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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 18 novembre 2024 24 min

Crise agricole, budget et 49.3, procès du RN...8h30 franceinfo de Laurent Jacobelli du lundi 18 novembre 2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Laurent Jacobelli. Bonjour. Les agriculteurs sont de retour dans la rue pour protester entre autres contre l'accord Mercosur, ce traité de libre-échange avec les pays d'Amérique latine qui est négocié en ce moment au niveau européen. La France, par la voix d'Emmanuel Macron, répète depuis plusieurs années qu'elle est contre cet accord en l'état. Emmanuel Macron l'a d'ailleurs répété hier en Argentine. Vous saluez la décision du président de la République ?

0:26
Laurent Jacobelli

Je salue d'abord nos amis agriculteurs et je les soutiens comme tous les membres et les députés du Rassemblement national. Non, je n'ai pas tellement confiance en Emmanuel Macron. Vous savez, d'abord, il a dit qu'il refuserait de signer le Mercosur en l'état. Ce qui veut bien dire qu'il prévoit de le signer dans un deuxième temps. Et puis, M. Macron est l'artisan de ce qui se passe aujourd'hui. Vous savez, avoir donné les clés à Bruxelles pour négocier les accords de libre-échange, s'être dépossédé de cette capacité nationale de négocier, de cette souveraineté, ça fait partie du projet d'Emmanuel Macron.

Et donc, aujourd'hui, le résultat, c'est le Mercosur qui est un accord terrible pour nos agriculteurs avec, en perspective, des importations de bovins, de poulet qui vont mettre à mal des exploitations. On parle de 3000 exploitations qui seraient en danger avec un président de la République, il faut le dire à tous ceux qui nous écoutent, qui n'a pas le pouvoir de l'arrêter. C'est-à-dire que si les autres pays européens le veulent, si Bruxelles fait signer ces accords, eh bien la seule voie de la France ne suffira pas à reculer. On est là, finalement, dans une espèce de caricature de process de ce qu'a amené l'Union Européenne en déposition de décision.

1:30
Locuteur non identifié

Il n'y a aucun scénario dans lequel la France aurait intérêt à signer cet accord avec le Mercosur, aucun compromis possible ?

1:36
Laurent Jacobelli

Celui-ci, non. Celui-ci, non, parce qu'aujourd'hui, il faut savoir ce que ça veut dire. Quand au Brésil, un agriculteur produit des poulets nourris aux antibiotiques, ce qui est interdit à nos propres agriculteurs, il pourra quand même l'importer en France. Et quand vous irez dans votre supermarché, vous aurez deux poulets. L'un pas cher qui viendra du Brésil, mais qui sera d'une très mauvaise qualité. L'un un peu plus cher, l'autre un peu plus cher qui viendra de France. Eh bien vous aurez les deux sur le même étal, ils ne respectent pas les mêmes normes.

2:01
Locuteur non identifié

Mais les clauses miroir qui obligent les importateurs à respecter les règles en vigueur ici en Europe, elles sont précisément en discussion en ce moment ?

2:11
Laurent Jacobelli

Non mais elles sont en discussion si elles existent. Elles sont en discussion si elles existent, mais ne soyons pas dupes. Cet accord, c'est l'Europe, l'Union Européenne, avec l'Amérique du Sud. Il n'y a pas que la France. La France, aujourd'hui, qu'est-ce qu'elle a à proposer au monde, à part son agriculture ? Plus grande chose, son industrie, malheureusement, est brinque-ballante. L'Allemagne, qui est juste à côté, elle, elle va vendre des voitures en Amérique du Sud. Elle a un poids industriel. Et il faut donc savoir que l'Allemagne ne sera pas à nos côtés, comme l'Italie ne sera pas à nos côtés, comme l'Espagne ne sera pas à nos côtés. Il y a des pays qui vont bénéficier...

2:41
Présentateur

Parce qu'eux, ils voient un marché de 270 millions de Sud-Américains. Exactement, qu'ils n'ont pas aujourd'hui. Et ils se disent, si on n'y va pas, nous, Européens, ce sont les Chinois qui vont en profiter.

2:48
Laurent Jacobelli

Nous sommes en France dans une situation particulière. Nous avons été, pendant des décennies, le pays agricole de l'Union Européenne. Or, aujourd'hui, dans les échanges que nous avons avec nos pays partenaires, la France est déficitaire en matière d'exportation agricole. L'Allemagne a explosé et nous importons d'Allemagne. Maintenant, certains produits, plus que tout, nous en exportons. Donc, il faut protéger nos agriculteurs. Là, il faut faire attention. C'est la chronique d'une agriculture en danger, menacée. C'est un mode de vie qui est en danger.

3:16
Présentateur

Est-ce que vous dites là, ce matin, n'est pas contraire à ce que vous pensez au Rassemblement National ? Parce qu'il faut bien le dire, au RN, vous voulez mettre fin à tous les accords de libre-échange, même ceux avec les closes miroirs. Sauf que nombre d'entre eux bénéficient à nos agriculteurs. Il faut rappeler quand même que les céréaliers, les producteurs de lait, les viticulteurs vendent des spirituels à l'étranger, avec votre politique, on n'exporte rien, on ne fait pas de commerce.

3:43
Laurent Jacobelli

Et puis, on construit des murs et puis on surveille avec des nutriettes pour qu'aucun produit n'arrive en France. Non, je pense qu'il faut dépasser la caricature. Je pense d'abord qu'on est capable, nous-mêmes, Français, de signer des accords avec d'autres pays. Parce que nous avons une production particulière. Vous avez cité, par exemple, la production vinicole. C'est vrai qu'en France, on a des vins exceptionnels qui s'arrachent dans le monde entier. Ce n'est pas la situation de tous les pays.

4:01
Présentateur

Mais le bras de fer, on n'est pas plus fort en étant européen, en étant plusieurs millions d'européens face à 50 millions de Français.

4:09
Laurent Jacobelli

Vous savez, cette politique, elle a amené à ce qu'aujourd'hui, dans la restauration publique, c'est-à-dire les restaurants, les cantines notamment, trois quarts des poulets proposés aux consommateurs sont étrangers. Trois quarts. Comme si nous, nous n'étions pas capables de les produire. On a les poulets de Brest en France. Alors, nom d'un chien, il faut la défendre, cette agriculture. C'est non seulement notre santé, notre économie et notre mode de vie qui est en cause. Le libre-échange, bien sûr, mais pas à n'importe quel prix et surtout pas au prix de l'affaiblissement de notre économie et de notre agriculture.

4:37
Locuteur non identifié

Le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, prévient qu'en cas de blocage durable, ce sera tolérance zéro. Est-ce qu'il a raison de se montrer ferme ?

4:44
Laurent Jacobelli

Il est dans son rôle. Maintenant, je pense qu'on ne peut pas partir du présupposé que les agriculteurs vont menacer la sécurité publique et mettre en danger la vie et la sécurité de nos concitoyens. Ils se sont exprimés. Ils ont dit qu'ils étaient là pour nourrir les Français, pas pour les empêcher, justement, de consommer et pas pour les empêcher de vivre. Faisons leur confiance. C'est normal que le ministre de l'Intérieur soit vigilant.

Mais si aujourd'hui, les agriculteurs retournent dans la rue pour la saison 2, j'allais dire, des manifestations agricoles, c'est qu'il y a eu des promesses en face qui n'ont pas été tenues, qu'il y a la parole d'un président de la République qui n'est pas cru et qu'un gouvernement, aujourd'hui, qui vient de s'installer, qui est estimé trop faible pour agir. Les agriculteurs sont inquiets et ils ont raison de l'être.

5:24
Présentateur

La revendication des agriculteurs, plus largement, le site du ministère de l'Agriculture, justement, détaille les avancées de chaque demande. Les 70 engagements pris sont en cours de déploiement. C'est ce qui est dit. 67% sont d'ores et déjà faits. 19% sont avancés. Et 14% engagés dans un planning précis. C'est pas mal ?

5:43
Laurent Jacobelli

Tout va très bien, madame la marquise. Les agriculteurs ont tort. Ils ont un sentiment de perte de pouvoir d'achat. Il y a aujourd'hui toujours des normes absurdes. Mais ces normes absurdes, elles existent toujours et elles nous mettent en concurrence déloyale avec nos propres partenaires européens. On ne respecte pas les mêmes normes que l'Espagne. On surinterprète les normes européennes, ce qui rend difficile la vie de nos agriculteurs. Ils ont aujourd'hui des problèmes aussi de trésorerie, de maladie des troupeaux, avec la fièvre catarale aussi, avec un vaccin qui est arrivé un peu tard de la part du gouvernement, même s'il est gratuit.

Donc vous dites au gouvernement qu'il faut aller plus vite ? Il faut bosser. Au parlementaire aussi, parce que ça passe par la loi. Et surtout, nos agriculteurs doivent être protégés d'une concurrence déloyale qui met en danger notre santé et notre économie.

6:24
Locuteur non identifié

Plusieurs sujets encore dans l'actualité. Le 21 novembre prochain, en préambule d'une grève annoncée comme illimité en décembre, ce sont les cheminots de la SNCF qui se mobilisent pour s'opposer au démantèlement de la filière du fret. C'est leur mot d'ordre. Est-ce que vous les soutenez ?

6:38
Laurent Jacobelli

Là encore, effectivement, on ne peut pas passer son temps à dire qu'il ne faut plus de camions sur les routes sans mettre en place une politique de fret ambitieuse, notamment de ferroutage. Et la privatisation larvée ou officielle du système de fret de la SNCF n'est pas une bonne nouvelle pour, effectivement, à la fois la logistique des transports et pour l'environnement. Après, sur la grève en elle-même, je pense qu'il faut, et je suis sûr qu'ils le sont, mais que les cheminots soient responsables. Il y a des Français qui vivent une situation très difficile. Elle est très difficile économiquement, politiquement, elle est très difficile.

Si certains, pour les fêtes, pour des périodes de repos, veulent pouvoir se déplacer, je pense qu'ils doivent pouvoir l'entendre. Il serait temps d'imaginer une nouvelle forme de grève, j'allais dire une forme de grève intelligente, où finalement, des Français n'empêchent pas d'autres Français de pouvoir jouer à un niveau de la vie.

7:24
Présentateur

Une nouvelle forme de grève contraignante, c'est ce que veut Éric Ciotti, votre partenaire au Parlement, à l'Assemblée Nationale. Éric Ciotti veut qu'on encadre, comme en Italie, le droit de grève, c'est-à-dire interdiction de faire la grève pendant les fêtes.

7:36
Laurent Jacobelli

Le droit de grève, en France, il est sacré, et nous y tenons. Maintenant, quand la grève, elle est répétitive, systématique, toujours à la même période, et cette période qui enquiquine le plus de Français possible, c'est vrai qu'il faut réfléchir à des solutions alternatives. C'est le côté systématique qui peut gêner quand même certains Français. Je pense que personne, aujourd'hui, lorsqu'il prend ses billets de train pour Noël, ne se dit pas, tiens, et s'il y avait une grève ? Donc, je pense qu'il y a une systématisation à laquelle il faut renoncer. En revanche, ça ne veut pas dire ne pas écouter certains problèmes qui sont réels.

La privatisation du système ferroviaire en France est un danger, notamment pour les petites lignes, et notamment pour le fret, et donc, il est important d'y être attentif, mais une fois encore, c'est parce qu'il n'y a pas eu anticipation de l'État, c'est parce qu'il n'y a pas eu organisation et prévision de l'État qu'on se retrouve dans des situations bloquées où certains sont obligés de lancer des cris d'alarme parce qu'une fois encore, notre pays a été mal géré.

8:24
Locuteur non identifié

Laurent Jacobelli, dans l'actualité de ce début de semaine, il y a également l'Ukraine, avec cette décision annoncée non encore officiellement, mais confirmée par plusieurs médias américains. Joe Biden vient d'autoriser Kiev à frapper le sol russe en profondeur avec des missiles américains de longue portée. Le RN était contre la livraison de missiles longue portée. Comment réagissez-vous à cette décision ?

8:48
Laurent Jacobelli

L'escalade n'est pas une bonne chose. L'enlisement de la guerre n'est pas une bonne chose. La perspective que nous devons tous avoir, c'est la paix. D'ailleurs, M. Zelensky, il y a quelques jours, parlait de diplomatie pour sortir de cette terrible guerre suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

9:01
Locuteur non identifié

Mais qui est responsable de l'escalade, selon vous ?

9:03
Laurent Jacobelli

Non, mais attendez. Le responsable de A à Z, c'est la Russie. Voilà. C'est elle qui a envahi le pays voisin. Donc, je pense qu'on ne va pas tourner autour du pot. Cependant, aujourd'hui, on doit se dire comment on en sort. Il y a beaucoup de victimes, beaucoup trop de victimes, évidemment. Aujourd'hui, l'armée ukrainienne a beaucoup de mal à mobiliser des jeunes hommes pour aller au combat. Et donc, le vrai problème, le premier problème de l'armée ukrainienne, c'est le nombre de soldats avant même les armes. L'escalade n'est évidemment pas la solution.

9:30
Locuteur non identifié

Mais vous ne répondrez pas à la question sur, vraiment précisément, est-ce que vous êtes favorable ou pas à ce que des missiles longues portées frappent le sol russe ?

9:37
Laurent Jacobelli

Non, nous ne l'avons jamais été. Nous sommes plus sensibles à l'appel à la diplomatie du président Zelensky, de M. Olaf Scholz, qui a lui aussi, je crois, pris son téléphone.

9:47
Présentateur

Je pense qu'il y a un moment qui a appelé Vladimir Poutine.

9:49
Laurent Jacobelli

Exactement. Et nous, on attend du président de la République française qu'il prenne son téléphone lui aussi, appelle toutes les parties pour leur dire mettons-nous autour de la table, négocions et essayons d'en sortir. Alors, peut-être que les deux sont liés, d'ailleurs, si je peux me permettre. C'est-à-dire qu'avant d'entrer en négociation, avant la période diplomatique, souvent, chacun montre les muscles. Et peut-être que la déclaration de Joe Biden va dans ce sens.

10:10
Locuteur non identifié

Donc, Emmanuel Macron doit parler à Vladimir Poutine. Le moment est venu.

10:16
Laurent Jacobelli

Vous savez, pour faire la paix, il faut parler à ses ennemis. Voilà. Et notamment à l'envahisseur. En l'occurrence, la Russie. Le problème, c'est que j'ai l'impression que le téléphone du président de la République, aujourd'hui, est aux abonnés absents. Parce que plus personne ne le considère comme un interlocuteur crédible à cause de ses changements de pieds, à cause du résultat des élections aujourd'hui et du fait qu'il est décrédibilisé en France, qu'il est décrédibilisé même au sein de l'Union Européenne. Sa voix ne porte plus. On parlait tout à l'heure du Mercosur. On le voit bien. C'est un président isolé, pratiquement empêché, pratiquement plus du tout opérationnel qu'on a là.

Et j'ai peur que quand on dise que le président de la République devrait appeler à la diplomatie, c'est un vœu pieux. Mais ce vœu pieux, nous le formulons quand même parce que l'espoir, c'est la paix. C'est le fait que l'Ukraine retrouve son intégrité territoriale et retrouve la paix.

11:01
Présentateur

En négociant maintenant, on ne sait pas puisque le territoire ukrainien est occupé à 25% par les Russes. On revient en France. Laurent Jacobelli, les débats au Parlement continuent sur le budget. Mais Michel Barnier, le Premier ministre, a annoncé qu'il enclenchera probablement l'article 49.3 pour le faire adopter. Vous allez donc le censurer.

11:19
Laurent Jacobelli

Nous verrons bien. Mais le Premier ministre avait promis que deux tiers des efforts seraient supportés par l'État lui-même en essayant de dégraisser le mammouth, comme on dit, de chasser la mauvaise dépense. Et il y en a de la mauvaise dépense, croyez-moi. Et puis un tiers serait supporté fiscalement soit par les très très riches, soit par les entreprises ayant fait des bénéfices exceptionnels. On voit bien au résultat que ce n'est pas ça du tout. Au résultat, ce sont les classes moyennes qui, une fois encore, vont trinquer. La hausse de la taxe sur l'électricité, les retraités qui vont devoir attendre une revalorisation digne de ce nom malgré les gesticulations de M.

Wauquiez qui nous prend pour des oseaux. Donc tout cela est très grave et il a enfreint toutes les lignes rouges. Aujourd'hui, Michel Barnier, toutes ces lignes rouges...

11:58
Présentateur

Donc s'il déclencheait le 49.3 demain, vous votez la censure ?

12:00
Laurent Jacobelli

C'est probable, mais il nous reste quelques temps quand même. Et nous, nous espérons que Michel Barnier va rester fidèle à sa promesse de début. Écoutez les oppositions. Nous, ce qu'on demande, c'est simple. Pas de hausse de taxes sur l'électricité, indexation sur l'inflation des retraites dès le 1er janvier. Ne pas attaquer fiscalement ni les classes moyennes, ni les PME, ni les TPE. Laissez les Français respirer. Ce n'est pas par l'impôt qu'on s'en sortira. C'est par la chasse à la mauvaise dépense. Et il y en a ! Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.

12:31
Locuteur non identifié

Et le député RN de Moselle, Laurent Jacobelli, également porte-parole du Rassemblement National, vice-président du groupe RN à l'Assemblée. Ce matin, Laurent Jacobelli vont débuter les plaidoiries de la défense au procès de Marine Le Pen et d'une vingtaine de personnalités du Rassemblement National pour détournement, recel, complicité, détournement de fonds publics, l'affaire des attachés parlementaires au Parlement européen. Qu'est-ce qui peut, selon vous, permettre d'échapper à la peine d'inéligibilité avec application immédiate qui a été réclamée par le parquet dans son réquisitoire ?

13:03
Laurent Jacobelli

Revenons à cette peine d'inéligibilité avec exécution provisoire. C'est-à-dire que, même si Marine Le Pen, si le réquisitoire du procureur était respecté par les juges, ce qui n'est pas encore le cas, bien évidemment, mais si Marine Le Pen faisait appel et qu'à la suite de cet appel, elle était relaxée, en 2028, par exemple, eh bien, elle aurait été empêchée de concourir à l'élection présidentielle en 2027. Vous imaginez le coup de poignard dans le contrat républicain et démocratique que ça représentait ? Elle ne serait pas la première. Vous imaginez le scandale des...

13:31
Locuteur non identifié

Elle ne serait pas la première. Alain Juppé n'a pas pu participer à la présidentielle de 2007.

13:36
Laurent Jacobelli

Après jugement, nous ne remettons pas en cause la justice. Nous disons simplement qu'en France, il y a un droit que tout le monde a, quel que soit le crime ou le délit qu'il a commis ou pas commis, c'est de faire appel de la décision de justice. Or là, on nierait ce droit à Marine Le Pen en lui disant vous avez le droit de faire appel même si à la fin vous êtes relaxée et qu'on reconnaît que ce que vous dites est vrai et que vous êtes innocente, eh bien, vous aurez été inéligible quand même. Vous vous rendez compte ?

Mais dans quelle démocratie au monde, un procureur demande à ce que le leader du principal parti politique d'opposition, à ce que la candidate la mieux placée à l'élection présidentielle soit à la fois condamnée à de la prison et à être inéligible. On le répète, Laurent Jacobili,

14:16
Présentateur

on le répète, ce n'est pas la première fois que ça arrive. On a donné l'exemple de François Fillon, on a donné l'exemple d'Alain Juppé, il y a d'autres responsables politiques à moindre niveau comme Thierry Mandon, l'ancien ministre socialiste qui a eu la même peine. Pourquoi ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Marine Le Pen et vos collègues ne sont pas des justiciables comme les autres ?

14:39
Laurent Jacobelli

Ils le sont, bien évidemment. Et d'ailleurs, Marine Le Pen s'est rendue au procès avec des avocats, elle a fourni des preuves, elle a répondu patiemment, alors que c'est quelqu'un qui a aussi beaucoup de responsabilités. Donc, elle n'a pas joué la stratégie de l'évitement. Elle y est allée, elle n'a répondu pas du tout. C'est ce que je dis aujourd'hui. C'est un sujet important, je vais quand même répondre. Moi, je crois en l'indépendance de la justice. Ça veut dire que Marine Le Pen, vous l'avez dit, une justiciable comme les autres, mais pas moins bien que les autres, pas qu'il faille dégommer.

Or, on a une procureure qui a dit à propos d'un assistant parlementaire et je le répète, je n'ai aucune preuve contre lui, je devrais le relaxer, mais ça me fait trop mal. On ne va pas prendre une portion. Non, non, non, tous vos collègues, tous vos collègues.

15:19
Présentateur

C'est important ce que vous dites. C'était à l'encontre de Jean-François Gilles qui est un ancien député européen.

15:24
Laurent Jacobelli

Pas assistant, vous avez raison.

15:25
Présentateur

Pas assistant et par ailleurs, elle a demandé la relaxe concernant Jean-François Gilles.

15:28
Laurent Jacobelli

C'est la phrase qui est importante et tous vos collègues. Il reste sur les faits quand même. Non, non, non, c'est un fait, c'est un fait politique. C'est-à-dire qu'on a un procureur qui donne son avis politique. Un procureur qui croit que tout ce que des journalistes n'ont pas réussi à faire depuis des années, tout ce que des politiques n'ont pas réussi à faire depuis des années, elle, elle, elle va le faire. C'est-à-dire empêcher Marine Le Pen de parler, d'aller au combat politique.

15:49
Présentateur

Pourquoi vous parlez d'un procès politique depuis la semaine dernière ? Vous parlez d'un procès politique. Est-ce que ça veut dire qu'il y a une intervention politique ? Dans ces cas-là,

15:56
Laurent Jacobelli

vous parlez de qui ? Vous savez que le procureur dépend du garde des Sceaux, c'est-à-dire directement du gouvernement. Elle a été nommée par M. Dupond-Moretti, cette procureure. Et alors ? Alors, ça veut dire quoi ? Elle a exprimé clairement des opinions politiques. Elle a exprimé clairement qu'elle était hostile au Rassemblement National et ça pose une question. C'est quoi ?

16:12
Présentateur

Elle est en service commandé ?

16:13
Laurent Jacobelli

Ça pose une question. Elle est peut-être On ne peut pas accepter que quelqu'un, parce qu'elle pense ce qu'elle pense, elle a le droit de penser exactement ce qu'elle veut et de voter exactement ce qu'elle veut, mais ça ne doit pas déborder sur le domaine de la justice.

16:28
Locuteur non identifié

Vous venez de dire que la juge avait exprimé clairement son hostilité à Marine Le Pen. Parce qu'il y a la question de l'indépendance, mais il y a la question de l'impartialité. Est-ce qu'à un moment ou à un autre, de manière explicite, et si oui, donnez-nous un exemple précis, elle a fait preuve d'impartialité à l'égard de Marine Le Pen et du Rassemblement national ?

16:49
Laurent Jacobelli

Voyons de quoi on parle quand même. Personne n'a détourné de l'argent à des fins personnelles. Personne n'a alimenté son contentement. Là, je vous parle de la procureure que vous mettez en cause. Par l'enrichissement partisan. Voilà. Je vais vous répondre. Personne n'a non plus été soupçonné d'emplois fictifs. D'ailleurs, ça a été dit au procès, tous les assistants parlementaires ont bien travaillé. C'est la définition de ce travail. On a une définition à la française. On ne connaît pas pour rien.

17:11
Locuteur non identifié

C'est parce que vous venez de mettre en cause une personne. Vous venez de mettre en cause une personne en disant que cette personne était en service commandé en quelque sorte.

17:20
Laurent Jacobelli

À quoi faites-vous référence précisément ? Bref, il y a aujourd'hui des assistants parlementaires qui ont fait un travail politique alors que l'Union européenne estime qu'ils auraient dû faire un travail de fonctionnaire. On peut en parler. Est-ce que ça vaut 5 ans de prison pour Marine Le Pen et l'inéligibilité de 5 ans ? Alors qu'en plus, nous pensons qu'elle doit être relaxée. Tout cela n'a pas de sens. C'est disproportionné. Et une fois encore, une fois encore, ce que les autres politiques n'ont pas réussi à faire, ce que tout un tas de corps constitués n'ont pas réussi à faire, ce n'est pas à une procureure de le faire, c'est-à-dire éliminer Marine Le Pen du combat politique.

Les seuls qui puissent décider de cela, ce sont les électeurs. C'est le butin de vote et seulement le butin de vote qui peut décider. Vous permettez de dire

18:03
Locuteur non identifié

que cette procureure est impartiale et a exprimé, encore une fois, dans son réquisitoire...

18:09
Laurent Jacobelli

Quand on dit, et je le répète, quand on relaxe un ancien député européen, ça me fait trop mal, on est dans le personnel, on n'est pas dans l'argumentaire juridique. Il y a donc une expression spontanée, il y a une expression spontanée qui est de dire, eh bien voilà, les gens que j'ai devant moi, j'aimerais à tout prix les condamner et si vraiment je suis obligé de ne pas le faire, eh bien ça me fait un mal personnel. Il y a une barrière entre l'aspect juridique...

18:37
Présentateur

On voit que vous êtes scandalisé, Laurent Jacobelli, par le réquisitoire...

18:40
Laurent Jacobelli

En tant que démocrate et que républicain,

18:42
Présentateur

je suis scandalisé. Mais c'est intéressant de parler de la démocratie en France, puisque vous-même vous êtes parlementaire. Une atteinte très violente à la démocratie, c'est ce qu'a dit Marine Le Pen après les réquisitions. Vous dites au RN que les juges n'ont pas à choisir à la place des Français, sauf que vous savez que la justice en France, elle est justement rendue au nom des Français.

18:57
Laurent Jacobelli

Oui.

18:57
Présentateur

Ça, vous le savez. Et que les réquisitions en question avec l'inégibilité s'appuient sur un texte de loi voté lui-même par les représentants des Français, à savoir les députés et les sénateurs. Vous êtes d'accord aussi avec ça ? Vous savez que dans la loi, si la condamnation pour détournement de fonds publics est prononcée, c'est tout le but de la question, les juges doivent s'expliquer sur le fait de ne pas prononcer, au contraire, l'inégibilité de la personne. C'est-à-dire que la décision, elle doit être motivée. Bien sûr. Dans le cas de Marine Le Pen, ça peut être par quoi ?

19:25
Laurent Jacobelli

Motivée par le fait qu'aujourd'hui, il y a une différence de définition de ce qu'est un assistant. Pour moi, un assistant parlementaire qui travaille avec son député sur le terrain, c'est-à-dire en France et pas à Bruxelles, qui prépare ses interventions politiques ou ses déplacements, il fait son boulot d'assistant. Pas pour l'Union européenne. Et donc, là-dessus, il va falloir travailler. Mais vous savez, ça a touché le Modem, donc le centre. Ça a touché la gauche avec la France insoumise. C'est bien une vision à l'heure française qui est à peu près incompatible avec la vision du Parlement européen. Une fois encore, nous allons continuer à le défendre.

C'est ce qui va se passer dans les jours qui viennent. Moi, j'aimerais remercier quand même les Français du formidable élan de solidarité qui montrent bien qu'ils comprennent ce qui se passe puisque déjà, aujourd'hui, au moment où on se parle, plus de 200 000 personnes ont signé la pétition en soutien à Marine Le Pen. Moi, vous savez, j'étais dans ma circonscription la 8e de Moselle ce week-end. Pour la première fois, on ne m'a pas parlé de pouvoir d'achat ni de sécurité. On m'a parlé de ce coup de canif dans le pacte républicain.

20:19
Locuteur non identifié

Il y a un sondage ce matin de cet acharnement contre Marine Le Pen. Les Français n'ont pas énormément parlé de ce sujet. Alors, peut-être qu'on vous en a parlé. Je vous promets qu'on en a parlé.

20:28
Présentateur

Sur le terrain en Moselle, on en parle, mais en parlant de la pétition quand même. Oui. Parce que là, c'est un parti politique qui lance une pétition pour faire pression sur la justice. Pas pour faire pression. Ce n'est pas une atteinte à la démocratie, ça ? Non, parce que ce contournement

20:42
Laurent Jacobelli

du peuple, nous, on ne l'accepte pas qu'un procureur puisse décider à la place du peuple qui peut être président de la République ou pas. Nous, nous sommes choqués par ça. Et que le peuple veuille s'exprimer, que des Français veuillent s'exprimer en disant nous, on veut soutenir Marine Le Pen. Le peuple a le droit de s'exprimer aussi.

20:58
Présentateur

Peut-être que la procureure

20:59
Laurent Jacobelli

est choquée. Peut-être que la procureure sera choquée par ces mots. Mais moi, je crois que le peuple se prononçait. Il n'y a que lui qui peut décider si Marine Le Pen peut ou pas être président de la République.

21:07
Présentateur

Il faut le rappeler, Laurent Jacobelli, si l'énigibilité elle est effectivement prononcée en ce qui concerne Marine Le Pen. Mais alors, il n'y a pas qu'elle, il faut le rappeler. Il y a une vingtaine de personnalités qui sont concernées. À chaque fois, il y a des peines d'inigibilité. Donc, ce n'est pas contre Marine Le Pen particulièrement. Si c'est prononcé, elle n'interdira pas votre parti de participer justement à la course à 2027. Il n'y aura pas une censure d'un courant politique. Vous avez Jordan Bardella pour vous représenter en 2027. C'est un problème ?

21:39
Laurent Jacobelli

Là où vous avez raison, c'est que celui qui nous empêchera de défendre les Français et d'essayer de sauver ce pays, il n'est pas né. Qu'il soit procureur, homme politique ou journaliste. Deuxièmement, Jordan Bardella, aujourd'hui, il mobilise son énergie et le mouvement pour soutenir Marine Le Pen. Il se prépare effectivement aux plus hautes fonctions, celles de Premier ministre avec Marine Le Pen présidente. Nous ne menons pas un combat pour le perdre. Nous ne sommes pas aujourd'hui dans une hypothèse défaitiste où Marine Le Pen serait empêchée de concourir à la présidentielle tout simplement parce qu'une procureure l'a décidé. Donc on continue notre combat.

Mais la justice, elle ne peut pas faire

22:10
Présentateur

en fonction des ambitions de Marine Le Pen. Vous êtes d'accord avec ça quand même ?

22:13
Laurent Jacobelli

La justice ne peut pas empêcher la rencontre d'un peuple avec son futur président de la République.

22:17
Présentateur

La justice ne peut pas traiter Marine Le Pen différemment parce qu'elle a des ambitions politiques.

22:21
Laurent Jacobelli

Moi, j'ai quand même un peu vaguement l'impression qu'elle la traite différemment aujourd'hui, mais pas dans le bon sens.

22:27
Locuteur non identifié

Laurent Jacobelli, puisqu'il nous reste quelques secondes, on n'a pas pu évoquer tout à l'heure la question des retraites. Laurent Wauquiez, le patron des députés qui a annoncé que les retraités allaient bien être revalorisés, c'était votre ligne rouge, le report de l'indexation des retraites sur l'inflation. Le problème, c'est que si on entre dans le détail de ce qui a été annoncé, c'est un peu plus compliqué en ne revalorisant les retraites que du niveau de la moitié de l'inflation et les petites retraites en juillet. Au final, la moitié des retraités français auront finalement des pensions inférieures. Logiquement, vous allez censurer le gouvernement là aussi sur ce sujet ? D'abord,

22:58
Laurent Jacobelli

il faut que personne ne soit dupe de la proposition dont M. Wauquiez s'est vanté sur le plateau de télévision grillant la priorité d'ailleurs au ministre. Si je vous augmente du taux de l'inflation pendant six mois ou que je vous augmente du taux de la moitié de l'inflation pendant 12 mois, tout le monde avec sa calculatrice aura compris que c'était exactement pareil. C'est même pire puisque l'index de base en fin d'année 2025 sera inférieur et que donc les calculs d'après seront eux aussi inférieurs. C'est-à-dire que c'est une baisse de l'augmentation des retraites qui est annoncée. Donc, le remède est pire que le mal. J'espère que personne ne se fera avoir par ce coup de pipeau de M.

Wauquiez qui essaye de faire le matador sur les plateaux mais qui en fait aujourd'hui fragilise la situation des retraités pour vous répondre clairement oui, c'est une ligne rouge.

23:42
Locuteur non identifié

Et donc, on se pose encore la question avec ce que vous avez dit depuis le début de cette interview, on ne comprend pas pourquoi vous ne censureriez pas le gouvernement dès cet automne.

23:51
Laurent Jacobelli

Si le Premier ministre n'évolue pas, s'il n'écoute pas les points que j'ai évoqués avec vous qui ne les intègrent pas dans le budget 2025, effectivement, il se dirige lentement mais sûrement vers la censure et la sortie.

24:04
Locuteur non identifié

Lentement, tout est dans le lentement, on a bien compris, ce n'est pas forcément pour les prochaines semaines. Ça dépend de lui.

24:09
Laurent Jacobelli

Il a son sort entre ses mains.

24:11
Locuteur non identifié

Laurent Jacobelli, porte-parole du Rassemblement National, était l'invité de France Info ce matin.