« GÉNOCIDE BLANC EN AFRIQUE DU SUD » : DERRIÈRE LA FAKE NEWS DE TRUMP, L’OMBRE DU SUPRÉMACISME BLANC
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour le monde, bonjour l'Afrique, bonjour la diaspora. Chers téléspectateurs, bonjour. Merci de nous retrouver pour une nouvelle édition de Décrypter l'Afrique, votre rendez-vous hebdomadaire coproduit avec le média et Vox Africa, diffusé tous les dimanches à 16h GMT. [Musique] Au sommaire, cette semaine, on prendra la direction de Washington où une rencontre glaciale a eu lieu le 21 mai entre le président États-Unis Donald Trump et son homologue sud-africain Cyril Ramapos à une entrevue sous haute tension au cœur du bureau oval que nous racontera Fabrice Fumau dans sa chronique avec Antoine de fond un prétendu génocide des blancs en Afrique du Sud et des relan réels de supr racial sortant pour ainsi dire de toutes les ports du chef de l'État américain.
On savait que le président américain Donald Trump n'avait pas de sympathie particulière pour les pays africains qui traitait lors de son premier mandat d'ailleurs de pays de merde. Mais ce qui se passe depuis quelques jours entre les États-Unis et l'Afrique du Sud est en train de montrer définitivement à ceux qui ont douté encore que Donald Trump est loin d'être un ami de l'Afrique. Fabrice, tu as travaillé dessus ?
Oui, Théophile, c'est une réalité assez implacable he qu' va falloir arrêter de nier. Mais avant de vous raconter pourquoi, j'aimerais qu'on revienne sur une image euh qui date du 12 mai dernier sur la vidéo qui apparaît à l'écran, on peut voir l'arrivée de 49 fermiers sud-africains blancs, mais pas n'importequels. Eux ont obtenu le statut de réfugié de la part de l'administration Trump et ont été transportés depuis l'Afrique du Sud par un vol entièrement financé par le gouvernement américain.
Alors jusque- là, on se dit pourquoi pas après tout, si l'Afrique du Sud arrive à à se débarrasser de cette façon des fermiers africanaires qui ont spolié, je le rappelle, des terres et pillé ce pays génération après génération, c'est tant mieux. Mais ce qui est problématique en fait dans cette démarche de Trump, c'est le narratif sur lequel elle repose. En fait, ce président américain au bronzage orange industriel a commencé dès son retour au pouvoir il y a 4 mois à peu près à dire que les fermiers blancs étaient persécutés en Afrique du Sud.
Et pourquoi serait-il persécuté ? Et ben simplement parce que les autorités sud-africaines ont décidé de faire passer une loi foncière pour réparer une grave injustice historique. L'expropriation des terres à la majorité noire par les anciennes lois racistes de l'apartide.
Pour être plus précis, il y a eu une une précédente loi sur la propriété foncière qui date de 1913 quand même et qui interdisait au noir d'acheter ou de louer des terres dans les zones désignées comme blanches, autant dire quasiment tout le territoire sud-africain de l'époque. Et cette législation fut l'un des fondements de l'apartide et a ouvert en fait la voie à d'autres lois restreignant les droits des noirs et leur accession à la propriété foncière. La conséquence aujourd'hui, c'est que les blancs sud-africains qui ne représentent que 7 % de la population possèdent plus de 70 % des terre.
C'est quand même assez éloquent. Et c'est la nouvelle loi, cette nouvelle loi qui a attendu les relations entre Trump et l'Afrique du Sud. C'est ça.
C'est en tout cas le prétexte qui a été avancé pour couper les aides américaines à la nation arc-en-ciel. Là encore, tout aurait pu s'arrêter à ce constat de deux pays en froid. Mais avec Trump, la la géopolitique ressemble souvent à une mauvaise série télé piètrement mise en scène.
Après donc cette arrivée des pseudoorfugiés blancs, Trump lâche le mot de génocide à propos du traitement des fermiers blancs en Afrique du Sud. Il fallait oser quand même à l'heure où un véritable génocide se passe sous ses yeux à Gaza que tous les jours affluent les preuves de l'éradication du peuple palestinien par des frappes quotidiennes de l'armée israélienne, par la famine aussi utilisée comme une arme de destruction par des menaces de déportation. Malgré des rapports sans fin de l'ONU, des multiples ONG documentants se massacrent, Trump a choisi de s'ériger en soutien et en complice de fête du génocide des Gazaï.
Et c'est lui qui donne des leçons au sud-africain sur un imaginaire génocide blanc. On n'avait pas vu pareil hypocrisie et une telle performance depuis le sketch de Coline Powell en 2003 sur les âmes de destruction massive irakienne. Tu t'en rappelles sûrement ?
Th Ah oui, bien sûr que je me rappelle. Malgré tout cela, dans une sorte de démarches constructive, le président sud-africain Cyril Cyril Ramaposa a accepté mercredi dernier une invitation de Donald Trump à la Maison Blanche. Abidjan dit erreur de Gawait.
Et oui, parce que c'était une invitation qui avait tout l'air d'un guetapan pour Cyril Ramaposa quand on se souvient de ce qui s'était passé avec l'Ukrainien Volodimir Zelenski il y a à peu près 3 mois. Donc Cyril Amaposa reçu dans le bureau oval par Trump, c'était l'occasion parfaite pour lui d'orchestrer ce qu'on peut légitimement qualifier de farce diplomatique. Tout avait pourtant bien commencé.
Une journaliste demande à Trump qu'est-ce qui pourrait vous convaincre qu'il n'y a pas de génocide blanc en Afrique du Sud ? Siri Ramaposa saisit la balle au bon et répond avec beaucoup d'élégance et de sagesse. Il suffirait au président Trump d'écouter les Sud-Africains.
Certains d'entre eux sont ses amis, certains sont ici. Nous avons eu des échanges tranquilles autour d'une table. Il suffirait juste que le président Trump les écoute.
Je ne vais pas continuer à répéter ce que j'ai déjà dit. Je dirais que s'il y avait un génocide des fermiers Africaners, je peux vous assurer que ces trois messieurs ne seraient pas ici, y compris mon ministre de l'agriculture. Il ne serait pas avec moi.
Donc, il faudrait que le président Trump écoute leur histoire et leur point de vue. Ah, l'écoute, ce n'est pas vraiment le point fort de Donald Trump, hein. Au lieu de suivre les conseils de son homologue, il avait déjà prévu son propre sa propre démonstration d'une persécution des plans sud-africains.
Nous avons des milliers d'histoires qui en parlent, des documentaires, des actualités. Je pourrais vous montrer certaines choses. Il faut y apporter des réponse.
Montrez-moi les articles, s'il vous plaît. Et éteignez les lumières. Éteignez les lumières et allumez les écrans juste derrière vous. [Musique] Sur l'écran qu'il souhaite absolument montrer, on entend une diatribe de Julius Malema, l'ancien président de la Ligue des Jeunes de l'ANC.
Bon, une personnalité politique qui ne mâche pas ses mots, mais on ne voit toujours pas le lien avec un éventuel génocide blanc. Et Cyril Ramaposa tente tant bien que mal de clarifier la situation. Ce n'est pas la politique du gouvernement.
Nous avons en Afrique du Sud une démocratie multipartite qui permet aux gens de s'exprimer et aux partis politiques d'adhérer à différents points de vue. La politique de notre gouvernement est complètement complètement opposée à ce qu'il a dit même au parlement. Et il s'agit d'un petit parti minoritaire qui est autorisé à exister en vertu de notre Constitution.
Mais vous les autorisez à prendre des terres ? Non, non, non, non. Personne ne peut prendre des terres.
Alors, face à un président sud-africain plus calme, sûr de son fait, puisqu'il dit la vérité tout simplement, Trump décide alors d'exhiber des articles de presse censé représenter un massacre blanc. Voici des articles parus ces derniers jours sur la mort des gens. Mort, mort, mort, mort.
Horrible. Mort. Sauf que ni l'assistance ni les journalistes ne peuvent vérifier le caractère racial des crimes qu'il présentent ou même simplement les authentifier.
Plus tard, on apprendra que parmi les articles que Trump a exhibé se trouvait en fait une image prise en République démocratique du Congo par l'agence de presse Reuters. Une image qui montre en fait des victimes de combat meurtrier entre l'armée congolaise et les ruelles du M23 soutenu par le Rwanda. Une telle méprise de la part d'un président des États-Unis prêterait presque à sourire si les faits supposés n'étaient pas si graves.
Alors Ramaposa de son côté admet qu'il y a de la criminalité en Afrique du Sud évidemment mais il précise que la majorité des victimes sont noires et puis il explique très bien qu'il n'y a pas de spoluation des terres des fermiers blancs. La loi qu'il porte tant à favoriser l'acquisition des terres par les noirs tout simplement. Et au fil de l'entretien, petit à petit, on comprend qui tire les ficelles de cette petite mise en scène de de Donald Trump.
Oui. Scène ubuesque. Dans la suite de l'échange.
Trump prend à témoin ses riches amis golfeurs sud-africains. Si si, je t'assure. Et là, j'aimerais qu'on entende vers qui la discussion et les caméras se tournent progressivement.
Vous sentez-vous en sécurité ? Demandent-il. On vit derrière des barrières électriques, dit-il.
Tous s'entendent pour dire qu'il y a de la criminalité. Ce ne sont pas juste des fermiers blancs qui sont tués, dit-il. On a besoin de technologie, de sterling, de drone pour réduire la criminalité.
Voilà le le but jusque-là inavoué de cette fausse confrontation finit par ressortir. Il y a des enjeux commerciaux liés au déploiement de Starlink en Afrique du Sud. Starling qui est une une un système d'internet par par satellite.
Elon Musk vraiment ses orientation politique conservatrice avait même déclaré que ce service Starlink n'est pas autorisé à opérer en Afrique du Sud parce qu'il n'est pas noir. Argument fallacieux et je vous expliquerai pourquoi. Devant les caméras en tout cas Trump a fini par reconnaître que ce spectacle dans le bureau oval était l'idée de son compère milliardaire.
Elon vient d'Afrique du Sud. Ça c'est ce qu'El voulait. Et alors et malgré les implications financières, tu penses que derrière ce récit du génocide de des blancs avec des gros guillemets se cache une ambition plus sombre, plus calculée ?
Tout à fait. Mon sentiment est qu'il y a une vraie volonté de la part de cette administration Trump de redessiner l'identité américaine à travers une migration raciale sélective. Je l'assume totalement. l'identité euh euh africani est euh historiquement imprégnée de cette séparation raciale et et on est partie de l'architecture brutale de la parteille jusqu'à l'enclave semi-autonome blanche euh d'Orania euh jusqu'à cette enclave donc qui se situe en Afrique du Sud et où on ne retrouve quasiment que des blancs, exclusivement que des blancs, cet enclave post appartide.
Donc l'idée euh que cette euh identité cherche désormais une un refuge sûr et à terme une implantation dans une Amérique fracturée mérite une attention que je trouve urgente. Quand on s'intéresse un peu à leur façon de vivre, ces fermiers descendants de la classe des colons africanaires en Afrique du Sud n'apportent pas que leur savoir-faire agricole. En fait, il transport avec eux un vrai héritage culturel fait d'attachement à la terre, d'isolement linguistique, mais aussi d'un instinct colonial de préservation.
Venant de Trump, leur arrivée relève moins d'un geste humanitaire que d'une expérimentation politique. Une sorte de lancement discret d'un nouveau projet ethnoational couvert du vernis de la compassion et puis qu'ont en commun sud-africains et les blancs américains. Ces deux groupes ont soumis les noirs à l'esclavage puis à la ségrégation raciale ou à l'appartide.
Et pour les deux groupes, la fin de ces politiques de ségrégation raciale ou d'appartille est extrêmement récente. Aux États-Unis, la ségrégation raciale n'a été abolie que dans les années 60, quand en Afrique du Sud, la patata n'a pris fin qu'en 1994 avec la la tenue des premières élections démocratiques et multiraciales, on le sait, remporté par Nelson Mandela. Pour cette Amérique blanche trumpienne conservatrice, importer ces nouveaux réfugiés sert de moyens pour renforcer symboliquement le statut co de sa domination politique et culturelle.
Cette espèce de fixate immédiate la la l'exécutive order de Trump date du 7 février de cette année, donc très peu de temps après son élection. Je donc cette cette irruption de l'Afrique du Sud en défense et et ça raisonne avec ce thème euh de qui est très fort dans le parti républicain euh de [Musique] euh des blancs comme minorité persécutées aux États-Unis. Donc le thème de la minorité persécutée qui est une fiction aux États-Unis euh a été euh retrouvé en fait ou identifié euh en Afrique du Sud.
Donc c'est c'est je veux dire c'est vraiment comment dire c'est et et donc j'en suis arrivé à à la vision euh d'une obsession raciale en fait dans le trumpisme qui va contre ce qu'on nous dit je crois hein il me semble c'est pas un truc qu'on entend je me trompe onentend on entend pas très souvent cet aspect purement racial quoi en eff oui qui est vraiment au cœur qui pour quand on connaît les américain quand on sait comment ils fonctionnent même quand ils n'en parlent pas faut les prendre dans une pièce fermée pour leur demander ce qu'ils pensent des rein et là on a des choses toujours très je dirais très intéressante et alors il y a des en fait une fois qu'on a cette hypothèse raciale les choses tombent en place. Par exemple, une des questions qu'on posait mais qu'est-ce qui est qu'est-ce qui est commun ? Pourquoi est-ce que les oligarques de la silicone vallée commencent à ou les technos enfin je sais pas comment on doit dire euh rallent le parti républicain ?
Mais en fait, ce qui est commun à la Silicone Vallée et au parti républicain, c'est l'absence de noir. Et dire cela, ce n'est pas de la paranoï. C'est simplement une reconnaissance des schémas.
Si l'Amérique continue de traiter les migrations racialisées comme des cas isolés, au lieu de les comprendre comme des instruments stratégiques d'implantation idéologique, elle risque en fait de devenir la scène des mêmes histoires qu'elle prétend condamner. Le passé ne se répète pas toujours, mais il se replanteent doucement. et l'Afrique dont tout cela fabrice et bien qu'elle en tire des leçons.
Trump est très souvent incensé sur le continent africain pour ses idées antisystème mais il reste avant tout un conservateur adepte du repli identitaire. Il n'apprécie guère l'Afrique et ne s'en cache pas. Pourquoi lui donner alors du crédit ?
Au final, cette rencontre Trin Bramaposa aura été une farce, oui, mais une farce révélatrice. D'un côté, un président africain qui tente laborieusement de soigner les blessus profondes d'un pays malade de son passé. De l'autre côté, un ancien président américain est désormais de retour au pouvoir qui offre son empathie non pas aux millions de Sud-Africains vivants dans les townships, mais à à une minorité blanche euh nostalgique de l'apartide.
L'ironie bien sûr est totale. Les mêmes qui veulent défendre la propriété sacrée entre guillemets des fermiers blanc n'ont jamais eu de mots pour les terres volées au noirs pendant des pendant des siècles de domination. Euh les mêmes qui pleurnichent sur un génocide imaginaire sont ceux euh qui souvent restent silencieux sur les massacres, les vrais massacres qui ont lieu dans notre temps.
Merci Fabrice. [Musique]
Dominique Theophile