Jérôme Guedj : « Jean-Marie Le Pen n’est pas une grande figure de la vie politique »
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Et notre invité politique ce matin, c'est Jérôme Gage. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous, député de l'Essan, porte-parole du Parti Socialiste. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle. Bonjour, Yann. Bonjour, Jérôme Gage. Bonjour. Jérôme Gage, on va commencer par la mort de Jean-Marie Le Pen. Donc on a appris hier Jean-Marie Le Pen qui est décédé à l'âge de 96 ans. Comment vous réagissez à cette mort ?
Je ne serai pas de ceux qui tourneront autour du pot. Jean-Marie Le Pen a été un adversaire politique, parfois même un ennemi. Donc ça fait remonter tous les combats qu'on a menés politiquement, mais parfois même au-delà, presque culturellement, sur un rapport à la politique. Mais je le dis, je ne peux pas non plus me... Je ne me réjouis jamais de la mort d'un homme. Évidemment, voilà.
Il y a eu des rassemblements hier soir.
Oui, j'ai trouvé ça nul, je vous le dis. J'ai trouvé ça nul. Je pense qu'il faut une certaine grandeur d'arme pour être capable de ne pas se réjouir de la mort d'un homme, quel qu'il soit. Donc j'ai combattu l'homme. Ça a même été une matrice de mon engagement politique. Donc je trouve nul de se réjouir de la mort d'un homme. Je trouve nul aussi d'édulcorer le parcours de celui-ci. Voilà. Donc pour moi, Jean-Marie Le Pen, ce n'est pas une grande figure de la vie politique.
Vous êtes référent au tweet de François Bayrou ?
J'ai trouvé hallucinant, lunaire, le message de François Bayrou.
Qui parle d'un combattant et d'une figure de la vie politique.
Oui, et surtout de dire au-delà des polémiques. Jean-Marie Le Pen, c'est une vingtaine de condamnations pour contestation de crimes contre l'humanité, incitation à la haine raciale. Je veux dire, ce n'est pas un enfant de cœur. Ça a été un adversaire dans l'enceinte politique, mais qui a aussi transgressé les lois de la République et le parcours de celui qui a eu des expressions antisémites, qui a banalisé une forme de violence politique. Je me rappelle les images de cette campagne des législatives de 1997 de Jean-Marie Le Pen cavallant dans les rues après la candidate socialiste, je crois que c'est dans les Yvelines.
Donc racisme, antisémitisme, colonialisme, bref, on est dans une forme d'ADN de l'extrême droite.
En même temps, il a marqué la vie de la Ve République et c'est son parti au second tour de l'élection présidentielle ?
Évidemment qu'il a marqué, mais réduire Jean-Marie Le Pen à cela, c'est édulcorer tout un parcours et d'une certaine manière le blanchir, pardonnez-moi cette expression.
Il l'a banalisé pour vous ?
Oui, je ne trouve pas ça digne du rapport qu'on doit avoir, y compris avec le RN, on peut dire les choses. François Bayrou, il est Premier ministre parce qu'un front républicain s'est exprimé le 7 juillet. Voilà. Et donc à chaque fois qu'on aura l'impression que le message de ce front républicain est oublié, et ça passe par appeler un chat un chat. Quand Jean-Marie Le Pen décède, eh bien on rappelle ce qu'a été l'ADN de l'extrême droite et d'une certaine manière comment le RN d'aujourd'hui en est l'héritier.
– Mais justement, vous avez l'impression qu'il fait ça pour ne pas froisser les électeurs du RN dont il pourrait avoir besoin ?
– Pardon, mais ça clignote tellement que ça en devient ridicule. On ne peut pas dans le même temps, on va en parler tout à l'heure, j'étais dans les discussions ces derniers temps avec Eric Lombard qui dit, qui veut l'entendre, qu'il préfère discuter et négocier avec des membres de l'arc républicain qu'avec le RN, qu'il préfère discuter avec la gauche qu'avec le RN. Donc on ne peut pas, d'un côté, moi le parti est légitime, il existe, il y a des élus, je ne conteste pas ça. Mais on peut quand même s'attaquer aux idées et ces idées, je le redis, c'est une continuité.
Elles ont infusé dans la vie politique, mais c'est une continuité qui a commencé par, non pas les polémiques, non pas les outrances de Jean-Marie Le Pen, mais les provocations et parfois les transgressions, voire les violations de la loi portées par Jean-Marie Le Pen.
– Mais est-ce que si on revient un peu en arrière, ce n'est pas François Mitterrand qui a mis en lumière Jean-Marie Le Pen ? Est-ce qu'il n'a pas joué un jeu dangereux en le mettant en lumière médiatiquement, via l'heure de vérité, et en lui permettant d'accéder à l'Assemblée nationale avec la proportionnelle ?
– Vous êtes en train de dire que c'est François Mitterrand qui faisait la programmation de l'heure de vérité à l'époque ? Non mais je connais l'histoire, le questionnement, ne serait-ce que la proportionnelle en 86, etc. – L'extrême droite existait dans le pays, elle explose dans les années 80, la première élection à Dreux en 1983 de mémoire, donc poser la question de savoir si c'est un jeu…
– Et il explose aussi avec l'instauration de la proportionnelle, est-ce que François Mitterrand n'a pas joué un jeu dangereux en s'en servant pour affaiblir la droite et essayer de limiter la casse à ses législatives ?
– Mais je prolonge dans la période qui va s'ouvrir, si demain il y a une proportionnelle, est-ce qu'on dira que c'est une manière d'accroître aussi le score du Ration nationale ? Moi je suis favorable à la proportionnelle par principe parce que je pense que c'est la manière de représenter la diversité des courants existants dans le débat politique. Donc je préfère combattre sur ce terrain-là plutôt que de faire comme si ces sujets-là n'existaient pas. Donc moi je m'adresse, dans mon engagement politique, je m'adresse matin, midi et soir à tous les électeurs, y compris aux électeurs du Rassemblement national.
J'essaye de transformer leur colère qui s'exprime vers de mauvaises réponses en adhésion à des propositions sur les sujets de relégation, d'accès aux services publics, de pouvoir d'achat. Et pour faire cela, il faut assumer cette confrontation avec eux.
– Dernière question sur Jean-Marie Le Pen. Hier, plusieurs députés LFI ont souligné l'antisémitisme de Jean-Marie Le Pen avec insistance même. C'est des questions sur lesquelles vous êtes opposés avec LFI, l'antisémitisme, notamment quand ils n'ont pas voulu participer à la Grande Marche. Est-ce que ça vous rassure de ce point de vue-là ?
– J'ai toujours considéré que ça devrait être un combat unitaire parce qu'on est sur le cadre dans lequel s'exerce le débat politique.
– Ça ne l'était pas forcément jusqu'à présent.
– Et quand ils refusent de participer à la Marche du 12 novembre, c'est un très mauvais signal. Quand je me fais vilipender sur ces questions-là par Jean-Luc Mélenchon, c'est plus qu'un mauvais signal. J'ai dit qu'il y avait des dérapages de nature antisémite et ce n'est jamais un dérapage. Donc moi, voilà.
– Donc là, quand il le souligne, c'est plutôt un bon signal.
– Je préfère qu'il le fasse. Évidemment, c'est une telle évidence. Il est condamné pour des propos touchant à l'antisémitisme. Et puis culturellement, ça transpire dans beaucoup de ces expressions. Rappelez-vous, ça avait y compris mis en porte-à-faux Marine Le Pen au moment où elle prenait sa succession à la présidence du Raffondation nationale. Le jour même de cette passation de pouvoir, il ne peut pas s'empêcher de faire une saillie antisémite. Je me rappelle se moquant d'un journaliste et faisant allusion à son nez. Donc on est dans les clichés les plus basiques de l'antisémitisme.
– Hier, marquaient aussi les 10 ans des attentats contre Charlie Hebdo et contre l'hyper-cacher.
– Oui, pour rester sur LFI, est-ce que vous regrettez qu'une partie d'entre eux ait dit qu'il n'était plus vraiment Charlie aujourd'hui ?
– Évidemment, parce que le 11 janvier, le pays a dit qu'il était Charlie, parce qu'il avait été meurtri par ces attentats islamistes, que ce soit dans la rédaction de Charlie Hebdo, que ce soit aujourd'hui, c'est l'hommage à Clarissa Jean-Philippe, et évidemment à l'hyper-cacher. Et donc à l'époque, tout le monde disait, je suis Charlie, liberté d'expression, je suis Clarissa, soutien aux forces de l'ordre républicaine, et je suis hyper-cacher ou je suis juif. Et pardon de le dire, mais sur les trois sujets, il y a eu depuis dix ans, malheureusement, une sorte d'éloignement.
Je ne suis plus tout à fait Charlie, certains l'ont dit, certains aujourd'hui expliquent que Charlie ne mérite pas le soutien, parce qu'il serait devenu d'extrême droite, voire parce qu'il serait islamophobe, donc on est dans une sorte d'inversion accusatoire, ce n'est plus la liberté d'expression au-dessus de tout, c'est un 8 mai, dans le rapport à la police, il y a eu la police-tue depuis, et puis dans le rapport à l'antisémitisme, il y a eu des expressions du type l'antisémitisme est devenu résiduel, ou est résiduel.
Donc il y a une sorte de moindre détermination sur ce qu'était l'ossature de la marche du 11 janvier, sur des éléments qui, comme ce qu'on évoquait précédemment, devrait être totalement fédérateur de tous ceux qui sont des universalistes républicains attachés à la liberté d'expression. – La question que j'allais vous poser,
ça ne devrait pas être un point de rupture, ça ? La lutte contre l'antisémitisme, le combat pour la laïcité, ou pour la liberté d'expression, c'est une des valeurs fondamentales, ça ne devrait pas être un point de rupture avec Alaphine ?
– En tous les cas, c'est ce qui a justifié des prises de distance. Rappelez-vous que c'est au lendemain du 7 octobre que la NUPES est suspendue et qu'en réalité, elle est arrêtée ?
– Pourquoi elle est arrêtée ? Aujourd'hui, le nouveau Front populaire, ce n'est pas la reconstitution de l'ancienne NUPES ?
– Oui, mais j'entendais Olivier Faure hier matin expliquer que dans la période, les choix stratégiques des uns et des autres font qu'on construit avec ceux qui ont envie d'être dans ce cadre commun. et qu'aujourd'hui, la France insoumise, mais chacun est responsable de ses choix stratégiques, nous reproche par exemple, on va en parler j'imagine dans un instant, de discuter avec le gouvernement en place, préférant la destitution, l'organisation d'une élection présidentielle. On est en désaccord.
– Vous diriez que vous êtes en phase de rupture ?
– Ils décident de présenter des candidats tout de suite, là c'est annoncé, face à des maires socialistes aux prochaines élections municipales. – Bon, très bien, voilà. – Vous diriez aujourd'hui…
– Mais pourquoi ne pas acter la rupture ? Parce qu'Olivier Faure, il n'acte pas la rupture.
– Mais parce que d'abord, tout ça donne l'impression d'être l'œil rivé sur des discussions boutiquaires. Là, dans la période, on a trouvé un budget et a ramené des victoires à la maison pour l'ensemble des Français. – Est-ce qu'on n'est pas au-delà des discussions boutiquaires ?
Est-ce qu'on n'est pas sur la ligne du PS ? Que représente aujourd'hui le PS ? Quelle est sa ligne ?
– C'est celle d'avoir une autonomie d'expression, d'être soumis à personne, d'avoir un authentique engagement à gauche, évidemment. J'ai fait campagne en juillet 2024 sur la question de l'abrogation de la réforme des retraites. Je n'ai pas bougé d'un iota. Sauf que…
– Sauf que vous avez refusé l'étiquette à 9p.
– Oui, alors moi, je l'ai fait à l'époque, précisément parce qu'un peu en lanceur d'alerte et en poisson pilote, je considérais qu'on avait déjà suffisamment de signaux pour considérer que la brutalisation du débat politique, le renoncement à un certain nombre de principes fédérateurs, ceux de l'universalisme, de la laïcité, de la lutte contre l'antisémitisme, et d'une manière de construire… On peut être très à gauche et très républicain, c'est ce que j'essaye de faire, et pas opposer l'un à l'autre, pas essentialiser ou communautariser le débat politique.
J'ai cette différence, je dis avec la direction de la France insoumise, je l'assume pleinement, mais de la même manière, là aussi, je m'adresse aux électeurs de la France insoumise, je travaille avec beaucoup d'entre eux, avec des militants, avec des gens qui sont attachés à ce qu'on soit efficace et pas à ce qu'on soit dans des postures. C'est très confortable, c'est très facile d'être devant son compte puniteur et de commenter ceux qui essayent de trouver des solutions. Voilà, dans la période, c'est peut-être pas l'idéal, mais si on peut avoir des petits pas plutôt que d'attendre un grand soir qui ne vient pas tout de suite, voilà, si on gagne les élections, on met en œuvre son programme.
Mais si on ne les a pas gagnées, on ne peut pas entretenir l'illusion en disant aux gens, on veut tout le programme, rien que le programme, parce qu'on perd du temps, on n'est pas capable, je le redis, de ramener des victoires à la maison, c'est ce qu'on essaye de faire dans les négociations qu'on a engagées ces derniers jours.
Et justement, on va en parler du budget puisque vous étiez à Bercy il y a quelques jours et le Sénat qui devrait reprendre, a priori, la semaine prochaine, l'examen du budget, là où il s'est arrêté, sous le gouvernement Barnier, est-ce que pour vous, c'est la bonne méthode ?
La bonne méthode, c'est de construire ce qu'on a appelé, nous, l'accord de non-censure. Et très vite, on a dit, si on veut de la stabilité institutionnelle, si on veut un budget pour le pays, ça ne peut pas être sans contrepartie, sans avancée obtenue.
– Mais est-ce que pour vous, il aurait fallu repartir à zéro sur ce budget ?
– Je pense qu'en termes de calendrier, repartir à zéro sur les deux budgets, budget de l'État, PLF, et budget de la Sécurité sociale, nous amener à avoir un budget au mois d'avril. – Voilà, voilà. Donc, l'idée de repartir des textes là où ils en étaient, c'est la bonne méthode, mais elle ne peut pas être suffisante à elle-même. C'est pour ça qu'il faudra, les spectateurs de public Sénat connaissent bien le travail parlementaire, la fameuse règle de l'entonnoir fait qu'on ne pourra pas ajouter au texte, à l'état d'avancement des discussions, des dispositions qui n'auraient pas été prises au tout début de la procédure budgétaire.
Concrètement, si dans l'accord de non-censure, nous avons des mesures nouvelles, il faudra des textes spécifiques derrière, soit loi de finances rectificatives, soit textes dédiés, notamment sur des mesures fiscales. Ça fait partie de la discussion sur la méthode qu'on a aujourd'hui. Donc, nous, on est en train d'essayer d'avoir une discussion sur le contenu du discours de politique générale du Premier ministre, qui fixe la méthode, qui fixe les orientations.
– Mais vous attendez quoi comme signal ? Qu'est-ce qu'il doit dire le Premier ministre mardi prochain pour que vous ne s'entendiez pas ?
– Je ne suis pas en train d'écrire la DPG, je suis dans l'opposition. Il n'y a pas d'ambiguïté.
– Non, mais quel pourrait être le signal qui commencerait à construire cet accord de non-censure ?
– Nous, on a posé un certain nombre de demandes sur la construction budgétaire, puisque c'est sur le budget de la Sécu et plus largement sur les choix budgétaires et fiscaux que le gouvernement a chutés. – On veut un financement à la hauteur des besoins pour l'ensemble des services publics, que ce soit l'hôpital ou que ce soit l'éducation nationale. On veut une justice fiscale, là où la continuation de la politique d'Emmanuel Macron consistait à ne pas toucher, notamment aux cadeaux fiscaux qui ont été faits ces sept dernières années.
– Bon, donc de la justice fiscale pour financer les services publics, ça fait partie des bougées, moi je n'aime pas cette expression, mais en tous les cas des évolutions. Je reprends le terme d'Olivier Faure, qui parlait de concessions remarquables quand on est sortis de la rencontre avec Amélie de Montchalin et Éric Lombard. Et puis il y a évidemment la question de la réforme des retraites aussi, qui fait partie des évolutions dont il faudra que le gouvernement tienne compte. Je vous disais tout à l'heure, j'ai été opposé à cette réforme, on ne peut pas l'abroger, j'aurais préféré que ce soit le cas, mais on a une sorte d'opposition ferme en face de nous, donc il faut qu'il y ait un chemin.
Nous, on a fait la proposition d'une suspension, d'un gel, d'un décalage de l'application de la réforme, avec entre-temps une conférence réunissant les partenaires sociaux pour formuler de nouvelles propositions. Et là, il faut que le gouvernement dise, eh bien, ces propositions, on remet toutes les questions sur la table. – Mais est-ce que dans votre échange, il a fait un pas là-dessus le gouvernement ? – Et y compris la question de l'âge légal. Pour l'instant, on n'a pas de rideau métallique fermé à ces propositions. Voilà, il nous a indiqué qu'elles continuent à être examinées, mais on n'a pas de fumée blanche non plus.
– Le gouvernement dit quand même techniquement que la suspension, c'est impossible.
– C'est toujours possible, quand François Mitterrand disait, là où il y a une volonté, il y a un chemin. Donc, il y a des chemins, y compris techniques, pour mettre en œuvre une volonté politique. Donc, ça fait partie, là aussi, des éléments de la discussion qu'on a avec eux. Mais il faut bien qu'ils comprennent qu'on ne pourra pas échanger leur stabilité au gouvernement contre notre responsabilité sans aucune avancée. Voilà, il doit y avoir des avancées. On appelle ça ramener des victoires à la maison, pas pour le Parti Socialiste, pour les Français.
Voilà, si demain, on obtient des moyens supplémentaires, comme on l'a demandé, pour le fonctionnement des hôpitaux qui sont en grande difficulté pour le fonctionnement des EHPAD, dont 85% aujourd'hui sont en déficit. À l'hôpital, il y a des milliers de lits qui sont fermés, faute de personnel suffisant, parce que, vu la dotation que l'État donne aux hôpitaux, les directeurs d'hôpitaux, parfois, sont contraints, parfois, de fermer des lits. Donc, concrètement, si on a ça, on pourra dire qu'on a ramené des victoires à la maison.
Si on obtient le renoncement au déremboursement des consultations médicales et des médicaments, c'est concrètement, pour des millions de Français qui n'ont pas de mutuelle, la non-application de cette mesure qui est encore envisagée par le gouvernement. Si on obtient la non-suppression des 4000 postes dans l'éducation nationale…
– Ça, ce serait une ligne rouge, pardon, les 4000 postes.
– En tous les cas, s'ils renoncent à cette mesure, et j'ai même… Le fait qu'on ait mis ces sujets sur la table dès l'examen du budget et depuis la nomination du gouvernement, fait qu'on voit bien le débat qui existe à l'intérieur même du gouvernement. Donc, nous, on est venus avec une série de propositions, de dépenses qui doivent être maintenues, qui doivent être sanctuarisées, je vais nous parler de l'accès aux soins ou des questions éducatives, et parce qu'on est des gens responsables, à la fois d'économies qui peuvent être faites et aussi de ressources qui doivent être dégagées.
Parce que le gros du déficit, que ce soit celui de l'État ou de la sécurité sociale, c'est un renoncement à des recettes que l'État a fait depuis des années. Je vous prends un seul exemple, parce qu'on l'a mis à jour, notamment dans la commission d'enquête à l'Assemblée nationale, enfin la commission des finances transformée en commission d'enquête. Aujourd'hui, le déficit de l'assurance maladie, de la sécurité sociale sur la branche santé, c'est quasiment l'équivalent de ce qu'on appelle le Ségur de la santé. Vous savez, après la Covid, on a décidé, il fallait le faire, d'augmenter les soignants. Ça coûte aujourd'hui 14 milliards d'euros.
Sauf que, nous on a établi, quand la décision est prise, elle n'a pas été financée. Laurent Saint-Martin, le ministre des Comptes publics à l'époque, a vu la sincérité de dire en commission d'affaires sociales, « Oui, mais le déficit vient aussi de dépenses qui n'ont pas été financées. Qui peut décider une dépense aussi importante sans mettre des recettes en face ? » Et aujourd'hui, ils sont contraints de reconnaître que le déficit de la Sécu, c'est le non-financement du Ségur de la santé. Il fallait le faire, le Ségur de la santé, mais pas en le finançant, en comprimant les moyens donnés à l'hôpital ou aux autres dépenses sociales. Donc aujourd'hui, la question se pose.
Comment on finance ce Ségur de la santé ? Et donc oui, il faut des recettes. Il faut des recettes. Soit en revenant sur certaines exonérations de cotisations sociales. C'est des propositions que nous avions faites. Moi, j'avais travaillé avec Marc Ferracci il y a deux ans sur les exonérations de cotisations. On avait fait des propositions. Michel Barnier, dans son projet de loi de financement de la Sécurité sociale, avait lui-même envisagé 4 milliards de baisse des allégements de charges. C'est un peu compliqué à expliquer comme ça. Et c'est sous la pression de son propre socle commun qu'il y avait renoncé. Bon, aujourd'hui, on leur pose la question.
Est-ce que vous êtes prêts à la commission mixte paritaire à laquelle j'avais participé, avec les députés et les sénateurs, avait atterri sur un accord à 1,6 milliard d'augmentation, si j'ose dire, des cotisations patronales en revenant sur un certain nombre d'exonérations. Bon, nous, on considère que c'est insuffisant. Donc on leur pose la question. Est-ce que vous êtes prêts à évoluer sur cette question-là ?
Ce que vous oppose une partie des membres du gouvernement aujourd'hui, c'est de dire, ce que propose l'EPS, c'est plus de dépenses en matière sociale, une désogmentation d'impôts ou des baisses d'exonération de charges. Les LR ne voteront jamais ça. Et une partie de notre majorité va se crisper là-dessus. – Et donc, ça veut dire qu'ils continuent comme avant.
Nous, le message qu'on fait passer, c'est qu'en toute logique, normalement, les LR et les Renaissance, les EPR, le parti de Gabriel Attal, ils ne vont pas censurer le gouvernement. Ils sont au gouvernement. Donc c'est pas logique.
– Donc ils vont râler, ils vont râler, mais ils finiront pas…
– Mais toute la question, c'est, est-ce que nous, socialistes, nous censurons ou pas ce gouvernement ? Et nous, nous l'avons toujours dit, l'accord de non-censure suppose qu'il y a un accord. Et pour qu'il y ait l'accord, il faut qu'il y ait des avancées au service des Français.
– Donc vous y croyez encore, à cet accord ?
– C'est-à-dire que, d'une certaine manière, il n'y a pas le choix. Quand j'entends Éric Lombard qui utilise le terme d'accord de non-censure, je me dis, ils ont compris la proposition que nous leur formulions. Mais pour ça, ça veut donc dire qu'il faut faire converger des points de vue. Ça ne peut pas être de rester sur la même position en disant, ben non, il ne peut pas y avoir de sanctuarisation de dépenses. Voilà, ben si, puisque vous n'avez pas de majorité. Il ne peut pas y avoir de refus de prélèvement. Et nous, on l'a toujours dit, c'est des prélèvements pas sur les classes moyennes, c'est sur une certaine catégorie d'entreprises, un certain nombre de ménages les plus aisés.
Ça s'appelle la justice fiscale. Quand je les entends dire aujourd'hui, le mot qu'ils utilisent eux, c'est de dire, on va lutter contre la sur-optimisation fiscale. Bon, on peut utiliser les termes techno, mais la justice fiscale, c'est, chacun doit contribuer à proportion de ses facultés contributives. Je reprends l'article de la Déclaration des droits de l'homme sur la justice fiscale. Donc, concrètement, je vous prends des exemples bien connus, pourquoi une entreprise, le bar PMU du coin, il paye 25% d'impôts sur les sociétés, quand Starbuck, dans la même rue, il va optimiser et ne payer que 6 ou 7% d'impôts sur ses bénéfices.
Bon, ben, posons ces questions-là, qui sont, pour ça, de l'optimisation fiscale ou de l'injustice fiscale, mais en tous les cas, qui assèchent les finances de l'État.
Une dernière question. Marine Le Pen, oui, depuis Mayotte, a dit que si le gouvernement tendait la main à la gauche, elle censurerait ce gouvernement. Est-ce que François Bayrou risque de tomber de la même manière que Michel Barnier, il y a un mois ? Est-ce qu'il peut se sortir de cette impasse-là ?
L'impasse de Michel Barnier avait été considérée qu'en topant avec Marine Le Pen, ça passerait crème. Bon, ben, il faut choisir des interlocuteurs.
– Mais est-ce que sans Marine Le Pen, ça passe ?
– Nous, encore une fois, on a dit depuis le début, on ne veut pas d'un gouvernement qui se mette dans les mains de Marine Le Pen. Ça boucle avec le premier point qu'on a évoqué dans cet échange, qui était justement le rapport au Rassemblement national. Donc, nous, on prend nos responsabilités, mais pas à n'importe quel prix. Il faut donc qu'il y ait des avancées qui soient obtenues. Et si c'est le cas, il n'y aura pas de censure portée par les socialistes. On l'a dit très clairement.
Mais si c'est statu quo, et on a discuté pour amuser la galerie, mais au final, on prend le risque à nouveau, en restant droit dans ses bottes, comme disait l'autre, de ne rien toucher à ces sujets essentiels, je le redis, les services publics, la bifurcation écologique, le pouvoir d'achat, bref, les préoccupations, l'accès aux soins du quotidien de nos concitoyens, s'ils ne bougent pas sur l'ensemble de ces sujets, et ils disent, ben, on continue comme avant, alors ils s'exposent en effet à nouveau à une censure. – C'est vrai.
– Merci Jérôme Gage. – Merci. – Merci beaucoup d'avoir été notre invité. A noter que votre interview est désormais à retrouver en podcast. Pour ceux qui veulent l'écouter ou la réécouter, et Christelle en regarde la une de La Dépêche, la fin annoncée des passoires thermiques. C'est à la une de votre journal. On passe tout de suite au Club des Territoires. – Sous-titrage Société Radio-Canada
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Jérôme Guedj