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interviewRMC — Face à Face· 24 septembre 2025 21 min

Face à Face : François Ruffin - 24/09

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. RMC jusqu'à 9h. Apolline Matin. Face à face. Apolline de Malherbe. Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes député, député debout de la Somme. Vous aviez été connu au départ pour un de vos films qui s'appelait Merci Patron et vous aviez, sur les routes de la Somme, été aussi à la rencontre d'un certain nombre d'ouvriers dont les jobs avaient été délocalisés, les usines avaient été délocalisées. Votre film s'appelait Merci Patron.

Est-ce que vous diriez Merci Patron si le patronat est mis à contribution et accepte de payer les taxes sur les très hauts patrimoines, y compris professionnels ?

0:48
François Ruffin

Moi je dirais Merci Patron. Oui, si jamais les actionnaires, les milliardaires dans notre pays payaient leur juste part. Vous savez, aujourd'hui, on vit dans un pays où les milliardaires payent deux fois moins d'impôts en proportion que leurs secrétaires et que les infirmières. Est-ce que c'est normal ? Est-ce que vous trouvez ça normal ? Donc, il s'agit là de relever l'imposition des plus grandes fortunes de notre pays dont le patrimoine a été multiplié par 14 en 30 ans. Vous savez, en une année de crise Covid, les 500 fortunes de notre pays ont vu leurs fortunes quasiment doubler. Plus 236 milliards d'euros.

Pendant une année où les Français étaient confinés, où pour certains ils mouraient, où l'économie était arrêtée, où c'était les aides à domicile, où c'était les infirmières qui tenaient le pays debout, qui s'est enrichi ces 500 fortunes-là. Eh bien, il est légitime qu'elles le rendent.

1:40
Présentateur

Est-ce que c'est pour vous un risque quand même sur l'outil de production ? Vous faites partie de ceux qui se sont toujours intéressés à la question des usines, des outils de production, de la localisation de tout cela. Ils disent, si vous nous taxez le patrimoine professionnel, et non pas particulier, alors c'est un risque sur les emplois.

1:59
François Ruffin

Je vais vous dire, je n'ai pas envie de rentrer même dans la question des moyens à mettre en œuvre. Il y en a toute une série. Un, oui, retour d'un impôt de solidarité sur la fortune. Deux, on relève la flat tax, l'impôt sur les dividendes. Trois, on taxe les grandes transmissions au-delà de 100 millions d'euros, par exemple. Quatre, la fin des sociétés écrans. Les sociétés écrans, c'est par ce biais-là que, par exemple, Bernard Arnault touche l'an dernier 3 milliards d'euros de dividendes et ne paye pas 1 euro d'impôt.

2:27
Présentateur

Précisément, vous dites Bernard Arnault, ce matin, et c'est notre journaliste Anne-Sorah Dubois qui le dit sur BFM TV, elle a eu un proche du Premier ministre qui lui a dit cette phrase, je cite, « La question n'est pas de savoir si Bernard Arnault va payer, la question c'est de savoir comment. »

2:41
François Ruffin

Comment je vous énonçais une série de moyens ? Mais je vous redis, il passe par une série de holdings qui se trouvent à Jersey, qui se trouvent au Luxembourg, qui se trouvent sur les îles Caïmans dans des paradis fiscaux, pour ne pas payer un certain nombre d'impôts. Les États-Unis l'ont interdit, pays du capitalisme, depuis 1934, c'est interdit aux États-Unis. Il s'agit de faire de même en France et que tout ça soit normalement taxé et qu'on ne se palte pas par un certain nombre de filiales.

3:07
Présentateur

Vous savez qu'on est en Union européenne ?

3:08
François Ruffin

Je suis tout à fait conscient qu'on est en Union européenne.

3:10
Présentateur

Qu'il y a donc une liberté totale de mouvement, à la fois des marchandises, mais aussi des particuliers. Il y a quelques jours sur BFM TV, je recevais un patron qui, à un moment, avait dû effectivement payer sur sa production. Il dit « Je suis parti en une semaine ». Il avait deux enfants qui étaient scolarisés, il avait sa vie en France. Il dit « Je suis parti en une semaine ». Il était parti en l'occurrence en Belgique. Est-ce que vous trouvez normal de vous dire que potentiellement, vous avez un certain nombre de patrons qui, ici, consomment, payent des impôts, créent des emplois, qui pourraient partir en une semaine ?

3:41
François Ruffin

C'est échiffré, Madame de Malherbe, par le Conseil d'analyse économique qui est rattaché à Matignon. C'est 0,003% des Français les plus riches qui partiraient en cas de retour d'un impôt sur le patrimoine.

3:55
Présentateur

Oui, mais c'est précisément cela que vous voulez taxer. C'est-à-dire que la taxe Zuckman, par exemple, c'est vraiment les très petits nombres de foyers.

4:03
François Ruffin

Je vous redis, 0,003% des Français les plus riches. Vous commencez où, les plus riches ? Dans le 0,1%. Donc, 0,03% des 0,03%. Voilà, donc, c'est extrêmement marginal, aujourd'hui, ceux qui partiraient. C'est-à-dire 99,997% des Français les plus riches qui resteraient dans notre pays. Ça, c'est la première chose. Ensuite, simplement, est-ce que vous trouvez normal qu'il y ait cette menace qui soit en permanence brandie ? Que, oui, à peine François Mitterrand arrive à l'Élysée, qu'on a Bernard Arnault qui fuit à l'époque aux États-Unis. On a François Hollande qui revient et qui propose de relever l'impôt sur les patrimoines.

4:44
Présentateur

Mais faut-il les en empêcher ? Thomas Piketty, hier, dit « mais on peut geler leurs avoirs et les arrêter à l'aéroport ».

4:49
François Ruffin

Mais je suis tout à fait favorable à ce qu'il y ait des mesures contraignantes qui soient mises sur ceux qui, finalement, choisissent de ne pas appartenir à la patrie, vous savez.

4:57
Présentateur

Mais ça veut dire quoi, des contraintes ? Ça veut dire les empêcher de quitter le pays ?

5:00
François Ruffin

Je vais vous le dire. Vous leur piquez leur passeport ou c'est quoi ? C'est le préambule de notre Constitution qui dit que l'impôt doit être payé en raison de nos facultés. C'est-à-dire que les facultés les plus riches sont... Proportionnellement. Eh bien, là, on est dans l'inversement proportionnel. Je vous le redis, les milliardaires de notre pays payent deux fois moins d'impôts en proportion que leurs secrétières ou que les infirmières.

5:22
Présentateur

Je vous repose la question. Vous avez dit « je suis pour qu'on les contraigne ». Comment ?

5:27
François Ruffin

Les États-Unis, qu'est-ce qu'ils font ? Même quand on quitte le pays, on continue à être imposé aux États-Unis. Et ça, pendant toute la vie. Donc, on peut continuer à imposer. Et d'autre part, tous ces gens, mais qui sont peu nombreux, en vérité, la masse des patrons, eh bien, ils se disent « je peux contribuer à l'école et à l'hôpital et à l'intérêt national ». Mais ceux qui menacent en permanence de fuir, de partir, je veux dire, oui, il faut des mesures contraignantes. Pourquoi pas une privation des droits civiques ? On est là dans le choix qu'ils font de ne pas appartenir à la communauté nationale. Mais je vous le redis.

6:06
Présentateur

Et l'idée de geler leurs avoirs ?

6:08
François Ruffin

Je voulais leurs avoirs, tout à fait. Mais je vous le redis. Je ne veux pas qu'ils aillent une confusion. Nationaliser leur patrimoine ? Écoutez, si jamais ils font le choix de ne pas appartenir à la communauté nationale, c'est un choix qu'ils font. Ils font le choix de faire sécession. De faire une sécession d'avec la communauté, comme l'ont fait à la Révolution française, les aristocrates qui ont choisi à cette époque-là de fuir à Coblanche.

6:35
Présentateur

Certains aristocrates qui sont partis à Coblanche. François Ruffin, vous me refaites le coup à chaque fois que je vous reçois pour me parler de la Révolution. Là, je vous parle de ce qui se passe en ce moment.

6:43
François Ruffin

C'est le moment fondateur de notre République.

6:45
Présentateur

Tout à fait, j'en suis bien d'accord, mais il faut écouter les deux lectures. En l'occurrence, quand vous dites, on gèle leurs avoirs, pourquoi pas ? Concrètement, vous seriez prêt à geler les avoirs ? Voire même, quand je vous pose la question de nationaliser, vous ne dites pas non ?

6:59
François Ruffin

Je dis que tout ça peut être débattu à l'Assemblée nationale, et ça fera d'excellents débats. Ce n'est pas à moi d'en décider aujourd'hui dans votre studio. Mais oui, cette question-là, comment on fait pour que ces personnes qui, je le redis, ne sont pas les patrons ? Vous savez, dans patrons, moi, je ne veux pas qu'on confonde, comme poisson, il y a les requins et il y a les sardines à l'intérieur. Et la masse...

7:18
Présentateur

C'est exactement ce que je vous disais sur les aristocrats. Il ne faut pas caricaturer. Et vous n'aimez pas les caricatures, François Ruffin.

7:23
François Ruffin

Et la masse des patrons, aujourd'hui, ils disent comme le patron des entreprises de proximité, il faut taxer les dividendes, il faut taxer les biens financiers. Donc voilà, il y a un accord qui est très large. Donc on a quelques personnes qui ont une grande visibilité, parce qu'ils possèdent un certain nombre de médias, et donc qui s'expriment très largement à grand bruit. Mais ce sont une infime minorité dans notre pays. Mais vous savez, ce qu'on dit là, aujourd'hui, en France, c'est un débat qui est international. C'est le FMI qui dit maintenant, il est temps de taxer les plus riches partout. Pourquoi ? Parce qu'en fait, depuis 40 ans, il y a ce qu'on appelle...

On avait une fiscalité qui s'est déplacée des bases mobiles vers les bases immobiles. Les bases mobiles, c'est quoi ? C'est les capitaux. Ce sont les grandes sièges et sociétés. Comme elles menacent de fuir, on les taxe moins. Et la fiscalité se déplace vers qui ? Elle se déplace vers ceux qui ne vont pas bouger, ceux qui ont femme, enfant, maison, mari, ici. Et qui, du coup, vont payer. Ça se passe par la TVA, ça passe par les impôts locaux, ça passe par les taxes sur les petites entreprises.

8:27
Présentateur

Je voudrais juste aller au bout de ce que vous dites. Un, il faut effectivement trouver ce nouveau moyen de les mettre à contribution. et s'ils n'acceptaient pas le deal, en quelque sorte, s'ils tentaient de fuir, pour reprendre votre mot, alors pourquoi pas des punitions, voire même un gel des avoirs, voire même une nationalisation. Je veux quand même que les choses soient claires. Ça fait partie, vous dites, à un moment, il faudra mettre ces armes-là sur la table.

8:51
François Ruffin

En tout cas, il faudra qu'il y ait des sanctions. Il y a des sanctions qui doivent être prises. Et je vous le redis, les États-Unis font quelque chose de très simple. Même quand les gens s'en vont, ils continuent d'être taxés et ils continuent d'être taxés à vie. Donc c'est une mesure simple qui peut être, à mon avis, assez consensuelle. Lançons des sondages là-dessus, si vous le souhaitez. Mais en revanche, maintenant, je pense que sur cette question-là, sur la sécession que font les grandes fortunes...

9:15
Présentateur

Vous avez entendu Patrick Martin, le patron du MEDEF, qui dit qu'on va refuser cela et surtout, on fera même un meeting. Les patrons eux-mêmes, désormais, font des meetings comme les politiques.

9:28
François Ruffin

Écoutez, moi, ce que j'espère, c'est que Patrick Martin va lancer une grève des milliardaires et une grève des actionnaires. Parce que, vous voyez, quand les infirmières font grève, quand les pharmaciens font grève, quand les conducteurs de train font grève, ça se sent tout de suite. Là, qu'est-ce qu'on va sentir quand il y aura une grève des milliardaires et des actionnaires ? Rien. Il n'y aura rien qui se passera. C'est dire que leur utilité à la société est quand même limitée.

9:51
Présentateur

Ils ne produisent rien pour vous ?

9:53
François Ruffin

Directement, non, ils ne produisent rien. Donc, maintenant que Patrick Marquettin organise des défilés de Cadillac, très bien. Mais, vous savez, pour moi, je le redis, il ne faut pas confondre. Je vois le jeu de M. Patrick Martin qui se prétend le mouvement des entrepreneurs et qui, en vérité, monte au créneau quand ce sont les 500 fortunes de notre pays qui sont aujourd'hui concernées. Quand est-ce que Patrick Martin est monté au créneau et a organisé un meeting ? Quand il y avait l'électricité qui bondissait, qui faisait que c'était tous les artisans, tous les commerçants, tous les industriels qui se retrouvaient en difficulté à cause de leur facture d'énergie. Ça ne s'est pas produit.

Donc, là, on a finalement un MEDEF qui tombe le masque et qui révèle qui il défend vraiment. Il ne défend pas tous les entrepreneurs du pays, il défend les plus grandes fortunes du pays. Vous savez, on a un... Et moi, je veux que ça soit clair. Pour moi, il ne doit pas y avoir un euro d'impôt supplémentaire sur les TPE, sur les PME, sur les entreprises de taille intermédiaire. Pourquoi ? Parce que c'est là que se crée la richesse. La richesse, elle se crée là. Quand on donne un million d'euros d'aides publiques aux grandes firmes, ça crée 0,6 emplois. Quand on donne un million d'euros d'aides publiques aux TPE, PME et aux ETI, ça crée 13 emplois, 20 fois plus.

Donc, je dis, il faut bien distinguer à l'intérieur. Le CAC 40, c'est moins 200 000 emplois en 10 ans. Moins 200 000 emplois. C'est eux qui ont été gavés d'aides. C'est eux qu'on a aidés avec des cadeaux fiscaux. Et à l'arrivée...

11:21
Présentateur

Et à l'inverse, dites-vous, les autres entreprises... Vous aurez entendu d'ailleurs, Michel Picon, le patron de l'UDEP, qui sont les entreprises de l'artisanat et du commerce, qui, lui, est plutôt favorable à l'idée de taxer davantage les dividendes. Je voudrais vous parler aussi de ce qui se passe dans l'usine Stellantis de Poissy, qui a annoncé hier à ses 2000 salariés qu'ils allaient être au chômage technique pendant trois semaines. À l'arrêt total, ce n'était pas arrivé depuis plus de 15 ans. Que faire aujourd'hui ?

11:47
François Ruffin

D'abord, je pense aussi, bien sûr, aux salariés de Stellantis, qui, non seulement ont trois semaines de chômage, mais ont, en vérité, une inquiétude sur l'avenir de leur usine. Je pense aux sous-traitants qui dépendent très largement de cette très grosse usine qui reste en Ile-de-France. Vous savez, moi, il y a six mois, j'ai tiré la sonnette d'alarme. J'ai dit quoi ? J'ai dit, on a les États-Unis qui ferment leurs frontières aux produits chinois. Qu'est-ce qui va se passer ? Eh bien, la Chine va déverser ses produits sur l'Union européenne. Et qu'est-ce qui se passe ? En un an, c'est plus 10%. Plus 10% d'importations chinoises.

Et donc, tout simplement, avec bon sens, j'ai dit, il nous faut des protections. Il nous faut des taxes aux frontières. Il nous faut des barrières douanières. Il nous faut des quotas d'importation. Rien n'a été mis en œuvre par l'Union européenne. Eh bien, il se produit ce qui était prévisible. C'est-à-dire un déversement de produits chinois. Et alors, dans certains secteurs, c'est plus 100%, ça a doublé. Dans d'autres, dans le transport, c'est plus 10%.

12:45
Présentateur

Lorsque vous voyez des marques, alors là, on passe aux textiles, comme Pinky, qui font un accord avec Chine, mais qui disent, soit on fait ça, soit on meurt.

12:55
François Ruffin

Malheureusement, vous savez, il y a quelques temps, quand je disais, il nous faut des protections, j'étais seul. Vous savez, à poser la question des taxes aux frontières, des barrières douanières. Aujourd'hui, ce sont tous les patrons. C'est le patron.

13:08
Présentateur

Mais Pinky, c'est aussi des emplois. Ils disent, si je fais ça, je survis. Si je ne fais pas ça, je meurs. Nafna fait mort.

13:14
François Ruffin

Mais qu'est-ce qu'il faut faire ? Eh bien, il faut faire que les produits Chine et Témus ne débarquent pas en France librement. Et ça, c'est à l'Union européenne de le décider. Et on a une Union européenne qui, là-dessus, attend.

13:25
Présentateur

Mais qu'est-ce que vous dites aux consommateurs ? 70% de plus de ventes de Chine, de Témus, ce sont des électeurs, ce sont des Français qui y trouvent leur compte.

13:36
François Ruffin

Vous savez, je...

13:37
Présentateur

Vous allez les empêcher aussi ? Vous allez leur dire qu'ils ne respectent pas le contrat civique et qu'ils n'ont plus le droit d'acheter ces produits ?

13:44
François Ruffin

Je pense qu'il y a dans le consommateur du citoyen. Mais ce n'est pas au consommateur de décider avec son chariot ou avec la manière dont il achète en ligne. Non.

13:55
Présentateur

Ce n'est pas au consommateur de choisir ce qu'il veut ?

13:56
François Ruffin

Vous savez, si on avait laissé les consommateurs choisir, il y aurait encore le travail des enfants. Si on avait laissé les consommateurs choisir au XXe siècle, il n'y aurait pas de congés payés.

14:07
Présentateur

Mais est-ce que ça veut dire, François Ruffin, que vous dites ce matin, en fait, que vous allez décider, vous, de ce qu'on a le droit d'acheter ou pas ?

14:11
François Ruffin

Pas moi. Vous savez, les Français. Si on interroge les Français comme citoyens et qu'on leur dit, voilà, il y a cette invasion de produits chinois, est-ce que vous pensez qu'on doit s'en protéger ou pas ? Est-ce que vous pensez qu'on doit identifier sans produits ? Mais vous croyez qu'on ne leur dit pas ? Sans produits. Eh bien, dans les sondages, ils sont largement favorables. Ils sont largement favorables.

14:31
Présentateur

Oui, mais dans les sondages, ils trouvent ça super. Mais ensuite, quand ils doivent payer leurs marchandises et faire leurs courses, il y a quand même une question de pouvoir d'achat.

14:37
François Ruffin

C'est pour ça que je vous dis, Madame de Malherme, que c'est le citoyen, qui est pour moi au-dessus du consommateur et je dirais même au-dessus du travailleur, qui doit décider. Et le citoyen, quand on l'interroge sur les mesures qui doivent être prises en place, collectivement, et non pas individuellement devant son écran d'ordinateur ou en poussant son chariot, le citoyen, collectivement, il dit maintenant il nous faut une protection.

14:59
Présentateur

Si on n'a pas de... François-François, quand je vous écoute depuis le début de cette interview, les plus riches vous dites, eh bien, on peut nationaliser, on peut éventuellement même geler leurs avoirs. Les plus modestes, vous leur dites, ben non, en fait, vous faites mal vos courses, vous n'avez rien compris, c'est moi qui vais décider pour vous de ce que vous avez le droit de mettre dans votre chariot.

15:15
François Ruffin

Madame de Malherbe, vous pouvez détourner ça comme vous voulez, je vous redis, ce n'est pas moi qui en décide, ce sera à l'Assemblée nationale d'en décider, ce sera au Parlement européen. Je ne dis pas vous tout seul, François-Ruffin,

15:25
Présentateur

mais ça veut quand même dire que désormais le consommateur n'aura pas... Alors le consommateur, vous dites, il est en dessous du citoyen, mais je veux dire, c'est quand même quelqu'un qui va faire ses courses, qui choisit, qui décide, et qui n'est pas plus bête qu'un autre.

15:36
François Ruffin

Vous savez, je ne suis pas plus bête qu'un autre quand je vais dans un supermarché, mais je choisis en regardant les prix d'accord ? Mais si on y avait l'information pour les consommateurs en disant voilà, ça a été produit par des enfants en Chine ou au Vietnam, ça a été sous-payé de cette manière-là, et que chaque fois qu'il prenait un produit, on le lui rappelait, tout comme sur les paquets de cigarettes, on a ce qui vous arrive en matière de cancer.

16:01
Présentateur

Est-ce qu'ils ont arrêté de consommer des cigarettes ?

16:03
François Ruffin

Moins, pour certains. Mais je vous le redis, c'est une conception, en effet, Madame de Malherbe, de la politique, de penser, est-ce que le chariot, qui décide, est-ce que c'est la commande en ligne qui décide, ou bien est-ce qu'à l'intérieur de nous, on a quelque chose qui est au-dessus, qui pense au-delà de son intérêt particulier, qui pense à l'intérêt général et à l'intérêt national.

16:27
Présentateur

Donc la liberté de choix est moins importante pour vous que les décisions qui doivent être prises collectivement et qui doivent s'imposer à chacun.

16:35
François Ruffin

La liberté de choix, c'est la liberté de choix avec des règles communes qu'on a établies ensemble et qui viennent dire que voilà, quand, par exemple, je porte une résolution avec des députés de manière transpartisane à l'Assemblée nationale sur le Mercosur, on peut dire, alors ça va être au consommateur de choisir s'il achète ou pas du bœuf venu du Brésil. Eh bien, je dis, non, je dis, il doit y avoir des règles. Et les règles, c'est-à-dire, on ne veut pas du bœuf brésilien parce qu'il est nourri aux hormones, parce qu'il est fait avec des antibiotiques, parce qu'à l'intérieur, il y a du paraquat, qui est une molécule qui a été interdite dans le monde européen. Et je précise d'ailleurs

17:09
Présentateur

que vous serez aux côtés de la FNSEA dans son combat aussi, qui est votre combat, contre le Mercosur, et il y aura une grande mobilisation vendredi.

17:16
François Ruffin

Et donc, les questions de santé, d'environnement, de commerce juste, de faire qu'on maintient une industrie dans notre pays, ça doit être décidé par des citoyens et ça doit être décidé en pensant à l'intérêt général et à l'intérêt national.

17:31
Présentateur

Est-ce qu'on pourrait aller, si on tire votre fil, jusqu'à se dire qu'on a le droit de consommer tant par an ?

17:37
François Ruffin

Non, ne tirez pas des piles comme ça. Vous savez, il s'agit d'établir des règles communes. Donc, on établit une règle commune qui n'est pas à un niveau de consommation. Est-ce qu'on considère normal que, par exemple, Ursula von der Leyen va signer des traités avec l'Indonésie pour l'importation d'huile de panne qui va conduire à davantage de déforestation ? Bon, est-ce qu'on est d'accord avec ça ou est-ce qu'on n'est pas d'accord avec ça ? Et, ce n'est pas seulement le citoyen quand il achète sa pâte à tartiner qui en décide. C'est aussi les citoyens européens collectivement qui décident des mesures qu'ils prennent. Est-ce qu'on veut encore de l'acier dans notre pays ?

Il nous faut un plan acier ou alors on décide que c'est le citoyen qui, quand il achète sa voiture, a choisi s'il voulait de l'acier européen ou de l'acier indien ? Non, il doit y avoir la possibilité que ce soit au-dessus, qu'il y ait une vision de l'intérêt national et de l'intérêt général.

18:34
Présentateur

Sébastien Lecornu, qui est donc Premier ministre depuis 15 jours, il n'y a toujours pas de gouvernement en vue, mais il reçoit aujourd'hui l'intersyndical, tous ensemble, à 10h30, qui veulent lui proposer trois choses notamment, une réouverture de la question de la réforme des retraites, la question de la fiscalité, et puis la question du rapport au travail. il demande à être entendus tous ensemble, mais il recevra aussi les patrons cet après-midi. Il dit si ça n'avance pas, il y aura une nouvelle date. Vous étiez dans la rue le 18, est-ce que vous seriez à nouveau dans la rue ? Est-ce que vous appelez à ce qu'il y ait une nouvelle mobilisation ?

19:09
François Ruffin

C'est au syndicat de décider s'il y a une nouvelle mobilisation. Je ne me substitue pas. En revanche, je pense qu'on a un pays qui aujourd'hui est bloqué par en haut. On a un pays qui est bloqué par les dirigeants qui finalement ne veulent pas changer. Qui nous a mis dans ces ornières-là ? Emmanuel Macron, président de la République, qui d'une part nous a mis dans la crise fiscale en baissant les impôts tous azimuts sur les grandes sociétés et sur les grandes fortunes. Qui nous a mis dans la crise démocratique en refusant quand il y a eu le mouvement des Gilets jaunes le référendum d'initiative citoyenne.

Qui nous a mis dans la crise sociale en décidant tout seul contre le reste du pays de faire la retraite à 64 ans ?

19:52
Présentateur

Ce que j'attends

19:55
François Ruffin

c'est que le président de la République vous savez ça demanderait quelque chose qui est de l'ordre du miracle de l'épiphanie revienne à la raison à une lucidité qu'ils essayent de faire communauté avec son pays et qui sur les trois points que j'ai mentionnés reviennent sur son propre héritage et disent bon sur la fiscalité oui faire des dizaines des centaines de milliards d'euros creuser le déficit comme jamais à la pelleteuse pour faire des cadeaux aux plus riches et aux grandes sociétés et en plus ça ne marche même pas puisque la part de l'industrie dans notre pays est passée sous la barre des 10% qu'il y a des mesures démocratiques je le redis le référendum d'initiative citoyenne qui donne la possibilité aux citoyens de s'investir et par exemple de poser la question de est-ce qu'on limite ou pas les collégiens et que ce soit les citoyens qui en décident en allant voter lors d'un référendum par exemple

20:45
Présentateur

donner le choix aux citoyens on est au coeur de cette interview merci en tout cas François Ruffin vous êtes député debout de la Somme d'avoir répondu à mes questions il est 8h53 sur AMC et BFM TV