Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air (sur YouTube)· 29 avril 2026 64 min

Ormuz : Trump cherche la sortie... et cible la France - C dans l’air - 31.03.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

de Saint Agur en crème. ... - C.Roux: Bonsoir et bienvenue.

C'est une nouvelle charge signée D.Trump. Le président américain s'en prend à ses alliés, la France et le Royaume-Uni, Accusés de n'être d'aucun secours dans cette guerre.

Le chef de la Maison-Blanche met directement en cause Paris, accusé d'avoir empêché le survol de ses avions militaires en route vers Israël. La France s'étonne de cette déclaration. "Les Etats-Unis tentent de nous entraîner dans la bataille pour libérer le détroit d'Ormuz de la domination iranienne." Le Pentagone va-t-il activer ses marines dans la région?

L'hypothèse n'est pas exclue. Il est évoqué la poursuite des négociations en cours avec l'Iran. La pression économique se fait de plus en plus forte.

L'inflation repart à la hausse en Europe, notamment avec des pétromonarchies dont la survie est en jeu, avec des frappes au Koweït hier contre des usines de désalinisation. Avec nous pour en parler, le général J.-P.Paloméros.

Vous êtes ancien chef d'état-major, ancien commandant suprême de la transformation de l'Otan. L.Menget, vous êtes grand reporter, spécialiste des questions internationales.

C.Ockrent, vous êtes journaliste et vous présenter l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture. Je rappelle votre livre, "Le Trump de A à Z".

A.Pirot, vous êtes journaliste, réalisateur et spécialiste des questions de défense et ancien correspondant en Israël. Merci de participer à ce "C dans l'air".

C'est une charge contre la France. Je me tourne vers vous, C.Ockrent.

Trump nous reproche d'empêcher le survol d'avions militaires du territoire français. C'est le tweet du matin. C'est pas la 1re fois qu'il cible ses alliés.

La France est visée. - C.Ockrent: La France est visée en même temps que les Britanniques.

Les malheureux s'accrochent à leurs relations spéciales pour s'apercevoir qu'il faut qu'on s'habitue tous, nous autres Européens, à considérer que le président américain traite beaucoup plus mal ses alliés que ses ennemis. - C.Roux: En quoi est-il surpris de notre attitude?

La position de la France a toujours été claire sur ce sujet. - C.Ockrent: La grande difficulté pour nous, c'est qu'on continue, de jour en jour, à essayer d'analyser les propos du président américain de façon rationnelle.

Lui ne s'exprime pas de façon rationnelle. Il s'exprime de façon approximative en fonction de ses humeurs. Là, depuis plusieurs jours, il est de très mauvaise humeur, d'abord parce qu'on a beau lui faire des montages d'explosions en 2 minutes pour lui dire que tout va bien, il y a un enlisement.

Pour Ormuz, il dit maintenant aux Européens "c'est votre problème, allez prendre votre pétrole". - C.Roux: Il s'en prend à la Grande-Bretagne. ...

C'est pas que l'affaire des Etats-Unis. Il a pas tort. - C.Ockrent: Si, il a tort.

Avec les Israéliens, il a déclenché une guerre qui permet au régime de Téhéran d'activer ce levier sur l'économie mondiale, et pas seulement sur l'économie européenne. Encore une fois, quand il s'en prend à la France, Et j'imagine que le général Paloméros sera beaucoup plus précis sur la façon dont la défense américaine utilise les différentes bases sur le continent européen...

Néanmoins, c'est une invective. C'est son humeur. Il dit que l'Otan ne sert à rien.

Le président américain n'a toujours pas compris la nature de l'Alliance atlantique, qui est une alliance défensive, qu'il n'a en rien avertie pour déclencher tout ça. - C.Roux: Si ce n'est pas le patron de la 1re puissance commerciale et économique du monde, on pourrait se dire qu'on ne l'écoute pas. - C.Ockrent: On l'écoute, mais il faut toujours situer ça plus sur le registre des humeurs que de la raison.

C'est bien ça qui est très préoccupant. - C.Roux: Sur ses propos concernant l'attitude de la France, est-ce qu'il a raison de cibler la France en disant "vous avez interdit le survol de votre territoire par des avions militaires qui se dirigeaient vers Israël"?

La France a réagi: "La France n'a pas changé de position sur le survol de son territoire." - Gal J.-P.Paloméros: La France est fidèle à ses engagements.

Je pense qu'on peut pas l'incriminer De ne pas soutenir ses alliés, dont les Etats-Unis. Elle soutient les ravitailleurs, tout ce qui contribue au soutien et en particulier à la défense des pays du Golfe. C'est bienvenu.

La base d'Istres, en particulier, qui était une pièce centrale dans la Méditerranée, est tout à fait utilisée par ces avions. D.Trump est en train de chercher des victimes expiatoires.

Il se rend compte qu'il est dans une forme d'impasse. Il a tort, à mon avis, mais il s'en fiche. Il a besoin de ses alliés.

Le travail que fait la France auprès des alliés, il est digne d'éloges, peut-être pas, mais de foi ou de confiance, en tout cas. Les pays du Golfe le disent. On n'est pas si nombreux que ça à soutenir...

On a renvoyé des moyens. On a des hélicoptères de combat. On n'a pas peur de prendre notre part et éventuellement les coûts liés à la défense.

La défense, c'est toujours compliqué. In fine, c'est quand même ce qui protège ce pays. Ils le reconnaissent, eux.

Ormuz, on en a déjà parlé, ça reste une épine dans le pied... - C.Roux: On va en reparler. - Gal J.-P.Paloméros: C'est tentant.

Le président en a parlé il y a plusieurs semaines. "Il faut qu'on crée une coalition..." Notre président...

Il a senti qu'il y avait quelque chose à faire. C'est compliqué, parce que défendre le détroit d'Ormuz, c'est faire la guerre. - C.Roux: L'Espagne a refusé le survol de son territoire et l'assume, par des avions militaires américains.

L'Italie a refusé l'accès à des avions de combat américains sur sa base sicilienne, tout simplement parce que les avions étaient en survol et que l'Italie n'a pas eu le temps de demander l'accord du Parlement pour donner l'autorisation à des avions américains. Vous n'y croyez pas? - Gal J.-P.Paloméros: Pour avoir travaillé dans ces circonstances à ces endroits, je n'y crois pas l'ombre d'un instant. - C.Roux: Toute la difficulté des Européens, c'est de rester à bonne distance de ce conflit.

Ca devient de plus en plus difficile, avec aussi la pression militaire et économique. - A.Pirot: On doit quand même s'étonner des mots de D.Trump.

On sait que des avions ravitailleurs se sont posés à Istres, sur la base d'Avord. C'est un des énièmes mensonges proférés pour choquer une partie de l'actualité. On peut commenter tout depuis 4 semaines, les capacités balistiques de l'Iran, les capacités de l'armée américaine, sa capacité à organiser une opération terrestre...

Nous dépendons, chaque matin, de l'humeur d'un président, qui, depuis quelques jours, s'est levé du mauvais pied. Il le dit, une nouvelle fois, avec cette attaque sur la France et de nombreux pays européens. Ca repose sur des données inexactes. - C.Roux: Est-ce qu'il joue quelque chose vis-à-vis de l'opinion américaine en disant "on est les seuls à faire le boulot, les mollahs, c'est les méchants"? "Les Européens ne sont pas capables de nous aider à débloquer le détroit d'Ormuz." - L.Menget: A la 5e semaine du conflit en Iran, avec un gallon qui est passé à 4 dollars aujourd'hui...

C'est plus une question de ressenti. C'est une réalité pour les Américains, et notamment pour sa base MAGA et les Américains au sens large. Ils se disent: "On nous a promis un conflit de 3 jours, comme au Venezuela, et c'était terminé.

On se retrouve en 5e semaine d'un conflit avec la possibilité d'envoi de troupes, et donc de body bags, des soldats américains tués sur place." Même si la France n'a pas interdit le survol des avions...

On a été réglo, les Italiens aussi. Il n'y a que l'Espagne qui a pris une position. En revanche, ça se sent que les Européens ont le pied sur le frein, qu'ils n'ont pas du tout envie d'être associés... 48 % de la marine française est dans la zone.

On ne peut pas dire que la France ne participe à la défense. - C.Roux: Ca peut devenir notre problème? - L.Menget: Ca peut le devenir, à partir du moment où on est en position défensive...

Imaginons qu'un bateau français soit touché par les Houthis...

La plupart des bateaux français sont dans la partie mer Rouge plutôt que dans le détroit de Bab-el-Mandeb. Il y a 48 % de la marine française qui est dans la zone. - C.Roux: Peut-il y avoir des mesures de rétorsion contre la France, la Grande-Bretagne?

Il dit: "Les Etats-Unis s'en souviendront!!!" - Gal J.-P.Paloméros: En tout cas, il y a la solidité de l'alliance que Trump ne reconnaît pas plus que par le passé.

Dans les capitales, en particulier les pays de l'Est, même chez nous, il y a une grosse inquiétude sur le prochain sommet de l'Otan, qui doit être en juin. Il tape trop pour que ce ne soit pas Suivi de conséquences. L'Espagne, j'en parle même pas.

Mauvais élève, Qui n'a pas accepté le cap des 3,5 et encore moins des 5 % de sa défense...

Il va leur tomber dessus. - C.Ockrent: Ce sommet de l'Otan va être extraordinairement problématique.

On peut aussi voir le bon côté de D.Trump, qui nous oblige, nous autres Européens, à prendre conscience de tout ça. C'est tout le sens de cette Coalition des volontaires dont on parle...

Comme toujours, Dès qu'un Français dit ça, on dit "les Français, toujours les mots"...

Dans plusieurs pays d'Europe, il y a cette prise de conscience, à commencer par l'Allemagne. Dieu sait que s'il y a un pays atlantiste, c'est l'Allemagne. Là, le chancelier, quelles que soient ses difficultés intérieures, est le 1er à dire qu'on ne peut plus compter sur les Américains.

Il y a cet effet chimique d'un précipité...

Il faut pas se dire que du jour au lendemain, il y aura une défense européenne, mais politiquement, et je parle sous le contrôle du général, il me semble qu'il n'y a plus les mêmes fractures au sein même des Européens par rapport à l'alliance américaine. Tout le monde est à peu près conscient qu'on ne peut plus vraiment compter sur eux. - C.Roux: Nous serons dans un instant en duplex de Berlin.

La conférence de presse de P.Hegseth était attendue, cet après-midi. Au 32e jour de guerre, les questions se multiplient sur la stratégie américaine.

Le Pentagone n'exclut pas l'envoi de troupes mais continue d'évoquer des discussions en cours avec l'Iran. Téhéran continue d'imposer sa loi à Ormuz. - Comme souvent depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, il faut attendre l'après-midi en Europe, le petit matin aux Etats-Unis, pour mesurer l'humeur du jour de D.Trump. - Le président Trump vient de lancer un nouvel ultimatum concernant le détroit d'Ormuz.

Aux pays qui n'ont plus accès au pétrole, il dit: "J'ai une suggestion. Achetez aux Etats-Unis. Prenez votre courage à 2 mains et allez dans le détroit le chercher vous-mêmes." - Des Européens qui en prennent pour leur grade et en particulier la France. ...

Les menaces d'un président américain pris au piège d'une guerre qui s'enlise...

Hier, la plus importante raffinerie de pétrole d'Israël a été touchée suite à une frappe iranienne. Ce matin, au tour de ce pétrolier koweïtien dans le port de Dubaï d'être ciblé par un drone iranien. La coalition israélo-américaine multiplie les frappes contre des sites militaires stratégiques de l'Iran, ici, à Ispahan. - B.Nétanyahou: Nous sommes sur le point de neutraliser leur industrie d'armement, l'ensemble de leurs infrastructures, en détruisant tout, des usines entières jusqu'au programme nucléaire lui-même.

Nous avons déjà parcouru une bonne moitié du chemin. - Une guerre devenue en quelques semaines celle de l'or noir. Les tensions sur le pétrole, toujours bloqué dans le détroit d'Ormuz, sont à l'origine de fortes perturbations pour l'économie mondiale.

En mars, les exportations à partir du golfe Arabo-Persique ont chuté de 99 %. Les pays pétroliers ont dû réduire leur production de 25 à 80 %. Les pertes se chiffrent en millions de barils et en milliards de mètres cubes de gaz, qui font le jeu de Téhéran. - L'Iran, toutes ces années et ces décennies, a été le garant libre de la navigation maritime dans le golfe Persique et le détroit d'Ormuz. - A la République islamique de poser ses conditions.

Non aux navires liés à l'ennemi, oui aux pétroliers chinois, qui peuvent passer au compte-gouttes dans le détroit. D.Trump pourrait déjà déclarer à ses conseillers qu'il était prêt à mettre fin à la guerre sans rouvrir le détroit d'Ormuz.

La veille, il avait affirmé le contraire. Les Etats-Unis, pressés d'en finir, ou l'art de la parole performative. - P.Hegseth: Les prochains jours seront décisifs.

Les Iraniens le savent. Ils ne peuvent rien faire militairement contre ça. Si l'Iran est censé, il négociera un accord.

Le président Trump ne bluffe pas. - Pendant ce temps, l'économie mondiale vacille. Dans la zone euro, les prix ont augmenté de 2,5 % en mars, contre 1,9 % en février.

En France, L'inflation atteint les 1,7 %, conséquence de l'augmentation des prix de l'essence. Dans certaines stations-services, les pompes sont à sec. - Je voulais mettre le plein de gazole, mais pas moyen.

Il n'y en a plus. - Il me reste 50 km. Si je ne trouve pas dans le coin, je suis obligé de poser la voiture. - Total, qui a plafonné ses tarifs, fait face à une affluence inhabituelle. - On va tous sur les applications de carburant pour voir où on va trouver le moins cher.

C'est le nerf de la guerre. - Cet après-midi, plus de 800 stations sur les 10 000 implantées en France affichaient des ruptures de gazole ou d'essence. - C.Roux: Nous sommes en direct ce soir de Berlin avec A.Bariéty de Lagarde.

Merci d'être avec nous. On a vu qu'il y avait un retour de l'inflation en Allemagne, qui a atteint 2,8 % en mars sur les 12 derniers mois. Une inquiétude s'exprime-t-elle en Allemagne sur le blocage du détroit d'Ormuz et les conséquences économiques? - A.Bariéty de Lagarde: Tout à fait.

L'Allemagne est la 1re économie européenne. Ces 2 dernières années, elle a été en récession, en 2023 et 2024. En 2025, il y a eu un petit semblant de croissance, 0,2 %.

Berlin espérait vraiment que cette croissance se poursuivrait et s'agrandirait pour 2026. Avec la crise au Moyen-Orient, la situation va être différente. On parle de hausse des prix de l'énergie.

Comme vous le savez, en Allemagne, l'industrie est très importante. Elle est très énergivore...

L'inflation est une inquiétude ici. - C.Roux: Est-ce qu'il y a des craintes sur l'approvisionnement?

On a vu ce qui se passe en France. Total, qui avait bloqué les prix, annonce que ce blocage n'aura plus lieu. On voit un début de fébrilité, avec un début de mouvement social, très léger pour l'instant, de la part des transporteurs.

Est-ce qu'il y a ces craintes du côté de l'Allemagne? - A.Bariéty de Lagarde: Oui.

L'Allemagne, c'est le pays de la voiture par excellence. Les Allemands y sont très attachés. L'industrie automobile, c'est le coeur et le poumon de l'industrie allemande.

Le chancelier allemand a même dit qu'il serait prêt à décaler la sortie de l'Allemagne du charbon, prévue pour 2038, si la situation se prolongeait. - C.Roux: On a entendu que D.Trump tançait la Grande-Bretagne et la France.

Pour l'instant, c'est pas le cas de l'Allemagne, qui est épargnée. Est-ce qu'il y a cette volonté de l'Allemagne de rester à bonne distance de ce conflit? - A.Bariéty de Lagarde: C'est un sujet très compliqué.

Le chancelier allemand a une tradition atlantiste. C'est mis à mal par toute la politique de D.Trump ces derniers temps.

On sent que F.Merz essaie de trouver sa voie entre le soutien aux alliés européens, parfois le soutien aux alliés traditionnels américains. C'est une situation compliquée qui lui est souvent reprochée en Allemagne. - C.Roux: Merci d'avoir été en direct.

Vous voulez ajouter quelque chose, général? - Gal J.-P.Paloméros: A mon sens, il faut pas se tromper.

On est face à une grave crise qui va durer. Il faut regarder ça en face. Face à cette grave crise, et c'est intéressant, de l'Allemagne, je pense qu'il y a une véritable transformation profonde.

Derrière une crise, il y a une opportunité. Il y a une occasion de remettre l'église au milieu du village. Il faut qu'on soit stratégiques, tous ensemble.

Sinon, on s'en sortira pas. - C.Roux: Vous pensez à quoi?

L'énergie, la défense? - Gal J.-P.Paloméros: Je pense à tous les atouts de l'autonomie stratégique, l'énergie, la défense...

L'affaire des engrais...

Qui aurait pu imaginer que l'affaire du détroit d'Ormuz bloquerait les engrais? J'y ai été attentif, mais pas à ce point...

J'ai peur qu'on aborde le sujet par la petite porte en disant "on va faire des petits"...

Mais ça marchera pas. C'est mon avis, en tout cas. - C.Roux: Même si la guerre s'arrête demain?

D.Trump a déclaré qu'il pourrait arrêter la guerre même s'il n'y avait pas de déblocage du détroit d'Ormuz. - L.Menget: Il peut arrêter la guerre.

Il est tellement imprévisible qu'il peut décréter qu'il a obtenu une victoire stratégique, une victoire importante, par exemple si les commandos de l'air israéliens présents sur le territoire iranien réussissent à mettre la main sur les 460 kg d'uranium. Ca, ce sera peut-être une manière pour dire "j'ai terminé". Il arrête pas de dire depuis plusieurs jours que les nouveaux dirigeants sont beaucoup plus sympas.

On sait pas du tout avec qui il discute. Il y a aussi des dispositifs de négociations de paix en cours, avec les Chinois et les Pakistanais. C'est pas pour ça que la crise va s'arrêter immédiatement.

Il faudra des mois et des mois pour revenir... - C.Roux: Pourquoi? - L.Menget: Quand une raffinerie est arrêtée, il faut parfois jusqu'à 6 mois pour la remettre en route.

Dans tous les pays du Golfe, ils ont arrêté un certain nombre de raffineries parce qu'ils ne peuvent plus sortir les barils. La pénurie d'essence, dont on voyait le début des répercussions en France dans le reportage, ça peut durer 6 ou 8 mois, même si la guerre s'arrête demain matin. Il y a un millier de bateaux dans le détroit d'Ormuz qui sont bloqués.

Ils ne vont pas sortir tous en même temps, même si ça s'arrêtait. C'est pas parce que D.Trump va décréter la fin de la guerre que les Iraniens vont l'accepter.

D.Trump a donné une opportunité historique pour un contrôle du détroit d'Ormuz, qu'ils n'avaient pas. Maintenant, ils sont les maîtres du détroit d'Ormuz. - C.Roux: Ils fixent les règles du jeu, notamment en laissant passer les navires chinois. ...

Les Chinois sont... - C.Ockrent: Polis. - C.Roux: Ils arrivent à négocier avec les Iraniens pour laisser passer quelques navires. - C.Ockrent: Il y a un accord, c'est pas un traité...

Il y a un accord entre Téhéran et Pékin depuis des années, comme entre Téhéran et Moscou. Ca ne veut pas dire que ce sont des alliés au sens militaire du terme. La Chine, contrairement à ce que certains ont pu prétendre, n'a pas mis de forces navales dans l'océan Indien près d'Ormuz, pas du tout.

Ils sont restés extrêmement prudents. Mais la Chine voit que les Etats-Unis s'enlisent. C'est une opportunité de plus pour la Chine.

C'est une leçon de choses pour Taïwan. Du point de vue de Pékin, il y a un ensemble d'opportunités, quel que soit le coût économique...

Le pétrole, évidemment, c'est sensible pour eux, mais moins qu'avant. Ils redéveloppent aussi le charbon, dont ils ne sont pas tout à fait sortis. Ils arrivent à diversifier davantage leur approvisionnement.

Les Etats-Unis abandonnent le contrôle des mers. La Chine regarde ce qui se passe. - C.Roux: Elle fait que regarder?

Ou est-ce qu'elle vient en aide d'une manière ou d'une autre aux Iraniens? - L.Menget: Elle vient pas en aide, officiellement.

Les Russes viennent en aide, c'est sûr, en termes de ciblage. C'est hallucinant. Les Russes aident les Iraniens à frapper des positions américaines.

D.Trump dit: "Nous, on aide aussi l'Ukraine, donc voilà." La Chine, non.

Elle est pas présente de manière maritime. La seule base militaire étrangère chinoise est à Djibouti. Ils sont pas loin.

C'est la seule position militaire chinoise en dehors de la Chine. Il y a 10 000 militaires qui sont là et qui ne font pas que jouer à la belote. Ils sont là pour surveiller, écouter, comprendre ce qui se passe dans la région.

Le moment venu, essayer de tirer profit de ce qui se passe. Il y a quelques navires indiens qui ont pu sortir aussi. C'est payé en yuans chinois.

Pour l'instant, tout se passe bien. - C.Roux: Toute la difficulté du moment, c'est que d'un côté, les Etats-Unis disent qu'ils peuvent arrêter la guerre, même si le détroit d'Ormuz n'est pas ouvert, mais dans le même temps, ils envoient leurs militaires.

On va écouter P.Hegseth, qui s'exprimait et qui affirme que ses troupes vont finir le boulot. - P.Hegseth: Ce que les Américains ont dit, jeunes, vieux, officiers, hommes et femmes, Noirs et Blancs, c'est: "Finissons la mission.

Donnez-nous plus de bombes, plus de cibles." - C.Roux: Que vont faire les marines, les soldats de la 82e, qui sont positionnés dans la région?

Les Américains ont dit: "Nous n'excluons pas l'envoi de troupes au sol." - A.Pirot: Une nouvelle fois, le flou entretenu, c'est la mission, les objectifs de guerre.

Ils ne sont pas très clairement assumés sur: est-ce que c'est uniquement le programme nucléaire qui doit s'arrêter? Ou est-ce que c'est faire tomber le régime et donc sa puissance économique et prendre possession de l'île de Kharg? - Gal J.-P.Paloméros: On peut s'interroger sur ce point. - A.Pirot: L'île de Kharg, c'est un petit caillou de 25 km2 à 25 km des côtes iraniennes, entouré de montagnes.

C'est quasiment un briquet géant. C'est qu'une installation pétrolière géante. Si vous envoyez des militaires là-bas combattre, tirer, vous assumez qu'ils vont tirer à côté d'une station-service géante.

C'est une réalité militaire qu'on ne dit pas assez. Ca évoquerait les problématiques s'ils avaient à défendre cet îlot. C'est pas un objectif militaire au sens facile du terme, compte tenu des possibles répercussions sur les effectifs. - C.Roux: Peut-on imaginer que les Américains brouillent les cartes?

On est là à dire "l'île de Kharg", on montre sur les plateaux de télé les cibles qui peuvent être celles des marines et des commandos américains...

Ca peut faire penser au Débarquement, qui était prévu dans le Pas-de-Calais et en Provence et qui a eu lieu en Normandie. Ils sont en train de créer un effet de surprise? - L.Menget: C'est possible.

Si les Américains dévoilent tout leur plan à la télévision, les Iraniens vont avoir le temps de se préparer. On peut imaginer que c'est un écran de fumée et que derrière, les commandos israéliens, mais aussi des commandos spécialisés américains travaillent sur d'autres options. Les scénarios s'additionnent et peuvent se cumuler.

Il peut y avoir un débarquement sur l'île de Kharg en même temps qu'une opération commando à l'intérieur de Téhéran. On a l'impression qu'en ce moment, ils annoncent beaucoup de choses pour créer un écran de fumée. C'est peut-être pour dire "on va vraiment le faire, donc capitulez".

Trump ne veut qu'une chose: la capitulation. Il ne l'a pas. Il y a aussi des généraux américains, des marines qui disent: "Attention.

Le débarquement le long des côtes iraniennes, ça va pas être simple. Il y aura des dégâts." - C.Roux: Général, sur cet aspect des hypothèses militaires...

La question qu'on se pose jour après jour, c'est: est-ce qu'il est dans une forme d'impasse stratégique? - Gal J.-P.Paloméros: Oui.

Le volume des forces ne correspond à rien, si vous voulez. Il ne peut pas y avoir d'entreprise mineure face à l'Iran. On peut pas dire que c'est une petite opération.

Ca n'existe pas. Deuxièmement, sur les objectifs...

L'île de Kharg, OK, en admettant que ce soit faisable. Que feront les Iraniens? On ne sait pas.

Est-ce qu'il sacrifieront leurs installations? Bonne question. Une fois que vous avez fait Kharg, si Ormuz reste aux mains des Iraniens, vous avez fait pas grand-chose.

Vous asséchez les Iraniens, mais vous ne gagnez pas la bataille-clé, la bataille d'Ormuz. Si les forces doivent servir à quelque chose, c'est Ormuz. Là, c'est compliqué.

C'est un vaste chantier. Les forces iraniennes peuvent tirer absolument de n'importe où. Il suffit pas de sanctuariser, de préserver la côte.

Ce serait trop facile. Et encore, c'est difficile. On voit pas bien le volume de forces, eu égard à une mission Qui ait un sens.

Je ne crois pas du tout à la saisie du nucléaire. On ne sait pas exactement où il est. Il y a un doute.

Ils vont pas se lancer là-dedans. D'autant plus que c'est pas un sujet, aujourd'hui, le programme nucléaire. Qu'on le veuille ou non, il est repoussé.

Si l'Iran gagne, il continuera et l'Iran aura gagné la guerre, enfin, le régime. - C.Ockrent: Le correspondant du "Financial Times" à Washington a eu une conversation téléphonique avec le président des Etats-Unis dimanche soir.

Il en a fait un compte rendu. C'est hallucinant. D.Trump lui dit: "Oui, je pourrais débarquer sur l'île de Kharg.

Qu'est-ce que tu en penses?" Il l'a peut-être vouvoyé. "Vous pensez que je devrais débarquer sur l'île de Kharg?" C'est toujours l'idée d'avoir plusieurs scénarios et de les essayer avec une grande variété d'interlocuteurs.

Il est sidérant que le président américain, s'adressant à un journaliste britannique en poste dans la capitale fédérale, évoque ainsi et de façon totalement floue...

On a envie de croire que tout ça, c'est extrêmement et stratégiquement pensé, d'avoir plusieurs options et de laisser des alliés dans le flou...

Il vaudrait mieux laisser les Iraniens dans le flou. Mais il y a aussi les Israéliens. Là, B.Nétanyahou n'a absolument pas l'intention d'arrêter sa propre guerre au Liban et contre le régime iranien. - C.Roux: Question. - Gal J.-P.Paloméros: Pas vraiment. - C.Ockrent: Il y a même une forme d'étonnement de voir comment ce régime s'est organisé pour survivre à chaque fois, et avec des réserves en termes de missiles, de drones, etc, d'installations préventives.

Bizarrement, même les Israéliens n'auraient pas vu ça. - L.Menget: Politiquement, on a l'impression qu'il s'est durci.

Ceux qui restent, ce sont les radicaux du régime. C'est un régime plus resserré mais plus dur. - C.Roux: Qui parle avec les Etats-Unis?

On a l'impression que c'est toute la difficulté de cette négociation. - A.Pirot: Les Iraniens parlent avec les Pakistanais.

Le Pakistan est un pays dans lequel il y a une très grosse majorité chiite. Il y a un lien entre l'Iran et le Pakistan, qu'on ne connaît pas forcément bien en France. Les Pakistanais discutent avec les Iraniens.

C'est pour ça que la discussion a lieu via Islamabad. Les Chinois ont annoncé parler aux Pakistanais. Après, il y a des Iraniens qui ont peut-être des lignes avec certains officiels américains.

Trump n'arrête pas de dire qu'il parle avec des Iraniens. Il entretient un flou artistique sur la question. Les Russes parlent aux Iraniens aussi. - C.Roux: Est-ce que tout ça peut durer...

J'allais dire "éternellement"...

Bien sûr que non. Mais est-ce que le temps joue contre D.Trump?

On a cette image d'un AWACS, un avion de surveillance américain, qui a été shooté par un drone en Arabie saoudite. - Gal J.-P.Paloméros: Vraisemblablement un missile balistique. - C.Ockrent: C'est un gros bébé, ça.

Très, très gros. - Gal J.-P.Paloméros: Ce sont des outils stratégiques dont on avait du mal à imaginer qu'ils puissent être touchés et atteints par l'Iran, avec l'aide des Russes.

Les Russes aident l'Iran à cibler un avion américain... - L.Menget: Sur une base saoudienne. - Gal J.-P.Paloméros: Et monsieur Trump ne dit rien, si ce n'est "on sait que les Russes donnent des informations". - A.Pirot: 700 millions de dollars. - Gal J.-P.Paloméros: Il n'y avait personne à bord.

Imaginez qu'il y ait une trentaine d'Américains dedans, c'est plus la même chose. - A.Pirot: On a aujourd'hui une addition des dégâts causés.

Un think tank américain a évalué à à peu près 4 milliards de dollars d'équipements endommagés ou détruits pour les Etats-Unis. On n'imaginait pas ça auparavant. Des F-35 ont été perdus.

Un certain nombre de drones Reaper ont été abattus. C'est une réalité qui pèse. Cette image a circulé sur les médias américains.

Elle n'est pas anodine. Ce qui pèse...

Vous vous demandiez si ça peut durer. Il y a une donnée qui pèse énormément, ces 4 dollars le gallon. Nous, on évoque des faits qui peuvent être importants...

Il faut imaginer, dans l'opinion américaine. Il y a eu un formidable reportage fait par la Fox, les "spring breakers", ces jeunes qui sont en train de profiter de leurs vacances. Nous, on évoque des faits.

Eux ne savent même pas ce que c'est, un ayatollah. Ils ne sont au courant de rien! Il faut imaginer le paradoxe qu'on a évoqué, comment la Maison-Blanche pourrait être touchée quand ses citoyens ignorent énormément de choses, sauf le prix du gallon. - C.Roux: C'est là qu'arrive la pression.

On en revient à la mauvaise humeur de D.Trump. C'est peut-être lié aux conséquences que ça a sur son pays. - L.Menget: Pour les militaires américains, cet avion, c'est un choc.

Les vétérans sont très importants chez les républicains. - C.Roux: Il était intouchable. - L.Menget: Il y a aussi une forme de naïveté de la part des Américains de l'avoir laissé à portée de missiles iraniens. - C.Roux: On va parler des usines de désalinisation d'eau.

Ce sont des installations vitales pour les pays du Golfe. Les monarchies en dépendent parfois jusqu'à 90 % pour leur eau potable. Des cibles faciles à atteindre qui ne disposent pas de capacités de défense aérienne.

Au Koweït, l'une d'entre elles a été visée. - La guerre de l'eau a-t-elle commencé au Moyen-Orient? - Une frappe iranienne a touché une usine de dessalement au Koweït. - C'est l'un des incidents les plus graves des dernières 24 heures, un incident très alarmant dans le conflit. - Sur cette image satellite, une usine de désalinisation au Koweït en partie détruite par l'Iran hier.

Au Moyen-Orient, plus de 400 usines pompent l'eau de la mer chaque jour pour la rendre potable. Les pays du Golfe en sont extrêmement dépendants. En un mois de conflit, déjà 4 usines de désalinisation ont été touchées.

Une escalade dans la région, l'une des plus arides au monde. - On n'a pas besoin d'armada très lourde pour bloquer, empêcher ou ralentir une usine de désalinisation. Il y a plusieurs façons d'attaquer l'eau.

La 1re chose, c'est de frapper directement les usines de désalinisation. La 2e forme, c'est de la priver d'électricité. C'est la forme la plus simple.

Avec quelques missiles bien placés, on coupe l'eau. La 3e façon d'attaquer, c'est de polluer, surcontaminer l'eau. Une nappe de pétrole bien placée peut bloquer l'approvisionnement en eau pendant plusieurs semaines. - En 2010, la CIA soulignait Dans un rapport la vulnérabilité de ces usines au Moyen-Orient et l'enjeu de les sécuriser. ...

Toucher à l'eau, c'est toucher au nerf économique des pays du Moyen-Orient. - Sans désalinisation dans la région, toute la prospérité économique s'en va, notamment tous les modes de vie qui attirent des grands groupes, des expatriés, comme à Dubaï ou à Riyad. La consommation par jour et par personne monte jusqu'à 400 l.

En France, avec de l'eau douce que nous n'avons pas à désaliniser, c'est autour de 150. Finalement, ils vivent dans une forme d'abondance, alors même que cette ressource coûte très cher à désaliniser. Sans cette capacité d'eau, du jour au lendemain, vous aurez une forme d'exode économique à court terme, le temps que la situation se rétablisse. - Ce matin, l'Iran a déclaré que l'une de ses usines de désalinisation a également été frappée.

L'information n'a pas pu être vérifiée, mais elle arrive au lendemain de menaces proférées par D.Trump. Le président américain tente de faire pression pour rouvrir le détroit d'Ormuz. ...

Des sites stratégiques désormais hautement protégés. - Nous avons renforcé les contrôles d'accès et les contrôles aux abords immédiats de nos usines. Les autorités, dans certains pays, ont mis en place des protections de type militaires ou aériennes.

Ces pays ont en général entre 48 heures et 7 jours de réserve, si jamais ça restait. - La guerre de l'eau, déjà utilisée en 1991 par S.Hussein.

Le président irakien avait provoqué de grandes marées noires pour polluer l'eau pendant la guerre du Golfe. Plus récemment, l'armée israélienne a bombardé des sites de désalinisation dans la bande de Gaza. - C.Roux: C'est l'autre guerre, la guerre de l'eau. - Gal J.-P.Paloméros: Elle est préoccupante, car l'eau, c'est vital.

Qui dit enjeu vital dit: que fait-on? En particulier nous, qui avons des accords de défense avec ces pays, pour les aider... - C.Roux: Ca pourrait changer des choses sur l'engagement des Français, avec les pays avec lesquels la France a des accords de défense? - Gal J.-P.Paloméros: Si un accord de défense a un sens, c'est bien aux moments les plus critiques.

On pourrait y arriver. - C.Roux: Justement, question.

Peut être nous? Je ne parle pas de livraisons en eau, mais peut-être pour s'engager dans ce conflit... - Gal J.-P.Paloméros: On participe à la défense, mais ça devrait entraîner d'autres pays dans cette voie.

Les pays européens qui, aujourd'hui, ne contribuent pas, doivent être bien conscients des enjeux. Ce sont des pays qui vont perdre leur vitalité, leur sang, leur eau... - C.Roux: Je vais plus loin dans la question.

Si les usines de désalinisation étaient systématiquement visées dans les pétromonarchies avec lesquelles nous avons des accords de défense, on pourrait être engagés dans ce conflit? - L.Menget: En tout cas, on serait obligés de s'en préoccuper.

On ne peut pas laisser des pays avec lesquels on a des accords...

Par exemple, la ville de Riyad devrait être évacuée en 48 heures. Et ce n'est pas une petite ville! Un petit point d'histoire.

Ce sont des pays qui étaient très peu habités. Il y avait des habitants dans tous les pays du Golfe, mais il y a une immigration massive qui vient d'Asie, du Pakistan. Ces pays ont gonflé en termes de population et les besoins en eau sont devenus gigantesques.

En outre, il fait très chaud. Pour avoir vécu en Irak des périodes de 50 ou 55 degrés, on tient très peu de temps dans ces conditions sans eau. Je ne sais pas la réponse des pays européens, mais si des usines de désalinisation de Riyad, du Koweït ou du Qatar sont touchées... - C.Roux: Même en Iran! - L.Menget: On ne pourra pas livrer de l'eau avec des A400M.

Ca ne suffit pas. - C.Ockrent: C'est le paradoxe de ces monarchies arabes richissimes, qui se sont armées jusqu'aux sourcils pour n'en rien faire, avec manifestement des problèmes d'utilisation, avec beaucoup de cafouillages.

Et aussi, un manque total d'anticipation sur cette question de l'eau...

Dans leur culture, c'est vital depuis la nuit des temps. - C.Roux: Anticipation, ça veut dire sécurisation? - C.Ockrent: Sécurisation, construction de davantage d'usines de désalinisation...

On a vu M.Ben Salman aller à toute allure dans son projet 2030, qu'il est obligé maintenant d'annuler, pour construire une piste de ski à Neom, à la frontière avec la Jordanie. Il n'y aura pas de piste de ski. - C.Roux: Il y a une dissymétrie.

Je ne vois pas la coalition s'en prendre aux ressources d'eau. On a dit autour de cette table que la population, c'était un vrai centre de gravité de cette guerre. Pour l'instant, elle subit.

Est-ce qu'on irait jusque-là? On parle souvent de crimes de guerre à tort et à travers. Là, ce serait un crime contre l'humanité, de priver une population d'eau. - C.Roux: Pourtant, vous avez vu ce tweet menaçant de D.Trump? - A.Pirot: Les monarchies du Golfe en sont conscientes.

Le Qatar implante déjà une forme de désescalade. En s'attaquant à ces usines de dessalement, c'est une partie du rêve qu'elles ont proposé ces dernières décennies d'accueil d'un certain nombre d'influenceurs, de populations et de richesses, qui pourrait s'écouler. Une partie de leurs installations et de leurs ressources, y compris sur leur rente gazière...

Les attaques subies sur les installations au Qatar, ils vont les payer pendant 4 à 5 ans. La production ne va pas revenir à son niveau d'avant-guerre immédiatement. C'est sur plusieurs années que les choses vont se faire.

On sait qu'un manque de pétrole dans la production mondiale va être constant pour un long moment. Les gens doivent avoir ça en tête. Ca ne va pas s'inverser en quelques jours. - C.Ockrent: Et le gaz! - C.Roux: Pourraient-ils entrer dans le conflit?

On sait qu'ils sont armés. Justement, on touche à leurs intérêts vitaux, à la survie même de la population...

Il faudrait évacuer Riyad en 48 heures si l'usine de désalinisation était touchée. - A.Pirot: Je crois qu'elles ne s'inscrivent plus dans cette logique.

Peut-être sur les 1ers jours de conflit, où elles sentaient une opportunité possible contre l'Iran...

Je n'entends pas du tout cette atmosphère aujourd'hui dans les monarchies du Golfe. - C.Roux: Qu'est-ce qu'elles veulent?

Que ça s'arrête à n'importe quel prix, en maintenant le régime tel qu'il est aujourd'hui en Iran? - A.Pirot: C'est toute l'équation terrible.

Elles savent très bien que si, demain, le conflit s'arrête, l'Iran aura assuré une partie de la domination sur le détroit d'Ormuz pendant un long moment et que les plus radicaux sont aujourd'hui au pouvoir en Iran. Ils auront de fait, auprès d'une partie de la population qui les soutient, gagné une victoire historique contre l'ennemi juré depuis 1978. - C.Roux: Ca veut dire qu'ils peuvent pousser D.Trump à finir le boulot? - C.Ockrent: C'était la rumeur de la part de l'Arabie saoudite.

Ils n'ont pas tous les mêmes priorités non plus. - L.Menget: Et pas tous le même lien avec l'Iran.

Dubaï a des liens financiers très forts avec l'Iran. Il y a en ce moment une forme de course en avant. Si les Etats-Unis et Israël, qui sont l'ennemi juré, le Grand Satan et le Petit Satan de l'Iran, arrêtaient la guerre maintenant, l'Iran aurait tout gagné.

Le vrai perdant, ce serait la population civile iranienne, à laquelle on a fait croire que tout ça pourrait se régler. - Gal J.-P.Paloméros: On ne pourra plus imposer aucune sanction à ce pays.

On ne sera pas crédibles. La plus grande coalition qu'on ait pu rassembler depuis bien longtemps, peut-être la Seconde Guerre mondiale, ne serait-ce qu'en force de frappe, n'a pas pu faire plier le régime. Ils vont se frotter les mains et ressortir leur dissuasion conventionnelle avec les missiles balistiques.

Ils vont s'en donner à coeur joie. Et un beau jour, si nécessaire, ils redévelopperont leur puissance nucléaire. Mais en auront-ils même besoin? - C.Roux: Nous-mêmes, nous avons intérêt à ce que D.Trump aille jusqu'au bout de ce qu'il a entrepris? - Gal J.-P.Paloméros: Oui, absolument. - C.Roux: Donc il faut l'aider? - Gal J.-P.Paloméros: Peut-être... - C.Roux: C'est la question qui peut être posée au chef d'état-major et au chef des armées, E.Macron... - Gal J.-P.Paloméros: Oui, je crois. - A.Pirot: Je suis beaucoup plus nuancé.

On oublie la population qui paye le prix. Il y a un pays dont on n'a pas évoqué le nom, mais qui poursuit son agenda en parallèle, en toute tranquillité: Israël. Il continue... - Gal J.-P.Paloméros: "Tranquillité", quand même... - A.Pirot: J'exagère par rapport à ça.

Mais on évoque peu la population libanaise ces derniers jours. On a beaucoup évoqué les possibles opérations terrestres menées par les Américains. Mais Israël a poussé D.Trump dans ce conflit, c'est une réalité aujourd'hui, et poursuit son agenda. - C.Roux: Justement, on va parler du Liban et d'Israël.

Israël a l'intention d'occuper une partie du Sud-Liban une fois la guerre terminée. C'est une déclaration du ministre israélien de la Défense. Notre équipe a pu se rendre dans un village chrétien pris entre l'armée israélienne et le Hezbollah, avec la crainte désormais d'une guerre civile. - Le Sud-Liban, une région presque isolée du reste du pays, constamment bombardée par l'armée israélienne et entièrement contrôlée par le Hezbollah, à l'exception de quelques rares villages chrétiens, comme celui de Qlayaa.

Le village vient d'être visé par une frappe. - On est pris entre des tirs israéliens et ceux du Hezbollah. Le Hezbollah est tout autour de nous et Israël, de ce côté.

Ils se bombardent, et quand les roquettes ratent leur cible, elles atterrissent chez nous. Les Israéliens occupent actuellement la ville voisine. Quand ils tirent dessus, c'est vraiment proche. - Depuis quelques semaines, les habitants ne sortent plus de chez eux, depuis la mort de celui qu'on appelle ici le père Pierre, tué par un obus israélien. - C'est dans cette église qu'on priait avec le père Pierre, matin et soir.

Nous sommes en danger, oui. C'est dangereux d'être chrétien, ici. On est sous pression.

On ne peut plus supporter ce qui se passe au Liban. - Le maire tient à nous montrer le lieu de la frappe qui a tué le prêtre. Il insiste pour que la police nous précède. - Il ne faut pas que les Israéliens en face de nous suspectent un convoi non identifié.

Sinon, ils vont nous attaquer. Notre père Pierre est arrivé pour aider ceux qui venaient d'être bombardés. Ils étaient tous là, dehors.

Et la 2e bombe est tombée sur lui. - J'étais là quand ça s'est passé. Il s'est vidé de son sang entre mes mains. - Nous en avons vraiment assez de ces guerres.

Ca fait 60 ans de guerre, et voilà le résultat! Sonnerie de cloche. - A une cinquantaine de kilomètres, Maghdouché, un autre village chrétien du Sud-Liban.

En ce dimanche matin, l'église est pleine. - C'est la grâce de Dieu qui nous sauvera de la guerre, grâce à la prière. - Le prêtre refuse finalement de s'exprimer.

Derrière l'apparente tranquillité des habitants... - Tout va bien ici.

L'église est pleine à craquer. Personne n'a peur. - La tension monte de jour en jour dans la communauté chrétienne. - Il n'y a pas eu de problème avec les réfugiés des autres communautés. - Arrête!

Dis-leur qu'il n'y aura jamais de problèmes entre nos communautés! - La mort du prêtre de Qlayaa ravive la crainte d'une nouvelle guerre civile entre les communautés religieuses. Les chrétiens du Sud, qui vivent au milieu d'un territoire contrôlé par le Hezbollah, sont sous pression. - La Vierge Marie nous protège.

Ca me suffit. - Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas seulement une question de sécurité. Nous avons aussi besoin d'une protection, dans le Sud.

Nous nous sentons tellement seuls... - A peine rentré de l'église, ce couple se réchauffe autour d'un café.

L'isolement des chrétiens du Sud-Liban n'est pas nouveau, mais il s'intensifie. Ici, chaque communauté a sa propre milice. - La municipalité a mis en place une équipe de jeunes agents qui patrouillent pour nous protéger.

Quand la situation dépasse nos capacités, nous sommes contraints de faire appel à l'Etat et à l'armée. Nous n'avons aucun contrôle sur les décisions de l'entrée en guerre. Notre petit pays n'a pas son mot à dire.

La paix viendra quand un accord international sera conclu, pas autrement. - Alors que l'armée israélienne avance dans la région, le couple, comme la plupart des chrétiens du Sud-Liban, refuse de quitter le village. - C.Roux: Après ce reportage, vous voulez peut-être réagir, C.Ockrent? - C.Ockrent: Il y a eu aujourd'hui même un bombardement israélien à Beyrouth, dans un quartier chrétien.

Ce pays est déjà tellement fragile, avec l'exode des chiites du Sud, plus d'un million de gens, qui vont peser sur ce tissu social extraordinairement fragmenté...

Et l'épisode hallucinant de l'ambassadeur d'Iran, à Beyrouth! Le gouvernement libanais dit "out"! Le Hezbollah refuse.

Et le président chiite du Parlement aussi. Le Liban, depuis 1930, vit avec l'héritage certainement pensé avec beaucoup de générosité à l'époque par la France d'un partage des différentes fonctions entre communautés. Cet épisode de l'ambassadeur de Téhéran qu'il reste...

Ca prouve encore une fois, hélas, que cet Etat libanais...

Il y avait un président, Ancien général des forces armées, J.Aoun, un Premier ministre...

Des gens qui pouvaient incarner un renouveau de la confiance dans le système libanais, mais il est à nouveau déchiqueté avec un risque de guerre civile, ou en tout cas d'une implosion du système. - C.Roux: Question.

C'est le cas. 10 pays de l'UE appellent à garantir la sécurité de la Finul. - L.Menget: Il y a eu de nombreux appels et il y en aura encore.

Ce n'est pas du tout la préoccupation des Israéliens pour le moment. Ils veulent absolument sécuriser cette partie-là. Il y a des frappes dans le nord d'Israël aujourd'hui par le Hezbollah, qui est beaucoup moins protégé que le centre du pays.

Il y a environ 30 secondes entre le départ de la roquette et l'arrivée sur le nord du territoire israélien. Mais les Israéliens veulent occuper, comme à Gaza, créer une sorte de zone-tampon vide au Sud-Liban... - C.Roux: Ca veut dire plus du tout d'habitations? - L.Menget: Oui, ce qui n'avait jamais été fait.

Il y avait déjà eu des populations déplacées à cause des bombardements, mais jamais d'évacuations. Il y a un moment essentiel dans votre reportage, quand ce chrétien dit: "Nous avons des milices pour nous protéger." Quand on crée des milices au Liban, c'est le début de la fin.

Le fait de recréer des milices aujourd'hui, en attendant un ordre potentiel d'évacuation, y compris pour ces chrétiens du Sud-Liban qui vont rejoindre Beyrouth comme les autres...

C'est une logique israélienne qui se départit de toute forme de condamnation internationale. Ce n'est pas leur sujet actuellement. - C.Roux: Avec le rôle de la France, qui est très engagée aux côtés des Libanais... - Gal J.-P.Paloméros: Je veux revenir sur la Finul.

J'ai été moi-même Casque bleu en Bosnie. Je sais ce que c'est qu'être soldat du maintien de la paix quand il n'existe pas de paix et qu'on est coincé entre 2 parties, qu'on voit des choses qu'on ne devrait pas voir, et qu'on devrait intervenir. La Finul, aujourd'hui, c'est le dernier rempart d'un ordre international déliquescent.

Sa fin est d'ailleurs prévue pour la fin de l'année. Il y a 11 000 hommes qui essaient de faire ce qu'ils peuvent. Ils aident la population.

Ils font de leur mieux. On les a mis dans cette situation. C'est catastrophique.

On n'a pas pris nos responsabilités. - C.Roux: Quelle est la mission des soldats de la Finul?

Compter le nombre d'échanges de tirs entre le Hezbollah et Israël? - Gal J.-P.Paloméros: Si les 2 parties s'accordent, on est une force d'interposition, et c'est très bien.

Mais quand vous avez des Israéliens qui envahissent...

Normalement, ils devaient protéger entre la frontière et le fleuve Litani. Mais ça fait longtemps que les Israéliens l'ont franchi. Ce n'est pas étonnant que des Casques bleus se fassent tuer.

Ces hommes et ces femmes font ce qu'ils peuvent pour se battre pour la paix, alors que la paix n'existe pas. On les met dans des situations inextricables. Il faut les en sortir. - C.Roux: Des tirs israéliens ont tué un Casque bleu dimanche.

On parlait des condamnations...

J.-N.Barrot dit que la France condamne les graves incidents subis par le contingent français de la Finul.

On en vient à vos questions. Question. ... - L.Menget: Ce serait une entrée en guerre contre Israël, d'une certaine manière. - C.Ockrent: Et il n'y a pas d'accord de défense. - Gal J.-P.Paloméros: Ca devrait être le rôle de la Finul, justement.

Mais elle n'a pas ce mandat. - C.Roux: Question. - A.Pirot: Mal!

Ils auront perdu. - C.Ockrent: Ils négocient déjà avec Téhéran.

Le Qatar, en particulier, pour des raisons géographiques, partage son immense champ gazier avec l'Iran. C'est l'endroit où c'est le plus...

Donc chacun fait de son mieux pour se préparer à la suite et à ce scénario d'un régime durci, ayant d'une certaine manière forcé la main des Etats-Unis. - C.Roux: Question. - A.Pirot: D'un point de vue économique, oui, c'est certain.

Et sur plein de produits! Dans quelques semaines, on va évoquer l'hélium, qui sert à la construction de toutes les puces électroniques. Une grande partie des cargaisons d'hélium n'arrive plus en Asie.

Vous allez voir le prix des puces électroniques exploser à nouveau. On voit un certain nombre d'actions de ces entreprises baisser, compte tenu des inquiétudes qui pèsent sur leur vie économique. Le détroit d'Ormuz, c'est une clé dans l'économie mondiale, comme beaucoup d'autres détroits.

On l'avait découvert pendant le covid. On n'en a pas forcément pris la mesure. On le redécouvre aujourd'hui. - C.Roux: Question. - Gal J.-P.Paloméros: Oui, à ce stade, on n'a pas imposé de blocage.

On peut se demander pourquoi. Parce qu'on respecte l'ordre international...

Je pense que D.Trump n'a pas envie de se fâcher trop avec la Chine, avant peut-être d'aller les voir sur leur terrain. - C.Roux: Question. - A.Pirot: C'est une question à 1 million de dollars! - L.Menget: Elle n'a pas de raison de le faire.

Mais à un moment, elle n'aura peut-être pas d'autre choix que de s'impliquer un peu plus. Je pense à la question des Houthis et à la question du détroit de Mandeb...

Il y a une mission européenne dans laquelle il y a beaucoup de navires français. Si la France est touchée d'une manière ou d'une autre, on n'aura plus le choix. - C.Roux: Question. - C.Ockrent: Parce que Vladimir est son grand ami!

D'ailleurs, il a eu une "excellente" conversation téléphonique avec Vladimir il y a 15 jours, en pleine guerre. Comme Lucas le rappelait, la Russie aide l'Iran à frapper des objectifs américains et D.Trump répond: "Oui, mais nous, on aide l'Ukraine." - Gal J.-P.Paloméros: Et l'Ukraine aide aussi les pays du Golfe. - C.Ockrent: Et ça, c'est d'une ironie extrême. - C.Roux: On peut rappeler que l'Ukraine a frappé des installations pétrolières russes...

C'est intéressant? - L.Menget: La Russie a gagné beaucoup d'argent depuis un mois grâce au fait que Trump a autorisé de nouvelles exportations de pétrole russe.

Les Ukrainiens essaient de limiter ce gain russe en frappant très fort et avec beaucoup de précision des installations pétrolières russes, pour essayer de limiter la remontée de la Russie. - Gal J.-P.Paloméros: C'est incroyable, ce que fait l'Ukraine.

Ils ont trouvé des moyens de frappe dans la profondeur pour taper vraiment là où ça fait mal. - C.Roux: Question. - A.Pirot: Toute la stratégie iranienne est d'obliger tous ces pays à utiliser toutes leurs réserves en munitions, et de manière coûteuse.

On avait peu d'informations sur la totalité de l'arsenal balistique iranien. On sait qu'ils en ont construit des centaines et des milliers, mais surtout, ça oblige toutes les armées à dépenser beaucoup d'argent. Ce qui a été sous-estimé, c'est l'asymétrie.

On aurait dû retenir la leçon de l'Ukraine. Elle n'a même pas été retenue. Ca va encore continuer. - C.Roux: Question. - Gal J.-P.Paloméros: Il continuerait au Liban.

On peut penser qu'ils sortiraient tous les deux. Mais pas pour le Liban, car c'est leur chasse gardée. - C.Roux: Question. - L.Menget: C'est pas du tout les mêmes proportions. - C.Roux: Question. - Gal J.-P.Paloméros: Sans doute! - A.Pirot: Je ne crois pas.

Ce n'est pas du tout la logique aujourd'hui. Mais ce serait l'ironie diplomatique supplémentaire... - C.Roux: Merci à vous tous.

Il est l'heure de retrouver A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Bonsoir.

Une quête effrénée de luxe, de pouvoir et de vengeance...

Le vrai visage de V.Poutine révélé dans une enquête passionnante, qui démontre comment le patron du Kremlin a accumulé une immense fortune, construit dictature à vie et planifié l'invasion de l'Ukraine.