Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Conférence de presseC dans l'air (sur YouTube)· 1 janvier 2025 65 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesRetraitesSanté

Macron : un mea culpa… et un référendum ? - C dans l’air - 01.01.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Que retenir de ces voeux présidentiels ? Comment E.Macron envisage-t-il 2025 ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    E.Fottorino, comment avez-vous perçu ces voeux ?

  • 6:00RelanceRéponse directe

    N.Mauret, pourquoi Macron n'a-t-il pas évoqué la dissolution dans sa vidéo ?

  • 8:00OuverteRéponse directe

    B.Teinturier, votre analyse sur l'humilité affichée par Macron ?

  • 10:00FerméeRéponse directe

    Question : Macron a-t-il évoqué un référendum en 2025 ?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    N.Schuck, comment Macron prépare-t-il un éventuel référendum ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:00E.MacronFait
    « Je dois bien reconnaître que la dissolution a apporté, pour le moment, davantage de division à l'Assemblée que de solutions pour les Français. »
  • 6:00E.MacronPromesse
    « En 2025, nous continuerons de décider. Je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. »
  • 18:00E.MacronFait
    « Si ce n'était pas la France, vous seriez 10 000 fois plus dans la merde. Il n'y a pas un endroit de l'océan Indien où on aide autant les gens. »
  • 32:00N.MauretFait
    « Promesse de 2023, réitérée plusieurs fois en 2024. On est en 2025, les urgences sont toujours engorgées. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

le blanc est impeccable. ... - A.de Tarlé: Bonsoir. "En 2025, je vous demanderai de trancher." Même s'il n'a pas prononcé le mot, E.Macron ouvre la porte à un référendum pour cette année.

Hier, le président a prononcé ses traditionnels voeux de bonne année. Une allocution de seulement 11 minutes, soit les voeux les plus courts depuis son arrivée à l'Elysée. Que retenir de ces voeux?

Comment E.Macron envisage-t-il cette année et la fin de son quinquennat? Une année 2024 marquée par le fiasco de la dissolution dont le chef de l'Etat a reconnu qu'elle avait apporté division et instabilité.

Pour répondre à vos questions, E.Fottorino. Vous êtes cofondateur du journal "Le 1 hebdo".

N.Schuck, vous êtes grand reporter au "Point". N.Mauret, vous êtes reporter politique chez Ebra.

B.Teinturier, vous êtes directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos. Je rappelle votre enquête sur les principales préoccupations des Français.

Merci de participer à cette émission en direct. Pour la première fois, ces voeux présidentiels ont commencé par une vidéo de 120 secondes sur les grands événements marquants de cette année 2024. Il y avait la réouverture de Notre-Dame, les 80 ans du Débarquement de Normandie et, bien sûr, les Jeux.

Pour illustrer ces images, nous avions E.Macron en voix-off. On écoute un court extrait. - E.Macron: Une ville de Paris magnifiée.

Les Jeux de Paris resteront un moment inoubliable de la vie de la nation. En ce mois de décembre 2024, comme nous l'avions promis, nous avons rendu au public Notre-Dame de Paris. - A.de Tarlé: E.Fottorino, qui avez-vous vu? - E.Fottorino: Les traditionnels voeux...

Il est sorti de la tradition. Je me suis dit qu'on n'avait pas vu ça avant. C'était une sorte de clip promotionnel pour son bilan, pour la France, avec beaucoup d'émotion, des images, les vétérans de la guerre, Notre-Dame, les Jeux...

J'étais surpris. J'ai trouvé ça pas mal. Je me suis dit que ça changeait.

Ce qui était curieux, c'est que je ne savais pas qui je voyais et surtout qui j'entendais. Est-ce que c'était le président ou un commentateur qui faisait comme un journaliste qui ferait une synthèse de l'année écoulée? Il y avait un petit mélange des genres.

Après, on se retrouvait dans la tradition avec le président face à nous. - A.de Tarlé: Il ne s'est pas approprié la réussite de tous ces événements qui ont rendu les Français si fiers en 2024. - N.Mauret: Dans ces 3 minutes d'images, j'ai vu une réponse à ceux de l'an dernier.

L'an dernier, il avait assuré que 2024 serait l'année de toutes les fiertés françaises. Il citait le 80e anniversaire du Débarquement, la réouverture de Notre-Dame, les Jeux...

Ces événements ont eu lieu et ont été des fiertés françaises. Sauf que ce qu'il a fait le 9 juin au soir, c'est-à-dire dissoudre l'Assemblée nationale, a totalement balayé... - A.de Tarlé: Il n'en a pas parlé.

Ce n'était pas dans les 120 secondes. - N.Mauret: Comme il a fait ce mea culpa, pendant 3 minutes, il voulait mettre dans la rétine des Français que 2024 n'avait pas été que de l'angoisse.

Cette dissolution ratée, parce qu'il faut bien dire qu'elle l'a été, ça a été aussi malgré tout une bonne année réussie. - A.de Tarlé: B.Teinturier, votre regard global sur cet exercice?

Ce sont les voeux les plus courts depuis son arrivée à l'Elysée. 11 minutes à peine. - B.Teinturier: C'était assez dans la tonalité générale.

Pour une fois, E.Macron ne se mettait pas en avant. Il avait plutôt une volonté marquée d'humilité.

Tout ça était calculé, réfléchi. Il s'est effacé derrière les Français, les réussites. C'était des belles images.

C'était une manière de répondre à ce qu'il avait dit l'année dernière. On reviendra sur ce qu'il a dit à propos de cette dissolution où il s'est mis en cause. Il y avait quand même l'idée qu'il est perçu comme quelqu'un d'arrogant.

J'ai trouvé que l'ensemble des voeux essayait de lutter contre cette dimension. Cette espèce de clip était assez original et mettait en avant, non pas le président en majesté à l'Elysée, comme on l'a traditionnellement, mais une belle image des Français et des Françaises. - A.de Tarlé: Question.

C'est lui-même? - N.Schuck: Il y a toujours un processus.

Plusieurs conseillers lui font plusieurs propositions sur différentes thématiques en fonction de leur spécialité. Il réécrit par-dessus et il met sa patte. Il peut rajouter des choses qui peuvent surprendre un peu ses conseillers.

J'ai trouvé que c'était un exercice...

Je mettrai un petit bémol par rapport à vous. J'ai trouvé que le message c'était: "Je suis là. Je ne suis pas affaibli.

Vous demandez ma démission mais je ne suis pas près de partir. Il me reste 2-3 armes sur la table et j'ai bien l'intention de les utiliser." Il mettait en avant les réussites françaises qui sont, Du fait qu'il les commentait, les siennes aussi.

Les Jeux, pour lui, c'est l'apogée de son mandat. On a un Premier ministre en situation de cohabitation douce. F.Bayrou s'est un peu imposé à Matignon.

Mais la Ve République, c'est un exosquelette très solide. - A.de Tarlé: Les moments forts de cette prise de parole tout de suite. ... - Pour ses 8es voeux à la télévision, E.Macron a décidé de bousculer la tradition. ... - E.Macron: Mes chers compatriotes...

Ensemble, cette année, nous avons prouvé qu'impossible n'était pas français. - L'allocution présidentielle s'ouvre sur une courte vidéo commentée par le président en voix-off. Un condensé des grands moments de 2024, comme les JO de Paris ou la réouverture de Notre-Dame.

La diffusion d'un tel clip est une 1re en 60 ans de voeux présidentiels. - E.Macron: 5 ans après l'incendie de 2019... - Les images d'un pays uni puis un retour face caméra avec un mea culpa appuyé. - E.Macron: Je dois bien reconnaître que la dissolution a apporté, pour le moment, davantage de division à l'Assemblée que de solutions pour les Français.

Si j'ai décidé de dissoudre, c'était pour vous redonner la parole, retrouver de la clarté et éviter l'immobilisme qui menaçait. Mais la lucidité et l'humilité commandent de reconnaître qu'à cette heure, cette décision a produit plus d'instabilité que de sérénité. J'en prends toute ma part. - Une France sans budget, une Assemblée éclatée et qui a vu se succéder 4 Premiers ministres en un an.

E.Borne, G.Attal, M.Barnier et F.Bayrou...

Dans ce contexte d'instabilité, E.Macron rappelle les forces politiques à travailler ensemble pour avancer. - E.Macron: Je souhaite que l'année qui s'ouvre soit celle du ressaisissement, qu'elle permette la stabilité et la bonne prise de décision auprès des Français.

On ne peut se permettre d'attendre. Ca doit être une année d'action utile pour vous et pour vous permettre de vivre mieux. Le pouvoir d'achat, le travail, la sécurité, la justice, aider nos élus...

Pour tout cela, il est nécessaire d'adopter un budget. - 11 minutes d'allocution et pas une place au doute sur une éventuelle démission. Le président compte bien continuer à gouverner et laisse entrevoir l'organisation de référendums pour consulter les Français. - E.Macron: En 2025, nous continuerons de décider.

Je vous demanderai aussi de trancher certains de ces sujets déterminants. Chacun d'entre vous aura un rôle à jouer. Chacun d'entre vous sera nécessaire. - Une balle attrapée au bond par la gauche, favorable à l'utilisation de ce levier. ... - S.Rousseau: J'approuve la possibilité de recourir au référendum.

Mais ce qui bloque en ce moment, c'est...

Mais ce qui bloque la démocratie, c'est les retraites. Il doit faire un référendum sur les retraites. - Le RN est bien décidé à garder sa position d'arbitre à l'Assemblée. ... - Une année qui s'annonce aussi compliquée que celle qui vient de s'achever.

E.Macron est aujourd'hui considéré comme un mauvais président par 76 % des Français. - A.de Tarlé: E.Fottorino, question.

B.Teinturier parlait de "l'effort d'humidité" qui caractérisait cette allocution. - E.Fottorino: On n'en avait pas encore entendu.

On peut même tempérer celui-là. Il dit "pour le moment". Ca veut dire qu'il a cette idée qu'un moment viendra où il pourra dire: "Vous voyez, j'avais raison." Il faut toujours avoir en tête qu'il pense toujours qu'il a raison.

Il est peut-être seul face à tous, mais seul face à lui-même, il prend les décisions parce qu'il pense que ce sont les seules possibles. Il a un niveau d'arrogance perçu...

Il a créé, par sa pratique du pouvoir, cette distance qui n'était pas attendue au départ. - A.de Tarlé: Cette humilité qu'on entendait dans le timbre de la voix du président, est-ce qu'elle tranche avec cet extrait qu'on a beaucoup commenté, lorsqu'E.Macron a expliqué aux Mahorais qu'ils avaient beaucoup de chance d'être français.

C'était il y a 2 semaines. - E.Macron: Si ce n'était pas la France, vous seriez 10 000 fois plus dans la merde.

Il n'y a pas un endroit de l'océan Indien où on aide autant les gens. C'est la réalité! - A.de Tarlé: C'est un président à 2 visages? - B.Teinturier: Il y a une tension permanente chez lui.

Il y a l'E.Macron qui est plutôt celui que vous avez montré un instant. Il est offensif.

C'est comme s'il avait un surmoi qui essayait de lui dire d'arrêter d'être aussi vertical, arrogant. On sent bien que c'est un effort pour lui. Il est rare qu'un politique fasse un mea culpa.

En général, les oppositions saisissent la balle au bond et la renvoient à la tête de celui qui fait son mea culpa. Par rapport à ce qu'il disait il y a quelques mois, au tout début, c'était quand même "les Français n'ont pas compris". Pour lui, sa décision était bonne.

Ensuite, ça a été un peu tempéré, mais c'était toujours ça. Il y a quand même eu un pas supplémentaire. Que ce soit sincère ou pas, peu importe.

Ca montre malgré tout une volonté de faire bouger un petit peu les choses. Le roi est nu. Il est démuni en termes de soutiens.

Il n'a pas de soutiens dans l'opinion. Je suis bien placé pour le savoir. Il a des niveaux de rejet extrêmement puissants.

Il a un groupe à l'Assemblée qui est plus attaliste que macroniste. Il est très seul. Il a évoqué le référendum mais il n'a pas renoncé à continuer à peser d'une manière ou d'une autre.

C'est quand même le signe d'une impuissance qui transparaît. - A.de Tarlé: Sur ce mea culpa, N.Mauret? - N.Mauret: Je le trouve très marquant.

Je ne le mets pas en relation avec l'épisode de Mayotte, qui est très parlant, mais avec la dernière allocution qu'il a faite le 5 décembre dernier, il y a 3 semaines. Juste après la chute du gouvernement Barnier, il était intervenu à la télévision et avait dit: "Je vois bien que la dissolution n'a pas été comprise." Pour le coup, lui n'avait pas été compris.

Les Français lui avaient renvoyé qu'ils avaient bien compris. Les 2 phrases qu'il a dites hier, en disant qu'il reconnaît que la dissolution n'a pas apporté de solution pour les Français et que ça produisait plus d'instabilité et pas de sérénité, à hauteur de Macron, c'est énorme. On n'avait pas du tout été habitués à ce genre de mea culpa.

Je trouve qu'il est allé un peu loin. E.Macron reste E.Macron.

Après avoir dit ça... - A.de Tarlé: Justement, on a appelé cette émission "un mea culpa...

Et un référendum?" Qu'avez-vous compris avec cette fameuse phrase: "Je vous demanderai de trancher en 2025"? - N.Schuck: J'ai entendu "référendums".

Il l'a évoqué à plusieurs reprises sans jamais l'avoir fait. C'est dans les moments où c'est plus compliqué pour lui que cette arme prend du sens. Après, pour faire un référendum, on va rentrer dans une mécanique institutionnelle pour expliquer ce qu'on pourrait faire.

Sur quoi on consulte les Français? La proportionnelle? On se demandait si les Français allaient se rendre en masse dans les urnes pour voter sur la proportionnelle.

La fin de vie? Il reste la question de l'immigration. C'est un gros sujet.

Vous ne pouvez pas consulter directement les Français sur la question de l'immigration par référendum. C'est impossible. On ne peut pas recourir à l'article 11 de la Constitution sur le sujet migratoire.

On peut le faire sur une toute petite partie, comme les sujets économiques et sociaux, mais pas l'immigration. Il faudrait qu'il fasse un 1er référendum pour dire qu'il voudrait modifier la Constitution...

Pour pouvoir changer la Constitution... - N.Schuck: Plein de sujets se posent.

Il a un ministre de l'Intérieur, B.Retailleau, qui est extrêmement favorable au référendum sur la question migratoire. Il a rédigé une proposition de loi constitutionnelle complète.

Après, on a bien senti qu'il y avait un peu de mou dans la corde à linge. On parlait de conventions citoyennes. Mais ce n'est pas pareil.

Ca ne tranche pas. - A.de Tarlé: On consulte. - B.Teinturier: Je ne suis pas convaincu.

Il peut y avoir des sujets sur les dépenses, les impôts. Ce sont des sujets économiques qui peuvent rentrer dans le champ du référendum. Quoi qu'il en soit, il fait turbuler le système. - A.de Tarlé: "C'est qui, le patron", comme disait Nathalie. - B.Teinturier: Il retrouve une certaine marge de manoeuvre, qui peut être un peu dérisoire.

Le pouvoir ne va pas tourner longtemps autour de cette question. Malgré tout, c'est la dernière arme institutionnelle d'un président de la République en si grande difficulté. Il l'utilise. - E.Fottorino: C'est une arme à double tranchant.

L'utilisation du référendum a provoqué le départ du général de Gaulle. - A.de Tarlé: Question.

Est-ce qu'un référendum ne se termine toujours pas par cette question? - E.Fottorino: C'est la question non posée, implicite.

Vu la personnalisation du président sous la Ve République, la question posée, c'est de savoir si les gens adhèrent à la politique du président de la République, ou non. E.Macron le sait.

C'est toujours difficile de parler de ça, de la psychologie d'un personnage. Je pense qu'il joue quelque chose. C'est l'acteur qui joue, y compris dans ses voeux.

Est-ce que son roman personnel, c'est de dire que les Français ne l'ont pas compris mais que son destin n'est pas de rester avec ce peuple qui ne le comprend pas...

Ce sera peut-être encore bloqué. Si le gouvernement tombe, tout le monde dira que le problème, c'est lui. Est-ce que son roman personnel, c'est de ne pas terminer ce mandat, dont j'ai l'impression qu'il se désintéresse depuis qu'il n'a pas été réélu avec une majorité.

C'est comme un enfant qui casse un jouet. Peut-être qu'à un moment donné, il va jouer ailleurs. - A.de Tarlé: Cette dissolution a été source d'instabilité, comme l'a dit le président.

Combien de temps F.Bayrou restera à Matignon? Le gouvernement de M.Barnier vient de tomber.

Ecoutons le Premier ministre, qui était interrogé pour ses voeux de l'année 2025. Il souhaite de la stabilité au pays. - F.Bayrou: Je souhaite la stabilité.

Je pense que c'est un pays qui a besoin qu'on calme ces accidents successifs, ces ruptures successives qui donnent de la France et à chaque famille des Français, le sentiment qu'il n'y a rien sur quoi on puisse construire. Tout est renversé à chaque minute. Réconciliation, action et stabilité. - A.de Tarlé: Est-ce que le sort d'E.Macron n'est pas lié à la capacité à assurer de la stabilité au pays, avec un F.Bayrou qui serait capable de tenir la barque à Matignon? - N.Mauret: Si.

Evidemment. Ce que dit F.Bayrou, c'est qu'il faut de la stabilité.

Il parle aussi un peu de lui-même. C'est ce qu'E.Macron tente quand il sous-entend qu'il va faire un référendum.

Un référendum, c'est quoi? C'est passer au-dessus du Parlement pour légiférer directement. Quand il annonce, sans l'annoncer vraiment, qu'il va faire un référendum, il dit aux députés: "Je vous met face à vos responsabilités.

Si vous renversez 1, 2, 3 gouvernements, derrière, je légifère sans vous." Je pense qu'il est sûr d'une chose: il va faire un référendum. Je pense qu'il ne sait pas exactement sur quoi, par contre.

On verra. On se demande sur quoi il va le faire, sur quoi il peut, ou pas, le faire...

Le fait de pouvoir déclencher un référendum pour passer au-dessus du Parlement, c'est une mise en garde que je pense qu'aucun des députés n'a compris. - A.de Tarlé: Même si les référendums sont à l'initiative du gouvernement ou du Parlement, il faudrait que F.Bayrou propose au président un référendum. - B.Teinturier: Ca peut se provoquer. - N.Mauret: Ce n'est pas le frein principal. - A.de Tarlé: F.Bayrou souhaite de la stabilité.

Est-ce que vous avez une idée de la durée de péremption de ce gouvernement? - N.Schuck: Moi, pas du tout.

Les acteurs et les ministres de F.Bayrou se disent que ça tiendra péniblement jusqu'à l'été. - A.de Tarlé: Quand même!

C'est mieux que Barnier! - N.Schuck: Mais dans le meilleur des cas.

Il y a des élections municipales en 2026. Tout le monde va reprendre ses billes. Les alliés d'aujourd'hui ne seront pas les alliés de demain.

Dans le meilleur des cas, ça tient jusqu'à l'été. Beaucoup se demandent s'ils vont se retrouver dans une situation où tout le monde est un peu responsable. "Tout le monde va se déchirer mais, à la fin, on vote et on y arrive, ou ça saute avant?" Ca poserait une question institutionnelle intéressante.

Le président a quelques gadgets très utiles dans la Constitution, à commencer par l'article 16 sur les pleins pouvoirs. On en entend parler à bas bruit. Si on n'a pas de budget au mois de mars... - A.de Tarlé: Il pourrait dire que l'Elysée reprend en main puisque le gouvernement n'y arrive pas? - N.Schuck: C'est de la politique-fiction.

Mais on est entrés, depuis la dissolution, dans une politique-fiction à ciel ouvert. Chaque épisode est plus dingue que le précédent. On peut imaginer que F.Bayrou n'est pas en vacances à Pau.

Il est en train de discuter avec des élus de gauche, des socialistes, pour essayer de leur donner des garanties pour éviter sa censure. Je pense qu'ils sont en train d'essayer de trouver un moyen, des concessions pour que le PS puisse dire: "On a obtenu des choses donc on ne censurera pas tout de suite." - A.de Tarlé: Le PS n'aurait pas forcément intérêt à faire tomber le gouvernement Bayrou? - N.Mauret: Non.

Si le gouvernement tombe, ça crée de l'instabilité, ça fragilise encore plus le président de la République et ça installe encore plus dans l'opinion le fait qu'il pourrait y avoir une élection présidentielle anticipée. Or, qui est prêt à une présidentielle anticipée? Quels sont les 2 seuls partis capables?

Le RN et La France insoumise. A gauche, J.-L.Mélenchon est prêt et apparaîtrait comme le candidat naturel.

Ca, le PS ne le veut pas. Je suis tout à fait d'accord avec Nathalie. Je ne sais pas ce que fait F.Bayrou en ce moment, mais il serait bien inspiré à discuter avec les gens de gauche pour qu'ils ne renversent pas le gouvernement.

Si tout le monde le censure, le RN et La France insoumise, mais que le PS n'active pas la censure, le gouvernement n'est pas censuré. - A.de Tarlé: Quel regard les Français portent-ils sur F.Bayrou?

Est-ce qu'ils souhaiteraient une censure? Votre sondage montre que pour 78 % des Français, le pays va dans la mauvaise direction. - B.Teinturier: Les Français sont massivement critiques vis-à-vis de cet exécutif, comme ils l'étaient vis-à-vis de l'exécutif de M.Barnier.

Mais M.Barnier avait une cote personnelle plus positive. Le pays reste mécontent, bouillonnant, opposé à ce qu'il perçoit comme un déni de réalité par rapport à ce qui s'est exprimé au moment des législatives.

Il n'y a pas de socle fort. C'est pour ça que la position est difficile pour le PR aussi bien que pour le PM. Si on revient à l'origine du problème, ce n'est pas seulement la dissolution, mais c'est aussi la tripartition aggravée par la compétition au moment des européennes qui a fait que le PS et La France insoumise sont rentrés en tension.

Même chose au niveau du RN avec Ciotti...

Ca a été aggravé par la dissolution. Dans quelque chose d'aussi complexe et difficile, F.Bayrou aurait intérêt à essayer d'acheter un peu d'accords du côté du PS.

Il y a eu plus que des fissures entre la France insoumise et le PS. La condition minimum de stabilité passe par là. - A.de Tarlé: Question.

Si le gouvernement devait tomber à nouveau et qu'il devait encore y avoir un blocage, on pourrait dire aux députés de faire des efforts et de nouer des compromis. - E.Fottorino: En Allemagne comme en Espagne, il y a la motion de censure constructive.

Quand on censure, on sait déjà qui pourrait prendre la relève. C'est comme ça que P.Sanchez est arrivé au pouvoir et, qu'en Allemagne, il y a eu des Premiers ministres issus de ces motions de censure constructives.

Tout jeter sur E.Macron serait absurde et injuste. Cette tripartition...

Longtemps, on a fonctionné sur un système de "quadrille bipolaire". Il y avait 2 pôles et, dans ces 2 pôles, il y avait 2 formations. Ca faisait un fait majoritaire.

Ce fait majoritaire nous a un peu endormis. Il nous a aussi apaisés et rassurés. Une majorité s'établissait relativement facilement.

Aujourd'hui, c'est comme un miroir brisé. Les capacités à s'allier...

Aujourd'hui, LFI serait prêt. La gauche non-LFI, c'est compliqué. La droite, entre Wauquiez, Ciotti...

Tout ça n'est pas très lisible. A partir de là, il y a une question de responsabilité et, j'allais dire d'idéologie...

L'idéologie de Macron, on ne la connaît pas. Il a été socialiste, Il n'est pas socialiste, il est macroniste, pas de son avis lui-même...

C'est le cas de beaucoup de formations. Tous s'est droitisé. La droite est devenue plus à droite.

Une partie de la gauche est devenue plus à droite et l'autre est allée vers les extrêmes. Est-ce que c'est une question d'irresponsabilité des formations politiques? Je ne dirais pas ça.

Mais il y a une perte de repères idéologiques sur qui sommes-nous. C'est quand on sait qui on est qu'on sait avec qui on peut gouverner et faire des compromis. - B.Teinturier: Pour confirmer, on a un niveau de rejet des formations politiques, des partis politiques et de défiance à l'égard de l'Assemblée nationale qui est tout à fait historique. 73 % de Français sont défiants à l'égard de cette Assemblée nationale. - A.de Tarlé: Donc la colère pourrait se reporter sur les députés après s'être exercée sur E.Macron? - B.Teinturier: La colère vise l'ensemble du système politique.

Le pays est divisé. - A.de Tarlé: Annus horribilis, c'est l'expression qu'on entend beaucoup pour E.Macron. - E.Macron: 2024, année de la détermination, de l'efficacité, des résultats, de régénération, de fierté. 2024 sera, vous l'avez compris, un millésime français. - C'était une année qui devait rentrer dans l'histoire.

La promesse du réarmement de la France, qui a finalement laissé place à la réalité d'un président désarmé. En ce début d'année 2024, E.Macron veut ouvrir une nouvelle page après les fractures laissées par le conflit sur les retraites et la loi immigration. - G.Attal: Le plus jeune président de la République de l'histoire nomme le plus jeune Premier ministre de l'histoire.

Je ne veux y voir qu'un seul symbole, celui de l'audace et du mouvement. - Exit E.Borne, G.Attal est nommé à Matignon.

E.Macron espère pour son quinquennat un second souffle. Mais à la place, il fait face à de nouvelles turbulences.

Sur les autoroutes bloquées, le monde paysan réclame de meilleures rémunérations. Au Salon de l'agriculture, le chef de l'Etat est chahuté. - E.Macron: Le contact, je n'ai jamais arrêté. - Vos conseillers sont hors sol. - Une nouvelle crise alors que, sur le plan électoral, c'est la déroute.

Aux élections européennes, la liste de la majorité résidentielle termine à 14 %. Alors, comment reprendre la main? Le soir du 9 juin, E.Macron prend tout le monde de court. - E.Macron: J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote.

Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale. - La première dissolution depuis 27 ans. La décision jette un trouble parmi les proches du chef de l'Etat présents sur cette photo.

Visages froids et sidérés à l'annonce de la nouvelle. Dans les médias, ils partagent leur malaise. - B.Le Maire: C'est la décision d'un seul homme.

Elle a créé, dans notre pays, dans le peuple français, partout, de l'inquiétude. - Y.Braun-Pivet: Il y avait un autre chemin, qui était celui d'une coalition, d'un pacte de gouvernement.

Le président de la République a estimé que ce chemin n'existait pas. - Le soir du 7 juillet, l'Assemblée élue est encore plus morcelée que la précédente. - C'est le Nouveau Front populaire qui arrive en tête, avec 172 à 192 sièges. - E.Macron est désavoué.

Il s'isole. Avec G.Attal, la relation était déjà tendue, elle devient délétère.

A l'Elysée flotte comme une ambiance de fin de règne. C'est ce que raconte cette journaliste du "Monde". - B.Macron disait: "Il n'écoute plus personne." C'est ça qui est un peu nouveau dans cette pratique du pouvoir.

La petite bande des débuts, celle qui était là dès 2016, voire 2015, était capable de dire "tu déconnes". Ce n'était pas des courtisans. Aujourd'hui, il ne reste que les courtisans.

C'est toujours mortel, dans un système de pouvoir. - Pas question de nommer la gauche à Matignon. Au bout d'un assommant suspense estival, M.Barnier devient Premier ministre.

Mais sans majorité, il est censuré début décembre. L'impasse politique dont certains dans les oppositions avancent la démission du président de la République. - J.-L.Mélenchon: De Gaulle s'en va, mais Macron reste?

Ce n'est quand même pas le même profil ni la même taille de godasses. - Une hypothèse rejetée par le principal intéressé. - E.Macron: Le mandat que vous m'avez démocratiquement confié est un mandat de 5 ans et je l'exercerai jusqu'à son terme. - E.Macron va-t-il devoir se recentrer sur une action plus symbolique?

Cette année, c'est sur le terrain diplomatique qu'il a pu se prévaloir de certains succès: les JO et la réouverture de Notre-Dame de Paris. - A.de Tarlé: On entendait la journaliste du "Monde" parler de l'isolement du président à l'Elysée.

C'est symptomatique du 2e mandat: plus le temps passe et plus les conseillers disparaissent et plus les courtisans? - E.Fottorino: Les 2es mandats, quand ils existent, c'est vrai.

L'enquête de ma consoeur est remarquable. Là, on rentre dans le personnage. Pour moi, pardon du raccourci littéraire, c'est "Le Portrait de Dorian Gray".

C'est la duplicité de l'âme. "Je ne vieillirai pas. Un autre moi va vieillir." Hier, on avait Dorian Gray dans sa magnificence.

Une forme de jeunesse, de beauté...

Derrière, il y a ce que l'on dit, ce que l'on apprend. On entend des choses sur le goût du secret, une forme de perversité. Il n'est pas le seul à l'avoir.

Quand on entend Mélenchon, l'irresponsabilité des politiques s'entend au-delà du président de la République. Chez E.Macron, il y a cette solitude partagée par tous les présidents de la République.

Mais chez lui, il y a quelque chose de très singulier, que dit même son épouse. Il ne se parle qu'à lui-même. On voit les textos qu'il envoie à 2h du matin...

Il y a quelque chose de fragile chez cet homme, de mon point de vue...

Pourquoi quelqu'un de très intelligent prend-t-il des décisions absurdes? C'est là que ça revient à la personnalité du président. - A.de Tarlé: E.Macron, un président qui n'écoute plus personne, qui prend des décisions seul.

On a entendu B.Le Maire... - N.Schuck: Il y a plusieurs conseillers autour de lui qui ont poussé dans le sens de la dissolution, des ministres en exercice, G.Darmanin...

Pour moi, cette décision absurde politiquement relève moins d'un isolement à l'Elysée que d'un mépris affiché pour les règles politiques traditionnelles. E.Macron avait la solution sous son nez depuis 2022. 2022, je rappelle les conditions: il est réélu, les législatives lui donnent une majorité trop courte, car il en faut plus pour passer les textes à l'Assemblée.

Dès 2022, il aurait pu faire un accord avec la droite. L'histoire aurait été différente s'il avait fait venir un X.Bertrand, qui n'aurait pas été censuré par M.Le Pen, s'il avait fait venir B.Retailleau...

Certains macronistes disent: "Si on avait mis B.Retailleau à la place de G.Attal, l'histoire aurait été différente." Est-ce par orgueil, refus de partager le pouvoir?

Sans doute. Le résultat des courses, c'est qu'aujourd'hui, tout est fragmenté. - A.de Tarlé: N.Mauret, ce soir du 9 juin, à 21h, vous vous êtes dit: "Avec E.Macron, tout est possible..." - N.Mauret: Je ne le croyais pas.

On a entendu des rumeurs. Je ne pouvais pas imaginer que quelqu'un d'aussi brillant prenne une décision qui n'avait pas de sens politique. Depuis des mois, il disait que cette élection n'allait pas avoir de répercussions au niveau national.

Quand on a dit ça et qu'à 21h, on dissout l'Assemblée nationale... - A.de Tarlé: Il était vexé du résultat? - N.Mauret: Des livres ont été écrits là-dessus.

Des documentaires ont été faits. Ils n'ont pas fait complètement le tour de la question. Il faut retravailler ça.

J'attends les mémoires qu'il écrira dans 10 ou 15 ans. C'est incompréhensible! C'est parce que c'est incompréhensible qu'il a perdu du pouvoir.

Depuis 2022, il a fait les erreurs politiques que vous avez décrites. C'était plus difficile pour lui, car il n'allait pas se représenter. C'était difficile pour lui de garder le même niveau de pouvoir.

C'est la raison pour laquelle il s'est démultiplié sur le terrain. Il a annoncé tous les plans possibles et inimaginables. Il gouvernait à la place de ses ministres.

C'est une façon pour lui de garder le pouvoir. Après la dissolution, ses ministres ne lui pardonnaient plus le fait qu'il soit partout. Il y a une cassure très nette dans le camp macroniste, où ils ont dit: "Cette fois-ci, ce n'est plus possible." C'est vrai, il a essayé, comme Dorian Gray, de dire: "Regardez, je suis le plus beau..." Il les a invités à l'Elysée, régulièrement, leur disait qu'il avait bien fait de dissoudre...

Au bout d'un moment, il a dû se résoudre enfin à reconnaître que c'était une erreur politique. Quelle est la cause de cette erreur politique? Peut-être que lui-même ne le sait pas. - B.Teinturier: C'est la transgression de trop.

Tout dans son parcours signifie la transgression. Il y a une cassure avec ses propres troupes, car là, ça ne marche pas. Avant, il y avait une fascination pour les transgressions d'E.Macron. 2017, c'était une transgression vis-à-vis de la droite et de la gauche.

En 2022, il arrive encore à transgresser. A chaque fois, c'était contre le RN. La raison de cette dissolution ratée et folle...

Quand vous êtes à 14 % aux européennes, s'il y a un moment où il ne faut pas dissoudre... 14,5 %, c'est un niveau extrême de faiblesse dans l'opinion.

Si vous considérez que vous allez faire pour la 3e fois la même transgression, que la gauche va être désunie...

Si la gauche est désunie, qu'elle n'arrive pas à s'unir en 3 semaines, dans énormément de circonscriptions, ils seraient éliminés du second tour et il raflerait la mise...

C'est la transgression de trop, qu'il rate, et qui a conduit à la situation actuelle. C'est une cassure très profonde avec son camp. Ce sont ces soutiens qui le critiquent, B.Le Maire, Y.Braun-Pivet...

Il y a un avant et un après, d'où ce mea culpa nécessaire qui arrive tardivement. - A.de Tarlé: Quand on est à l'Elysée, on a décrit un président en surplomb.

Il pourrait se cantonner aux grandes questions internationales? - N.Mauret: Depuis 2017, il a fait beaucoup de choses qui pourraient faire penser à F.Mitterrand.

Je pense qu'il va le faire. Il n'a pas le choix. Il a sorti cette arme de l'éventuel référendum.

En attendant, comme F.Mitterrand, il faut qu'il devienne un sphinx. Ca va être très difficile.

C'était quelque chose de naturel pour F.Mitterrand. Lui, c'est le contraire de quelqu'un qui peut prendre du recul.

Il a intérêt à laisser le gouvernement gouverner. C'est ce qu'on nous vend à l'Elysée, c'est que le président de la République va être le garant des institutions et que le gouvernement va être dans la gouvernance. On nous l'a déjà vendu il y a quelques mois, mais ça ne s'est pas passé.

Je pense que ça va être difficile pour lui, mais c'est ce qu'il faut qu'il fasse. - N.Schuck: Il peut être servi par les éléments internationaux, l'arrivée à la Maison-Blanche de D.Trump et d'E.Musk.

Il a eu un message très fort hier soir sur l'Europe et la nécessité de sortir de la naïveté du toute urgence. Une vague protectionniste va arriver avec D.Trump aux Etats-Unis.

Au lendemain de l'élection de D.Trump, en Conseil des ministres, E.Macron a fait une petite sortie, laissant entendre qu'il connaissait très bien D.Trump, qu'il était le dirigeant européen le mieux placé pour lui faire face. - A.de Tarlé: C'était vrai.

On l'a vu lors de la réouverture de Notre-Dame. - E.Fottorino: Cette marche ratée de 2024, avec cette dissolution...

J'ai une analyse particulière, mais je me rappelle que 2017 et 2022, 2 fois il nous dit: "Si vous m'élisez, vous n'aurez plus envie de voter pour les extrêmes." J'ai eu le sentiment que lorsque le RN arrive en tête du 1er tour des législatives, ce qu'il veut, au fond, c'est tenir sa promesse. Ca aurait été nommer Bardella à Matignon et avoir Bardella. - A.de Tarlé: C'était ça, le plan? - E.Fottorino: Je ne sais pas.

Mais s'il a Bardella à Matignon, il montre qu'ils sont incompétents et il se refait une popularité de président. Du coup, il écarte le RN pour la confrontation de la présidentielle qui suivra. Comme ça n'arrive pas, il est beaucoup plus démuni.

Dans sa tête, il avait cette tentation. - B.Teinturier: Je ne crois pas.

Toute la stratégie de l'entre-deux-tours, c'est les retraits et les coalitions pour empêcher le RN d'avoir une majorité absolue. C'est aussi le bloc central qui joue son rôle...

Je ne pense pas qu'il ait voulu installer Bardella à Matignon. En revanche, quand vous dites "peut-il rebondir en 2025", la femme qui a le plus impacté les Français, c'est M.Le Pen.

Aujourd'hui, elle fait la course en tête. - A.de Tarlé: Personnalité féminine de l'année devant G.Pelicot, toutes catégories confondues. - B.Teinturier: Quand vous triez les résultats, chez les femmes, c'est G.Pelicot qui arrive en tête.

Malgré tout, il y a une réalité: depuis les européennes, en passant par législatives et jusqu'à aujourd'hui, ça montre la puissance du RN. Le combat originel que pose E.Macron, c'est contre le RN.

Ca Se joue 2 fois à la présidentielle contre M.Le Pen. M.Le Pen est toujours là et elle est plus forte que jamais. - E.Fottorino: S'il avait eu Bardella à Matignon, il aurait peut-être... - A.de Tarlé: Vous avez dû l'entendre des dizaines de fois en ce 1er janvier: "Bonne année et surtout, bonne santé." Le sujet constitue toujours la priorité numéro 1 des Français au niveau des voeux.

Pourtant, chaque année, les soignants se plaignent du manque de moyens. - 10h30, cet homme est déjà chez sa 20e patiente de la matinée. Cet homme est infirmier libéral depuis 25 ans. - J'aime quand vous vous faites belle. - En ce moment, il enchaîne des soins qui durent entre 5 et 20 minutes. - Je sais quand je commence ma journée, je ne sais jamais quand je vais la terminer.

D'un patient à un autre, voire même d'une journée à une autre sur un même patient, je peux avoir des différences de prise en charge. Même si on n'a pas forcément le temps, on va le prendre. Ca fait aussi partie de notre travail. - Ils sont très bienveillants autour de moi, aussi bien les uns que les autres.

Ils sont une équipe de 7 ou 8 personnes. Ils sont tous aussi compétents. - Vous ne pourriez pas vivre sans lui, aujourd'hui? - Non. - Ne dites pas ça, votre mari va être jaloux. - Chaque jour, il fait entre 30 et 40 séances de soins. - Aujourd'hui, je suis payé 2,75 euros du déplacement.

J'étais payé 2,50 euros il y a moins d'un an. Je suis payé 2,50 euros depuis que j'ai commencé mon activité libérale. Si on avait suivi le cours de l'inflation, aujourd'hui, je devrais être minimum à 4 euros-4,10 euros du déplacement. - La loi infirmière promise par M.Barnier avait pour objectif de redresser leur salaire, mais aussi de faciliter leur quotidien.

A peine fini, il doit se dépêcher, d'autres patients l'attendent. Malgré des journées bien chargées, il garde un oeil sur l'actualité politique et regrette l'instabilité de ces derniers mois. - En l'espace d'une mandature, 6 ministres de la Santé, le temps de rencontrer les gens, connaître les projets...

A chaque fois, on recule des décisions qui seraient importantes et qui devraient être prises rapidement. - De l'impatience pour les infirmiers libéraux et de l'inquiétude pour les patients face à la situation budgétaire du pays. Pour faire des économies, le précédent gouvernement prévoyait un déremboursement de certains médicaments par la Sécurité sociale. - On a des petites retraites.

S'il faut payer les médicaments, on ne s'en sort plus. - Si le traitement n'est plus remboursé, économiquement, pour certains patients, ce n'est pas tenable. Ils ne vont pas pouvoir payer le traitement, donc ils vont les arrêter.

A un moment, dans le système de santé, ce serait bien de mettre le patient au milieu, d'essayer de faire les choses dans son intérêt. - Rendez-vous prévu entre les infirmiers libéraux et la ministre de la Santé de M.Barnier.

Ce n'est toujours pas confirmé par les actuels occupants du poste. Les soignants comptent tout faire pour maintenir la rencontre et faire avancer leur dossier. - A.de Tarlé: Hier, E.Macron n'a pas salué le travail des infirmiers, les pompiers chargés de veiller sur nous le soir de la Saint-Sylvestre. - N.Schuck: Pour une raison claire, ce n'est plus lui qui a prise sur les réformes du quotidien, les améliorations du secteur du travail de la santé, les écoles...

Ce n'est plus lui qui impulse sa politique. C'est le Premier ministre qui décide. Il est assez démuni. - A.de Tarlé: "Comme je ne peux plus m'occuper du présent, je m'occupe du temps long..." Il a parlé de 2050. - B.Teinturier: Il a évoqué ce qui a été fait et pas fait...

Il s'est projeté sur 2050. Il a beaucoup évoqué un élargissement spatial, l'Europe...

Il a peu de leviers possibles. Il essaye de trouver un chemin sur un temps plus long et un espace plus large. - A.de Tarlé: En matière de santé, E.Macron avait promis de désengorger les urgences.

Promesse tenue? - N.Mauret: Promesse de 2023, réitérée plusieurs fois en 2024.

On est en 2025, les urgences sont toujours engorgées. C'est dévastateur. C'est quelque chose de très consternant.

A l'Assemblée nationale, quand on va aux conférences de presse des partis, tous insistent sur l'instabilité du Parlement. Ils mettent en avant l'importance pour eux d'avoir bientôt des élections avec un scrutin proportionnel. Mais ça, les Français n'en ont rien à faire.

Ce qui intéresse les Français, c'est que quand ils ont un problème de santé, qu'ils puissent avoir un rendez-vous rapidement. Quand ils ont une urgence, qu'ils soient pris dans des délais raisonnables. Même chose sur l'éducation, qui est quelque chose de très important pour les Français.

Qu'il n'y ait pas de fermetures de classe, qu'il n'y ait pas de classes de 40 élèves. Ca, c'est du concernant. C'est sur ces choses-là que sont jugés les partis politiques. - B.Teinturier: Vous avez raison.

Le gros reproche qu'on pourrait faire aux voeux du président de la République, c'est que pour les Français, ça n'accroche pas. C'est bien de faire un mea culpa, mais c'est très macro, très général. Il n'y a pas de choses concrètes qui intéressent les Français dans leur vie quotidienne.

De plus en plus, ce n'est que ça ou presque qui compte. Là, il n'y avait pas d'annonces, de mesures ou d'éléments sur des choses où les Français se seraient dit: "Il me parle de mon quotidien." - A.de Tarlé: Quand on fait le budget, on cherche plutôt à faire des économies.

Quels sont les principaux postes de dépenses? La santé, l'éducation nationale, les retraites...

Autant de secteurs où les Français demandent plus. - E.Fottorino: La santé, c'est plus une dépense d'investissement que de fonctionnement.

Si on investit dans la santé d'une population, ça veut dire que ça coûtera moins cher à la Sécurité sociale. On est face à une ambiguïté dans le discours. Avant le covid, on fermait des lits d'hôpitaux, on disait que la santé devait être rentable.

Beaucoup de chefs de service étaient transformés en gestionnaires de rapports Excel et n'était plus soignants. Beaucoup de chefs de service ont arrêté car ils ne pouvaient plus se transformer en ce qu'ils n'étaient pas. Ensuite, il y a eu le "quoi qu'il en coûte".

L'argent était là pour financer les soins de santé nécessaires avec l'épidémie. Maintenant, est-ce que c'est le budgétaire strict qui doit l'emporter? On doit revenir à des dépenses de santé très contraintes, toujours avec la rentabilité...

Ou doit-on se dire que ça reste une dépense prioritaire? Pour le moment, on n'a pas la réponse. Votre reportage m'a touché.

Je suis fils d'une infirmière... - A.de Tarlé: 2,75 euros, c'est le déplacement... - E.Fottorino: Les actes d'infirmiers ne sont pas très bien payés.

Quand vous avez un infirmier qui fait une quarantaine d'actes le matin, mange dans sa voiture et reprend pour 50 actes dans l'après-midi, pour un revenu moyen...

Je trouve que c'est donner une très grande responsabilité à une personne qui va faire des soins, vérifier que la personne prend le bon traitement...

On leur confie des tâches très importantes pour une rémunération dont on peut dire qu'elle n'est pas digne de la responsabilité. - A.de Tarlé: On revient à vos questions.

Questions. - B.Teinturier: Ce qu'attendent les Français, ce sont des annonces concrètes, des mesures concrètes.

Soit, une fois qu'on a reconnu une erreur...

Quelle est la suite? On a eu une allusion potentielle à des référendums. - A.de Tarlé: Question.

Une question sur l'immigration? Oui, il faut réviser la Constitution mais ce serait difficile pour le RN de s'y opposer. Ils ne cessent de réclamer un référendum sur l'immigration. - N.Mauret: Le RN veut un référendum sur l'immigration et changer la Constitution.

En plus, M.Le Pen a souvent dit qu'elle n'était pas contre le fait de gouverner par référendum. Dans l'annonce du président, il a ça en tête.

Il sait que là-dessus, le RN et les 125 députés ne pourront pas dire "non" s'il faut modifier la Constitution. - A.de Tarlé: Ils devront soutenir le président Macron.

C'est un piège? - N.Mauret: Je ne sais pas.

Je ne vois pas comment ils peuvent dire "non". - B.Teinturier: Il y a des sujets par référendum qui sont importants pour les Français.

Dans ce qu'ils nous disent dans les enquêtes, c'est toujours la manière de faire de la politique. C'est un grand échec pour E.Macron.

C'était sa promesse originelle. Aujourd'hui, les Français disent que, ce qui ne va pas, c'est la manière de prendre des décisions. Un référendum sur la proportionnelle, mais aussi d'autres propositions pour améliorer la démocratie.

Je ne dis pas que ça changerait substantiellement les choses, mais souvenez-vous, quand il y a eu le référendum sous Chirac, ça ne s'est pas retourné contre lui. Il y a des sujets qui peuvent générer un certain nombre de choses sans être clivants. L'immigration, ça dépendrait de la question posée. - A.de Tarlé: Question. - N.Schuck: "Je vous demanderai de trancher..." Quand on dit "trancher", c'est que les citoyens vont être appelés aux urnes.

Les seules questions qui peuvent être posées, c'est surtout les grandes réformes de société, économiques...

En creux, ça veut dire référendum. - N.Mauret: L'an dernier, en janvier, il avait annoncé qu'il aurait à consulter le peuple français par référendum. - A.de Tarlé: Question.

Je ne sais plus si les socialistes sont toujours sur cette ligne ou bien celle de rouvrir le dossier? F.Bayrou a promis de revoir certains paramètres, y compris les 64 ans. - N.Schuck: Ca va être un gros objet de discussion.

Comment on fait pour améliorer ce texte? Je discutais avec un élu régulièrement invité à l'Elysée, proche du président mais qui a un peu de distance. Il disait: "Comment on fait pour suspendre une réforme?" Elle a des dates d'application.

Qu'est-ce que ça veut dire pour les retraités qui vont arriver dans quelques temps? C'est hyper compliqué. Il pourrait y avoir une voie médiane, celle que F.Bayrou voudrait emprunter. "On a cette réforme, on va essayer de l'enrichir, l'améliorer, la compenser." Ca peut être une voie de passage. - A.de Tarlé: Cette réforme, les Français ne l'ont toujours pas digérée? - B.Teinturier: Non.

Ils sont opposés à un allongement de la durée du travail. L'opposition à la réforme des retraites était massive, 2/3 des Français y étaient opposés. Je pense que ça a joué dans les scrutins suivants, en défaveur du bloc central et d'E.Macron.

Aujourd'hui, est-ce qu'on dirait qu'il faut revenir à 62 ans? Une majorité de Français y serait favorable. Il y a beaucoup de sujets économiques et sociaux qui peuvent faire l'objet d'un référendum.

Il y a un débat qui divise profondément le pays sur le niveau des dépenses publiques: le niveau des fiscalités. Ca, vous pouvez envisager que ce soit soumis à un référendum. Qu'est-ce que devront trancher les Français en termes de questions posées?

Qu'il y ait un débat, qu'on n'a pas eu au moment de la présidentielle...

C'est ça aussi, l'origine du problème. Il y avait l'Ukraine, le covid...

Vous pourriez avoir un débat sur ces questions, qui sont majeures pour les Français. Elles renvoient au pouvoir d'achat, le modèle de protection sociale qu'ils souhaitent. Le président peut avoir quelques cartouches pour générer une dynamique politique. - A.de Tarlé: Question.

Il y a toujours cette colère sur les territoires tournée vers la personne d'E.Macron? - N.Mauret: E.Macron est très impopulaire, vraiment très impopulaire.

Partout, y compris au sein même de son électorat, ceux qui ont voté pour lui au premier tour en 2017 et 2022. Est-ce que ça fait un retour aux "gilets jaunes"? Si les gens n'arrivent plus à vivre et ont des problèmes de pouvoir d'achat, c'est ça qui fait sortir les gens sur les ronds-points.

Est-ce que c'est l'instabilité? - A.de Tarlé: Question. - E.Fottorino: Il peut toujours mais il n'y a pas de nécessité absolue.

Si on introduisait dans notre régime ces motions constructives, la proportionnelle qui éviterait toutes ces alliances compliquées...

Il n'y a pas besoin de changer de République pour ça. - A.de Tarlé: Questions. - B.Teinturier: Beaucoup de choses.

Dans les alliances au 1er tour, le PS serait moins dépendant d'une alliance avec LFI. - A.de Tarlé: Chacun est payé à son juste poids dans l'opinion? - B.Teinturier: Ca dépend de quelle proportionnelle.