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Podcast / conversationRMC — Face à Face (sur Podcast)· 11 juin 2020 6 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsCulture, médias & sport

Nicolas Poincaré : Doit-on épurer au nom de l'anti-racisme ? - 11/06

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    « C'est vrai, c'est vrai que ce film véhicule des préjugés racistes »
  • 0:28PrésentateurFait
    « un personnage dit que les nègres sont des singes »
  • 0:42PrésentateurFait
    « Sa famille exploite des esclaves, des esclaves loyaux, heureux de leur sort »
  • 0:56PrésentateurFait
    « Margaret Mitchell, l'auteur du best-seller, s'est inspirée de la vraie vie de sa grand-mère »
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    « Il est devenu, trois ans plus tard, un film de quatre heures qui a rapporté le plus d'argent de toute l'histoire du cinéma »
  • 1:19PrésentateurChiffre
    « C'est un film qui a reçu huit Oscars, dont un pour Hatsi Madison »
  • 1:26PrésentateurFait
    « Elle n'a pas eu le droit de s'asseoir au premier rang avec Vivian Leigh et Clark Gable »
  • 3:58PrésentateurChiffre
    « C'est un esclavagiste du XVIIe siècle qui a fait fortune en transportant 80 000 esclaves de l'Afrique vers l'Amérique »
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    « Léopold II, c'est le terrible colonisateur du Congo belge, les historiens estiment que sa politique a fait environ 10 millions de morts au début du XXe siècle »

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Vous écoutez RMC. RMC, expliquez-nous. Alors, voilà que le film, on en a parlé déjà ce matin, on en a beaucoup parlé hier, autant on en porte le vent, éprovisément retiré par la plateforme de streaming HBO aux Etats-Unis dans le contexte du mouvement antiraciste provoqué par la mort de George Floyd. On reproche à ce film de véhiculer des préjugés racistes. Et c'est vrai, c'est vrai que ce film véhicule des préjugés racistes, autant on porte le vent, c'est un livre où un personnage dit que les nègres sont des singes. C'est un livre et un film qui présentent une vision très romantique de l'esclavage. Scarlett O'Hara, l'héroïne, est une riche propriétaire du Sud.

Sa famille exploite des esclaves, des esclaves loyaux, heureux de leur sort, qui vont choisir la fidélité à leur maître plutôt que la liberté lorsque la question va se poser. Margaret Mitchell, l'auteur du best-seller, s'est inspirée de la vraie vie de sa grand-mère. Elle en a fait, en 1936, un roman qu'on a tous lu, de plus de mille pages, son micro-roman. Il est devenu, trois ans plus tard, un film de quatre heures qui a rapporté le plus d'argent de toute l'histoire du cinéma. Ça, je ne savais pas. C'est le film qui a rapporté le plus d'argent dans l'histoire du cinéma. Devant Avengers, je crois. Largement devant plusieurs milliards de dollars en dollars d'aujourd'hui.

C'est un film qui a reçu huit Oscars, dont un pour Hatsi Madison, qui était la première actrice noire à recevoir un Oscar. Sauf que le jour de la cérémonie, elle n'a pas eu le droit de s'asseoir au premier rang avec Vivian Leigh et Clark Gable. Elle a dû rester au fond de la salle parce qu'elle était noire. Bref, c'est un film des années 30, écrit et réalisé dans une Amérique qui était ségrégationniste, qui ne correspond donc plus du tout à notre regard d'aujourd'hui sur ce crime contre l'humanité qu'était l'esclavage. Oui, d'accord. Mais faut-il pour autant censurer le film ? Je ne crois pas.

Je pense que c'est absurde parce que ça fait partie de l'histoire du cinéma, de l'histoire de la littérature, de l'histoire des Etats-Unis. En réalité, il faut quand même souligner qu'il n'est pas censuré. HBO le retire simplement provisoirement de sa plateforme le temps de rédiger un avertissement comme on a mis des préfaces d'avertissement au début de livres antisémites de Céline, par exemple. Autant en emporte le vent, ça reste visible sur toutes les plateformes. Et en fait, grâce à ce coup de projecteur, le livre et le DVD sont actuellement en tête des ventes sur Amazon. On ne peut pas dire que l'œuvre soit en danger.

Bien, c'est surtout révélateur d'un immense mouvement qui a suivi la mort de George Floyd. Voilà, c'est ça qui est intéressant. C'est une lame de fond antiraciste qui déferne en ce moment sur l'Amérique. Toutes les marques publient des communiqués pour défendre les valeurs du mouvement Black Lives Matter, c'est-à-dire la vie des Noirs compte. La productrice de la série Friends s'est excusée parce qu'il n'y a pas de Noirs dans la célèbre colloque. Adidas promet d'embaucher désormais 30% de POC. Les POC, c'est les personnes off-color. Une personne de couleur, c'est l'expression la plus utilisée désormais aux Etats-Unis.

L'Oréal s'est excusée pour avoir viré une égérie noire et transgenre il y a trois ans parce qu'elle était trop véhémente sur la question de l'antiracisme. Et L'Oréal vient de réembaucher cette mannequin, à la fois comme mannequin et comme conseillère diversité. Les auteurs aux Etats-Unis d'un célèbre dictionnaire ont été interpellés par une universitaire et ils ont accepté de revoir leur définition du mot racisme pour introduire la notion que c'est un groupe de gens qui fait l'objet d'une oppression systématique. Et les éditeurs du dictionnaire se sont même excusés de ne pas avoir défini plutôt le racisme comme une oppression. Bref, il se passe actuellement quelque chose aux Etats-Unis.

L'agonie de George Floyd a entraîné une vaste introspection, une remise en question. Ça va beaucoup plus loin que cette histoire de censure provisoire d'autant dans Porte-le-Vente. Oui, et ce mouvement atteint l'Europe aussi. Alors, dimanche dernier, à Bristol, vous avez sans doute vu les images, on a déboulonné et jeté à la rivière une grosse statue en bronze qui représentait Édouard Colston. Qui est cet Édouard Colston ? C'est un esclavagiste du XVIIe siècle qui a fait fortune en transportant 80 000 esclaves de l'Afrique vers l'Amérique. Le maire de Bristol, qui est lui-même d'origine jamaïcaine, veut maintenant aller repêcher la statue dans la rivière.

Il ne veut pas la remettre sur son socle, il veut la mettre dans un musée, un musée qui raconterait toute l'histoire, y compris l'histoire du déboulonnage. Il y aurait à côté de la statue les banderoles que portaient les manifestants antiracistes dimanche dernier. En Belgique, je ne sais pas si vous avez vu, mais on a recouvert de peintures rouges sans des statues du roi Léopold II avec raison parce que Léopold II, c'est le terrible colonisateur du Congo belge, les historiens estiment que sa politique a fait environ 10 millions de morts au début du XXe siècle.

C'est pour ça que certains veulent interdire aussi l'album Tintin au Congo, non pas parce que la BD est raciste, mais parce qu'elle se passe précisément au Congo, c'est-à-dire là où a eu lieu un des pires crimes de la colonisation. En France, on va aussi se poser des questions sur des noms de rues ou de lycées. Voilà, c'est un débat qui revient régulièrement. Par exemple, les très nombreux lycées Jules Ferry, du nom du promoteur de l'école laïque et obligatoire, grand ministre de l'éducation mais aussi grand partisan de la colonisation et auteur de propos sur la supériorité de la race blanche.

L'historien Pascal Blanchard, qui est incontestable sur ces questions, suggère que l'on ne débattise pas ces lycées, que l'on ne déboulonne pas les statuts, mais que par exemple les élèves des lycées Jules Ferry sachent qui était Jules Ferry, l'ensemble de son oeuvre et pareil, pour autant, on emporte le vent, c'est absurde sans doute d'interdire le film mais ce n'est pas bête de raconter aussi son histoire. Vous parlez de Pascal Blanchard et il sera là en direct. Ah bah vous pourrez lui poser la question. Juste après le journal de 8h10. Incontestable, vous avez même dit. Très très bien.

Nicolas Poincaré : Doit-on épurer au nom de l'anti-racisme ? - 11/06 · Pourquijevote