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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 24 avril 2023 25 minContradictoireFond programmatiqueEurope & internationalDéfenseInstitutions & élections

Bernard Guetta : "Il ne s'agit pas de créer une nation [européenne], elle existe"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 15 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous a le plus étonné en arrivant au Parlement européen ?

  • 4:01OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le troisième moment de l'histoire européenne ?

  • 5:39RelanceRéponse partielle

    N'avez-vous pas des lunettes un peu roses sur l'Europe ?

  • 6:19RelanceRéponse directe

    Les pays baltes misent sur l'OTAN, pas sur la défense européenne. Qu'en pensez-vous ?

  • 8:13OuverteRéponse directe

    Comment en déduisez-vous l'idée de nation européenne ?

  • 11:25OuverteRéponse directe

    Croyez-vous encore aux États-Unis d'Europe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:10Invité politiqueFait
    « Il y avait un tabou sur l'idée même de défense commune européenne qui était défendue par la France. Seulement, seulement par la France. »
  • 4:28Invité politiqueFait
    « Nous entrons dans le troisième moment que je définis comme le moment de la construction d'une union politique. »
  • 5:08Invité politiqueFait
    « Il y a une unanimité complète, absolue, sur l'objectif, qui est d'aider les Ukrainiens à infliger une telle défaite à M. Poutine, qu'ils soient obligés d'arriver en bonne foi. »
  • 11:12Invité politiqueChiffre
    « Le nombre de gens qui se déclaraient opposés à l'unité européenne avaient dégringolé d'une manière spectaculaire. »
  • 15:55Invité politiqueFait
    « Quand la Russie ne gagne pas, elle perd. Quand l'Ukraine ne perd pas, elle gagne. »

Temps de parole

  • Bernard Guetta68 %
  • Invité14 %
  • Présentateur12 %
  • Auditeur3 %

4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien un eurodéputé Rignoux, vice-président de la Commission des droits de l'homme du Parlement européen. Il publie « La Nation européenne » chez Flammarion et il est une voix bien connue des auditeurs de France Inter. Vos questions 01 45 24 7000 est passée autrement par l'application de France Inter. Bonjour Bernard Guetta. Bonjour Nicolas.

0:23
Invité

Bonjour Bernard.

0:24
Présentateur

Bonjour Léa. Et bienvenue à ce micro. Ce livre est à la fois le récit de votre expérience de député européen depuis votre élection en 2019 et un essai sur les tensions qui traversent l'Union européenne et les moyens de construire une Europe plus forte. On va y venir longuement évidemment. Mais commençons par le commencement, par le journaliste Guetta qui franchit le Rubicon et se retrouve donc député européen, élu député européen. Qu'est-ce qui vous a le plus étonné, stupéfait, amusé ou peut-être atterré quand vous débarquez il y a bientôt 5 ans au Parlement européen ?

1:00
Bernard Guetta

Une chose m'a un peu atterré et l'autre m'a profondément réjoui. Ce qui m'a atterré c'est de découvrir de l'intérieur ce qu'est la vie politique et plus précisément ce qu'est la vie parlementaire. Je ne connaissais pas ça de l'intérieur. Je le connaissais de l'extérieur évidemment comme journaliste. Je fréquentais des hommes politiques pour les interviewer etc. Mais connaître leur vie de l'intérieur, alors ça c'est autre chose. Et connaître surtout le fonctionnement d'un Parlement. D'un Parlement de tout Parlement. Le Parlement européen c'est plutôt beaucoup mieux qu'un Parlement national. Mais quand même, que de temps perdu.

Que de bataille d'amendements sur des virgules uniquement pour se faire valoir et dire je suis intervenu d'une manière décisive sur tel texte, sur telle législation etc. Ça, je n'aime pas. Ça, je n'aime pas. Je ne m'y fais pas. Je crois que je ne m'y suis toujours pas fait. Je ne crains de ne pas m'y faire d'ici la fin de mon mandat. Mais en revanche... Qu'est-ce qui vous a réjoui ? Eh bien voilà. Ce qui m'a réjoui, c'est que j'ai eu le bonheur d'arriver en 2019 au Parlement européen au moment où l'Union européenne commençait à radicalement changer. Où des tabous absolument fondamentaux tombaient.

Il y avait un tabou sur l'idée même de défense commune européenne qui était défendue par la France. Seulement, seulement par la France. Depuis toujours. Et puis soudain, M. Trump, sa première campagne présidentielle, dit mais si un jour l'Estonie, un pays balte est attaqué, et il ne dit pas par qui, mais on devinait bien que ce n'était pas par les Martiens, mais par les Russes, eh bien avant de la défendre, nous vérifierons si elle est à jour de ses contributions à l'Alliance Atlantique.

Eh bien ce jour-là, tous les pays atlantistes ont réalisé que ce que disait la France et la France seule depuis plusieurs décennies, à savoir que la protection américaine n'était pas forcément assurée ad vitam aeternam, eh bien ils ont pris une douche froide. Et le tabou sur la défense est tombé.

3:00
Invité

On va en reparler, on va en reparler. Mais enfin, puisque vous parlez de Trump, vous écrivez de manière assez drôle dans le livre que toutes les communes d'Europe devraient ériger une statue à Donald Trump, père refondateur de l'Union Européenne.

3:10
Bernard Guetta

Et alors maintenant j'ai un amendement, c'est qu'en fait, il faudrait une double statue.

3:14
Invité

Ah bah c'est ce que j'allais vous dire.

3:14
Bernard Guetta

À Donald Trump et Vladimir Poutine. Bien sûr, c'est ce qu'on s'est dit en lisant ça. Bien sûr.

3:19
Invité

Tant qu'à faire des statues, il en faut une deuxième.

3:22
Bernard Guetta

À Donald Trump et Vladimir Poutine, père refondateur de l'Union Européenne.

3:24
Invité

Vladimir Poutine, encore plus à sa guerre en Ukraine, a encore plus resserré les liens.

3:28
Bernard Guetta

Mais bien sûr que si. Mais il y a eu tout un processus. Et puis n'oublions pas surtout le Covid au milieu, parce que le Covid a amené les Européens à une révolution invraisemblable, c'est-à-dire décider d'emprunter 750 milliards d'euros en commun et donc de développer des politiques industrielles communes, puisque l'usage de cet argent, un argent européen, emprunté par l'Union Européenne, allait être contrôlé par la Commission.

3:57
Présentateur

Vous écrivez dans ce livre que l'Europe est dans son troisième moment. Oui. Qu'on vit le troisième moment de l'histoire européenne. Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? Et pour mémoire, quels étaient les deux premiers ?

4:08
Bernard Guetta

Alors, le premier moment, c'était le marché commun, le traité de Rome, tout simplement. Le traité de Rome et puis toutes les régulations qui se sont accrochées à ce marché. Le deuxième moment, ça a évidemment été l'introduction de la monnaie unique. Bien sûr, l'euro qui a été un stiment incroyable de l'Union Européenne. Et là, nous entrons dans le troisième moment que je définis comme le moment de la construction d'une union politique. Et regardons ce qui se passe. Quand on commence à avoir une politique étrangère commune, car c'est le cas. Souvenons-nous de ce qui se passait au moment où les Américains intervenaient en Irak. L'Union Européenne était mais cassée en deux.

Il y avait ceux qui soutenaient l'intervention américaine, ceux qui la combattaient, la France et l'Allemagne notamment, mais pas seuls. Aujourd'hui, à part un demi-Monsieur Orban, je dis un demi-Monsieur Orban, le premier ministre hongrois, parce qu'il s'oppose à la condamnation de l'intervention, de l'agression russe contre l'Ukraine, mais en même temps, il vote toutes les sanctions. Donc, à part un demi-Monsieur Orban, il y a une unanimité complète, absolue, sur l'objectif, qui est d'aider les Ukrainiens à infliger une telle défaite à M. Poutine, qu'ils soient obligés d'arriver en bonne foi. Laissez-moi terminer ma phrase. Mais je vous laisse, je vous laisse.

Non, non, mais je vous vois faire moi-moi-moi comme ça. Non, non, non, il n'y a pas de moi-moi-moi. Non, non, l'amener à la table des négociations, en bonne foi, parce que, soudain, le rapport de force sera en faveur des Ukrainiens.

5:39
Invité

N'avez-vous pas des lunettes un petit peu roses, Bernard Guetta ? Vous parlez, votre livre s'appelle La Nation Européenne, vous nous dites, ça y est, maintenant, tout le monde est convaincu qu'il faut une défense européenne, que le parapluie américain ne sera pas suffisant.

5:52
Bernard Guetta

Non, on n'est pas garantis pour l'écarité.

5:54
Invité

Oui, d'accord, mais quand on écoute la Pologne, les pays baltes, ils misent, aujourd'hui, avant tout, sur l'OTAN, plus que sur la défense européenne, pour les défendre, s'il y avait un problème. Et quand vous dites, tout le monde parle français, aujourd'hui, on a convaincu tout le monde, et tout le monde parle comme nous, qu'il faut une défense européenne, et qu'il faut, eh bien... Mouais ! Eh bien, ouais ! Alors, il est là, le mouais. Il y a beaucoup de mouais, quand même.

6:16
Bernard Guetta

Alors, reprenons tout ça. Misez plus sur les forces de l'Alliance atlantique, mais je le fais moi-même, évidemment, puisque aujourd'hui, la défense européenne n'existe pas. Elle n'en est qu'à ses balbutiements. Ce que je vous dis, c'est que le tabou est tombé. Et y compris les Polonais, y compris les Baltes, réputés les plus atlantistes, et donc les plus hostiles, hier ou avant-hier, à une idée de défense européenne, aujourd'hui, la défense... Vous savez de qui est venue l'idée d'acheter en commun les munitions à fournir à l'Ukraine ? Elle est venue de la première ministre de l'Estonie, du plus petit des pays baltes.

C'est-à-dire que c'est une première ministre balte qui a fait faire le pas le plus décisif, qu'on ait connu jusqu'à maintenant, vers la défense commune. Alors, entendez bien ! Je vous dis des pas. Je ne vous ai évidemment pas dit que la défense commune existait. Mais si demain, les pays européens, c'est ce qui se passe d'ailleurs, décidaient d'accroître leur défense, leur effort de défense, mais il faudra 10-15 ans pour développer cet effort de défense.

7:24
Invité

Oui, Bernard, aujourd'hui, depuis le début de la guerre en Ukraine, chaque pays européen augmente son budget militaire. Oui. Et notamment l'Allemagne, qui depuis longtemps est de manière colossale. Mais chacun va augmenter sa propre armée. Ils ne sont pas en train de construire une armée européenne.

7:38
Bernard Guetta

Personne ne veut construire une armée européenne. On parle d'une défense commune, ce qui n'est pas la même chose. Oui, d'accord. L'armée, c'est des régions...

7:44
Invité

Mais l'argent est mis sur chacun, sur sa...

7:47
Bernard Guetta

Ah, attendez, attendez ! Il y a beaucoup de coordination. Il y a beaucoup de coordination qui commence, et pour une raison très, très simple, c'est que nécessité fait loi. On est obligé d'acheter les munitions en commune, comme hier, on avait été obligé, et avec quel succès, d'acheter les vaccins en commun. Je vous dis que les choses changent dans l'Union européenne. Je ne vous ai pas dit, évidemment pas, qu'elles avaient changé d'un coup de baguette magique

8:11
Présentateur

du jour au lendemain. Il faut toujours du temps. Mais comment en déduisez-vous l'idée de nation européenne, Bernard Guetta ? Ben écoutez... Là, vous dites, bon, effectivement, dans l'urgence pour le Covid, il a fallu agir ensemble. Dans l'urgence face à la Russie, il a fallu agir ensemble. Et le fait d'agir ensemble est en soi une révolution. Est-ce que agir ensemble crée une nation ? Mais il ne s'agit pas de la créer, elle existe.

8:33
Bernard Guetta

Alors, expliquez-nous. Alors, je vous explique.

8:35
Présentateur

Je ne veux pas faire ma Léa,

8:36
Bernard Guetta

mais mouais ! La définition, la définition d'une nation, je vous la donne dans le petit Robert. Groupe humain qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun. La conscience de son unité et la volonté de vivre en commun. Alors, je vous cite ce que j'écris dans le bouquin, que j'avais dit 20 000 fois à ce micro quand j'étais commentateur de géopolitique. Vous prenez un avion de la Finlande à l'Italie, du Portugal à la Pologne. Vous ne changez pas de monde quand vous atterrissez. Vous prenez un avion de n'importe quel capital du continent européen. Et vous atterrissez même à New York, la ville la plus européenne de l'Amérique.

Évidemment, en Afrique ou en Asie, vous avez changé de monde. Quand je dis nation européenne, ça ne veut évidemment pas dire et heureusement pas qu'il y aurait une uniformité des peuples européens. Évidemment qu'il n'y a pas d'uniformité. Évidemment qu'il y a une diversité et donc une richesse. Mais il y a nation parce qu'il y a conscience quand même d'une unité qui transcende largement les différences et de plus en plus une volonté de vivre en commun. Regardez les Ukrainiens. Aujourd'hui, ils veulent nous rejoindre. Regardez les Géorgiens. Ils veulent nous rejoindre. Ne parlons pas de la malheureuse microscopique petite Moldavie qui est elle aussi menacée par M. Poutine.

10:03
Invité

Regardez la montée des populismes partout en Europe qui sont eurosceptiques. Encore la semaine dernière, Marine Le Pen disait « Moi, je me différencie de Mélanie. Je suis beaucoup plus eurosceptique qu'elle. »

10:14
Bernard Guetta

Oui.

10:14
Invité

Et elle représente, elle a fait 43% des voix. Elle disait ça. Elle a fait 43% des voix.

10:20
Bernard Guetta

Vous avez tout à fait raison. Mais je vais vous répondre à cela. Qu'il y a encore 5-6 ans, pendant la première campagne présidentielle qui l'avait opposée à M. Macron. Mme Le Pen définissait l'Union européenne comme une prison des peuples. Vous savez, ça, de ça, la prison des peuples. Et elle voulait sortir de l'euro. Est-ce que vous entendez Mme Le Pen dire ça aujourd'hui ? Non, elle ne le dit pas. Et pour une raison très simple, c'est qu'elle sait très très bien que ce serait encore plus impopulaire que ça l'avait été parce que si elle avait perdu la première élection contre Macron, c'était largement à cause de ses déclarations contre l'unité européenne.

Et vous savez, pardon, encore un point. En janvier dernier, il y a eu une rafale de sondages organisés demandés par la Commission européenne sur le sentiment dans les opinions publiques européennes. Eh bien, écoutez, le nombre de gens qui se déclaraient opposés à l'unité européenne avaient dégringolé d'une manière spectaculaire. Et grâce à qui ? M. Trump, Mme Covid, M. Poutine.

11:24
Présentateur

Et pourtant, vous ne croyez plus vraiment aux États-Unis d'Europe, à la Victor Hugo ou alors plus aussi vite, plus dans la même urgence ? Je dis à l'églo,

11:33
Bernard Guetta

à l'anthropo.

11:34
Présentateur

Voilà, pas de la manière aussi romantique peut-être que dans le passé. Pour quelle raison ? Pour une raison très simple.

11:41
Bernard Guetta

C'est que nous sommes entrés maintenant dans le vif du sujet. La défense, les politiques industrielles communes, éventuellement les emprunts communs, etc. Nous sommes maintenant à l'os de ce qu'on appelle le régalien. Eh bien, on ne peut pas, dans une période de changement aussi profond qui s'ajoute au changement aussi profond causé par le changement climatique, les incertitudes internationales, les incertitudes financières, économiques, etc. On ne peut pas donner trop vite la gestion, la direction de l'Union européenne aux institutions transnationales qui sont encore très neufs comme le Parlement européen.

Donc, je pense, je suis toujours absolument fédéraliste, je pense qu'un jour, nous arriverons aux États-Unis d'Europe et je le souhaite, mais je dis pas trop tôt, autrement, nous risquons de tout casser.

12:35
Invité

Sur la politique étrangère, vous vous réjouissez, ce sont vos termes que maintenant, désormais, le reparle français, parce qu'ils avaient vu juste sous tout leur président depuis De Gaulle, parce qu'ils avaient été les seuls à mettre en garde contre l'inévitable moment où le parapluie américain se refermerait, les Français étaient maintenant aussi reconnus et attendus qu'ils avaient irrité auparavant. L'Union parle-t-elle aussi français que vous le dites, Bernard Guetta ?

La politique étrangère, et là, je vous demande de juger les dernières déclarations d'Emmanuel Macron et sa politique étrangère depuis un an, que ce soit sur l'Ukraine, que ce soit sur la Chine récemment, elle est mal comprise par beaucoup, notamment par les Polonais, les Pays baltes qui se sagacent de phrases comme « il ne faut pas humilier Vladimir Poutine » où la Russie, vous continuez à lui parler ou les dernières déclarations sur Taïwan. Comment vous jugez ça ? Quel regard vous avez sur cette politique étrangère ? Et qu'est-ce qu'ils vous disent, les Polonais, les Baltes, quand vous les croisez au Parlement européen, à Bruxelles ou à Strasbourg ?

Ils vous disent « mais on ne la comprend pas la politique étrangère ? » Qu'est-ce qu'il dit, votre président ?

13:40
Bernard Guetta

Léa, il y a deux choses complètement différentes. Quand je dis « l'Union européenne, aujourd'hui, parle français », c'est parce qu'elle a admis la nécessité de la défense, elle a admis les emprunts communs, elle a admis les politiques industrielles communes, etc. Oui, ça c'est un fait, c'est indiscutable. Et en même temps, précisément, parce que nous arrivons à l'os, parce que nous avons franchi tous ces pas, eh bien, il va y avoir, et il y a déjà, des engueulades mais phénoménales sur comment est-ce qu'on organise et bâtit cette défense commune, sur comment est-ce qu'on organise et bâtit ces politiques industrielles communes.

Évidemment, si nous arrivons, et on va le faire, à des politiques industrielles communes comme au début d'Airbus, chacun des pays va dire « Ah, mais le bassin d'emploi chez moi, pas chez toi, et puis d'abord, les brevets, c'est moi qui les ai eus, etc. » Bien entendu, qu'il y aura des conflits d'intérêts et des conflits de conception. Mais, vous savez, je dis aussi une chose dans ce bouquin, en citant un auteur relativement connu, je dis « Levez-vous au rage désiré ? » Et pourquoi « Levez-vous au rage désiré ? » Parce que si les orages ne se lèvent pas, ce serait la preuve que nous recommençons à ronronner et à ne rien faire. S'il y a orage, c'est que réellement, on avancera.

Et c'est pour ça que je souhaite les orages. Mais quand vous me dites « Il y a des divergences », mais naturellement qu'il y a des divergences, bien entendu, parce que, encore une fois, nous entrons dans le vif du sujet.

15:04
Présentateur

Vous dites, Bernard Guetta, que vous aviez la conviction en arrivant au Parlement européen que la question russe était centrale. Pour vous, il est évident également que la Russie a déjà perdu la guerre. Poutine est mort politiquement, dites-vous. Mais là aussi, n'êtes-vous pas trop optimiste ? Parce que pour l'instant, la Russie, certes, ne gagne pas la guerre, mais elle ne la perd pas non plus. Actuellement, la Russie continue d'occuper une part importante du territoire ukrainien. Alors, expliquez-nous votre position. Vous venez de l'expliquer,

15:36
Bernard Guetta

ma position. Vous venez de l'expliquer en disant la Russie ne gagne pas, mais elle ne perd pas non plus. Et je vais vous citer une phrase que j'aime bien citer. Quand la Russie ne gagne pas, elle perd. Quand l'Ukraine ne perd pas, elle gagne. Parce que, écoutez, cette guerre, la Russie contre l'Ukraine, c'est soudain comme si un dictateur français, fou, souhaitons que ça n'arrive jamais, le dictateur français fou, en France, décider d'envahir la Belgique. Et qu'au bout d'un an, il n'était toujours pas arrivé à Bruxelles. Il avait pris un quartier de Liège, par exemple. Eh bien, écoutez, à ce moment-là, tout le monde, unanimement, dirait la France a perdu. La France se ridiculise.

Et ce chef d'État qui a voulu envahir et annexer la Belgique a perdu politiquement. C'est exactement ce qui se passe.

16:35
Invité

On est sur une guerre d'usure. Là, on est sur une guerre qui est longue. On est sur une guerre où chacun fait des petits pas tout petits. Vous avez l'impression que Vladimir Poutine est en train de perdre, là ?

16:47
Bernard Guetta

Oui, bien sûr qu'il perd politiquement. Pourquoi ? Militairement. Mais militairement aussi. Regardez, il n'ose même pas organiser le défilé du 9 mai. Il n'ose pas organiser le défilé du 9 mai, c'est-à-dire de la victoire contre l'Allemagne nazie en Russie. Ça ne s'est jamais vu. Pourquoi ? Parce qu'il ne peut pas montrer l'état de ses troupes. Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, il ne lance pas de contre-offensive ? Mais je voudrais vous dire autre chose, si vous me le permettez. On dit tout le temps « Poutine est fort parce qu'il n'y aurait pas de successeurs possibles ». Le président de la République l'a dit. Permettez-moi de vous dire que sur ce point, je suis en total désaccord avec lui.

Je pense qu'il a été très mal informé. Évidemment...

17:29
Invité

Alors, qui sont les successeurs ?

17:31
Bernard Guetta

Alors, dans les noms, je pourrais vous en citer au moins trois qui sont dans l'actualité en ce moment. Alexei Navalny, Vladimir Karamurza qui vient d'être condamné à 25 ans de prison. Est-ce qu'on se rend compte ? 25 ans de prison pour une déclaration, même pas pour un appel à manifester. Et si ce pouvoir devient totalement fou, c'est qu'il ressent le besoin de terroriser tout son peuple par des jugements, des jugements, enfin, bon, des verdicts aussi invraisemblables. Et s'il ressent le besoin de terroriser tout son peuple, c'est parce qu'il sent bien que ça ne va pas. regardez les déclarations de M.

Prigogine qui vient de dire à Poutine « déclarer, déclarer que la guerre est gagnée parce que le problème avec le peuple et le problème avec nos élites. » Évidemment que ça ne va pas

18:25
Invité

C'est quoi Emmanuel Macron ? Vous dites que vous êtes en désaccord avec lui sur ces questions-là, c'est-à-dire quoi ? C'est-à-dire que vous lui dites qu'il faut plus soutenir les opposants ?

18:32
Bernard Guetta

Bien sûr qu'il faut plus soutenir les opposants. J'aimerais par exemple que le président de la République reçoive très rapidement, je lui ai suggéré, je lui ai suggéré, j'espère qu'il va le faire, reçoive très rapidement les épouses de Vladimir Karamurza et d'Alexei Navalny pour manifester un soutien.

Je viens de lancer avec trois autres journalistes et universitaires européens très connus, ça a été publié dans le Guardian, la Repubblica, un appel à soutenir ces hommes, Karamurza et Navalny, non seulement parce que le sort qui leur est fait est absolument inique, mais aussi parce que nous aurons tous besoin de ces hommes-là le jour où il y aura un passage de témoins à Moscou et ce jour arrivera vraisemblablement plus vite qu'on ne le pense.

19:25
Présentateur

Allez, on est au standard d'Inter avec Fabien qui nous appelle d'Isère. Bonjour.

19:30
Auditeur

Bonjour. On vous écoute. Écoutez, moi, une défense européenne, la France y est toujours opposée. Aujourd'hui, je ne vois aucune action concrète de la France. Par exemple, nous n'avons pas de militaires en Pologne proche proche les 500 militaires qui sont en Bulgarie, ils ne sont pas très actifs. Et quand on part en mission, on ne demande pas l'avis aux Européens. Par exemple, au Mali, aujourd'hui, la France, comme d'habitude, a un double discours qui dit « On est pour une défense européenne, mais c'est tout pour garder son indépendance militaire. »

20:13
Présentateur

Bien reçu, Fabien. Merci.

20:15
Bernard Guetta

Bernard Guetta, vous répond d'un mot. Je crois vraiment que ce n'est pas du tout la situation. Les 500 soldats français auxquels vous faites allusion, ils sont en Roumanie, pas en Bulgarie, mais c'est évidemment un détail. Il y a évidemment des forces françaises aussi en Estonie qui y sont considérablement appréciées. Il y a eu évidemment un soutien de beaucoup de pays européens quand nous étions encore dans le Sahel, avant le retournement de situation dont on ne va pas parler maintenant parce que ce serait trop long.

Et au contraire de ce que vous dites, monsieur, la France plaide ardemment depuis le général de Gaulle sur l'idée, pour l'idée d'une défense commune de l'Union européenne en disant que le parapluie américain se refermera un jour. Et c'est ce qui est en train de se passer à moitié. François-Xavier au standard. Bonjour, bienvenue. Bonjour.

21:06
Invité

Je salue Bernard Guetta avec joie, il y connaît Van et le golfe du Morbihan. Bonjour, monsieur. Nous continuons à émener le combat européen, notamment en essayant d'empêcher un bateau russe, le standard, de participer à la semaine du golfe. Mais la question ne porte pas là-dessus. Ma question porte sur mon dada qui est l'unanimité au Conseil. Est-ce qu'il lui paraît qu'en matière de politique étrangère, on peut continuer à vivre avec l'unanimité tout en prenant des décisions fortes et courageuses comme il l'a rappelé, ou est-ce qu'il est vital de passer à la règle de la majorité au Conseil ?

21:36
Présentateur

Merci François-Xavier pour cette question institutionnelle. Les questions institutionnelles sont dans votre livre, Bernard Guetta. Longuement. D'un mot. Elles sont longues,

21:44
Bernard Guetta

mais d'un mot. Écoutez, je souhaiterais évidemment qu'on puisse passer à la majorité qualifiée, en tout cas, dans le domaine de la politique étrangère. Mais je crois véritablement que dans ce moment précis de l'histoire européenne, la dernière chose à faire serait de lancer des initiatives de réforme institutionnelle. Il faut évoluer en marchant.

22:08
Invité

Deux petites questions pour finir. D'abord, dans une tribune au JDD hier, Joseph Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a appelé à avoir un regard froid sur la Chine. Il a déclaré que l'Europe devait être très présente sur le dossier taïwanaise, qui contredit légèrement les propos d'Emmanuel Macron qui avait dit en substance que Taïwan, ce n'était pas notre affaire. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?

22:25
Bernard Guetta

Mais non, il ne contredit pas du tout Emmanuel Macron. Je vous rappelle qu'il y a un seul bateau européen militaire, navire militaire, qui croise dans le décret de Taïwan. C'est une frégate française aujourd'hui. Et quel est le pays européen sous présidence d'Emmanuel Macron qui a tenté d'organiser et qui organise une riposte, un containment, je ne sais plus comment on le dit en français, pardon, de la Chine dans le détroit de Taïwan, si ce n'est la France ?

22:57
Invité

Bernard, il n'a pas dit, pardon, il n'a pas dit dans l'avion à Politico, la France doit être, le dossier Taïwanais n'est pas notre histoire et on doit être à équidistance du rythme américain, de la surréaction chinoise.

23:07
Bernard Guetta

Il n'a pas dit ça comme ça, il l'a dit à un moment et à un lieu que je n'aurais pas souhaité, certainement pas, il l'a dit peut-être maladroitement, mais il n'a pas dit ce que vous dites. Non, pas du tout.

23:22
Invité

Il y est revenu après, mais il l'a dit.

23:23
Bernard Guetta

La position de la France sur Taïwan est la position de tous les pays européens et d'ailleurs des Etats-Unis. Il ne faut pas toucher au statut quo actuel. C'est-à-dire, il y a une politique d'une seule Chine, mais aujourd'hui, il y a deux Chines.

23:39
Invité

Bernard Guetta, vous êtes candidat pour un nouveau mandat de député européen ?

23:43
Bernard Guetta

Mais écoutez, si on me le propose, et pour l'instant, on ne me l'a pas proposé, ni à quiconque d'ailleurs, on est loin de la constitution des listes, mais n'oubliez pas une chose, je n'appartiens à aucun des partis de la majorité présidentielle et les places seront chères et chaque parti défendra ses militants. Je ne sais pas qui me défendra, donc on verra.

24:02
Présentateur

Une dernière question de Renaud. Merci à Trump, Poutine, au Covid, mais merci aussi au Brexit. Je dirais... Sans le retrait du Royaume-Uni, cette orientation de l'UE n'aurait pas été possible. Oui, bien sûr.

24:15
Bernard Guetta

Vous mettez Brexit dedans ? Bien sûr, parce que si les Britanniques avaient toujours été là, ils se seraient assis, comme toujours, sur le frein. Alors, évidemment, leur absence a permis, mais je ne pense pas profondément que ce soit le Brexit qui ait permis cette évolution profonde de l'Union.

24:32
Présentateur

La Nation Européenne, chez Flammarion, signé Bernard Guetta. Merci d'avoir été à notre micro ce matin. Merci à vous.

24:37
Bernard Guetta

pour vous présenter la irrigation,

24:38
Locuteur

c'est un peuple qui soit le début de la maison. Ça, c'est quelque chose, c'est quelque chose que tu me tra我知道 de la variation pour l'arloyer. Merci à vous Regierung. S'il vous plaît. Moi, je ne s' Kill. Je ne sais toujours pas de l'armb beautiful, j'ku Pauset. Quel years. Je ne dis pas à l'armbglass à limitter le anymore, J'en suis à l'armb française.