, des associations, des citoyens engagés qui luttent depuis des années pour défendre nos enfants, pour défendre les femmes de notre pays et donc qu'elles ne puissent pas manifester devant le ministère, où que ce soit, d'ailleurs.

3:35
Invité

Vous dites ça aux préfets de police et aux ministres de l'Intérieur ?

3:38
Yaël Braun-Pivet

Je dis ça aux préfets, aux ministres de l'Intérieur, aux ministres de la Justice aussi. Vous n'aurez du pouvoir de manifester pas en d'un ? Vous savez, moi, je suis présidente de l'Assemblée nationale. J'ai toujours autorisé les manifestations devant l'Assemblée nationale. Parfois, le préfet, parfois le ministre me disent « mais non, non, il ne faut pas ». Moi, je dis « c'est la maison du peuple ». Il est normal que le peuple puisse venir manifester et nous dire ce qu'il pense. Et je vais toujours devant des manifestants. Je pense que c'est ce qui aurait dû être fait.

Il faut autoriser toutes les manifestations, sauf s'il y a un trouble à l'ordre public manifeste, mais ça n'était pas le cas hier. Et il faut aller à la rencontre des gens qui manifestent, parce que nous sommes des responsables politiques et nous sommes responsables devant le peuple français. Et nous ne devons jamais craindre la parole de nos concitoyens. Jamais.

4:20
Présentateur

Vous dites qu'il fallait autoriser cette manifestation. Est-ce qu'il faut entendre aussi cette colère ? Parce que vous dites « il ne faut pas chercher des boucs émissaires ». Mais dans cette foule en colère, il y avait des victimes qui racontaient « moi, ma fille a été violée par son père et les juges n'ont pas décidé de la séparer de son père ». Elle est encore contrainte de voir son bourreau régulièrement. Est-ce qu'il n'y a pas aussi une question de responsabilité individuelle ? C'est ce que pointe Gérald Darmanin, c'est ce que pointe Édouard Philippe aussi, qui interroge notamment sur le pouvoir de syndicalisation des juges.

C'est ce que pointe Bruno Retailleau, qui dit qu'il faudrait que les juges soient plus souvent sanctionnés. Est-ce qu'on a le droit d'interroger cela ?

4:53
Yaël Braun-Pivet

On a le droit d'interroger la responsabilité des magistrats. Et il y a des sanctions qui sont prononcées. Est-ce qu'il faut revoir le pouvoir disciplinaire, la façon dont c'est organisé ? Pourquoi pas ? Il faut tout interroger. Mais franchement, si on pense que la réponse, elle est là, en jetant l'opprobre sur un magistrat, en considérant qu'il faut le sanctionner, lui ou elle, parce qu'il a fauté, on se tromperait de cible. Parce que le problème, il est beaucoup plus large. Le problème, ce n'est pas uniquement un dysfonctionnement dans l'affaire Liana. L'affaire Liana, elle est illustrative de ce qui se passe aujourd'hui dans notre pays pour des centaines et des centaines d'affaires.

Et c'est pour ça que vous parlez de ces parents qui ont des difficultés avec leurs enfants, avec le droit de garde, etc. Vous savez qu'aujourd'hui, nous avons une commission d'enquête à l'Assemblée nationale qui traite spécifiquement de ce sujet et qui rendra ses conclusions le 7 juillet prochain. L'Assemblée nationale ne cesse de faire des commissions d'enquête. Nous en avons fait 5 ces dernières années sur les violences sexuelles et sexistes dans le cinéma, dans le sport, la question de l'aide sociale à l'enfance. Nous nous battons, nous, parlementaires. Mais qu'est-ce qu'elles deviennent ces commissions d'enquête ? C'est peut-être le problème.

Alors, elles ont fait 247 propositions, j'ai compté. L'ASE, je me suis battue avec Isabelle Santiago, notamment avec d'autres parlementaires. Périne Goulet, présidente de la délégation au droit des enfants que j'ai créée en 2022 pour protéger nos enfants. Nous nous sommes battus et le gouvernement nous a écoutés puisqu'elle sera inscrite la semaine du 15 juillet à l'Assemblée nationale. Donc vous voyez, il faut se battre, il faut se faire entendre. Mais nous obtenons gain de cause pour nos enfants et pour les femmes de ce pays.

6:31
Invité

À propos de se faire entendre, vous avez pour la première fois hier fait une conférence de presse à l'Assemblée. C'est la première fois que vous faisiez ça. pour demander au gouvernement d'inscrire à l'agenda parlementaire la loi intégrale transpartisane sur les violences sexistes et sexuelles contre les femmes et les enfants. On sait que le Premier ministre va recevoir à 11h30 à Matignon cinq membres de son gouvernement, qu'il a lui aussi transmis au Conseil d'État, ce que vous avez fait aussi, mais qu'il temporise. Donc, première question, est-ce que vous pouvez nous expliquer qu'il y a dans cette loi ?

Et vous venez ce matin sur France Info pour lancer un appel au président de la République.

6:59
Yaël Braun-Pivet

Alors, effectivement, c'est rare qu'une présidente de l'Assemblée nationale participe à une conférence de presse. Je l'ai fait à la demande de la députée qui est du groupe socialiste qui s'appelle Isabelle Thiemau-Martinez. Donc, c'est cette proposition de loi qui est consultable sur le site de l'Assemblée si vos auditeurs souhaitent la consulter. 79 articles. 79 articles. Donc, c'est une proposition de loi qui est très dense qui a été travaillée, et c'est ça qui est intéressant, qui a été travaillée de façon transpartisane avec des députés qui appartiennent à tous les groupes politiques sans les extrêmes de l'Assemblée nationale.

Sans cesse qu'aux signataires qui vont du groupe communiste au groupe droite républicaine. Et c'est une proposition de loi qui a été travaillée avec les associations, des collectifs, 63 associations, et ça fait des mois qu'elles travaillent ensemble. La ministre Aurore Berger a aussi travaillé sur ce sujet. Donc, nous, nous sommes prêts à légitier. Qu'est-ce qu'il y a dedans ?

7:51
Invité

Est-ce que ça aurait pu empêcher l'affaire Liana, c'est votre proposition-là ?

7:54
Yaël Braun-Pivet

Alors, ce qui est sûr, c'est que cette proposition de loi prévoit une réorganisation territoriale du traitement de ces affaires. Et on voit que dans l'affaire Liana, il y a des problèmes de transmission et de passage de tribunal à tribunal. Et donc, dans cette proposition de loi, il n'y aurait pas eu ce passage de tribunal à tribunal. On prévoit notamment que la compétence du tribunal pourrait être liée au domicile de la victime et non pas uniquement au lieu de l'infraction, etc. Donc, il y a des choses qui pourraient effectivement améliorer le fonctionnement de la justice. Mais ce qui est intéressant, c'est que c'est une loi qui est vraiment, qui est à 360 degrés.

On parle aussi de l'éducation nationale. C'est pour ça qu'on parle de loi intégrale. Parce que l'on pense collectivement que la difficulté, justement, elle n'est pas à un niveau de la chaîne, mais que c'est quelque chose de systémique, de collectif, et qu'il faut tout traiter ensemble. On a fait beaucoup de propositions de loi en la matière.

8:46
Présentateur

Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ? Alors, pourquoi elle n'est pas déjà en vigueur, cette loi intégrale qui fait consensus ?

8:50
Yaël Braun-Pivet

On a, alors, elle a été déposée récemment, elle a été déposée, je crois, en décembre dernier. Mais on a traité ce sujet par petits bouts. Il y a eu beaucoup de propositions de loi sur le sujet des projets de loi. On a parlé, on a voté des sujets de prescription sur l'ordonnance de protection. On en a rallongé les délais. On a voté des budgets pour avoir plus de téléphones graves dangers, pour avoir des bracelets anti-rapprochement. On a fait plein de choses, mais on les a faits de façon éparse, sans vision globale.

Et on voit bien, aujourd'hui, et c'est l'affaire Liana qui l'illustre, malheureusement, de façon absolument terrible et dramatique, on voit bien qu'on a besoin d'avoir une réponse globale. Est-ce que vous vous sentez entendue par le gouvernement ? Et donc, pour être très concrète, moi, hier, j'ai saisi le Conseil d'État, puisque la proposition de loi est sur le bureau de l'Assemblée nationale, et donc c'est de ma compétence. Donc, hier, la lettre est partie de saisine au Conseil d'État, qui va nous rendre son avis argumenté, juridique, pour nous dire exactement quelles sont les mesures qu'il faut corriger.

Nous pouvons continuer à dialoguer avec les associations, les collectifs, et je serais très heureuse que le Parlement puisse enfin dialoguer sur ces sujets-là avec le gouvernement. Et moi, ce que je demande, c'est que...

10:00
Invité

Pardon, ça, c'est une critique en creux du gouvernement,

10:02
Yaël Braun-Pivet

ce qu'on a dit. Oui, parce qu'en fait, j'entends, je suis désolée, mais je suis un peu en colère, parce qu'aujourd'hui, j'ai entendu, et c'est très bien que le Premier ministre réunisse des ministres sur le sujet.

10:13
Invité

En colère contre eux ?

10:14
Yaël Braun-Pivet

Non, mais il faut voir les choses globalement, à nouveau, c'est le mesure global. Vous voulez dire que le gouvernement a pris les choses par le petit bout de la lorgnette,

10:22
Présentateur

et aujourd'hui, vous dites que ça suffit ?

10:23
Yaël Braun-Pivet

Et moi, je demande à ce que le Premier ministre reçoive les associations, reçoive les parlementaires, qu'on travaille ensemble. Il ne s'agit pas de dire, moi, je saisis le Conseil d'État, moi, je saisis le Conseil d'État, on va faire ci, on va faire ça, chacun de son côté. On veut une réponse globale. Mais la réponse globale, elle passe aussi par une association du Parlement, des collectifs, des victimes, des associations, des magistrats, c'est tout le monde qu'il faut embarquer, parce qu'autrement, on n'y arrivera pas. Et donc, moi, ce que je demande aujourd'hui, très concrètement... Le Président, qu'est-ce que vous demandez au Président ?

Alors, moi, je demande au Président de la République, qui, lui, constitutionnellement, a le pouvoir de convoquer une session extraordinaire, et donc, je lui demande d'inscrire à l'ordre du jour de la session extraordinaire, qui aura lieu au mois de septembre, cette loi intégrale. Nous devions nous réunir à partir du 20-21 septembre. Je demande à ce que nous nous réunissions avant. Nous aurons, à ce moment-là, l'avis du Conseil d'État. Nous aurons eu le temps de nous concerter davantage avec le gouvernement, les autorités judiciaires, les collectifs d'associations, etc.

Nous serons prêts, et nous pouvons légiférer, dès le mois de septembre, sur ce sujet-là, qui est un sujet qu'on doit mettre en haut de la pile. Parce que c'est l'autre sujet aussi. On parle de l'agenda...

11:27
Invité

Vous enjambez Sébastien Lecornu pour parler directement au Président.

11:29
Yaël Braun-Pivet

Moi, c'est le Président de la République qui a la compétence de convoquer la session extraordinaire. Et c'est le Président de la République qui est garant, qui est élu par le peuple français. Il s'agit d'un sujet d'intérêt national. Et c'est aussi peut-être là où le bas a blessé. C'est qu'on n'en a pas fait une priorité nationale. C'est une grande cause, et c'est très bien, et c'est formidable, il fallait le faire. Mais on voit bien que c'est un sujet qui doit être en haut de la pile, partout. Pour le ministère du Sport, le ministère de l'Éducation nationale, la justice, l'intérieur...

12:04
Présentateur

Ce que vous dites, c'est qu'il n'y a pas eu de prise de conscience au niveau de l'exécutif. Et aujourd'hui, vous dites, tout le monde doit se réveiller, ce sujet doit être prioritaire. Et d'ailleurs, on le voit aussi dans les mesures. En France, on est très en retard. Vous disiez, on est en retard sur les moyens de la justice. On est aussi en retard sur la prévention et l'accompagnement des enfants victimes de violences sexuelles. Quand on compare au modèle nordique, par exemple, où il y a des maisons de l'enfance, où tous les services sont regroupés, les magistrats, les policiers... En France, on en est très loin. Est-ce qu'il ne faut pas s'inspirer aussi de ces pays-là ?

On a fait des très belles choses.

12:32
Yaël Braun-Pivet

Moi, j'ai visité à plusieurs reprises des maisons des familles, notamment, qui, justement, ont des équipements spécifiques, des formations spécifiques pour recevoir les plaintes des enfants dans des conditions vraiment parfaites. Et donc, on a avancé, mais on ne va pas assez vite. Et on est un peu submergé par le nombre de plaintes et le nombre d'affaires. Et donc, il faut vraiment passer à la vitesse supérieure. Moi, je ne dis pas qu'on n'a rien fait parce que j'en serais responsable aussi. Mais il faut aller plus loin. Mais il faut aller plus loin. Il faut aller plus vite. Il faut aller plus fort. Et c'est un petit peu à ça que ça sert, ces mobilisations-là.

Vous voyez, je pense que les hommes et les femmes politiques doivent être profondément à l'écoute du peuple et être en connexion avec ce qui se passe dans une société. Et aujourd'hui, écouter, croire, protéger. Ce sont les images que vous montrez. Et vous déploriez que la manifestation

13:20
Présentateur

devant le ministère de la Justice ait été interdite. Que faire concrètement face à ces pédocriminels récidivistes ? On écoute le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, sur BFM hier soir.

13:29
Auditeur

Je pense que les pédocriminels sont incurables. Il y a plusieurs mois que j'ai dit que pour ma part, vouloir réinsérer des pédocriminels me paraissait contraire à la vérité de ce qui se passait. Je pense que notre réponse pénale lorsqu'il concerne les pédocriminels ne doit pas avoir comme but dans la prison leur réinsertion future. Mais on doit les priver, me semble-t-il, de liberté le plus possible.

13:48
Présentateur

Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat de Gérald Darmanin ? Et si oui, quelles conclusions faudrait-il en tirer ?

13:55
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, c'est des sujets évidemment extrêmement compliqués. Quand on voit l'état de nos prisons, on sait que, de toute façon, on a beaucoup de mal à faire un travail de réinsertion vis-à-vis de quelques détenus que ce soit. On a des prisons, et là aussi, on est les mauvais élèves de l'Europe. On a des prisons qui sont dans un état déplorable et les personnes qui effectuent les surveillances ont bien du mal à pouvoir effectuer leurs missions qui sont justement aussi de réinsérer. Mais là, Gérald Darmanin parle de pédo-criminels

14:26
Présentateur

incurables. Est-ce que ça veut dire qu'il faut les mettre hors d'état de nuire définitivement sans chercher à les réinsérer ?

14:33
Yaël Braun-Pivet

Ça dépend des situations parce qu'on sait, par exemple, qu'on a un certain nombre de pédo-criminels, notamment sur des infractions intrafamiliales, qui ont des taux de récidive extrêmement faibles. Et c'est notamment ceux qui sont incarcérés dans une prison spécifique en Corse, à Casabianda. Et donc, il faut regarder ça de façon extrêmement nuancée. Mais en tout cas, tant que nos prisons seront dans un tel état, je pense qu'on ne peut pas tirer ce type de conclusion parce que le travail de réinsertion, malgré les efforts incroyables que font nos surveillants, nos services de réinsertion, nos médecins qui sont en prison, ne peut être fait dans des conditions optimales.

Vous savez, moi, en 2018, j'avais proposé, alors ça ne concerne pas du tout ces cas-là, mais pour les jeunes mineurs délinquants, on crée des centres de détention allégés pour pouvoir procéder à des incarcérations et ça aurait permis de régler une partie, bien évidemment pas tout, de la surpopulation carcérale. Sur ce sujet-là, là aussi, le Parlement n'a pas été entendu.

15:32
Invité

Le 830 France Info, Agathe Lambret, Paul Larouturou.

15:38
Présentateur

Avec Yael Broun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, Patrick Bruel aussi, Paul, suscite, enfin le cas Patrick Bruel suscite de l'émotion et des réactions.

15:47
Invité

Le chanteur est en garde à vue depuis hier matin dans le cadre d'une enquête pour violences sexuelles qui concerne à ce stade 13 victimes présumées à indiquer le parquet de Nanterre. On écoute Flavie Flamand qui a porté plainte mimée contre Patrick Bruel pour viol.

15:58
Auditeur

Avant moi, et c'est ça qui est particulièrement dégueulasse et qui provoque une véritable indignation chez moi, avant moi, il y a des femmes qui pendant des mois, pendant des années, ont essayé de se faire entendre et il a fallu la médiatisation de ma plainte pour que les choses avancent.

16:13
Invité

Yael Broun-Pivet, vous avez déjà dit qu'à titre personnel, vous n'iriez pas le voir en concert. Est-ce que vous dites comme Flavie Flamand, il était temps ?

16:20
Yaël Braun-Pivet

Quand on voit le nombre de plaintes, il est important que la justice puisse faire son travail et puisse enquêter.

donc c'est ce qu'ont fait les forces de l'ordre et donc l'acte de garde à vue est toujours, en fait, lorsqu'il y a une personne qui est impliquée dans plusieurs affaires, quelque chose qui est tout à fait habituel et classique et il est finalement assez sain que dans notre système judiciaire, qu'on soit puissant ou misérable, on soit soumis au même traitement et donc la justice suit son cours, l'enquête se produit et donc on va la laisser faire son travail le plus sereinement possible ce qui est forcément difficile quand une affaire est à ce point médiatisée et quand les personnes en cause sont médiatisées mais en tout cas c'est bien et c'est rassurant pour nos concitoyens qu'ils sachent que la justice fait son travail quelles que soient les personnalités des mises en cause.

17:09
Présentateur

Est-ce que Patrick Bré l'a bien fait ?

17:10
Yaël Braun-Pivet

Il va pouvoir se défendre aussi, il va pouvoir présenter aux forces de l'ordre sa version, ses explications et c'est important dans un système, un état de droit, nous avons besoin de cet équilibre-là, il y a la parole des victimes, il y a la parole des mises en cause et c'est maintenant le travail des enquêteurs de pouvoir se faire une opinion. Est-ce qu'il est présumé

17:30
Présentateur

innocent ? Est-ce qu'il a bien fait de se mettre en retrait ? Il ne participera pas aux enfoirés ? Il a annulé ses concerts cet été ? Est-ce que c'est une bonne décision ?

17:38
Yaël Braun-Pivet

Je crois que c'est une bonne décision, c'est ce qu'il fallait faire lorsque l'on voit les mois et le nombre de victimes potentielles qui ont porté plainte, il est important que l'on retrouve de la sérénité et le fait de maintenir ses concerts et ses événements publics empêchait de toute évidence cette sérénité-là et donc je pense que c'est bien.

18:02
Présentateur

Est-ce que la question, il y a le brome pivot, de la prescription dans ce type de dossier se pose ? On parlait tout à l'heure des mineurs. Certains disent qu'ils veulent l'imprescriptibilité des crimes pour les mineurs. Aujourd'hui, c'est 30 ans à compter de la majorité des crimes sexuels. La question peut se poser aussi pour les majeurs. Quelle est votre position ?

18:20
Yaël Braun-Pivet

Moi, je suis opposée à revenir sur la question de la prescription. L'imprescriptibilité aujourd'hui n'existe que pour une sorte de crime, les crimes contre l'humanité. C'est une spécificité considérant la nature hors norme de ces crimes. concernant les autres crimes, je pense que la prescription qui est un des fondements de notre droit est nécessaire et doit être sauvegardée pour les faits de victimes, les violences sexuelles faites aux mineurs. Nous avons beaucoup progressé justement durant ce mandat en allongeant le délai de prescription à 30 ans après la majorité, ce qui pousse le délai à 48 ans pour l'âge de la victime et je pense que c'est suffisant.

19:05
Présentateur

Parce que parfois, on ne s'en rappelle pas pendant 30 ans, 40 ans.

19:09
Yaël Braun-Pivet

Et nous avons travaillé aussi sur une prescription glissante. En fait, lorsqu'il y a un auteur qui commet plusieurs actes vis-à-vis de plusieurs victimes, la prescription n'est pas acquise pour une victime quand bien même les faits seraient extrêmement anciens et cette prescription n'est pas acquise du fait de la survenance de nouvelles infractions par le même auteur. Donc, je pense qu'on a été au bout. J'entends ce débat sur l'imprescriptibilité. Oui, parce que certains disent que ce n'est pas suffisant

19:36
Présentateur

notamment à cause de l'amnésie traumatique. On peut se rappeler des faits des décennies plus tard

19:40
Yaël Braun-Pivet

et il est trop tard. Je l'entends mais il faut bien voir que si l'on dit à la victime qu'elle va pouvoir porter plainte de façon indéfinie et qu'il pourra y avoir un procès, il faut bien voir que la constitution de preuves va être de plus en plus difficile à mesure que le temps s'écoule. Et donc, il va être très difficile pour les magistrats de pouvoir entrer en voie de condamnation, de pouvoir constituer tout simplement un dossier qui va leur permettre de se faire une opinion parce que nous sommes dans un état de droit et donc, c'est une des raisons pour lesquelles il faut à un moment donné que la prescription puisse faire son oeuvre. Je sais que c'est très douloureux pour les victimes.

Il y a des propositions qui peuvent être faites mais en tant que juriste, en tant que tenante de l'état de droit, moi je suis opposée à l'imprescriptibilité. Vous avez été avocate d'ailleurs.

20:33
Invité

Et on a quelques questions politiques avant la question qui ? Un âge de départ à la retraite à 67,6 ans en 2070. C'est la piste explosive pour équilibrer les retraites que suggère le Conseil d'orientation des retraites dans son nouveau rapport parce qu'on le sait le déficit sera beaucoup plus important que prévu en raison du recul de la natalité. Est-ce qu'un candidat devrait avoir le courage de dire qu'en 2070 on va tous partir à la retraite à 67 ans ou pas ?

20:57
Yaël Braun-Pivet

Alors ce qui est sûr c'est qu'un candidat doit avoir le courage de dire qu'on a un réel problème de financement de notre système de retraite du fait de problèmes tout simplement démographiques et de réduction du nombre de cotisants par rapport au nombre de retraités. Donc le problème il est devant nous on le sait tous c'est la raison pour laquelle nous avions légiféré en la matière pour retarder l'âge de la retraite à 64 ans. Maintenant je note dans le rapport du corps que ce qu'ils disent c'est si on ne bouge qu'un seul curseur qu'un seul curseur l'âge de la retraite nous devons aller jusqu'à 67 ans.

Moi je crois qu'il faut bouger d'autres curseurs que l'âge de la retraite il y a évidemment le curseur de l'âge mais il n'y a pas que celui-là. Et c'est-à-dire qu'est-ce que vous voulez faire ?

Il y a la question du financement on entend et moi je suis assez favorable au fait de proposer une dose de capitalisation je suis aussi assez favorable pour qu'on regarde d'autres sources de financement du fait de la réduction de la population active on va avoir la révolution on l'a déjà de l'intelligence artificielle potentiellement il peut y avoir de la réduction à nouveau d'emplois dans notre pays dû à cette technologie-là et donc il faut qu'on revoie et qu'on repose les choses sur la table mais là aussi pas tout seul dans notre coin moi j'entends déjà certains candidats dire ça sera comme ci ça sera comme ça ça sera comme ça ça marche pas comme ça

22:14
Présentateur

il faut qu'on discute

22:17
Yaël Braun-Pivet

avec les organisations syndicales mais c'est surtout il faut qu'on noue un grand pacte avec les français autour de cette question de la retraite ça concerne tout le monde ça concerne les retraités qu'il faut probablement mettre davantage à contribution et c'est ce que je proposais lorsqu'on a examiné le précédent budget suppression de leur avantage fiscal de 10% non-indexation des retraites les plus élevées donc il y a cette mise à contribution et il faut aussi que l'on regarde comment on rééquilibre notre système

22:43
Invité

c'est l'heure de la question qui madame la présidente de l'Assemblée ce matin la question qui Noam du nom de ce prénom de ce jeune de 19 ans mort après une agression à Metz ses proches dénoncent un crime homophobe plusieurs associations et la France insoumise vous demandent une minute de silence à l'Assemblée nationale y êtes-vous favorable ?

22:59
Yaël Braun-Pivet

Écoutez on en discutera tout à l'heure en conférence des présidents dès que je vais vous quitter dans une heure je suis avec tous les présidents Quelle est votre position ? Écoutez c'est compliqué parce que pour le moment en tout cas pour le moment à date les enquêteurs n'ont pas retenu la circonstance aggravante

23:15
Invité

Et vous l'avez fait pour Quentin Deranc alors que l'étude n'était pas l'enquête n'était pas finie non plus

23:19
Yaël Braun-Pivet

Et donc nous avons aujourd'hui une situation compliquée moi je vais proposer à la conférence des présidents de faire une minute de silence pour ce jeune homme Noam pour Liana et pour un gendarme qui est décédé ce week-end dans l'exercice de ses fonctions Merci beaucoup Yael Brunizé C'est la République On est en retard

23:38
Présentateur

Merci d'avoir répondu aux questions de France Info Merci Paul Merci à toi Merci à toi