Antoine de Caunes, Bigflo et Oli parlent longévité, mémoire et sexualité
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
En revanche, garder la candeur de l'enfance, la curiosité et l'enthousiasme de l'enfance, ça me semble capital pour vieillir heureux. - M.Bouhafsi: C'est un point commun que vous partagez tous les 4.
Dans "Karma", comme dans tous vos albums, vous évoquez votre vie et tous vos souvenirs d'enfance. Vous avez peur d'oublier? - Oli: On ouvre l'album sur une sorte de portrait de famille, plein de flashs d'enfance, de notre quartier de Toulouse, les Minimes, avec nos parents...
On se replonge souvent dans cette nostalgie. On revit en tant qu'adultes avec un regard différent et une écriture différente. - A.Bégot: Vous évoquez la perte de mémoire évoquée à la vieillesse dans votre livre.
On a tendance à l'associer à la démence sénile. - B.Fougère: Ca n'existe pas.
C'est pas parce qu'on vieillit qu'on doit perdre la mémoire. Autrement, on n'aurait pas de grands écrivains. On serait tous condamnés à perdre la mémoire. - A.Bégot: C'est pas une fatalité? - B.Fougère: Pas du tout.
On se rend compte qu'en vieillissant, on peut se permettre d'avoir tous les âges dans notre tête. On peut, à 60 ans, se dire "aujourd'hui, j'en ai 40, je suis une working woman, je suis une petite fille de 7 ans"...
On peut se dire qu'on vit tous les âges et qu'on peut se souvenir de tous les âges. - M.Bouhafsi: Dans la préface du livre de B.Fougère, A.de Caunes, vous écrivez cette phrase. ...
Quand on vieillit, on gagne en sérénité? - A.de Caunes: Je l'espère.
Envisager ça comme une aventure, certainement. Pour moi, c'est une aventure. Je ne sais pas ce qui va m'arriver.
C'est une aventure. - M.Bouhafsi: Un sociologue partage le même point de vue que vous.
Il a 104 ans. C'est Edgar Morin. - E.Morin: Je crois que l'important, ça a été les moments de bonheur.
Le bonheur ne peut pas être permanent. Il faut des conditions intérieures et extérieures. La vie est une aventure inconnue, avec ses aléas, ses incertitudes, ses possibilités.
Il faut accepter pleinement cette aventure et essayer de la vivre au mieux. - M.Bouhafsi: Accepter cette aventure, accepter les aléas, avoir de la résilience? - A.de Caunes: Je savais que j'avais des points communs avec E.Morin. - B.Fougère: C'est l'exemple typique que la démence sénile n'existe pas.
On doit s'adapter à des pertes. On a des capacités physiques qui peuvent diminuer. On peut avoir des deuils.
Le départ à la retraite, c'est parfois aussi un deuil. Bien vieillir, c'est apprendre à adapter à ces situations de deuil. - M.Bouhafsi: Bertrand, dans votre livre, vous démontez une autre idée reçue.
Passé un certain âge, le sexe, c'est moins bien. La libido s'émousse. C'est faux aussi? - B.Fougère: Pourquoi il n'y aurait plus de sexe quand on vieillit? - M.Bouhafsi: Répondez-nous. - A.de Caunes: Il y a toujours du sexe quand on vieillit. - M.Bouhafsi: Bigflo se retient de rire. - A.de Caunes: Il n'y a pas de sexualité pour nos parents.
On est forcément nés dans des choux et des roses. Il faut travailler le désir. - M.Bouhafsi: Ca va Bigflo? - Bigflo: Ca va très bien. - Oli: Il fallait pas les mettre à côté, les 2! - M.Bouhafsi: C'est le sexe des personnes âgées qui... - A.de Caunes: Ca l'excite! - Bigflo: Pas du tout.
Tout le monde vit sa vie. - A.de Caunes: Il est à côté d'une personne âgée et d'un seul coup... - A.Bégot: La sexualité, c'est un sujet dont vous avez parlé avec vos 2 grandes soeurs, A.de Caunes. - Je n'ai plus aucune libido.
Voilà. - A.de Caunes: Tu as tout mis dans ton travail. - J'ai une vie sexuelle géniale, remplie, riche, tout ce que je pouvais attendre de la vie.
Aujourd'hui, je suis tellement heureuse d'être seule, de ne plus avoir à me préoccuper des amours, des passions... - Je trouve ça triste. - A.de Caunes: Que la libido se tasse un peu, certainement. - Ca dépend chez qui. - A.de Caunes: Sauf chez Blandine, bien sûr! - Vieillir et jouir, ce serait mon mantra. - A.Bégot: 2 soeurs, 2 ambiances. - A.de Caunes: 2 salles, 2 ambiances, oui.
Elles n'ont pas leur langue dans leur poche. J'arrivais pas à en placer une. - M.Bouhafsi: Vieillir, c'est jouir ou plutôt l'autre côté? - A.de Caunes: Je suis entre les 2.
Ca dépend des jours. - A.Bégot: Ca dépend de l'heure... 19h... - A.de Caunes: Ca s'entretient.
Comme disait Difool et Oli...
Non! "Ce n'est pas sale." - M.Bouhafsi: Vous vous voyez où à 65 ans, Bigflo & Oli? - Bigflo: Tu nous enchaînes après tout ça? - Oli: Encore ensemble, déjà, entre frérots.
Toujours dans la musique. - Bigflo: Les rappeurs, ça vieillit pas mal. Quand on était vraiment jeunes, on se demandait...
Le rap, on se demandait ce que ça allait donner. Dr. Dre, Snoop... - Oli: Eminem a fêté ses 55 ans.
Oxmo et MC Solaar sont encore là. - M.Bouhafsi: On a tous adoré...
J'ai écouté votre album toute la semaine. C'est votre dernier album, "Karma", qui est sorti un vendredi 13. Il contient 13 titres.
Vous êtes superstitieux, Flo? - Bigflo: Oui. C'était volontaire.
On est très superstitieux. On n'a pas de religion, avec Oli. Comme on est entre frères depuis très longtemps, on a nos propres idoles, nos propres choses à faire.
On a nos codes, un langage commun, qui est un peu de la superstition. - M.Bouhafsi: Oli, vous dites que c'est la 1re fois que vous n'avez pas peur des réactions du public. - Oli: Oui.
On s'est vraiment retrouvés entre frères après les tournées. On a eu Envie de sortir des formats. C'est la 1re fois qu'on voulait faire la musique qui nous plaît à 100 % en studio.
Parfois, on réfléchissait à quel morceau irait bien en concert ou en radio. Là, on s'est lâchés. C'est l'expérience qui fait ça, qui donne cette détente. - A.de Caunes: Pourquoi "Karma"? - M.Bouhafsi: Parce que c'est la religion du karma.
On va l'expliquer. On peut répondre tout de suite. - Bigflo: Dans notre société, c'est difficile de trouver de la spiritualité pour notre génération.
C'est un peu sale d'en parler, parfois. A nos âges...
A chaque fois que je parle d'âge...
J'ai l'air d'un con! A 30 ans, on commence à trouver des réponses dans d'autres choses. C'est pour ça que cet album tourne autour du karma, de cette croyance.
On a vu des gens partir, des gens qui méritaient d'avoir des mauvaises choses et à qui c'est arrivé. D'autres, non. C'est cette question de la recherche de spiritualité. - M.Bouhafsi: Si le karma existe, on peut dire qu'il a été positif pour vous. - Oli: Artistiquement... - Bigflo: Et même humainement. - Oli: On est contents que le public nous suive encore. - M.Bouhafsi: A.de Caunes, vous croyez au karma? - A.de Caunes: Oui, évidemment.
Tout ça tourne et on finit par se retrouver. - M.Bouhafsi: Plus on fait du bien, plus on a du bien? - A.de Caunes: J'aimerais le penser. - M.Bouhafsi: C'est un peu ça, le karma. - A.de Caunes: C'est que ça se paye, à un moment. - M.Bouhafsi: Vous aimeriez que ça se paye plus? - A.de Caunes: Il y en a qui mériteraient de prendre davantage. - M.Bouhafsi: Qui?
J.Garcia? - A.de Caunes: Je veux dire un truc sur ces deux-là.
Ils ont une énergie et un enthousiasme extraordinaires. Je comprends pourquoi ils ont autant de succès. Je les aime d'autant plus qu'ils sont fidèles à un festival qui s'appelle Solidays.
Ils y seront à l'affiche en juin. - Oli: Un super souvenir. On avait lancé ensemble un joyeux bordel... - A.de Caunes: Je suis très sensible à la fidélité. - B.Fougère: On avait une proposition à leur faire sur le fait d'intégrer l'album dans le magazine
Xavier Bertrand