Les enjeux économiques du nouveau quinquennat avec Eric Heyer
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Bonjour et bienvenue dans le grand face-à-face de France Inter avec Natacha Polony et Gilles Finkelstein. Premier face-à-face du second quinquennat d'Emmanuel Macron. Merci de nous écouter en tout cas chaque semaine. Tout de suite le duel avant de passer au débat du week-end. De quoi dépendra ce début du second quinquennat ? Le nouveau président Emmanuel Macron doit préparer les législatives, trouver une majorité et bien sûr son premier ministre ou sa première ministre. Mais comment faire en plein contexte d'inflation ? Comment faire pour éviter l'explosion sociale ou dit différemment garantir la paix sociale ?
Comment financer les plans de soutien, les promesses de campagne tout en protégeant le pouvoir d'achat des Français dans un pays où le déficit est au plafond et où la dette est abyssale ? Et si donc le début de ce quinquennat se jouait d'abord sur le front économique à Francfort au siège de la Banque Centrale Économique, celle qui permet de mener la politique du quoi qu'il en coûte. On va en débattre avec l'un des meilleurs spécialistes. Il est économiste, directeur à l'Observatoire français des conjonctures économiques et enseignant à Sciences Po. Éric Meyer nous rejoindra dans une vingtaine de minutes.
France Inter. Le grand face-à-face Ali Badou
Mais d'abord le duel entre la directrice de Marianne, Natacha Polony, le directeur de la Fondation Jean Jaurès, Gilles Finkelstein. Salut les amis ! Bonjour ! Vous sentez le début d'une nouvelle ère ou pas encore ? Non mais vous pourriez prendre la question au sérieux au lieu de rire à Natacha et de vous plonger dans vos notes, Gilles. Il ne s'est donc rien passé ?
Si, on attend le début, on attend la suite.
Eh bien écoutez, le début ça a commencé justement puisque Emmanuel Macron, réélu, était en déplacement, son premier déplacement à Sergy dans la région parisienne, dans le département du Val-d'Oise, c'était mercredi.
Quand il y a beaucoup d'abstention, parfois des votes de colère, ce ne sont pas des gens qui n'aiment pas la République, au contraire, vous le voyez d'ailleurs. Mais ce sont des gens pour qui la vie est dure. Et donc quand la vie ne change pas, ils se disent « à quoi bon ? » Et donc ce que je veux ici, c'est d'abord apporter un message de respect et de considération en disant que je suis auprès de ces quartiers de la République les plus pauvres dès les premières heures du quinquennat. Et ensuite c'est un message aussi d'engagement pour qu'il y ait une réponse efficace et qu'on puisse accompagner les élus, les associations et les citoyens.
Voilà, qui ressemblait déjà à une ébauche de programme pour ce second quinquennat. Un déplacement à Sergy, paradoxalement avant même qu'il soit réellement investi président de la République parce qu'il a fallu attendre mercredi après-midi et cette déclaration très solennelle. Ce sont les règles de la République. La déclaration très solennelle du président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius.
M. Emmanuel Macron ayant recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés, le Conseil constitutionnel en ce 27 avril 2022 proclame M. Emmanuel Macron élu président de la République. Son nouveau mandat débutera à compter du 14 mai 2022 à zéro heure.
Et voilà, c'était donc Laurent Fabius et nous apprenions donc que Emmanuel Macron ne commencerait son second mandat que le 14 mai 2022. Il ne suffit pas que son visage apparaisse à la télévision un dimanche soir de second tour à 20h00 pour qu'il soit président de la République. La cinquième République, je vous le disais, a ses règles et donc Emmanuel Macron commencera son second quinquennat le 14 mai prochain. Gilles, vous vouliez revenir malgré tout sur ces premiers moments, ces premières heures, ces premiers jours de ce qu'on pourrait quand même malgré tout appeler un deuxième quinquennat ou un second quinquennat ?
Un second quinquennat puisque les règles constitutionnelles interdisent qu'il y en ait un troisième.
Il peut malgré tout y en avoir un troisième dans deux ou trois quinquennat ?
Alors, beaucoup, tout même peut-être, a déjà été dit sur cette élection. Mais il y a un débat qui est insatisfaisant et qui est assez récurrent autour de cette question de la légitimité du président élu et sur lequel je pense qu'il est intéressant de revenir. Le débat est insatisfaisant parce qu'il a été très caricatural. Pour les uns, Emmanuel Macron était mal élu, sa légitimité était donc très faible. Pour les autres, il était bien élu et ceux qui contestaient cette légitimité étaient des factieux. Or, ce qui est intéressant, je crois, c'est que le concept de légitimité est un concept qui a des sens extrêmement divers.
Il y a à la fois la légitimité au sens juridique et il y a la légitimité au sens sociétal. Et ce n'est pas exactement la même chose. La légitimité juridique, c'est ce que Pierre Rosemballon appelle une technique de décision. Le fait que la légitimité trouve sa source dans le suffrage universel. Le président est élu, l'élection lui attribue des pouvoirs et cette légitimité-là, elle ne peut pas être contestée. C'est celle que vient de rappeler Laurent Fabius en proclamant les résultats. Et puis, il y a une légitimité sociétale, c'est ce que Pierre Rosemballon appelle le principe de justification. Et ça, c'est la capacité à agir dans un mandat.
Et celle-là, elle doit toujours, et ce n'est pas le cas simplement avec Emmanuel Macron, être consolidée au fur et à mesure de l'action. Donc, on est dans une logique procédurale d'un côté, dans une logique substantielle de l'autre. Et la caractéristique de cette élection, c'est qu'à la fois, la légitimité juridique d'Emmanuel Macron est très forte, 58%. Et combien même d'ailleurs aurait-il fait un score plus faible, celle-là ne peut pas être contestée.
Et qu'en revanche, la légitimité sociétale, en raison de l'étrangeté de cette campagne, le fait qu'elle ait porté peu sur le contenu, qu'il n'y ait pas de mandat fort sur le fond, en raison des contradictions des logiques du vote, on a à la fois voté pour et voté contre, fait que cette légitimité-là, elle est faible. Mais, c'est le point par lequel je termine, ce n'est pas seulement le problème de cette élection et le problème d'Emmanuel Macron. Expliquez-nous ça. Cette question, elle se pose de plus en plus dans toutes les démocraties contemporaines.
La légitimité juridique ne suffit plus, la force propulsive d'une élection est de plus en plus limitée, et de plus en plus, il faut bâtir et bâtir chaque jour la légitimité sociétale. Il ne suffit pas d'être élue, Natacha ? Non, il ne suffit pas d'être élue, parce que nous sommes dans un paysage qui est un paysage de décomposition absolue. Et il me semble qu'il y a d'ailleurs un paradoxe assez immense à entendre certains commentateurs dire, à l'envie qu'Emmanuel Macron a été très bien élu, qu'il est un des mieux élus de la Ve République, que le nombre de suffrages qu'il a remportés est immense.
Les mêmes, comme si cette élection était normale, était comparable à celle par exemple qui a opposé en 1995 Jacques Chirac à Lionel Jospin, les mêmes, quelques jours avant, expliquaient que le danger de voir Marine Le Pen gagner était immense, et que le fascisme était donc aux portes du pouvoir, et qu'il fallait absolument se mobiliser, car en aucun cas Marine Le Pen n'était une candidate comme les autres.
Malgré tout, si on regarde l'histoire, en suffrage exprimé et en suffrage des inscrits, il n'est pas mal élu par rapport à certains de ses prédécesseurs ?
Je suis en train de vous expliquer que, justement, il n'est absolument pas mal élu, parce que c'est une élection particulière, et qu'il a eu en face de lui une candidate particulière. C'est donc à 2002 et 2017 qu'il faut comparer cette élection, et pas à 1995 ou à 2007. Donc on ne peut pas faire semblant de croire qu'Emmanuel Macron a été plébiscité dans des conditions normales. Or, ce paysage politique très particulier, dans lequel, en gros, l'un des deux candidats du second tour n'est pas acceptable, il est appelé à se répéter.
Et c'est pour ça qu'il n'est absolument pas, ce n'est pas un exploit qu'Emmanuel Macron ait été réélu, c'est le seul, depuis De Gaulle, à avoir été réélu hors cohabitation, mais c'est la mécanique de ce nouveau paysage politique qui est profondément dangereux. Pourquoi ? Parce que vous avez, en gros, deux bords extrêmes de ce paysage politique qui sont considérés par une part immense, on va dire, des élites, comme non acceptables.
La question étant, à partir du moment où vous avez cette masse de plus en plus immense qui absorbe une part de plus en plus grande du champ politique au centre et qui est en train de terminer d'absorber les républicains et le parti socialiste et une partie des écologistes, etc., à partir du moment où vous avez cette masse-là qui entend couvrir l'ensemble du champ idéologique, du champ idéologique acceptable, raisonnable, républicain, quelle est l'alternance possible ?
Donc, les frustrations que pointe Emmanuel Macron dans son discours, qu'on vient d'entendre, qu'il a pointé dans son discours, le soir du second tour, disant, j'entends qu'il y a des gens qui n'ont pas voté pour moi, j'entends qu'il y a des gens qui ont voté Marine Le Pen, ces frustrations ne peuvent qu'augmenter et la question n'est pas seulement de les entendre, mais aussi de repenser l'ensemble des institutions, du mode de pratique politique. Alors, je laissez Gilles vous répondre. Oui, oui, je le laisse, je terminez le raisonnement. Ce que dit Natacha soulève la question aussi de l'analyse que l'on fait du score de Marine Le Pen.
A la fois de l'ampleur de ce score, et donc comment qualifier Marine Le Pen si on dit que Marine Le Pen n'est pas une candidate normale, au sens que ce n'est pas une candidate comme les autres, non pas parce que c'est le fascisme, mais parce que c'est l'extrême droite, c'est de la thèse que je défendais ici il y a 15 jours, alors le score de Marine Le Pen était impensable, près de 42% et il y a 10 ans, il y a 20 ans. 13,3 millions de voix. Bon, c'est considérable. Si on considère que, si on accepte la normalité de la candidature de Marine Le Pen, alors ce score, 41%, est un score médiocre dans un débat de second tour.
Et l'autre point, ce n'est pas sur l'ampleur du score, mais c'est sur le contenu. C'est comment, après coup, on juge la stratégie de Marine Le Pen. Cette stratégie n'était pas... Il y avait une partie d'image, on l'a dit, et il y avait une partie qui était plus sociologique que politique. C'était rassurer les seniors, rassembler les milieux populaires. Qu'est-ce qui s'est passé ? Rassurer les seniors, il y a moins de 30% des plus de 65 ans qui ont voté pour elle, échec. Rassembler les milieux populaires, certes, 60% des employés et des ouvriers, mais 60% seulement.
Et donc, de ce point de vue-là, par rapport à ce qu'était la thèse de ceux qui l'inspiraient, comme Jérôme Sainte-Marie, la constitution d'un bloc populaire face au bloc élitaire, pour reprendre sa formule, on voit que c'est un échec. Je reprends la célèbre formule d'Engels, la preuve du pouding, c'est qu'on le mange, eh bien, il n'a pas été mangé, la stratégie est un échec. Natacha Polony ? Que sa stratégie soit un échec, ça c'est une évidence, mais en fait, ce qui est intéressant, ce n'est pas Marine Le Pen, ce sont les gens qui ont voté pour elle.
Parce que, justement, quand vous dites, soit elle est d'extrême droite et c'est un score très élevé, soit on accepte sa normalité et c'est un score très faible, le problème, c'est que c'est un entre-deux. C'est-à-dire que vous avez, on va dire, les élites au sens large, tout ce que la France compte d'acteurs institutionnels qui considèrent qu'elle est d'extrême droite, mais les gens qui votent pour elle ne votent pas pour elle parce qu'elle serait d'extrême droite.
Et donc, c'est ce paradoxe qui se noue de telle sorte que vous avez une frustration immense de la part de ces gens qui ont voté pour elle parce qu'ils veulent tout simplement renverser le système, ils veulent que les choses changent. Il y a eu un phénomène...
Mais même la majorité de ces sympathisants et de ces électeurs considèrent qu'elle est d'extrême droite ?
Non, les gens qui votent pour elle, non, la majorité de ces électeurs ne considèrent pas qu'elle est d'extrême droite.
Pas en croire la Fondation Jean Jaurès, surtout.
Mais la question n'est pas là. Il y a eu un phénomène, à mon avis, intéressant. Ce sont les réactions à cette vidéo montrant les électrices de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont qui, en effet, ont fait preuve de grossièreté vis-à-vis... On y voit des femmes, ce sont majoritairement des femmes, ouvrières, visiblement, ou de métiers comme, par exemple, assistante sociale, assistante maternelle, des choses comme ça, qui ont une réaction de colère et une réaction vulgaire face à Emmanuel Macron, face aux résultats de l'élection et qui laissent jaillir des insultes et des signes grossiers.
Et cette vidéo sur les réseaux sociaux est devenue quasiment virale avec, parfois, une forme de mépris pour ces électrices sur le thème « Voyez, c'est ça l'électorat de Marine Le Pen, vulgaire, grossier, etc. » Ce qu'on voyait chez ces électrices, c'était le désespoir. C'était l'impression qu'une fois de plus, elles allaient être oubliées et la seule chose, me semble-t-il, qu'il aurait fallu penser devant cette vidéo, c'est « La voix de ces femmes vaut autant que la voix de quelqu'un de bien élevé, d'élégant, qui gardera son calme et qui est ravi que l'extrême droite ne soit pas arrivée au pouvoir.
» Et je pense que tant qu'on n'aura pas ça en tête en voyant ce genre de vidéo, on se retrouvera avec des gens qui, en effet, votent Marine Le Pen ou ses successeurs et qui rêvent de renverser le système.
Le second quinquennat n'a toujours pas officiellement commencé. Il faudra attendre le 14 mai, minuit, mais le duel continue.
Le grand face-à-face, le duel. « À toutes et à tous, je dis, ne vous résignez pas. Au contraire, entrez dans l'action massivement. La démocratie peut nous donner de nouveau le moyen de changer de cap. Le troisième tour commence ce soir. »
C'était Jean-Luc Mélenchon, évidemment. Jean-Luc Mélenchon qui s'exprimait à l'issue du second tour de l'élection présidentielle. Et vous vouliez revenir sur ce moment-là. Jean-Luc Mélenchon qui se projette, je le cite, dans un troisième tour. Un troisième tour, celui des législatives. Et il a demandé par ailleurs qu'on l'élise, alors la formule est malicieuse, mais qu'on l'élise Premier ministre. Natacha, qu'est-ce que vous pensez justement de cette émission ? Cette déclaration immédiatement prononcée par celui qui veut apparaître comme le chef de file de l'opposition, la figure incontournable, en tout cas à gauche, à Emmanuel Macron ?
Du point de vue institutionnel, article 20 de la Constitution, le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Le gouvernement, responsable devant l'Assemblée nationale, et donc c'est en effet la majorité parlementaire qui, en fait, détermine, qui sera Premier ministre et constituera un gouvernement. Donc, Jean-Luc Mélenchon n'a fait que rappeler de façon extrêmement opportune et très maligne ce qu'est la Constitution de la Ve République et qui a permis les cohabitations.
Derrière, ne soyons pas dupes, il y a un formidable, comment dire, un formidable numéro de claquettes, sachant que, si on regarde véritablement ce qui risque de se passer, certes, il y a, si je ne me trompe, 12 circonscriptions dans lesquelles Jean-Luc Mélenchon a fait plus de 50% des voix, il y a une centaine de circonscriptions dans lesquelles il est arrivé en tête.
Pour autant, étant donné la configuration du paysage politique, je pense que la plus grande probabilité est que la majorité présidentielle remporte ces élections législatives, ne serait-ce que parce que l'éloignement d'avec la présidentielle risque de favoriser encore un petit peu plus l'abstention et donc ensuite on n'aura pas de triangulaire. Gilles Finkelstein. Alors, Natacha Polony, c'est la probabilité, la question et si c'était différent cette fois ? Oui, bien sûr.
Mais c'est la question qu'on se pose d'une certaine manière à chaque fois puisque depuis 1980, toutes les élections présidentielles ont donné lieu dans la foulée à des élections législatives à la seule exception de l'élection de Jacques Chirac en 1995. Et toutes les élections législatives depuis 1980 ont donné une majorité absolue une fois une majorité relative à la majorité présidentielle. Donc, et si c'était différent cette fois ? On a déjà entendu ça en 2017. Emmanuel Macron venait d'être élu, on le connaissait peu et on ne connaissait pas du tout ses candidats. On disait il n'aura jamais une majorité, il y a eu une majorité.
On le redit cette fois-ci, cette fois-ci c'est pas on ne connaît pas Emmanuel Macron, on le connaît bien et donc les Français vont vouloir rééquilibrer. Ça va dépendre évidemment de ce que va faire durant cette période plus longue que d'habitude le président et le gouvernement des signes qu'ils vont adresser au pays.
Ça va dépendre de ce que vont faire les oppositions, les ralliements ou pas des républicains qui ont quand même plus de 100 députés sortants, l'union ou pas des extrêmes droite et des extrêmes gauche et puis ça va dépendre et c'est là où j'en viens à ce que dit Jean-Luc Mélenchon de la participation qui est un enjeu particulièrement important dans une élection législative parce que les règles font qu'on ne peut se maintenir au second tour que si on fait 12,5% des inscrits c'est-à-dire dans l'hypothèse où il y a 50% de participation seulement comme en 2017 25% des suffrages exprimés. La formule de Jean-Luc Mélenchon a provoqué beaucoup de ricanements.
Il ne connaît pas la constitution c'est le président de la république qui nomme le premier ministre et vous savez pourtant que je suis d'ordinaire peu enclin à beaucoup de complaisance envers Jean-Luc Mélenchon ce qu'il dit est une vérité politique c'est-à-dire que le camp qui gagne la majorité aux élections législatives choisit le premier ministre le président de la république nomme le premier ministre mais il n'a pas le choix de qui il nomme.
C'est aussi il y a une utilité démocratique dans ce que dit Jean-Luc Mélenchon c'est de rappeler l'importance des élections législatives qui attribuent une partie du pouvoir c'est une erreur de dire c'est un troisième tour ce n'est pas un troisième tour parce qu'on ne revient pas sur les pouvoirs du président de la république mais l'étendue de ses pouvoirs va dépendre de ses élections législatives après évidemment c'est un coup c'est un coup très habile pour prendre le leadership sur la gauche c'est un coup très habile pour essayer de garder la mobilisation de son électorat ce qui est un enjeu déterminant est-ce que c'est un coup crédible est-ce que même Jean-Luc Mélenchon souhaite réellement être premier ministre ça on peut se poser la question.
Donc vous n'y croyez pas en vérité si on doit mettre des sous-titres à ce que vous venez de dire Gilles ? Je suis plus sceptique effectivement.
Et Natacha ?
Je rejoins Gilles en deux mots sur un point essentiel il faut retrouver l'importance des élections législatives et le poids du parlement donc tout ce qui peut rappeler que ceux qui décident des lois ont une importance me semble bénéfique.
Avant d'accueillir notre invité une question à tous les deux comment expliquer ce paradoxe que le président de la république a peine réélu il y a eu un sondage IFOP le jour du vote où 68% des personnes interrogées souhaitaient qu'à l'issue des prochaines élections législatives les oppositions représentent la majorité des députés à l'Assemblée et imposent une cohabitation à Emmanuel Macron. Comment se fait-il que le même jour alors un sondage ne peut pas se comparer à une élection au suffrage universel mais c'est un indicateur malgré tout comment se fait-il qu'on puisse à la fois réélire Emmanuel Macron et dans le même mouvement souhaiter lui imposer une cohabitation
mais c'est très cohérent
c'est vrai
mais c'est très cohérent Emmanuel Macron fait 28% au premier tour de l'élection présidentielle donc vous avez 28% qui souhaitent qu'il y ait une majorité les oppositions souhaitent qu'il y ait une cohabitation le problème c'est que ces oppositions sont extrêmement diverses et elles ne souhaitent pas la même cohabitation l'enjeu est de savoir qui parmi ces différentes forces aura une majorité absolue ou relative c'est beaucoup plus clair bien entendu et vous aurez la même mécanique pour les élections législatives que pour l'élection présidentielle à savoir un bloc central qui absorbe tout et deux deux oppositions très à droite et très à gauche sauf si les partis de gouvernement les anciens partis de gouvernement LR et le parti socialiste arrivent à sauver les meubles mais la mécanique c'est que dans ces cas là le bloc central est favorisé puisqu'il peut récupérer les reports de voix c'est ça qui explique qu'on n'est pas d'alternance
un dernier mot malgré tout l'expression troisième tour est-ce qu'elle a un sens pour l'un et l'autre elle était employée par Jean-Luc Mélenchon troisième tour comme s'il y avait un troisième tour à l'élection présidentielle c'est uniquement une manière de parler ou est-ce que c'est véritablement dans la continuité de ce qui s'est joué il y a quelques jours
Gilles l'a dit tout à l'heure Gilles a eu raison d'insister là-dessus tout à l'heure ce n'est pas un troisième tour dans le sens où il y a une spécificité des élections législatives et il faut absolument le rappeler d'ailleurs la question d'habitude on parle du troisième tour social donc là ce sera le quatrième ou le cinquième tour c'est pas exactement voilà ça va devenir très compliqué le problème n'est pas qu'il y ait des tours le problème est de répondre à ce déficit démocratique qui est en train de dégoûter une part croissante des citoyens est-ce que les élections législatives telles qu'elles vont se passer vont contribuer à réparer cela je ne pense pas tant qu'on n'aura pas une réforme institutionnelle avec à la fois proportionnelle modification du calendrier électoral découplage de la présidentielle et des législatives de toute façon on ne pourra pas répondre aux enjeux
à suivre dans le grand face-à-face le débat avec notre invité l'économiste Eric Heyer
France Inter le grand face-à-face le débat
it's the economy stupid c'est le mantra le plus célèbre de l'histoire politique moderne un vrai cliché une phrase de campagne celle qui a porté Bill Clinton jusqu'à la maison blanche en 1992 et si ce n'était pas simplement un mot d'ordre bon pour une campagne électorale mais l'élément déterminant du second quinquennat d'Emmanuel Macron le président de la république qui doit bien évidemment préparer les législatives imaginer sa future majorité trouver un ou une premier première ministre mais qui commence surtout son deuxième quinquennat avec un contexte qui est celui de l'inflation il va falloir trouver de l'argent et beaucoup d'argent pour financer les boucliers comme on dit les boucliers qui doivent protéger le pouvoir d'achat des français pour maintenir la paix sociale pour tenir les promesses de campagne équation donc très compliquée quand on est à la tête d'un pays sur-endetté le nouveau mandat d'Emmanuel Macron serait-il entre les mains de la banque centrale européenne on va en débattre aujourd'hui bonjour Eric Ayer bonjour vous êtes économiste directeur à l'OFCE et du département analyse et prévision de l'observatoire français des conjonctures économiques enseignant à Sciences Po merci d'être avec nous vous êtes excellent pédagogue et vous allez nous aider à y voir plus clair le premier déplacement d'Emmanuel Macron après son élection c'était à Sergi on l'entendait tout à l'heure et il y avait très régulièrement posé par les habitants de Sergi la question évidemment de la vie chère et du pouvoir d'achat est-ce que l'urgence maintenant pour Emmanuel Macron est d'aller à Francfort au siège de la BCE ?
pas forcément avec la banque centrale il faut aussi qu'il aille voir ses partenaires vous voyez normalement son mandat en tant que président de l'Europe pendant les six mois c'était de changer les règles budgétaires c'est-à-dire donner un peu de marge de manœuvre parce que effectivement on voit que partout en Europe on a besoin de dépenses publiques sur la transition écologique sur retrouver la souveraineté médicale retrouver la souveraineté industrielle on l'a vu pendant et la crise de la Covid et aussi cette crise ukrainienne qu'on était très dépendants énergétiquement médicalement et donc il va falloir investir pour retrouver cette souveraineté cette souveraineté et donc ça veut dire que si on doit réduire fortement les déficits c'est très compliqué d'essayer de manier donc son objectif c'était de changer un peu les règles et de sortir certaines dépenses publiques du calcul en disant ça c'est un investissement qu'on peut faire pour demain et les générations futures peuvent un peu nous aider à le financer par du déficit ou de la dette
on va y venir justement à la question du déficit de la dette mais l'urgence ce sont les prix les prix qui restent élevés les prix qui ne cessent d'augmenter et ça pour le coup c'est comme une sorte de troisième phase du quoi qu'il en coûte vous en avez cité les deux premières et c'est une politique à financer malgré tout pour éviter l'explosion sociale particulièrement
en début de quinquennat oui alors effectivement là il y a il y a un contexte qui est très particulier c'est une flambée des prix on pensait que ça pouvait être que transitoire mais c'était un peu on avait ça un peu on s'est trompé il faut quand même le reconnaître alors pourquoi on s'est trompé
on sait maintenant que ça va durer
alors ça va durer un peu plus longtemps maintenant la projection que l'on fait c'est que les prix vont rester élevés mais l'inflation va disparaître c'est à dire vous voyez l'inflation c'est la progression des prix prenons admettons le prix du baril il est passé de 75 à 100 ou 110 dollars il va rester dans ces eaux-là à 110 dollars donc ça veut dire que l'inflation va disparaître parce que quand vous passez de 110 et que vous restez à 110 il n'y a plus d'inflation mais les prix restent élevés et donc ça va être ça la nouvelle finalement façon de réfléchir c'est qu'on va revenir petit à petit à une inflation aux alentours de 2,5 ce qui est acceptable pour la banque centrale mais pendant une phase on sera au-dessus aux alentours de 5,6 mais après le niveau des prix va rester élevé donc il faudra que les salaires progressivement soient à ce niveau de prix sinon effectivement le pouvoir d'achat va se renier alors la grosse crainte c'est que du coup alors peut-être ça va répondre à votre question sur la banque centrale il ne faudrait pas que la banque centrale augmente trop vite les taux d'intérêt c'est à dire qu'il va falloir qu'elle soit très mesurée mais vous voyez normalement avec une inflation
expliquez-nous pourquoi pour que les choses soient très claires
si la banque centrale commence à augmenter ces taux d'intérêt ça veut dire que l'argent coûte plus cher et donc quand vous voulez investir ça coûte plus cher si vous devez vous endetter pour consommer ça coûte plus cher lorsque vous voulez vous endetter aussi quand vous êtes un état ça va coûter plus cher et donc si vous augmentez trop vite normalement vous l'augmentez pour casser la croissance et casser la demande pour que l'inflation ralentisse si vous le faites trop vite vous arrivez dans ce qu'on appelle la stagflation c'était ce qui s'était produit juste après les deux premiers chocs pétroliers où finalement vous n'avez plus de croissance mais l'inflation reste encore un peu là parce que c'est lié à l'énergie
une dernière question avant de donner la parole à Natacha et à Gilles est-ce qu'on peut dire qu'en ce début de deuxième quinquennat la politique la politique menée par Emmanuel Macron est entièrement dépendante de l'économie
bah non entièrement
l'économie non pas pour les questions de politique étrangère ou des questions symboliques mais
oui mais on voit qu'en grande partie il y a des chantiers économiques en tout cas qui sont là et on voit bien qu'il y a l'Europe derrière tout cela et vous voyez moi je vois la réforme des retraites non pas pour des raisons nationales c'est-à-dire c'est pas parce que le système des retraites est complètement en faillite non on pourrait avancer la réforme touraine et ça passerait mais c'est pour rassurer et nos partenaires européens les fameux frugaux c'est-à-dire les Pays-Bas l'Allemagne l'Autriche que l'on fait des réformes
qui le sont de moins en moins d'ailleurs
oui qui le sont de moins en moins grâce à la crise ou à cause de la crise ukrainienne et aussi la banque centrale que finalement on fait quelque part des économies structurelles et que du coup d'un point de vue conjoncturel on peut avoir quelques marges de manœuvre
on ouvre le débat avec Natacha Polony
alors vous disiez à l'instant que la question était celle de savoir si on allait pouvoir enfin au début de votre intervention de savoir si on allait pouvoir sortir certaines dépenses des critères de Maastricht parce qu'en fait on se souvient qu'après la crise de 2008 l'immense erreur de Jean-Claude Trichet notamment et d'avoir remonté les taux tout de suite pour tout simplement rentrer à nouveau dans ces critères ce qui est le moment et c'est en 2011 si je ne me trompe où on a un décrochage de l'Union Européenne par rapport aux Etats-Unis en termes de richesse par habitant c'est-à-dire qu'on a créé de la stagnation la question est donc de savoir si on a ce risque-là mais surtout si on va réussir à considérer qu'il y a des dépenses d'investissement mais ce discours-là ça fait des années qu'on l'entend ça fait des années que certains plaident notamment pour que les dépenses militaires les dépenses de défense soient considérées comme un investissement de la France pour le bien commun de l'Europe et il y a d'autres éléments évidemment les investissements écologiques la transition écologique ne peut se faire qu'à coût de milliards et ça devrait être considéré comme quelque chose qui ne rentre pas dans ces critères est-ce qu'on a une chance d'y arriver ?
Est-ce que ça va rester un vœu pieux ? Et si on a une chance d'y arriver à quelle échelle pour que ce soit véritablement efficace et qu'on commence enfin en Europe à investir ? Je pense qu'effectivement les économistes sont d'accord pour dire l'investissement on peut le financer par du déficit donc ça serait en fait zéro déficit de fonctionnement et un déficit pour l'investissement pourquoi pas ?
Alors le problème c'est qu'une fois qu'on a dit ça il va falloir définir ce qu'on appelle investissement et vous voyez investissement alors les comptables nationaux nous disent dès qu'il y a une infrastructure allez c'est l'investissement mais il y a l'école, la santé ce que c'est l'investissement exactement l'éducation c'est aujourd'hui
pour l'instant
c'est du fonctionnement c'est les salaires et donc du coup est-ce que c'est pas le meilleur investissement que d'investir dans finalement l'éducation dans la petite enfance on sait qu'il y a à peu près 110 à 120 000 jeunes qui sortent sans rien du système scolaire et on sait les détecter grâce à des études du collège de France à la fin de la dernière année maternelle et au début du CP donc à 5-6 ans on sait détecter non pas parce qu'on leur fait passer des tests intellectuels mais on leur dit combien gagnent vos parents dans combien de mètres carrés tu vis est-ce qu'il y a des livres chez toi et on sait si à 80% et donc du coup il faudrait mettre le paquet dans la petite enfance parce qu'on sait que ces gens-là 15 ans plus tard seront dans l'activité pourront nous aider à produire et donc créer de la richesse pourquoi pas et donc ça sera un investissement mais dans 15-16 ans bon voilà est-ce qu'on le fait pour l'instant c'est du fonctionnement il faut payer un peu plus de fonctionnaires qui iront éduquer ces enfants-là
c'est déjà une question que posait un très grand économiste Jean-Paul Fitoussi qui travaillait justement à l'OFCE et qui plaidait dans ce sens-là de regarder la dette avec discernement et ne pas la considérer comme un tout indiscriminé
vous venez de dire à la fois les dépenses que l'on pourrait sortir du calcul de déficit les questions que ça pose pour certaines d'entre elles la santé, l'éducation et quelques autres ma question porte sur la nature du débat dans les autres pays à la fois chez les économistes et chez les responsables politiques on en est où de cette redéfinition des règles qui avaient été définies lors du traité de Maastricht dont on voit qu'elles ne sont plus applicables telles qu'elles on en est où
et à quel horizon ça peut être appliqué voilà
alors je pense qu'il y a aujourd'hui un consensus pour dire que ces règles sont inappropriées donc effectivement Natacha Polony a bien rappelé la crise de 2011 c'est plus que la crise des banques centrales la crise de cette austérité généralisée parce qu'on a voulu aller trop vite dans la réduction des déficits alors parce que les banques centrales ne nous aidaient pas à l'époque et donc il va falloir effectivement changer ces règles le problème c'est qu'on veut les changer une fois pour toutes on ne veut pas changer les règles tous les quatre matins et donc il faut qu'on se mette d'accord sur des nouvelles règles et là on voit que les allemands ont fait quand même des efforts mais on voit bien qu'ils restent quand même dans une règle très particulière de zéro déficit mais ils sont déjà d'accord pour sortir tout ce qui est de la transition écologique de ces règles là donc pour la transition écologique on a l'impression qu'on a bien avancé sur tout ce qui est considéré comme vert et les sortir de ce calcul mais encore une fois même si c'est sans doute la principale contrainte la contrainte écologique il y a d'autres projets d'investissement pour l'avenir dont l'éducation la santé ou même les inégalités et alors là on est très très loin d'avoir abouti et là c'est pour ça qu'il va falloir repartir dans les négociations alors qu'ils ont été mises entre parenthèses à cause de la crise ukrainienne mais là je pense qu'il y a un sacré travail à faire
mais alors comment est-ce que le président de la république Emmanuel Macron peut imaginer parce que là vous appelez aux dépenses d'investissement et à ce qui pourrait moderniser le pays et en tout cas garantir un meilleur fonctionnement de son modèle social mais quand on veut supprimer la redevance télé quand on ne propose pas d'augmentation de salaire mais qu'on se propose de compenser les éventuelles pertes de pouvoir d'achat qu'il y a une réforme promise dans son programme sur les droits de succession qu'il y a malgré tout des réformes des retraites qui garantissent une pension minimale de 1100 euros après une carrière pleine il y a tout ce qui est bouclier pour les prix du gaz de l'électricité des choses qui vont coûter de l'argent je reviens toujours à la question de l'argent et j'en suis désolé mais comment faire pour tenir les deux bouts de cette équation
non je pense que ça va effectivement très difficile de réfléchir à tout cela sans penser à un moment augmentation d'impôt c'est à dire qu'il va bien falloir à un moment qu'on se dise tout ça doit être financé alors une partie peut être financée par les générations futures par du déficit et la dette mais si on pense qu'on a un gros besoin de dépenses publiques et de redistribution il va bien falloir qu'on réfléchisse à un impôt c'est à dire se dire on va continuer à baisser les prélèvements obligatoires c'était le non-dit de la campagne ?
oui je pense que c'est le non-dit de la campagne c'est à dire que dans prélèvements obligatoires le problème c'est qu'il y a beaucoup de choses il y a les cotisations sociales qui sont les gros des prélèvements obligatoires bon alors là vous voyez c'est un peu du salaire différé c'est à dire que je cotise pas pour les autres je cotise pour moi ça m'ouvre des droits pour demain à la retraite ou demain si je tombe au chômage donc c'est un point mais l'impôt et notamment l'impôt sur le revenu je pense que c'est une façon de s'en sortir c'est à dire aujourd'hui on voit bien qu'il faut faire du ciblé pendant la période de forte inflation qui touche à la fois l'énergie et l'alimentaire on sait que ça ça va pénaliser beaucoup plus les ménages modestes qui n'ont pas le choix d'utiliser de se chauffer de se nourrir ou de se transporter et ce poids dans leur consommation est bien plus importante et donc du coup puisqu'on a du mal à faire du ciblé finalement on baisse l'essence pour tout le monde parce que c'est compliqué il faut dire ok je le baisse pour tout le monde et donc quand tu vas à la pompe tu bénéficies de ça mais je te le reprends en partie à toi ménage aisé qui peut se permettre de payer 15 ou 17 centimes de plus par une augmentation de l'impôt
même chose pour les chèques alimentaires
Gilles et Natacha au delà de cette question de l'impôt une des clés de résolution de cette équation ne tient pas dans des objectifs en réalité assez peu ambitieux de réduction des déficits c'est à l'horizon de la fin du quinquennat 2027 que Emmanuel Macron dans son programme dit on passe sous les 3% oui parce que en fait ce qu'il y a dans le programme alors attention un programme c'est juste un cadrage de ce point de vue là c'est qu'il n'y a pas d'effort pour réduire le déficit c'est à dire qu'il n'y a pas d'austérité c'est à dire qu'il dit en gros je baisse de 15 milliards les impôts et je baisse de 15 milliards les dépenses publiques c'est en gros et donc ça veut dire zéro effort pour réduire et c'est la conjoncture et le fait que d'après le cadrage il y aura la croissance voilà la croissance qui fait 1,8 en moyenne sur le quinquennat ce qui est très élevé on n'a jamais connu un quinquennat avec 1,8 qui va permettre de réduire les déficits donc c'est vrai que ça fait des réductions de déficits très faibles uniquement liées à la conjoncture mais vous voyez on veut éviter à tout prix 2011 Natacha Pelloni l'a répété 3 ans après la crise de 2008 c'était 2011 on s'est lancés tous en Europe sur une réduction rapide des déficits ça a provoqué une récession donc on veut éviter cela c'est ce qu'il y a dans le calerage mais ça veut dire que les déficits vont se résorber mais très lentement est-ce qu'on l'accepte peut-être que oui et là la banque centrale peut nous aider en disant on vous laisse le temps et vous voyez c'est ce que disait Christine Lagarde lorsqu'elle est arrivée je suis une chouette vous voyez en politique monétaire normalement on est soit la présidente de la banque centrale européenne on est soit un faucon soit une colombe et elle a dit moi je suis une chouette pourquoi ?
parce qu'une chouette ça voit dans l'obscurité et qu'est-ce que je vois dans l'obscurité que vous avez deux problèmes vous les états européens entre autres et je m'occupe que de l'Europe c'est la transition écologique et la lutte contre les inégalités et donc moi je vais maintenir des taux relativement faibles pour vous permettre de financer la transition écologique et la lutte contre les inégalités peut-être que utilisons justement ces deux moyens mais utilisons pour ces deux moyens c'est-à-dire que les taux d'intérêt vont rester bas et il faut qu'on mette justement toute la dépense publique sur la lutte contre les inégalités et la transition écologique
et justement il y a les faucons à la BCE qui demandent eux qu'on relève les taux d'intérêt Natacha Polony
Deux questions vous parlez d'augmenter les impôts est-ce que l'un des problèmes en Europe n'est pas le fait que la libre circulation des capitaux permet une optimisation fiscale qui mécaniquement prive les états de recettes qui seraient absolument nécessaires et est-ce que finalement c'est par l'impôt sur le revenu qu'on peut compenser cela ou est-ce qu'il faut absolument en Europe travailler là-dessus et deuxième question Emmanuel Macron a expliqué pendant sa campagne que finalement sa politique de pouvoir d'achat c'était avant tout l'emploi or 50% des gens qui sont sous le seuil de pauvreté en France ont un emploi donc est-ce que on a un moyen de régler ça c'est-à-dire est-ce que finalement on doit considérer que la France a fait le choix de sauver à tout prix son modèle social au risque de la désindustrialisation mais que désormais elle est dans une situation où la réindustrialisation et donc l'emploi va avoir du mal à compenser les difficultés Eric Ayer sur le premier point oui il faut des impôts au niveau européen ça c'est indispensable et vous voyez ce que Van der Leyen la présidente de l'Europe a proposé c'était qu'on fasse une taxe GAFA c'est-à-dire que les gens du numérique lorsqu'ils viennent en Europe payent l'impôt qu'ils doivent payer il y a l'OCDE qui a proposé une taxe minimale dans le monde pour que les entreprises payent au minimum 15% pour que McKinsey paye des impôts par exemple il y a tout de même aujourd'hui cette idée qu'on doit un peu harmoniser la fiscalité alors ça va être long et il va falloir aussi le faire aux frontières c'est-à-dire qu'on va mettre une taxe carbone en Europe il va falloir aussi qu'il y ait une taxe carbone aux frontières de l'Europe pour qu'effectivement les pays qui ne désirent pas aller vers cette transition écologique via une taxe carbone payent lorsqu'ils viennent quand même sur le continent européen donc ça c'est le premier point oui il va falloir le faire et l'ajustement carbone aux frontières qui est la nouvelle appellation de la taxe carbone est une idée qui va être mise en place c'est quasiment acté ça c'est vraiment le premier point vous avez raison le deuxième point sur effectivement est-ce qu'on est dans la pauvreté même en travaillant oui malheureusement et ça c'est pas conjoncturel c'est pas lié à l'inflation qui revient aujourd'hui c'était déjà et je pense que la question qui était complètement absente de cette campagne c'est la question du logement on voit de façon assez cruciale que le logement est la première source de dépenses et on voit que plus on est modeste plus ça se dépasse les 33% normalement on veut pas qu'on mette un effort au logement au dessus de 33% ça dépasse et donc ça évite la rotation et vous voyez il y a encore des études qui nous indiquent que le mal logement c'est source de mauvaise intégration sur le marché du travail le mal logement c'est source d'échecs scolaires des enfants le mal logement c'est source de maladies chroniques vous voyez lutter contre le mal logement c'est permettre aux gens de vivre mieux de leur travail de faire en sorte que leurs enfants n'échouent pas à la scolarité et donc c'est pas ce cercle vicieux qui s'enclenche et donc j'ai du mal à comprendre pourquoi c'est pas mis en avant comme la meilleure politique de l'emploi comme la meilleure politique du pouvoir d'achat et donc on sait qu'il manque de logements en France on sait qu'il manque aussi de logements sociaux en France et de bonne qualité et ça c'est sans doute le meilleur investissement qu'on pourrait faire pour l'avenir ce sera un magnifique sujet pour une campagne présidentielle bah oui dans 5 ans Gilles je voudrais revenir sur un sujet que vous avez évoqué juste d'un mot mais qui a évidemment un lien avec cette question des déficits qui est la question des retraites non pas dans sa dimension politique et sociale qui va occuper une grande partie de nos débats mais purement dans sa dimension économique et financière un des derniers rapports du corps montrait je parle sous votre contrôle le conseil d'orientation des retraites qu'à court terme il y avait à court terme qui était un horizon 2030 peut-être un peu au-delà des déficits des déficits qui étaient significatifs mais qu'au-delà contrairement à l'idée couramment reçue l'équilibre était relativement garantie est-ce que ce constat est encore le bon et si oui quel est pour vous l'apport je parle d'un point de vue strictement économique et financier de la réforme d'une retraite à 65 ans dès lors que c'est après 2030 qu'elle produirait pleinement ses effets et dès lors que Ali le disait tout à l'heure ses effets seraient limités par un certain nombre de concessions inévitables les 1100 euros de retraite minimales et des équilibres à trouver sur les carrières longues ou sur la pénibilité Eric Ayer oui alors on peut on peut considérer que le conseil d'orientation de retraite fait un bon travail puisqu'il bon alors il le met à jour régulièrement parce que ça dépend bien entendu d'un certain nombre d'hypothèses bon mais ces hypothèses finalement ne remettent pas en cause complètement le constat donc votre constat que vous avez décrit est le bon c'est à dire qu'il y a des déficits à court terme mais aujourd'hui sans réforme sans nouvelle réforme on est à l'équilibre aux alentours de 2040 non mais à la fin de la journée
c'est une décision politique et quand Emmanuel Macron s'y est essayé au cours du précédent quinquennat le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'y est pas parvenu et que je mets au défi quiconque à part vous autour de cette table d'essayer de nous rappeler ce qu'était le système à points la différence entre la retraite paramétrique et systémique oui non mais alors pour répondre à Gilles
là l'idée de la réforme à 65 ans c'est pour faire des économies c'est pas c'est vraiment pour faire des économies et pour que le système soit viable alors on peut dire bon mais c'est pas la peine de le faire parce que globalement ça apportera ses effets au moment où finalement le système sera revenu à l'équilibre voire en excédent donc là vous avez deux logiques possibles soit c'est se dire je dégage des excédents du retraite pour financer des nouvelles dépenses et il y a la dépendance il y a notamment mais il peut y avoir d'autres dépenses possibles qui pourraient être financées alors on peut dire est-ce que c'est au système de retraite à financer des nouveaux besoins bon ça c'est une question qui me semble un peu bon enfin voilà il faut la poser mais je ne crois pas que ce soit une bonne réponse
c'est à dire que ceux qui travaillent financent ceux qui sont à la retraite et ceux qui sont à la retraite financeraient ceux qui sont dans la grande dépendance non c'est des actifs c'est des actifs qui financeraient en bout de ligne c'est des actifs qui financeraient à la fois
la retraite et la dépendance alors qu'on pourrait penser pourquoi pas quelque chose en cascade c'est à dire que les actifs financent les retraités et les retraités jeunes financent la dépendance qui est normalement des retraités un peu plus âgés pourquoi pas ou alors on fait on fait un autre système mais bon c'est un peu la logique en tout cas qui a été affirmée par Edouard Philippe en l'occurrence en disant c'est ça qui va financer la dépendance je pense qu'une autre logique c'est que ça va rassurer énormément nos partenaires européens je pense qu'il l'a fait pour cela pour indiquer qu'il va avoir des nouvelles dépenses qui ne sont pas encore complètement annoncées et pour pas trop inquiéter nos partenaires allemands notamment on dit mais regardez on s'engage quand même sur des réformes ce que vous voyez dire
il a quand même dit les 65 ans ne sont pas un dogme je cite le président enfin le candidat Emmanuel Macron je suis prêt à bouger le rapport au temps si je ressens trop d'angoisse ça c'est une question proprement psychologico-politique
on va augmenter de 4 mois par an donc de toute manière à la fin du quinquennat vous ne serez pas 65 ans de toute manière quoi qu'il arrive non ça c'est sûr et donc du coup mais ça sera au prochain président à dire est-ce qu'on continue ou pas et je pense qu'il y a une autre logique c'est que plus vous retardez l'âge de départ à la retraite plus vous augmentez le taux d'emploi des personnes même si le taux de chômage risque d'augmenter aussi mais le taux d'emploi c'est à dire les personnes qui sont dans l'emploi un peu plus tardivement ça va augmenter donc ça crée plus de richesses et en créant plus de richesses vous allez pouvoir financer d'autres dépenses je pense que c'est vraiment ça
d'un mot Eric Ayer avant de donner la parole à Natacha Polony on a débattu pendant 5 ans pour essayer de définir le macronisme on a dit que c'était plus le temps passé un programme économique ou en tout cas une politique qui s'adressait davantage à la droite de l'échiquier politique d'un autre côté la politique du quoi qu'il en coûte a été qualifiée d'état providence plus plus comment est-ce qu'on peut aujourd'hui qualifier ce qui s'annonce dans ce début de second mandat est-ce qu'on est encore dans le renforcement de l'état providence et des protections ou est-ce qu'on est toujours dans une politique qu'on pourrait qualifier de plus libérale puisque le libéralisme pur n'existait pas
le libéral français c'est-à-dire qu'effectivement Macron 1 c'était la réforme de l'assurance chômage les lois travail etc donc jusqu'à la Covid c'était tout de même des réformes que l'on qualifie de droite structurelle et après il y a eu le quoi qu'il en coûte où effectivement il y a eu un changement de pied mais un changement de pied que l'on a observé dans tous les pays européens pas uniquement en France là on est tout de même reparti sur des réformes il nous dit on va aller plus loin dans la réforme de l'assurance chômage on va aller plus loin sur la réforme des retraites en faisant des économies c'est pas des réformes à point pour essayer de changer le système un euro cotisé ouvrira les mêmes droits donc on est tout de même reparti dans des réformes dites de droite et avec le RSA qui devrait être conditionné vous voyez ça c'est ça parle plus à l'électorat de droite et en fait au parti de droite et bien entendu il y a quelques petites idées mais je pense que c'est le Premier ministre qui va devoir l'incarner en termes de transition écologique et de social mais pour l'instant on ne voit pas tellement la mesure Natacha on parlait des retraites et dans les retraites le point essentiel me semble-t-il c'est le rapport entre les générations certains observateurs estiment que en fait pendant des décennies on a mené une politique qui était favorable aux plus âgés aux détenteurs de patrimoine à ceux qui ont le capital c'est-à-dire à travers la lutte contre l'inflation une monnaie forte la stabilité aujourd'hui on voit le retour de l'inflation mais ce n'est pas forcément une inflation très saine ce n'est pas une boucle prix-salaire qui permet de rétablir un rapport de force plus favorable à ceux qui rentrent sur le marché ce serait quoi une politique économique vraiment favorable aux jeunes à ceux qui n'ont pas encore de patrimoine à ceux qui ont besoin d'emprunter à ceux qui ont besoin de trouver un logement comment il faudrait s'y prendre ?
Alors il y a d'abord les jeunes c'est une catégorie très hétérogène donc il y a les jeunes non qualifiés ça je pense qu'ils sont complètement oubliés c'est-à-dire qu'il n'y a pas de...
même là on se félicite des bons chiffres de l'apprentissage on est monté à 900 000 mais quand on regarde de plus près c'est essentiellement des jeunes qui sont en bac plus 2 bac plus 3 bac plus 5 donc les bacs ou les CAP il n'y a pas plus d'apprentissage et donc il y a vraiment cette case manquante ce trou dans la raquette c'est les jeunes non qualifiés et donc sans parler de ces fameux NIT ceux qui sont ni dans l'emploi ni dans l'éducation ni en formation c'est 110 000 140 000 il y a tout de même ceux qui sortent avec uniquement le bac on ne fait rien pour eux et on sait que le chômage on a une probabilité d'être au chômage bien plus importante si on fait partie de ces catégories-là donc pour eux il va falloir faire quelque chose Mais ma question était sur une politique économique monétaire en fait quelle serait à l'échelle de l'Europe un travail de la BCE pour avoir une politique qui soit véritablement favorable aux jeunes générations Je ne pense pas que ce soit la politique monétaire qui puisse répondre à cela c'est-à-dire que la politique monétaire va mettre des taux d'intérêt les plus bas possibles mais attention si on n'utilise pas C'est ce qu'on espère Eric Ayer C'est ce qu'on espère
La BCE elle est indépendante Elle est indépendante Et peut-être que les faucons seront plus forts que la chouette Ils la mangeront et les taux monteront
et ça cassera la croissance Vous avez raison Donc espérons mais là pour l'instant ça tient c'est-à-dire que les taux d'intérêt sont nettement en dessous de ce qu'ils devraient être compte tenu de l'inflation et donc c'est en fait c'est pas à elle Oui mais il y a déjà de moins en moins de taux négatifs on n'emprunte quasiment plus Oui mais l'inflation Oui mais quand on était à taux négatif l'inflation était à 2% D'accord Donc c'est le taux réel qui est important C'est le taux auquel vous empruntez moins l'inflation Donc quand vous êtes à moins 0,5 de taux avec une inflation à 2% vous êtes en fait à moins 2,5 Aujourd'hui vous êtes à 1,2 de taux d'intérêt mais une inflation qui est à 5 ou 5,5 à des taux d'intérêt réels qui sont négatifs Donc là la banque centrale nous dit juste je vous laisse dans cette situation là alors peut-être que transitoirement à vous d'utiliser cela pour faire ce que vous voulez c'est pas à elle elle n'est pas élue démocratiquement c'est à nous d'utiliser ce moment là On en est bien d'accord C'est pour ça que l'intérêt de l'Etat c'est de se dire je profite de ce moment qui est un peu extraordinaire et potentiellement transitoire qu'est-ce que j'en fais ?
Non ma question c'est en fait est-ce qu'on a fait pendant des décennies une politique en faveur des retraités allemands pour le dire un peu brut allemand et est-ce qu'on peut faire désormais une politique qui soit en faveur de la jeunesse européenne et comment on fait ?
C'est à dire qu'il faut utiliser ce moment là de taux d'intérêt qui sont encore faibles compte tenu de l'inflation pour aller mettre la priorité sur l'éducation des jeunes mais dès la petite enfance permettre effectivement non pas à ce que les prix de l'immobilier explosent mais permettre à des jeunes d'accéder à ces immobiliers donc là vous avez un certain nombre d'éléments qui sont sur la table l'état peut se porter garant pour des jeunes vis-à-vis des banques pour qu'ils puissent s'endetter et accéder à l'emploi et après faire Éric Ayer
les jeunes et les générations futures ce qu'on s'apprête surtout à leur laisser c'est 110% de dette et ça pour le coup ce sera à eux de leur rembourser cette dette là
Oui mais vous avez évoqué Jean-Paul Fitoussi et Jean-Paul Fitoussi fait à son âme
très grand économiste
très grand économiste qui malheureusement nous a quittés il y a 10 jours mais il nous indiquait très clairement ce qu'il appelait en anglais le capital missing c'est-à-dire qu'est-ce qui manque quand vous avez fait de la dette publique si vous n'avez pas fait cette dette publique quel aurait été le capital manquant et bien le capital manquant pendant la Covid c'est qu'on a sauvé des entreprises on a sauvé le pouvoir d'achat et voyez si vous arrivez
même des entreprises zombies
ok ça c'est le mauvais capital missing d'accord mais on a sauvé quand même des bonnes entreprises aussi et on a aussi là donc là en face des 110% de dette il faut savoir à quoi ça a été utilisé si c'est utilisé pour permettre à ces générations d'être mieux éduquées mieux soignées il est normal que ces générations là nous aident à le financer donc on leur laisse pas rien c'est ça le bon calcul c'est la dette c'est un instrument à quoi on l'a utilisé et à quoi on va l'utiliser si c'est pour effectivement juste consommer sans rien réfléchir ben non ça ça sera effectivement une mauvaise dette si c'est fait pour mieux soigner les gens mieux éduquer les gens et permettre à un tissu productif de continuer à être sur les territoires c'est de la bonne dette
et comme l'a dit un jour Greta Thunberg aux Nations Unies les générations futures elles vous regardent elles vous regardent et donc ne faites pas n'importe quoi je le dis en souriant mais c'est aussi une manière de s'inscrire dans le temps long et au-delà des 5 années qui viennent merci infiniment Eric Ayer d'avoir été l'invité du Grand Face à Face merci à Mathilde Clatte qui a préparé cette émission à la réalisation Marie Mériet à la technique Vincent Dezière à suivre sur Inter le journal de 13h à suivre juste après le journal les secrets d'info de Jacques Monin avec une enquête cette semaine consacrée à EDF EDF qui cherche discrètement et depuis plusieurs années des terrains pour ses futurs EPR à suivre
le journal de à suivre le journal de l'invité